vignette|droite|upright=1.2|L'Arche de Noé. Tableau d'Edward Hicks (1846). vignette|droite|upright=1.2|Représentation par un artiste de la construction de l'Arche dans La Chronique de Nuremberg (1493). vignette|droite|upright=1.2|Détail du vitrail de la fin du L'Arche de Noé (église Saint-Étienne-du-Mont, Paris). vignette|droite|upright=1.2|L', créé par l'association créationniste Answers in Genesis, est censé être une réplique de l'arche de Noé contenant des animaux empaillés. L’arche de Noé est, d'après la Bible, un navire construit sur l'ordre de Dieu afin de sauver Noé, sa famille (sa femme, ses trois fils ainsi que leurs épouses) et ainsi qu'un couple (ou sept couples) de toutes les espèces animales pour les sauver du Déluge sur le point d'advenir.

L'histoire figure dans le livre de la Genèse, du chapitre 6 au chapitre 9, correspondant à la Parasha Noah. Noé est souvent mentionné dans le Coran, particulièrement dans la sourate 11, intitulée « Houd », des versets 27 à 51.

Étymologie du terme arche L'arche de Noé et la caisse dans laquelle Yokébed expose Moïse sur le Nil viennent de l', tevah. L'Arche d'alliance qu'abriteront successivement le tabernacle de l'exode puis le Saint des saints du Temple de Jérusalem vient de l', ’arôn. Les deux termes hébreux ont été traduits dans la Vulgate par un terme latin unique signifiant meuble, armoire, caisse, coffre, mais aussi sarcophage, bière, cercueil..

Tevah est un mot probablement emprunté de l'égyptien, soit de db’t signifiant sanctuaire, sarcophage, ou de tbt avec le sens de coffre..

Présentation

Selon l'hypothèse documentaire, cette partie de la Genèse se fonde sur deux sources anciennes quasiment indépendantes l'une de l'autre, et n'a atteint sa forme définitive que vers le Ce processus de consolidation graduelle permettrait d'expliquer les confusions et les répétitions du texte. Certains fondamentalistes bibliques, qui rejettent cette analyse, tiennent l'histoire de l'Arche de Noé pour véritable, affirmant qu'elle n'a qu'un seul et unique auteur et que toute incohérence apparente peut s'expliquer rationnellement. Les plus convaincus ont tiré de cette posture une série de déductions très variées sur la taille du bateau, son matériau de construction ou encore la date précise du Déluge.

vignette|L'arche de Noé par Ephraim Moses Lilien (1914). Les récits bibliques de l'arche de Noé présentent des similitudes avec un mythe mésopotamien décrit dans le Poème du Supersage datant du , dans la légende de Ziusudra qui pourrait elle aussi dater de la fin du , puis repris au au plus tard dans la version assyro-babylonienne « standard » de l'Épopée de Gilgamesh, mythe qui raconte comment un Sage appelé Atrahasis, Ziusudra ou Uta-Napishtim selon les différentes versions du mythe, fut invité par le dieu Enki/Ea à construire un navire, dans lequel il pourrait échapper au déluge envoyé par l'assemblée des grands dieux.. D'autres versions, d'une ressemblance plus approximative, peuvent se retrouver dans de nombreuses cultures à travers le monde. L'histoire de l'arche a fait l'objet par les religions abrahamiques d'interprétations abondantes, mêlant raisonnements théoriques, problèmes pratiques et considérations allégoriques : les commentateurs, ainsi, pouvaient aussi bien se poser la question de la gestion du fumier que celle de l'arche comme première incarnation d'une Église offrant le salut à l'humanité.

Dès le début du , le développement de la biogéographie en tant que science naturelle réduisit progressivement le nombre de personnes prêtes à soutenir une interprétation littérale de l'aventure de Noé. Les fondamentalistes bibliques, cependant, continuent à parcourir la région du mont Ararat au nord-est de la Turquie (auparavant d'Arménie occidentale), là où la BibleGenèse 8,4. dit que l'arche de Noé se serait échouée à la fin de son périple. D'après le Coran, elle se serait plutôt établie sur le mont Djoudi.

