Flavia Domitilla ou Flavie DomitilleClaude Laporte, Tous les saints de l'Orthodoxie, p. 246., plus simplement appelée Domitille, est un membre de la famille impériale romaine des Flaviens, morte après 95, mentionnée par des historiens des trois premiers siècles. Fille de Domitille la Jeune, et donc petite fille de l'empereur romain Vespasien (69–79) et nièce des empereurs Titus (79–81) et Domitien (81–96), elle épouse son cousin le consul romain Titus Flavius Clemens (vers 50 – 95). Dion Cassius dit qu'elle fut accusée d'« athéisme » (accusation qui visait les adeptes du christianisme, du point de vue païen officiel) et exilée sur l'île de Pandateria.

L'historien ecclésiastique Eusèbe de Césarée (vers 265 – 339) parle de Flavia Domitilla, non comme épouse mais comme nièce du consul, reléguée sur une île parce qu'elle a confessé sa foi chrétienne. Les historiens divergent sur le fait qu'il s'agisse de la même personne.

Les Actes des saints Nérée et Achillée du , au récit sans doute plus légendaire qu'historique, parlent d'une Flavia Domitilla, vierge et martyre, identifiée avec la nièce présumée de Domitien, sans qu'il y ait cependant de preuve historique formelle. Concernant celle-ci, voir Flavia Domitilla (fille de Plautilla).

Il y a également une tradition juive relative à Flavia Domitille.

Tant l'Église catholique que les Églises orthodoxes vénèrent sainte Domitille et la célèbrent respectivement les 7 et . Pour les Églises orthodoxes, la sainte est l'épouse du consulἩ Ἁγία Δομιτίλλα ἡ Μάρτυς dans Μέγας Συναξαριστής, version en ligne d'une publication homonyme de l'Église de Grèce. Pour l'Église catholique, la sainte est sa nièceRomae commemoratio sanctae Domitillae, martyris, quae filia sororis Flavii Clementis consulis, cum in perecutione Domitiani imperatoris accusata esset deos alienos negandi, ob Christi testimonium cum aliis in insulam Pontiam deportata, longum ibi martyrium duxit (Martyrologe romain, édition 2004, p. 274. ).

Sources classiques Flavia Domitilla, fille de Domitille la Jeune et donc petite fille de Vespasien et nièce de Titus et Domitien épouse son cousin Titus Flavius ClemensPIR² F 418.Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, ., un petit-neveu de Vespasien. Ils ont sept enfantsCorpus Inscriptionum latinarum (CIL), VI, 8942 et 16246. dont deux fils, tous deux appelés Titus Flavius, nés vers 88 et 90, qui sont éduqués par Quintilien (35–96) Quintilien, Institutio Oratoria, iv. 1, § 2. On suppose que c'est pour cette raison que les ornamenta consularia ont été décernés à QuintilienAusonius, Grat. Act, 10.7.204.Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, .. Selon Suétone dans la Vie des douze Césars, Domitien les a ouvertement reconnus, alors qu'ils étaient très jeunes, comme ses successeurs, changeant leur nom, l'un en Vespasien et l'autre en DomitienBrian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, ..

Titus Flavius Clemens est consul en 95 avec Domitien, mais ce dernier le fait exécuter dès la fin de son consulat, qui se termine le 95 pour ce que Suétone (vers 70 – vers 122) appelle une raison futile. L'historien grec Dion Cassius (vers 155 - après 235) dit que c'est parce que Flavius Clemens et sa femme étaient accusés « d'athéisme, accusation qui fit condamner également beaucoup d'autres personnes convaincues de s'être laissées entraîner aux coutumes des Juifs », que le premier a été exécuté et sa femme, Flavia Domitilla, « parente » (συγγενῆ) de Domitien, a été exilée à l'île de Pandateria.

Suétone, dans sa Vie de Domitien, dit que Stephanus/Στέφανος/Étienne, l'assassin principal de l'empereur le , était intendant d'une Domitille, dame si bien connue par les lecteurs que pour Suétone il suffit de la nommer sans en dire rien de plusSuétone, Vie de Domitien, chapitre XVII.

