thumb|Peinture à la chaux, tableau de Laurits Andersen Ring (1854–1933).

La peinture à la chaux est, comme son nom l'indique, un type de peinture dont le liant principal est de la chaux. Elle est obtenue par mélange de chaux, d'eau, de pigments et d'adjuvant (rétenteur d'eau, dispersant, liant complémentaire…).

Les recettes de peinture à la chaux sont anciennes. La chaux possède des propriétés assainissantes, elle régule l'hygrométrie et l'humidité, assure la protection des murs tout en les laissant respirer. De plus, la peinture à base de chaux possède une transparence particulière intéressante pour certains effets décoratifs.

Fonctions Comme pour les enduits, la peinture à la chaux a deux fonctions : la protection du parement (de pierres, de briques, d’enduit) en couvrant la surface minérale d’une couche de liant pur. Cette couche de liant, légèrement soluble à l’eau, est renouvelée périodiquement. la présentation : intentionnelle ou pas, l’application d’un lait de chaux, (de plâtre, ou d’argile blanche) colore en blanc le parement. À l’intérieur, surtout quand les moyens techniques d’éclairage sont restreints, son rôle réfléchissant est également intéressant. Selon les époques et les pays, l’ajout de pigments a permis de colorer dans une gamme spécifique liée à la nature minérale de ceux-ci.

Matériaux Liants Quand on parle de peinture, il est nécessaire d'étudier leurs liants. Les liants peuvent être distingués selon leur nature. minérale : argile, chaux, plâtre. organique : sucs de plante, résines et gommes, huiles, cires, sang, les détrempes ou tempera (gélatine, méthylcellulose, amidon, œuf, caséine). synthétique : silicate, vinyle, acryl, alkyde.

Les deux premiers sont dits traditionnels par opposition aux liants synthétiques.

Le choix du liant se fera selon plusieurs critères : luminance : chaux aérienne 0,85; chaux hydraulique < 0,75. caractéristiques de l'enduit support : on cherchera à avoir une bonne accroche mécanique, mais aussi une accroche chimique (ionique) - on prendra plutôt une chaux de même nature que celle de l'enduit. conditions de mise en œuvre : pluie, température extérieure, vent, ensoleillement, délai de chantier (la chaux aérienne est sensible plus longtemps à de mauvaises conditions d’application).

La chaux aérienne en pâte C'est la chaux vive éteinte industriellement ou par des moyens artisanaux dans un grand volume d'eau. Elle doit être tamisée pour enlever "les grappiers" (surcuits et incuits). Elle se conserve aussi longtemps qu'elle est dans l'eau sans gaz carbonique. Il est préférable de l'éteindre longtemps à l'avance afin d'être certain de ne pas avoir d'éléments non éteints qui provoqueraient des nuisances.

La chaux en pâte sera délayée jusqu'à une fluidité convenable pour être appliquée à la brosse. L'inconvénient de la chaux en pâte est qu'elle ne permet pas de calculer la coloration et l'adjuvantation par pesée à cause de sa teneur variable en eau.

L'ancienne appellation de cette chaux est : XAN – chaux aérienne naturelle, celle-ci n'est pas normalisée.

Ses caractéristiques colloïdales et l’absence de carbonatation partielle à l’extinction par immersion en font une chaux aérienne d’excellente qualité.

La chaux aérienne en poudre C'est la chaux vive éteinte industriellement par aspersion avec le dixième de son poids en eau. Mélangée à de l'eau, elle se conserve aussi longtemps qu'elle est recouverte par celle-ci. Carbonatée, elle reste légèrement soluble à l’eau.

Comme pour la chaux aérienne en pâte, sa prise se fait par fixation de gaz carbonique: carbonatation. Mesurable en poids et en volume, elle permet de calculer la coloration et l'adjuvantation par pesée. Quand elle est adjuvantée avec des résines, son temps d'utilisation est réduit à une journée maximum.

Appellation normes françaises de production (NFP 15311) : CL (Calcic Lime) ou DL. Son ancienne appellation encore parfois utilisé par les fabricants et maçons et CAEB (Chaux Aérienne Eteinte pour le Bâtiment)

Luminance : 0,85

La chaux hydraulique naturelle C'est la chaux obtenue avec des calcaires contenant de 5 à 20 % d'argile.

