L’abbaye Notre-Dame de Déols ou abbaye Notre-Dame de Bourg-Dieu est une ancienne abbaye bénédictine, maintenant très largement en ruinesL'abbaye Notre-Dame de Déols, sur le site patrimoine-histoire.fr., située à Déols en Bas-Berry, dans le département de l'Indre, près de Châteauroux. Elle est fondée le par Ebbes le Noble, seigneur de Déols. Il imite en cela son seigneur Guillaume d'Aquitaine, comte d'Auvergne de Berry, de Limousin, de Lyon et de Mâcon, qui peu d'années auparavant avait fondé l'abbaye de Cluny en Saône-et-Loire.... Tout comme son puissant modèle bourguignon, l'abbaye est placée sous l'autorité directe du pape, et non sous celle de l'archevêque de Bourges.
L'abbaye devient rapidement un établissement prospère. Elle est la plus puissante du Berry avec celle de Massay et une des plus importantes de France au Moyen Âge.. Les moines de Déols reçoivent de nombreux dons de paroisses, de terres, de chapelles, gèrent des prieurés, et bénéficient ainsi de revenus réguliers. Cet enrichissement considérable se reflète dans l'édification de la grande église abbatiale, aujourd'hui presque entièrement disparue. L'apothéose de l'abbaye se situe aux , .
Le régime de la commende instauré au début du est le reflet d'une perte d'influence. La période des guerres de religion (1562-1594) se révèle calamiteuse pour l'abbaye Notre-Dame de Déols. Elle est en partie détruite par les protestants. Elle ne s'en relève pas et, en 1622, le prince Henri II de Bourbon-Condé, après accord du roi de France Louis XIII, obtient du pape Grégoire XV une bulle prononçant la sécularisation de l'abbaye. Celle-ci devient effective en 1629. Les bâtiments de l'abbaye deviennent alors une carrière où le prince Henri II de Condé, et à sa suite les autres administrations, puisent des matériaux de construction.
Les vestiges subsistants sont le clocher, la quatrième travée du collatéral nord, la crypte, le mur sud de la nef et la porte de jonction avec le cloître, la prison des moines, la salle capitulaire, la salle carrée avec ses têtes murales, le réfectoire, la cuisine et les autres bâtiments conventuels. Ils permettent de se faire une idée de la puissance et de la richesse de l'ancienne abbaye Notre-Dame de Déols, et constituent de précieux témoignages du style roman. Les projets de restauration débutent en 1843, quand Prosper Mérimée s'intéresse à l'abbaye et « veut sauver de la ruine l'unique tour subsistante ». Après une longue procédure, le clocher, le mur sud de la nef et la partie encore visible du mur nord sont classés au titre des monuments historiques en 1862...
Enfin, les fouilles archéologiques effectuées de 1924 à 1926 sous la direction de l'archéologue Jean Hubert ont permis pour la première fois de restituer le plan de la grande église abbatiale de Déols.
Des sculptures romanes de l'abbaye Notre-Dame de Déols sont exposées dans la salle lapidaire du musée-hôtel Bertrand à Châteauroux.
Fondation Par acte rédigé à Bourges par la chancellerie ducale, le , Ebbes le Noble, seigneur de Déols donne différents biens afin qu'un monastère régulier soit élevé à Déols, à la condition expresse qu'il soit dirigé par Bernon, qui à l'époque est déjà abbé de Cluny. En cela, il copie son suzerain Guillaume, duc d'Aquitaine qui par une charte rédigée à Bourges en ou 910 avait fondé et mis sous l'autorité immédiate du pape l'abbaye de Cluny. Cette fondation s'inscrit dans le mouvement de renaissance économique et spirituelle du début du de l'espace européen.
Les biens donnés par Ebbes le Noble pour fonder le monastère de Déols se situent le long de la rive droite de l'Indre dans une riche plaine alluviale dotée de plusieurs moulins.
