Témoignage chrétien est initialement une publication d'inspiration chrétienne éditée pendant l’Occupation allemande par le mouvement de Résistance intérieure française, dont le titre complet était Les Cahiers du Témoignage chrétien. Elle était dirigée par le prêtre jésuite Pierre Chaillet. Treize numéros ont paru clandestinement de 1941 à 1944, contenant des dossiers assez volumineux puisque chaque « cahier » pouvait contenir plusieurs dizaines de pages.

Après la Libération, le journal Témoignage chrétien prend la suite, sous la houlette de Georges Montaron, son directeur de 1949 à 1996, qui oriente les combats initiés pendant la clandestinité vers les luttes pour la décolonisation, contre la torture…

En difficulté financière depuis plusieurs années, il lance, au début de 2009, un appel au soutien de ses lecteurs. Depuis 2018, sa publication a pris la triple forme d'une lettre hebdomadaire, d'une revue trimestrielle et d'un site internet. Il demeure ainsi l'un des derniers journaux issus de la Résistance à être encore publiés.

Histoire Trois périodes peuvent être considérées dans l'histoire du Témoignage chrétien : Le Témoignage chrétien de la Résistance ; Le Témoignage chrétien de Georges Montaron ; Le nouveau Témoignage chrétien.

La première couvre la période du à la Libération et correspond à l'occupation allemande de la France, la seconde va du au , dates de la gérance de Georges Montaron, et la troisième débute par la transformation de la SARL en société anonyme avec actionnaires. C'est toujours celle-ci qui anime et administre le journal. Parmi ces actionnaires l'association Témoignage Chrétien (ex association Pierre Chaillet) est l'actionnaire principal, non majoritaire. Elle regroupe plusieurs centaines de lecteurs et amis et a reçu en capital les actions des fondateurs dont elle entend prolonger et préserver l'idéal.

Chacune de ces trois phases peut être caractérisée par une certaine structure juridique : le Témoignage chrétien de la Résistance est clandestin et sans structure officielle, le Témoignage chrétien dirigé ensuite par Georges Montaron atteint dans les années 1950 un fort tirage ( et ) tout en ne reposant que sur une faible structure financière (SARL de ). Le Témoignage Chrétien actuel reste très fragile, il diffuse à un peu moins de , pour un résultat financier équilibré enfin depuis fin 2013, après des années d'exercice déficitaire. Son conseil d'administration est présidé depuis par Guy Flury.

La Résistance Fondation vignette|upright|Pierre Chaillet (1900-1972).

Dès les années 1930, le père Pierre Chaillet, un jésuite qui effectue de nombreux séjours en Autriche et en Allemagne pour y étudier la théologie allemande, prend conscience de la montée du nazisme et du danger que représente cette idéologie. En 1939, il écrit L’Autriche souffrante, livre dans lequel il dénonce les persécutions contre les catholiques et les juifs autrichiens consécutives à l’AnschlussPierre Chaillet, L'Autriche souffrante, 1939.. À la suite de l’occupation de la France par l'Allemagne, c'est lors d’une rencontre organisée par Stanislas Fumet entre les jésuites Pierre Chaillet, Gaston Fessard et Henri Frenay, le chef du réseau Combat, que naît le projet d'un périodique résistant, distribué sous le manteauGuy Boissard, Quelle neutralité, face à l'horreur, le courage de Charles Journet, éd. St Augustin, 2000, , ., notamment par Marius Jolivet. Ils proposent à Pierre Chaillet d’écrire également dans les journaux clandestins Les Petites Ailes, puis Vérités. Sous le nom de Testis, il publie des bulletins religieux où il dénonce l'idéologie nazie et en appelle à la résistance spirituelle. Lorsque ces feuilles clandestines disparaissent pour laisser place à Combat, il décide de créer un journal clandestin spécifiquement chrétien.

Une étape essentielle est franchie avec le ralliement de Louis Cruvillier, un jeune laïc militant de l'Association catholique de la jeunesse française, qui dispose déjà d'un réseau important.

Ces informations sont reprises dans une pétition récente : .

Les Cahiers du Témoignage chrétien upright|vignette|gauche C'est ainsi que le paraissent à Lyon les premiers Cahiers du Témoignage chrétien dont le sous-titre est « France, prends garde de perdre ton âme ». Sous forme d'un opuscule de petit format (d'où le nom de Cahier), le journal contient un vibrant appel à s'opposer au nazisme au nom des valeurs chrétiennes. Il est entièrement rédigé par le père Gaston Fessard, avec une courte présentation du père Chaillet. Témoignage chrétien devait s'appeler Témoignage catholique, l'équipe étant initialement constituée de théologiens jésuites du théologat de Fourvière à Lyon. Mais par œcuménisme et en raison de la participation de protestants dans l'équipe clandestine l'adjectif catholique est changé en chrétien.

Cinquante-trois cahiers seront publiés. Il s'agit de cahiers thématiques de format , de parution irrégulière et numérotés en chiffres romains. Quatorze cahiers concernent le nazisme, sept la décolonisation - (, et à ), cinq le problème palestinien (, et à ). Des cahiers sont également consacrés à l'Église catholique (, , et ), en particulier au sujet de l'affaire Mindszenty (Cahier ) pour laquelle le père Chaillet organise une manifestation avec Georges Montaron comme orateur-intervenant. Pierre Chaillet, en confie l'impression à Louis Cruvillier jusqu'au départ en Suisse de celui-ci en octobre 1942Guy Boissard, , ..

Thèmes et rédacteurs des Cahiers 1941-1945 . « France, prends garde de perdre ton âme », . R.P. Fessard, R.P. Chaillet. Fac similé. - « Notre combat », -janv. 1942. R.P. Chaillet, Stanislas Fumet. - « Les racistes peints par eux-mêmes », févr.-. R.P. Chaillet, Pasteur de Pury. - « Antisémites », avril-. R.P. Chaillet, R.P. Ganne, J. Hours, R.P. de Lubac. - « Droits de l’homme et du chrétien », juin-. R.P. Chaillet, R.P. de Lubac. - « Collaboration et fidélité », octobre-. R.P. Chaillet, R.P. Fessard, R.P. de Lubac. « Les voiles se déchirent », cahier saisi et détruit par la police. - « Défi », janv.-févr. 1943. Cardinal Hlond, R.P. Chaillet. - « Les voiles se déchirent », . J. Vialatoux, R.P. Chaillet, R.P. de Lubac. « Déportation », . A. Mandouze. - « « Où allons nous ? Message de Bernanos », août-. G. Bernanos, R.P. Chaillet. --- « Alsace et Lorraine terres françaises », octobre-. Abbé P. Bockel, É. Bass, R.P. Chaillet, Abbé Held. « Puissance des ténèbres », . R. d’Harcourt, R.P. Chaillet. -, « Exigences de la Libération », . A. Mandouze, R.P. Chaillet, R.P. Chambre, R. d’Harcourt, R.P. de Montcheuil. -, « Espoir de France », . A. Mandouze, J. Hours, J. Lacroix, H. Marroux..

Courrier du Témoignage chrétien Parallèlement aux Cahiers du Témoignage chrétien, de petit format et d'un tirage de , qui ne traite que d'un seul sujet à chaque fois, paraît, à partir de mai 1943, le Courrier français du Témoignage chrétien, journal d'abord de petit format (in-octo) puis de grand format (in-folio) et d'un tirage de puis , dont le sous-titre est Lien du Front de résistance spirituelle contre l'hitlérisme. Le treizième numéro du Courrier du Témoignage chrétien sera diffusé lors de la libération de Paris.

Résistance au nazisme La spécificité du Témoignage chrétien par rapport aux autres journaux de la Résistance est qu'il revendique une « résistance spirituelle » : c’est en référence à l'Évangile et aux idéaux du christianisme que Témoignage chrétien s'oppose au nazisme.

Équipe de rédaction L'équipe de rédaction dirigée par le père Pierre Chaillet comporte plusieurs jésuites, particulièrement du théologat de Fourvière à Lyon, dont Gaston Fessard et Henri de Lubac, des prêtres séculiers dont Pierre Bockel et Alexandre Glasberg, auxquels se joignent des laïcs : André Mandouze, Joseph Hours, Henri Rambaud, Robert d'Harcourt..

Il était imprimé clandestinement par un imprimeur lyonnais, Eugène Pons, qui mourra en déportation..

L'époque Georges Montaron L'ouverture à de nouveaux rédacteurs À la fin de la guerre, le père Chaillet décide de poursuivre la parution de Témoignage chrétien, mais s'écarte des « chrétiens progressistes » regroupés dans Temps Présent. Il se sépare d'André Mandouze, son premier rédacteur en chef, et nomme Jean Baboulène en tant que directeur adjoint.

En 1947, se pose la question de la viabilité financière de Témoignage chrétien. 1947 est une année terrible pour la presse. Il y a de nombreuses grèves et les restrictions de papiers sont encore présentes. Le père Chaillet fait appel à Georges Montaron, jeune résistant, membre des Jeunes chrétiens combattants, président de la Jeunesse ouvrière chrétienne, et administrateur de la Sécurité sociale naissante pour « liquider » Témoignage chrétien. Au contraire, Georges Montaron affirme que le journal est viable moyennant une plus grande rigueur budgétaire. Il propose même de doubler Témoignage chrétien d'un supplément Radio-Loisir, ancêtre de Télérama, dédié aux programmes de radio, au cinéma et aux loisirs. Ayant réussi son pari, Georges Montaron est officiellement embauché à Témoignage chrétien en 1948. L'assemblée générale des actionnaires du , le nomme gérant de l'entreprise. Il sera régulièrement réélu à ce poste jusqu'en 1996.

Témoignage chrétien entre alors dans une ère de rayonnement intellectuel et son tirage atteint les .

Parmi ses collaborateurs : François Mauriac, Robert Barrat, Françoise Dolto, Michel Debré, Jacques Delors, Albert du Roy, Michel Jobert, Piem, le professeur Alexandre Minkowski, Albert Adolf Escuvez, Claude Estier, Jean Boissonnat, Henri Nallet, Jacques Testart, Don Paulo Evaristo Arns (archevêque de Sao Paulo), Georges Suffert, Jean Ziegler, Roger Fressoz, Bernard Schreiner…

D'après Sophie Coignard (La Nomenklatura française, éditions Belfond), Georges Montaron a formé de nombreuses stars des médias : Jean Boissonnat, vice-président du groupe L'Expansion, Pierre-Luc Séguillon, chef du service politique de TF1, Jean Offredo, ancien présentateur du vingt-heures ainsi que le président de cette dernière chaîne, Hervé Bourges, qui a été rédacteur en chef de 1956 à 1962, ou encore Jacques Duquesne, PDG du Point. Georges Montaron a aussi su s'entourer de personnalités atypiques tels le poète breton Xavier Grall et le photographe Élie Kagan. Au premier on doit une rubrique de critique de télévision et au second des reportages photographiques, dont la répression sanglante de la manifestation des Algériens du qu'il couvrit pour Témoignage chrétien.

Seules ses finances restent précaires et, n'ayant pas ou presque pas de publicité, le journal doit régulièrement faire appel à ses lecteurs. Georges Montaron réussit, grâce à leur aide, à doter le journal de locaux et d'une imprimerie, source de revenus substantiels pour la publication.

Combats Témoignage chrétien est l'un des premiers médias à prendre parti pour la décolonisation, en Indochine, Maroc, Tunisie et Algérie. Le journal dénonce la torture pratiquée par l'armée française aussi bien en Indochine (reportages de Jacques Chégaray, provoquant un incident à l'Assemblée nationale) qu'en Algérie, en publiant le dossier Müller, témoignage posthume d'un jeune scout sur ce qu'il avait vécu en Algérie.. Cette ligne politique l'amènera à attirer l'attention sur la question du statut des peuples palestiniens, kanaks et sahraoui.

Pendant la Guerre d'Algérie, le journal est régulièrement saisi par la police française (96 fois). et son directeur poursuivi par la justice pour diffamation envers l'armée.. Ses détracteurs assimilent les prises de position du journal à une trahison ; ainsi, Jacques Soustelle déclare en à l'Assemblée Nationale que « Témoignage Chrétien était avec Le Monde, France Observateur et L’Express, un des quatre grands de la contre propagande française »Témoignage Chrétien et le dossier Jean Muller..