Elle est en poudre de couleur blanchâtre à grisâtre. Mélangée à de l'eau, son ouvrabilité est limitée à 5 heures environ (selon la température et l'humidité) par sa prise à l'eau par cristallisation (30 % de carbonatation et 70 % de cristallisation environ). Insoluble.

Appellation normes françaises de production (NFP 15311) : NHL (Natural Hydraulic Lime). L'appellation est complétée par un indice 2 ou 3,5 ou 5

Luminance : Variable selon les calcaires utilisés, est plus faible que celle de la CL

L'eau Dans le lait de chaux et la chaux hydraulique, l'eau assure trois fonctions : donner au lait de chaux sa consistance et en améliorer l'ouvrabilité lors de la mise en œuvre. permettre la dissolution du gazeux et ainsi faciliter la réaction de carbonatation. Après dissolution du gazeux dans l'eau, une petite fraction du aqueux se transforme en acide carbonique ; le réagit alors plus rapidement avec l’hydroxyde de calcium. permettre la cristallisation du carbonate de calcium ().

Les pigments Ce sont les agrégats du lait de chaux. Il est nécessaire qu'ils soient compatibles avec l’alcalinité de la chaux. Leur rôle est d'apporter la couleur. On distingue les pigments d'origine naturelle (ce sont les terres ou ocres) et les pigments d'origine artificielle (ce sont les oxydes métalliques).

Les terres naturelles ou ocres Elles proviennent principalement de la kaolinite et la goethite. Leur pouvoir colorant est plus faible que celui des oxydes. Elles se dispersent facilement dans les laits de chaux et sont plus aisément fixées par ceux-ci.

Les terres les plus couramment utilisées avec la chaux sont : l'ocre jaune l'ocre rouge (actuellement ocre jaune calcinée) la Terre de Sienne naturelle la Terre de Sienne calcinée (ou brûlée) la Terre d'Ombre naturelle la Terre d'Ombre calcinée (ou brûlée) le noir d’ivoire, d’os, de pêche, minéral, de vigne.

Les oxydes Fabriqués industriellement à partir de composés métalliques colorés, les oxydes présentent des difficultés de mise en œuvre avec les laits de chaux (dispersion, fixation par la chaux, stabilité du pigment).

Leur utilisation (à la fin du et au début du siècle) est plus spécifique aux façades et aux décors récents.

Les principaux oxydes utilisés avec des laits de chaux sont : l'oxyde vert (, ajout de sulfate de cuivre), l'oxyde rouge (oxyde de fer), l'oxyde jaune (oxyde de fer), le bleu outremer naturel et son pendant synthétique, le bleu Guimet.

Les terres et les oxydes sont miscibles sans effets indésirables. La couleur des oxydes est moins chaude que celle des terres ou des ocres, mais, en faible quantité, elle permet d'en rehausser la teinte. Les concentrations en oxyde varient selon les pigments.

La mise en œuvre des laits de chaux

La fabrication Préparation : dans un récipient adapté au volume à préparer, verser d'abord les pigments, mélanger ou battre jusqu'à dilution totale puis verser la chaux en fouettant énergiquement. Le mélange doit être agité longuement afin qu'il soit bien homogène. Il est instable et sédimente rapidement, on doit le remuer avant chaque prélèvement afin de garantir un bon résultat.

Dosage eau – chaux

Le dosage eau–chaux dépend de la texture souhaitée. Plus le volume d'eau sera faible par rapport au volume de chaux, plus on obtiendra un lait de chaux épais. La fluidité d'un lait de chaux en modifie l'aspect. Elle dépend de la quantité de chaux et de pigment par rapport à l'eau utilisée. Le lait de chaux sera masquant, « bouche-pores » ou fluide, et son effet colorant sera plus aquarellé.

+Type de lait de chaux Chaulage Badigeon Eau Forte Détrempe Patine Eau de Chaux Eau (en volume de chaux en poudre)12 ‑ 55 ‑ 810 ‑ 2020 ‑ 30</l Pigments en poudre : terre ; oxyde (en % du poids de chaux en poudre)10 ; 525 ; 1565 ; 3595 ; 5585 ; 45

Le chaulage Il avait un rôle d'entretien et d'antiseptique. Épais, il est masquant et laisse apparaître les traces de pinceau (cordage).

