thumb|upright=1.5|Aspect d'un plant de pomme de terre affecté par une virose.

Les maladies virales de la pomme de terre regroupent un ensemble de maladies causées par différents types de virus qui affectent les cultures de pommes de terre dans le monde et qui, bien qu'elles n'affectent pas la santé humaine ou animale, car il s'agit de virus infectant seulement les plantes (phytovirus), sont chaque année une source de grandes pertes économiques. On a signalé au moins 37 virus qui infectent naturellement les cultures de pomme de terre.Un document de la FAO recense 44 espèces de virus comme pouvant « présenter un risque pour le matériel de micropropagation de pommes de terre » .. Certains de ces virus ont une répartition cosmopolite et une grande importance économique au niveau mondial : il s'agit notamment des virus A (PVA), S (PVS), X (PVX) et Y (PVY), du virus de l'enroulement (PLRV), de la fasciation ou mop-top (PMTV) et de la mosaïque aucuba (PAMV) . Certains autres ont une importance économique seulement dans certaines régions. C'est le cas du virus M dans certains pays asiatiques et européensSalazar, LF 1990. Main virus diseases of potato. In: Control of virus and virus-like diseases of potato and sweet potato. Report of the III Planning Conference. International Potato Centre, Lima. Pérou, 1989, p. 9-12..

Un autre problème est celui de la co-infection des mêmes plantes par deux ou plusieurs virus. Ainsi, l'apparition conjointe des virus X et Y, ou de l'un ou de ces deux virus avec celui de l'enroulement, ou avec le virus A, produit des symptômes beaucoup plus graves qu'en cas d'infection séparée. L'ampleur des pertes économiques liées à un tel effet synergique est variable selon les types de virus en interaction, leurs souches respectives, leur interaction avec le cultivar de pomme de terre hôte, les vecteurs viraux concernés et les facteurs environnementauxFernandez-Northcote, EN 1992. Mejoramiento por resistencia a los principales virus de la papa. Revista Latinoamericana de la Papa. (1992). 4:1-21 1.Bertschinger, L., UC Scheidegger, J. Muñoz, A. Hidalgo. 1995. Efecto de diferentes virus sobre el rendimiento potencial de la papa y su interacción con el estado de brotamiento de tubérculos-semilla en la costa del Perú. Revista Latinoamericana de la Papa. 7 / 8 :36-54 36..

Les maladies virales sont l'un des principaux facteurs limitants de la culture de la pomme de terre dans le monde, non seulement par les dommages directs qu'elles peuvent provoquer mais aussi parce que leurs effets se cumulent dans le temps. Du fait que la pomme de terre est propagée par voie végétative, les virus sont transmis de génération en génération par l'intermédiaire des tubercules, ou portions de tubercules, qui servent de plants. À chaque nouvelle génération, de nouveaux virus de la même espèce ou d'espèces différentes peuvent s'ajouter à ceux déjà existants, ce qui augmente la charge virale de ces plantes. Cette accumulation de virus est la principale cause de l'affection connue depuis longtemps, et bien avant qu'on ait isolé les premiers virus, sous le nom de « dégénérescence de la pomme de terre », dont les conséquences sont la diminution progressive de la vigueur et du rendement des cultures ainsi que l'aggravation des pertes de qualité dues à la diminution de la durée de conservation des tubercules après leur récolte.

La plupart des maladies virales de la pomme de terre peuvent être diagnostiquées par l'apparition de symptômes caractéristiques tels que les motifs en mosaïque sur les feuilles, le retard de croissance des plantes et la déformation des feuilles et des tubercules. Cependant, ces symptômes ne se manifestent pas toujours en raison des interactions possibles entre les virus en cause, la variété de pomme de terre et l'environnement (entre autres la fertilité du sol, le climat et l'âge auquel la plante est infectée). Pour cette raison, on a de plus en plus recours à des techniques de détection sérologiques et moléculaires pour diagnostiquer et caractériser la virose qui affecte une culture avant de décider des moyens de lutte appropriés.

thumb|Le Myzus persicae, puceron vecteur de viroses de la pomme de terre. thumb|upright|Anneaux nécrotiques sur un tubercule de pomme de terre (virus PVY).

Principales maladies virales Virus de l'enroulement de la pomme de terre thumb|left|Symptômes du virus de l'enroulement sur feuillage de pomme de terre.

Le virus de l'enroulement de la pomme de terre, (PLRV, acronyme de l'anglais Potato Leafroll Virus), également connu sous le nom d'« enroulement foliaire », est un Luteovirus limité au phloème, qui est transmis par les pucerons, le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) étant l'un des vecteurs les plus importants. Ce virus a besoin d'au moins 20 à 30 minutes pour être acquis lors d'une ingestion de sève par le vecteur, et de 24 à 48 heures pour être inoculé au cours d'une ingestion similaire, car il a besoin de se déplacer à l'intérieur du système digestif de l'insecte avant de passer par les glandes salivaires et la salive.

Les symptômes du virus de l'enroulement de la pomme de terre comprennent un port dressé caractéristique et l'enroulement classique des limbes foliaires qui donne son nom au virus. En outre, on peut observer une chlorose (jaunissement), ou un rougissement des feuilles, et des taches nécrotiques le long des nervures foliaires dues à la mort des cellules du phloème. La consistance ou la texture des feuilles change aussi car elles deviennent plus coriaces. La réduction de la taille des plantes (symptôme appelé "nanisme") et la nécrose en réseau des tubercules, complètent le répertoire des symptômes des plants de pomme de terre affectés par le virus de l'enroulement.