Récit vignette|Construction de l'arche. Cathédrale de Monreale (début ) vignette|Sortie de l'arche. Chapelle palatine de Palerme (fin )

L'histoire de l'arche de Noé, d'après les chapitres 6 à 9 du livre de la Genèse, commence lorsque Dieu observe la méchanceté et la perversité des hommes, et décide de faire tomber un déluge sur la Terre pour y détruire toute vie, « depuis l'homme, jusqu'aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du cielGenèse 6 : 7. ». Un homme, Noé, trouve toutefois grâce aux yeux de Dieu, car il apparaît « juste, intègre parmi ses contemporains et il marchait avec DieuGenèse 6 : 9. ». Il est choisi, dans ces conditions, pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu, pour cette raison, dit à Noé de construire une arche et rentre dans des spécifications très précises :

Ces mesures correspondent à une grande barge sans mât, d'environ de long, de large et de haut. Dans le passage suivant, Dieu dit à Noé d'engranger des vivres dans l'embarcation, puis d'emmener avec lui sa femme, ses fils Sem, Cham et Japhet ainsi que les épouses de ces derniers, sans oublier des spécimens de toutes les espèces animales existantes :

vignette|gauche|upright=1.1|Peinture d'une église luthérienne près de Bamberg, en Haute-Franconie : à l'arrivée des eaux, seuls les êtres vivants réfugiés sur l'arche de Noé purent survivre, et tous les autres trouvèrent la mort (Genèse 7:21).

Une fois l'arche terminée, Noé monta à bord avec toute sa famille et les animaux, et « ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s'ouvrirentGenèse 7 : 11. ». La pluie tomba ensuite sans discontinuer sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux finirent par couvrir même les plus hautes montagnes, qu'elles dépassèrent de plus de quinze coudées. Toutes les créatures vivantes s'éteignirent, et seuls Noé et les siens purent survivre.

Finalement, au bout d'environ 220 jours de navigation, l'arche vint s'échouer sur les monts d'Ararat, et les eaux refluèrent encore quarante autres journées avant qu'apparaissent les sommets des montagnes. Noé décida alors d'envoyer en éclaireur un corbeau, « qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terreGenèse 8 : 7. ». Noé fit ensuite sortir la colombe, laquelle ne trouva aucun endroit dégagé des eaux où poser ses pattes et revint auprès de lui. La tentative fut renouvelée après sept autres jours, et cette fois la colombe revint avec « dans le bec un rameau tout frais d'olivierGenèse 8 : 11. », ce qui apprit à Noé que le niveau des eaux avait enfin diminué. Il lâcha la colombe une nouvelle fois après une semaine, et l'oiseau ne revint cette fois plus du tout. Ce signal annonçait la fin de l'épreuve :

Noé fit ensuite de nombreux sacrifices à Dieu sur un autel qu'il édifia pour l'occasion. Satisfait de ce comportement, Dieu se résolut pour sa part à ne plus jamais maudire la terre à cause de l'homme, et à ne plus jamais détruire toute vie de cette manière. En signe de cette promesse, Dieu mit un arc-en-ciel dans les nuages et déclara que « lorsque j'assemblerai les nuées sur la terre et que l'arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l'alliance qu'il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants »Genèse 9 : 14 ~ 15..

Critique textuelle du récit de l'arche vignette|droite|upright=1.1|Le DélugePentateuque d'Ashburnham (folio 009r) Bibliothèque nationale de France.