Il peut être mélangé à un agrégat très fin.

Badigeon

2 à 5 volumes d'eau pour 1 volume de chaux.

Il ne corde pas mais masque la texture du support.

Coloration : les pigments incorporés au badigeon vont le colorer plus ou moins, selon l'utilisation de terres ou d'oxydes et les quantités employées. Le principe de base est le suivant : on indique la concentration de pigment dans le lait de chaux en donnant le pourcentage en poids de pigment par rapport au poids de chaux. On détermine le poids de chaux en multipliant son volume par sa densité.

L'eau forte et la détrempe à la chaux Le rapport du volume d'eau au volume de chaux est de 4 à 10 pour 1. Par rapport au badigeon, l'eau forte contient la moitié de chaux en moins.

Coloration : Le fait que l'eau forte contienne au minimum deux fois plus d'eau que le badigeon a deux effets : elle est moins épaisse et sa coloration sera plus transparente, aquarellée on pourra, par rapport au badigeon, ajouter un pourcentage de pigment plus important sans trop épaissir le liquide (par l'apport de fines) ; le point de saturation des colorations est de 60 – 65 % pour les terres et 30 – 35 % pour les oxydes par rapport au poids de la chaux utilisée. Au-delà, la coloration ne change plus ; on ne fait qu'épaissir le liquide en ajoutant de la charge.

C’est le lait de chaux utilisé pour peindre « a fresco » (couche fine pouvant être fixée par le support).

La patine Le rapport eau/chaux est de 10 à 30 volumes pour 1 volume.

On l’utilise pour vieillir des pierres neuves posées en tiroir lors de restauration ou des reprises partielles d’enduit.

Coloration : On peut ajouter jusqu'à 95 % du poids de chaux en terres et 55 % en oxydes pour atteindre la saturation de couleur.

L'eau de chaux C'est un filtrat de lait de chaux saturé. Utilisé pour l'humidification et la préparation des supports avant la peinture à la chaux.

Choix Le choix du type de lait de chaux se fera en fonction des résultats visés : aspects « bouche-pores » ou non, couleurs soutenues ou non…

Critères de choix des types de lait de chaux :

Chaulage Sur maçonnerie de moellons, enduit et modénature. Aspect très épais, application rustique (grosse brosse). Généralement blanc, usage sanitaire. Technique à sec.

Badigeon Sur parement enduit, sur modénature. Aspect masquant, épais, cordé (brosse et pinceau). Couleurs peu saturées. Techniques à sec.

Eau forte Sur parement enduit, sur pierre. Aspect aquarellé (brosse et pinceau). Possibilité de couleurs vives et fortement saturées. Technique à sec et à la fresque.

Patine Sur modénature et sur pierre. Grande transparence, privilégie la texture du support (brosse éponge). Permet d'uniformiser et de vieillir les zones d'un parement. Technique à sec et à la fresque.

L'adjuvantation La technique de la peinture à la chaux, peu onéreuse et traditionnelle pour le décor du bâti ancien, comme les techniques d'enduits, donne un résultat qui dépend du respect des conditions de mise en œuvre. Maîtrisée par les anciens, ces hommes de métier l'ont pratiquée avec pragmatisme au cours de siècles d'expérience et l'ont améliorée en utilisant divers liants et adjuvants (œuf, huile ajoutée lors de l'extinction de la chaux, sel d'alun…).

De nos jours, lorsque nécessaire, des adjuvants modernes permettent d’améliorer la qualité des laits de chaux. Traditionnels ou contemporains, les adjuvants, s’ils améliorent certaines caractéristiques, en modifient d’autres : ainsi, la caséine, les résines synthétiques ou l’huile de lin améliorent la qualité des laits de chaux en tant que liants complémentaires ; cependant, ils en réduisent la porosité.

Mise en œuvre

Les outils Badigeons et eau forte s'appliquent à la brosse et au pinceau à rechampir ; la patine s'applique à l'éponge naturelle ou à la brosse.