La basilique de Superga est une basilique mineure de Turin, œuvre de l'architecte baroque italien Filippo Juvarra.

Situation La basilique de Superga est située au sommet d'une colline, à une dizaine de kilomètres du centre de Turin. Bâtie sur une terrasse artificielle à l'altitude de , elle offre une vue panoramique sur la ville et sur les Alpes et sur tout Turin. Un chemin de fer à crémaillère permet d'y accéder.

Histoire

Lors du siège de Turin par l'armée française de Louis XIV lors de la guerre de Succession d'Espagne, les princes Victor-Amédée II et Eugène de Savoie montent sur la colline de Superga le pour observer le théâtre des opérations. Ils font alors le vœu d'y élever en cas de victoire des armées piémontaises et autrichiennes un lieu de culte dédié à la Vierge Marie.

La ville de Turin ayant été libérée le , Victor-Amédée II tint sa promesse une fois devenu roi de Sicile en 1713 ; il confia les travaux à l'architecte italien Filippo Juvarra (1678-1736).

Les travaux débutent le . Tout au long de la construction, les matériaux sont acheminés sur la colline à dos d'âne sur un très mauvais chemin pierreux, et de grandes quantités de terre sont déplacées pour créer un terrain plat pouvant accueillir la basilique. Celle-ci, inachevée, est inaugurée le par Charles-Emmanuel III (le duc de Savoie). Elle est une des œuvres les plus importantes de Filippo Juvarra, un chef-d'œuvre de l'architecture baroque. Un escalier monumental mène à un grand portique soutenu par huit colonnes corinthiennes d'inspiration classique (Panthéon de Rome). La basilique est surmontée d'un dôme de style baroque de de haut, entouré de deux belles tours symétriques. Le bâtiment mesure de profondeur et de largeur. La basilique est dotée également d'une crypte devant accueillir les dépouilles des princes de la maison de Savoie.

En 1800 (an VII de la République française), il a été proposé de transformer l'église en « Temple de la reconnaissance ». Les tombeaux des membres de la maison de Savoie devaient être transférés dans un autre lieu pour faire place aux cendres de Jacobins morts pour le Piémont. Mais ce projet est resté sans suite.

En 1884, un funiculaire est ouvert pour relier le sommet de la colline de Superga avec le quartier de Sassi à Turin. La ligne, d'environ de long a été électrifiée et transformée en train à crémaillère en 1934. La ligne est toujours en activité avec le matériel roulant de 1934 (pour la locomotive) et 1884 (pour les voitures).

thumb|centre|La basilique sur une xylographie de 1890.

Le site a été affecté par une catastrophe aérienne le , lorsqu'un avion en provenance de Lisbonne a percuté un mur de soutien à l'arrière de la basilique. Cet avion transportait l'équipe et les entraîneurs de l'AC Torino, ainsi que des journalistes, des dirigeants et 4 membres d'équipage, soit 31 personnes. Il n'y eut aucun survivant.. Les murs détruits par l'impact de l'avion sont encore visibles, car il a été décidé de ne pas les reconstruire. Aujourd'hui, cet événement tragique est commémoré par un musée et une plaque sur le bâtiment arrière et une messe solennelle est célébrée le en mémoire des victimes.

Crypte royale

La crypte de la basilique de Superga est aujourd'hui la nécropole de la famille de Savoie. Tous les souverains de Savoie et de Sardaigne depuis Victor-Amédée II de Savoie jusqu'à Charles-Albert de Sardaigne y sont inhumés à l'exception de Charles-Emmanuel IV de Sardaigne (inhumé dans l'église Saint-André du Quirinal à Rome) et de Charles-Félix de Savoie (inhumé dans l'abbaye d'Hautecombe au bord du lac du Bourget en France).