Les 87 versets de l'histoire de l'arche laissent parfois une impression de confusion : pourquoi le récit précise-t-il à deux reprises que l'humanité s'était corrompue mais que Noé devait être sauvéComparer Genèse 6 : 5 ~ 8 et 6 : 11 ~ 13. ? Noé reçut-il l'ordre d'emmener un couple de chaque animal pur dans l'arche ou bien septComparer Genèse 6 : 19 ~ 20 et 7 : 2 ~ 3. ? La crue dura-t-elle quarante ou cent cinquante joursComparer Genèse 7 : 17 et 7 : 24. ? Qu'arriva-t-il précisément au corbeau qui quitta l'arche en même temps que la colombe et « alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre », près de deux à trois semaines plus tard ? Le récit, de plus, semble comporter deux dénouements logiques distinctsRespectivement Genèse 8 : 20 ~ 22 et 9 : 1 ~ 17.. Ce type de questions, dans la Bible, n'est pas exclusif de l'histoire de l'arche ou même du livre de la Genèse dans son ensemble, et les tentatives pour y répondre ont mené à l'émergence d'une école de pensée dominante sur l'analyse textuelle des cinq premiers livres de la Bible, celle de l'hypothèse documentaire.

Selon cette hypothèse, ce récit de l'arche trouve son origine dans deux sources, le document sacerdotal (P) et le document non-P (auparavant appelé document jahviste J). La source non-P est la plus ancienne des deux : elle est vraisemblablement rédigée au royaume de Juda, à partir de textes et de traditions encore plus lointaines, et aurait vu le jour peu après la séparation des deux royaumes de Juda et d'Israël, vers l'an 920 av. J.-C. Le récit non-P est de facture plus simple que la version sacerdotale : Dieu envoie les eaux pendant quarante jours (150 dans le document P). Noé, sa famille et les animaux sont sauvés (sept couples de chaque animal pur, ou peut-être simplement sept animaux purs, le texte hébreu étant ambigu sur ce point). Noé construit ensuite un autel et procède à des sacrifices, puis Dieu s'engage à ne plus tuer ainsi tout être vivant. Le document jahviste ne fait cependant aucune mention d'une alliance passée entre Dieu et Noé...

Le texte sacerdotal semble avoir été élaboré à une époque comprise entre la chute du royaume d'Israël au nord, en -722, et celle du royaume de Juda au sud en -586. Les éléments du document sacerdotal sont beaucoup plus détaillés que ceux de la version jahviste, avec par exemple les instructions pour la construction de l'arche et une chronologie précise. Surtout, il donne au récit sa véritable dimension théologique en ajoutant le passage sur l'alliance entre Dieu et Noé au chapitre 9 et en faisant la toute première mention dans la Bible du rituel sacrificiel juif, ces deux éléments constituant la contrepartie logique du serment de Dieu de ne plus détruire la terre. C'est également à la source sacerdotale que l'on doit le corbeau (le texte jahviste contenant pour sa part la colombe), l'arc-en-ciel, ainsi que l'évocation des « sources du grand abîme et [des] écluses du ciel », le document jahviste se contentant de dire qu'il a plu. Tout comme la source jahviste, l'auteur du texte sacerdotal a dû avoir accès à des textes et à des traditions plus anciennes, aujourd’hui perdues.

La colère de Dieu face à la corruption des hommes, sa décision de se livrer à une terrible vengeance et ses regrets ultérieurs sont autant de thèmes typiques de l'auteur ou des auteurs jahvistes, qui traitent Dieu comme une entité humaine apparaissant en personne dans le récit biblique. Le document sacerdotal, à l'inverse, tend à présenter un Dieu distant et inaccessible, si ce n'est par l'entremise des prêtres aaronites. Ainsi, par exemple, le texte jahviste annonce le sacrifice de sept de chacun des animaux purs (conformément à la tradition biblique), tandis que le texte sacerdotal réduit ce nombre à un seul couple, étant donné qu'aucun sacrifice ne saurait être effectué selon les règles sacerdotales avant que n'advienne le premier prêtre, Aaron, du temps de l'Exode.

L'arche et le littéralisme biblique vignette|gauche|upright=1|Le Retour de la colombe sur l'Arche (The Return of the Dove to the Ark)John Everett Millais, (1851).