Un acte de confirmation en 927 est signé au « Château de Déols », l'actuel Château Raoul, un lieu situé sur un escarpement en rive gauche de l'Indre à deux kilomètres en aval du monastère et dont l'existence est déjà mentionnée dans l'acte de 917. C'est ce dernier emplacement qui est à l'origine de l'agglomération castelroussineCette particularité a suscité toute une série de confusions. Ainsi lorsque l'on évoque des deniers en argent de Déols, il ne s'agit pas de monnaies frappées à l'abbaye de Déols, comme ce fut le cas à l'abbaye Saint-Martin de Tours, mais de monnaies émises par les seigneurs de Déols depuis Châteauroux..
Vers 934, Odon, le deuxième abbé de Déols, ainsi que de Cluny, réputé comme un excellent réformateur de monastères, obtient du pape Jean XI le droit de recevoir ceux qui souhaiteraient quitter leur monastère d'origine pour rejoindre celui de Déols « dans le but de mener une vie plus parfaite »..
Construction de l'abbaye vignette|gauche|Plan reconstitué de l'abbatiale. Les parties en noir sont visibles. À gauche sur le plan, la chapelle Notre-Dame des Miracles. vignette|Abbaye de Déols, coupe transversale sur la nef reconstituée. La Chronique de Déols signale que le monastère est complètement rénové en 991. Toujours d'après la Chronique de Déols, une seconde dédicace du monastère de Déols aurait eu lieu en 1021.. L'abbaye Notre-Dame de Déols fut le lieu d'inhumation des seigneurs de Déols, puis de Châteauroux, depuis sa fondation jusqu'à Guillaume de Chauvigny mort en 1233. Les relations avec l'archevêché de Bourges furent souvent tendues sauf, comme le rapporte le poète et historien Baudri de Bourgueil (1046-1130), sous l'abbatiat d'Audebert de Montmorillon qui était déjà abbé de Déols (1087-1097) lorsqu'il devient également Archevêque de Bourges (1092-1097) et qui est présent en lors du concile de Clermont où le pape Urbain II appelle à la première croisade.
Les nombreux dons d'églises, de chapelles, de prieurés et de terres qu'obtient rapidement l'abbaye déoloise attestent de son rayonnementLa liste des possessions de l'abbaye de Déols a fait l'objet d'une bulle de confirmation par le pape Pascal II, traduite et commentée par .. Le livre IV de la Chronique universelle, écrite vers 1175, parle de la riche abbaye de Déols comme de la « mamelle de saint Pierre ». Cet enrichissement considérable se manifeste dans la construction de la grande église abbatiale du . En réalité cet édifice est un chantier de construction permanent s'étalant sur plus d'un siècle. Finalement sa longueur, restituée grâce aux investigations menées de 1924 à 1926, atteint , pour de large et une hauteur sous le vaisseau central de . Par comparaison l'église abbatiale de Saint-Denis a de long, Saint-Martin-de-Tours , la cathédrale de Bourges , et pour Cluny III dont la construction n'est pas encore achevée en 1130... Entre 250 et 300 personnes vivent dans l'abbaye dont une centaine de moines.
En 1107 lors de son voyage en France pour rechercher des appuis dans sa lutte face à l'empereur Henri V, le pape Pascal II visite les monastères relevant directement de son autorité et effectue de nombreuses consécrations. Présent à l'Abbaye Notre-Dame de Déols au mois de , Pascal II consacre l'autel de saint Pierre et de saint Paul, l'évêque de Plaisance consacrant l'autel de Notre-Dame et Léger (Léodegarius), l'archevêque de Bourges, consacrant l'autel du bienheureux apôtre saint André..
Une architecture à la limite de trois zones d'influence La puissance du monastère repose avant tout sur ses possessions foncières et ses patronages sur les paroisses. Ainsi en 1115, 162 églises, chapelles et prieurés dépendent de l'abbaye Notre-Dame de Déols. Ces biens se trouvent essentiellement dans les départements de l'Indre, du Cher, de l'Allier et de la Creuse.
Jusqu'au milieu du , le Bas-Berry relève du duché d'Aquitaine, d'où les rapports privilégiés de l'abbaye Notre-Dame de Déols depuis le avec le sud-ouest.
Dans la première moitié du l'abbaye Notre-Dame de Déols est également un lieu de rayonnement intellectuel. Elle abrite le célèbre moine Hervé de Déols (ou Hervé de Bourg-Dieu).Son œuvre écrite, celle d'un représentant de la théologie monastique traditionnelle, est considérable; on la trouve éditée dans le tome 181 de la Patrologie latine publiée par Jacques Paul Migne.. Le rouleau évoquant sa mort vers 1149 ou 1150 lui attribue l'élaboration d'une explication du livre de la Hiérarchie Céleste attribué à saint Denis, des commentaires sur la dernière partie du prophète Ézéchiel, d'autres commentaires sur le Deutéronome, sur l'Ecclésiaste, sur les Livres des Juges, de Ruth et Tobie, une exposition des Épîtres de Paul qui fut considérée comme son chef-d'œuvre, plusieurs explications des leçons des Évangiles et des cantiques...
Après le mariage le d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et duc de Normandie, le Bas-Berry passe sous l'influence du nouveau suzerain et des relations se mettent en place avec l'Anjou. Cinquante ans plus tard, à la suite du traité du Goulet, le , tous les fiefs du Bas-Berry reviennent sous la domination du roi de France Philippe-Auguste et le Bas-Berry s'ouvre pour longtemps à la France du nord.
Ces changements se reflètent directement dans l'évolution de la construction de la grande église abbatiale où des styles architecturaux très différents se succèdent.
Le miracle de 1187 vignette|Le miracle de Déols. On voit que la statue est sur la façade nord. Au printemps 1187 le Berry est le cadre de l'affrontement des Maisons de France et d'Angleterre. Le Bas-Berry est alors aux mains d'Henri II Plantagenêt. Celui-ci refuse de restituer Gisors et le Vexin normand, dot de Marguerite de France, veuve de Henri le Jeune.
De plus, son fils Richard Cœur de Lion refuse l'hommage qu'il doit au roi de France pour l'Aquitaine. Ces raisons suffirent pour que Philippe-Auguste décide la guerre.
Ayant rassemblé son armée à Bourges, Philippe-Auguste s'empare rapidement d'Issoudun et de Graçay, puis marche sur Châteauroux. Henri II Plantagenêt, dès le , avait pris le soin de diviser ses troupes en quatre corps d'armée. Celui de Richard Cœur de Lion s'était immédiatement dirigé sur Châteauroux pour mettre la place en état de défense. Aussi, lorsqu'il apprend que le roi de France s'est emparé d'Issoudun, il donne l'ordre à ses troupes, habituées à se payer sur le pays, de s'approprier l'ensemble des vivres qu'elles pourraient trouver, puis de brûler l'agglomération déoloise et de détruire le monastère.
Le samedi , à la tombée de la nuit, la situation devient critique. Des hommes et des femmes, habitant Déols, se regroupent devant le portail ouest de l'église abbatiale, dont les portes sont closes. Leurs prières adressées à la Bienheureuse Vierge Marie, dont une sculpture peinte se trouve au-dessus du portail, provoquent les railleries de quelques cotereauxD'après le CNRTL : « bandes d'aventuriers et de pillards qui ravagèrent la France dans la seconde moitié du ». appartenant au corps d'armée de Richard. Une pierre, jetée par l'un des soldats sur la statue de la Vierge brise le bras de l'enfant Jésus. Le bras tombe à terre et un flot de sang jaillit de la pierre mutilée ! Quant à l'auteur du sacrilège, il s'effondre sans vie sur le sol.
La nouvelle se répand pendant la nuit parmi les soldats de Richard, créant une véritable psychose. Le lendemain, des chevaliers viennent constater le prodige. On se dispute les pierres tachées de sang comme de précieuses reliques, et on retrouve le bras de pierre, encore humide et rouge de sang. Un « illustre personnage » prend alors furtivement ce bras et l'enveloppe dans un voile ; en se mêlant à la foule, il parvient à dissimuler son larcin. D'après l'historien Jean Hubert., cet illustre personnage pourrait être Jean sans Terre. Le soir même, le comte Richard est sur les lieux. Il publie un édit punissant de mort quiconque oserait porter la main sur les biens de l'abbaye. Le roi d'Angleterre en personne, accompagné de ses fils, vient visiter le monastère.