Dans sa Vie d'Apollonios de Tyane, Philostrate d'Athènes (mort vers 244/249) dit que Clemens a eu pour femme une sœur de Domitien :

Il semble que Philostrate se soit trompé, car nous savons par Suétone que Domitille la Jeune, la sœur de Domitien, mourut avant que son père Vespasien ne parvînt à l'empire. Et par Quintilien nous savons que Domitien lui confia les petits-fils de sa sœur, les fils de Flavius Clemens. Donc l'épouse de celui-ci est la fille de la sœur de l'empereur, non pas sa sœurJean Éracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, .Andrew Cain, Saint Jerome, 2013, 2013, .Bernard William Henderson, Five Roman emperors : Vespasian, Titus, Domitian, Nerva, Trajan, A.D. 69-117 (Cambridge University Press 1927), p. 48.

Il est aussi possible que l'erreur ne soit pas de Philostrate mais d'un copiste de son texte, qui aurait changé άδελφιδήν (nièce) en άδελφήν (sœur)Stephane Gsell, Essai sur le règne de l'empereur Domitien (Thorin et Fils 1894), p. 297 ; extrait.

Épigraphie Il semble que les catacombes de Domitilla aient été nommées en référence à Flavia Domitilla. Sur le terrain où ces catacombes ont ensuite été creusées, on a trouvé , c'est-à-dire grâce à la générosité de Flavia DomitillaPhilippe Pergola, La condamnation des Flaviens chrétiens sous Domitien : Persécution religieuse ou répression à caractère politique ?, Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité Année 1978, Volume 90, Numéro 1, .. Dans le voisinage, on avait déjà trouvé au l'épitaphe en vers du nain phrygien Hector, dévot de Cybèle et d'Attis, d'abord cocher et lutteur, puis, semble-t-il, bouffon au service de Domitille, qu'il remercie, dans son inscription funéraire, d'avoir permis que son petit corps pût reposer dans une terre non exiguëCorpus Inscriptionum latinarum (CIL), 1098.. Flavia Domitilla prit donc une part active à la destination funéraire de sa propriété de la voie ArdéatineJean Éracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, .Philippe Pergola, La condamnation des Flaviens chrétiens sous Domitien : Persécution religieuse ou répression à caractère politique ?, Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité Année 1978, Volume 90, Numéro 1, ., et ces concessions furent le point de départ des catacombes de Ste Domitille, le plus grand cimetière chrétien de la Rome souterraineÉracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, .

À cette époque, la catacombe n'existe pas encore et les inhumations ont lieu sur le terrain qui dans la terminologie chrétienne va devenir plus tard un des cœmeteria (dortoirs), puisque dans la croyance des premiers chrétiens, les morts étaient seulement endormis jusqu'au retour imminent de Jésus-Christ. C'est aussi sur ce terrain qu'a été enseveli sainte Pétronille, peut-être une descendante de Titus Flavius Petro, le grand-père de l'empereur Vespasien. Vers 96, c'est à côté de cette tombe que sont ensevelis les saints Nérée et Achillée, associés ensuite légendairement à une sainte Flavia Domitilla.

Une Flavia Domitilla, peut-être la même que la propriétaire du terrain du cimetière, possédait probablement une résidence sur le mont Palatin où on a retrouvé plusieurs tuiles estampillées à son nomCIL, 1139.Jean Éracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, ..

Le souvenir de Domitille et les catacombes

Encore aujourd'hui, de Domitille composée de de galeries souterrainesN. Zimmerman, Project: The Domitilla-Catacomb in Rome, le plus ancien des réseaux funéraires souterrains de Rome. « Elles fournissent également un aperçu étendu de toutes les phases et phénomènes d'une nécropole paléochrétienne. » On y trouve notamment une fresque de la Dernière Cène datant du . Des tombes païennes isolées et des sépultures anonymes de la communauté chrétienne ont contribué à former un immense réseau de galeries au .