Pendant la conception de la basilique, en 1711, Filippo Juvarra avait prévu de créer un espace souterrain sous le presbytère de l'église, ayant pour fonction l'inhumation des membres de la maison de Savoie. Toutefois, en raison du manque de financement, l'idée a été temporairement mise de côté. Les premiers documents parlant de travaux pour la construction d'une crypte remontent à , lorsque, dans une description de la basilique, on parle de « creuser dans le sol du chœur et du sanctuaire pour former une chapelle souterraine ». Mais ce n'est qu'en 1774 que le roi Victor-Amédée III de Sardaigne ordonne à l'architecte François Martinez, neveu de Filippo Juvara, de fixer le sous-sol pour faire une nécropole royale. François Martinez collabore avec les architectes Bosio, Ravelli et Rana, pendant quatre années. C'est donc en 1778 que Victor-Amédée III inaugure la crypte et commence à faire procéder à l'inhumation de dépouilles royales qui avaient été inhumées dans d'autres endroits.

La crypte est accessible depuis le côté gauche extérieur de la basilique, après avoir parcouru un escalier de marbre et un large couloir. L'espace semi-circulaire situé après l'escalier est orné d'une sculpture en marbre de Carrare que Victor-Emmanuel II de Savoie avait placée à cet endroit en 1878. La sculpture, œuvre de Carlo Finelli, un élève de Antonio Canova, représente l'archange saint Michel combattant victorieusement contre le Diable, une vision anthropomorphique et symbolique de la défense des tombes. La crypte royale se trouve exactement sous le sol de la basilique et son plan est en forme de croix latine. L'intérieur est de style baroque et est donc richement décoré de stucs et de sculptures monumentales. Les symboles et les références à la magie, à l'alchimie et à l'ésotérisme abondent dans toute la décoration. Les sols et les revêtements des murs sont décorés de couleurs vives (en majorité noir, blanc, rouge, vert et or).

Au centre de la crypte se situe la première salle, dite « salle des rois », d'où on peut accéder à quatre autres salles. Les dépouilles royales se répartissent donc dans cinq salles formant la crypte.

Salle des rois (Première salle)

On peut admirer au centre de la « salle des rois » le plus grand tombeau de la crypte, celui de Charles-Albert de Sardaigne. La tradition voulait qu'à leur mort, chaque souverain soit placé au milieu de la crypte, puis déplacé à un autre endroit de la crypte lorsque son successeur venait à son tour à disparaître. Néanmoins on peut encore constater aujourd'hui que le roi Charles-Albert est toujours placé au centre de la crypte car ses successeurs, devenus souverains de l'Italie après son unification, furent inhumés au Panthéon de Rome.

Tout autour de cette salle des rois sont disposées quatre niches à fond noir accueillant quatre statues allégoriques en marbre blanc. Ces statues représentent la Foi (qui tient dans ses mains la croix et le calice), la Charité (qui tient dans ses mains un enfant), l'Espérance et le Génie des beaux-arts (qui tient dans ses mains un triangle inversé reposant sur une sphère). Les statues sont l'œuvre d'Ignazio et Filippo Collino.

On trouve également dans cette salle les cénotaphes de deux rois qui ne sont pas inhumés dans la crypte : Charles-Emmanuel IV de Sardaigne et Charles-Félix de Savoie.

Liste des personnes inhumées dans cette première salle :

Victor-Amédée III de Sardaigne, roi de Sardaigne, prince de Piémont, duc de Savoie ( - ) (fils de Charles-Emmanuel III de Sardaigne et de Polyxène de Hesse-Rheinfels-Rotenburg) Marie-Antoinette d'Espagne, reine consort de Sardaigne, princesse consort de Piémont, duchesse consort de Savoie ( - ) (épouse de Victor-Amédée III de Sardaigne) Victor-Emmanuel de Sardaigne, roi de Sardaigne, prince de Piémont, duc de Savoie ( - ) (fils de Victor-Amédée III de Sardaigne et de Marie-Antoinette d'Espagne) Marie-Thérèse d'Autriche-Este, reine consort de Sardaigne, princesse consort de Piémont, duchesse consort de Savoie ( - ) (épouse de Victor-Emmanuel de Sardaigne) Charles-Albert de Sardaigne, roi de Sardaigne, prince de Piémont et de Carignan, duc de Savoie ( - ) (fils de Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan et de Marie-Christine de Saxe) Victor-Emmanuel de Savoie, duc de Savoie et prince de Naples ( - ) (fils d'Humbert II, roi d'Italie, et de Marie-José de Belgique)

Seconde salle

Du côté droit de la salle des rois se trouve l'entrée de la seconde salle, avec le tombeau du roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne et de ses trois épouses.