Du fait que l'acquisition, la transmission et la propagation du virus de l'enroulement nécessitent quelques jours, les applications d'insecticides pour éliminer les insectes vecteurs peuvent être efficaces comme moyen de lutte. L'utilisation comme semence de tubercules indemnes de virus est d'une importance fondamentale pour réussir une culture saine. Pendant la culture, l'élimination des plants présentant des symptômes peut aider à prévenir la dissémination du virus de l'enroulement. De même, une récolte précoce des tubercules peut aider à prévenir une infection tardive en fin de saison. Le virus ne se dissémine ni ne se transmet mécaniquement.

Mosaïques thumb|Symptômes de mosaïque de la luzerne sur des feuilles de pomme de terre.

En pathologie végétale, on appelle "mosaïque" un symptôme caractéristique de nombreux virus dans lequel les feuilles malades présentent des zones indéfinies de couleur vert foncé, alternant avec des zones de couleur plus claire, allant du vert clair au jaune. Les symptômes de mosaïque de la feuille de pomme de terre peuvent être causés par différents virus, individuellement ou en combinaison. Parmi eux figurent les virus X, S et M, ainsi que les virus Y et A de la pomme de terre.

Selon la variante du virus et le cultivar de pomme de terre considérés, le virus X peut réduire le rendement des tubercules de plus de 10 %, ce qui en fait l'un des plus importants virus de la pomme de terre, après celui de l'enroulement foliaire. Il se transmet par les tubercules infectés et par contact. Il n'est pas transmis par les pucerons. Le symptôme caractéristique du virus X est une légère mosaïque des feuilles (c'est-à-dire que les variations de couleur des feuilles ne sont pas nettement marquées) et il est souvent latent (c'est-à-dire que la plante est infectée, mais ne présente aucun symptôme). Les souches les plus virulentes du virus X peuvent provoquer, en plus de la mosaïque, des symptômes plus graves tels que l'enroulement des feuilles et leur nécrose partielle. Par ailleurs, certaines variétés de pomme de terre sont hypersensibles à certaines souches du virus et réagissent à l'infection par une nécrose apicale, c'est-à-dire par la mort de l'apex de la plante.

Le virus S est un virus largement distribué, provoquant en général des symptômes légers. Les cultures affectées par le virus S ne subissent pas de réduction significative des rendements. Il est transmis par les tubercules infectés, par contact et, pour certaines souches, également par les pucerons. L'infection par le virus S est habituellement latente, bien que certains cultivars montrent, lorsqu'ils sont infectés par ce virus, une mosaïque légère ou des bandes de couleur atténuées dans les nervures. Les cultivars les plus sensibles au virus S réagissent par un bronzage sévère (les feuilles prennent une couleur rougeâtre), par des taches chlorotiques qui se nécrosent ensuite, et même par la chute des feuilles (symptôme de défoliation).

Le virus M est moins commun que ceux mentionnés plus haut et ses effets sur le rendement sont peu connus. Il se perpétue par les tubercules infectés et se propage par contact et par les pucerons. Ce virus reste latent chez certaines variétés, mais chez les plus sensibles il occasionne une mosaïque plus ou moins grave et la déformation des feuilles. Dans certaines conditions environnementales, les symptômes peuvent être plus graves, puisque les plantes peuvent développer une nécrose des pétioles et des nervures des feuilles.

Les virus X, S et M sont contrôlés par la sélection clonale au cours de la multiplication des tubercules de semence, c'est-à-dire par l'examen, l'arrachage et l'élimination des plants qui présentent en culture des symptômes de l'infection virale. Cette élimination est efficace seulement si le développement des symptômes est évident, son utilité est quasi nulle dans les cas où l'infection est latente. Il existe des variétés qui présentent une résistance génétique au virus X ^ Salazar, L.F. Identificación y control de enfermedades virales y fitoplasmas de la papa. Simposium Internacional de la Papa. Metepec, Estado de Mexico. 25 et 26 août 1997. ..

Virus de la marbrure et virus latent de la pomme de terre des Andes

Le virus de la marbrure de la pomme de terre des Andes (APMV) et le virus andin latent de la pomme de terre (APLV) sont deux maladies virales communes dans les zones productrices de pommes de terre des hauts plateaux andins du Pérou, de Bolivie et d'Argentine.

Ces deux maladies se transmettent par contact et par des insectes vecteurs. À la différence des viroses précédentes, dans ces deux cas les vecteurs ne sont pas des pucerons, mais des coléoptères.

La première produit habituellement des marbrures (disposition irrégulière de zones sombres et plus claires sur les feuilles) plus ou moins marquées. Les variétés les plus sensibles à ce virus peuvent réagir à l'infection par une nécrose de l'apex, des déformations des feuilles, un nanisme ou retard de croissance.

La seconde est habituellement latente mais provoque souvent sur les feuilles de la chlorose, ou des mosaïques légères et de la rugosité. Le virus latent est transmis par de petits coléoptères du genre Epitrix, tandis que le virus de la marbrure est transmis par d'autres coléoptères du genre Diabrotica.

Ces deux virus se transmettent en outre par contact mécanique direct entre les plantes. Leur effet sur le rendement n'est pas connu, mais on suppose que celui du virus de la marbrure devrait être plus grave chez les variétés sensibles. La méthode de lutte la plus efficace contre ces deux virus passe par la sélection clonale au cours de la propagation de tubercules-plants, et par l'arrachage et l'élimination des plants malades.

Virus de la fasciation de la pomme de terre

Le virus de la fasciation de la pomme de terre (PMTV), également connu sous le nom de virus Mop-Top, est commun dans les régions productrices au climat froid et humide, qui favorise la propagation du vecteur, le champignon Spongospora subterranea. Les pertes économiques dues à cette virose peuvent être très élevées, on a enregistré des baisses de rendement allant jusqu'à 25 %.