Ainsi le texte de la dalle de fermeture d'un loculus postérieure au mentionne encore le nom de Domitille, plus de deux siècles après sa mortPhilippe Pergola, La condamnation des Flaviens chrétiens sous Domitien : Persécution religieuse ou répression à caractère politique ?, Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité Année 1978, Volume 90, Numéro 1, .. témoignent aussi du lien entre le cimetière et le souvenir de Domitille. Ce sont des éléments significatifs; Domitille a donc très probablement fait des séries de donations

Arbre généalogique

Tradition juive

Des auteurs juifs médiévaux ont identifié la femme du consul appelé Kelomenos dans le Talmud à Flavia Domitilla et son mari Kelomenos à Titus Flavius Clemens, considérés comme des convertis au judaïsme. Kelomenos étant une déformation possible du nom Clemens. Toutefois certains historiens comme Simon Claude Mimouni estiment que cette identification n'est pas assurée dans la mesure où il semble y avoir eu de nombreux Clemens. D'autres critiques, font remarquer que dans le Talmud la femme de Kelomenos/Clemens est une sœur de Titus, alors que Flavia Domitilla n'est pas une sœur de Titus, mais sa nièce. Gsell dit : « Le rapprochement est très forcé et ne semble pas pouvoir être accepté ».

Tradition chrétienne ancienne Eusèbe de Césarée (vers 265 – vers 340), dans son Histoire ecclésiastique affirme en relation à l'empereur Domitien :

Aussi dans sa Chronique Eusèbe dit, selon la traduction faite par Jérôme (vers 347 – 420) :

Sur la base d'informations dérivées indirectement d'Eusèbe, Georges le Syncelle (vers 900) affirmeW. Treadgold, The Middle Byzantine Historians (Springer, 2013):

Ainsi Eusèbe semble attribuer à un écrivain non chrétien, nommé en latin Bruttius, en grec Βρέττιος, l'affirmation de l'existence d'une victime de Domitien, une chrétienne dont la parenté avec Flavius Clemens est décrite, non pas comme épouse, mais comme fille de sœur (traduction de Jérôme) ou comme ἐξαδέλφη, terme ambiguë qui peut signifier soit nièce ou cousine (indication de Georges le Syncelle).

En outre, tandis que Dion Cassius indique Pandataria comme l'île de l'exil de l'épouse de Flavius Clemens, Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique et dans sa Chronique (selon les versions de Jérõme et du Syncelle) atteste de la relégation de la nièce du même Flavius Clemens à l'île de Pontia.

Giovanni Battista De Rossi proposa l'identification de ce Bruttius avec , un auteur du , contemporain des faits dans sa jeunesseGilbert Charles-Picard, Un collaborateur d'Hadrien : le consulaire Bruttius Praesens, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1949, Volume 93, , .. Cette opinion est qualifiée comme traditionnelle.. Mais d'autres observent que la coïncidence du nom ne suffit pas pour identifier ce Bruttius; et quelques-uns supposent même que l'œuvre attribuée à Bruttius a été écrite en réalité par un chrétienT.J. Cornell (réd.), The Fragments of the Roman Historians (Oxford University Press 2013), vol. I, pp. 593–595.

S. Jérôme rapporte aussi qu'à son époque ceux qui passaient par l'île de Pontia allaient voir, au moins pour intérêt touristique, les cellules où « Flavia Domitilla, la plus illustre femme de son siècle » était censée avoir passé son long exil dans l'îlePeter Lampe, Christians at Rome in the First Two Centuries: From Paul to Valentinus, T & T Clark International, 2003, Mohr Siebeck, Tübingen, , note : « At the time of Jerome, tourists to the island of Pontia were shown the cells in which the Christian Domitilla was alleged to have spent her exile ».. De la veuve Paula il raconte : « Étant arrivée à l'île de Pontia, si célèbre par l'exil de Flavia Domitilla, la plus illustre femme de son siècle, laquelle y fut reléguée par l'empereur Domitien à cause qu'elle était chrétienne, et voyant les petites cellules où elle avait souffert un long martyre, il sembla que sa foi y prit des ailes, tant elle se sentit touchée du désir de voir Jérusalem et les lieux saints. Elle trouvait que les vents tardaient trop à lever, et il n'y avait point de diligence qui ne lui semblât fort lente »Jérôme de Stridon, Ep. 108.7.1Saint Jérome, lettre CVIII, 7.