On y trouve également le tombeau de Maria Pia de Savoie, épouse de Louis , roi de Portugal et des Algarves. Elle fait partie des rares personnes associées à la famille des Bragance à ne pas être inhumées dans le panthéon royal des Bragance à Lisbonne.

Liste des personnes inhumées dans cette seconde salle :

Charles-Emmanuel III de Sardaigne, roi de Sardaigne, prince de Piémont, duc de Savoie ( - ) (fils de Victor-Amédée II de Savoie et d'Anne-Marie d'Orléans) Anne-Christine de Palatinat-Soulzbach, princesse consort de Piémont ( – ) (première épouse de Charles-Emmanuel III de Sardaigne) Inhumée dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Turin, elle fut réinhumée en 1786 dans la nécropole royale Polyxène de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg, reine consort de Sardaigne, princesse consort de Piémont, duchesse consort de Savoie ( - ) (seconde épouse de Charles-Emmanuel III de Sardaigne) Inhumée dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Turin, elle fut réinhumée en 1786 dans la nécropole royale Élisabeth-Thérèse de Lorraine, reine consort de Sardaigne, princesse consort de Piémont, duchesse consort de Savoie ( - ) (troisième épouse de Charles-Emmanuel III de Sardaigne) Inhumée dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Turin, elle fut réinhumée en 1786 dans la nécropole royale Eugène-Emmanuel de Savoie-Villafranca, comte de Villafranca ( - ) (petit-fils d'Eugène de Savoie-Carignan et d'Élisabeth Anne Magon de Boisgarin, arrière petit-fils de Louis-Victor de Savoie-Carignan et de Christine Henriette de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg, fils de Victor-Amédée de Savoie-Carignan et de Marie-Anne-Victoire-France de Savoie) Maria Pia de Savoie, reine consort de Portugal et des Algarves ( - ) (fille de Victor-Emmanuel II d'Italie et d'Adélaïde de Habsbourg-Lorraine, épouse de Louis de Portugal)

Salle des reines (Troisième salle)

Depuis la seconde salle, une porte permet d'accéder à une troisième salle appelée « salle des reines ».

Celle-ci abrite plusieurs tombes dont celles de Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane (œuvre du sculpteur italien Santo Varni), d'Adélaïde de Habsbourg-Lorraine (œuvre sculptée par Salvatore Revelli et Pietro della Vedova) et de Maria Vittoria dal Pozzo (également œuvre sculptée par Pietro della Vedova).

Liste des personnes inhumées dans cette troisième salle :

Louis-Victor de Savoie-Carignan, prince de Carignan ( - ) (fils de Victor-Amédée de Savoie-Carignan et de Marie-Victoire de Savoie) Il fut réinhumé en 1835 dans la nécropole royale Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg, princesse consort de Carignan ( - ) (épouse de Louis-Victor de Savoie-Carignan) Elle fut réinhumée en 1835 dans la nécropole royale Thomas-Maurice de Savoie-Carignan, prince de Savoie-Carignan ( - ) (fils de Louis-Victor de Savoie-Carignan et de Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg) Victor-Amédée II de Savoie-Carignan, prince de Carignan ( - ) (fils de Louis-Victor de Savoie-Carignan et de Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg) Il fut réinhumé en 1786 dans la nécropole royale Joséphine de Lorraine, princesse consort de Carignan ( - ) (épouse de Victor-Amédée II de Savoie-Carignan) Elle fut réinhumée en 1786 dans la nécropole royale Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan, prince de Carignan ( - ) (fils de Victor-Amédée II de Savoie-Carignan et de Joséphine de Lorraine) Il fut réinhumé en 1835 dans la nécropole royale Marie-Christine de Saxe, princesse de Carignan, puis princesse de Montélard ( - ) (épouse de Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan) Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane, reine consort de Sardaigne, princesse consort de Piémont et de Carignan, duchesse consort de Savoie ( - ) (épouse de Charles-Albert de Sardaigne) Marie-Christine de Savoie-Carignan, princesse de Sardaigne-Piémont ( - ) (fille de Charles-Albert de Sardaigne et de Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane)