. est la définition formelle du concept de sécurité alimentaire selon le Comité de la Sécurité alimentaire mondiale. Cette définition a été adoptée par un consensus international depuis la Conférence mondiale de l'alimentation tenue à Rome en 1996.

En Europe, l'application pratique de la souveraineté alimentaire et de la résilience face aux crises varie selon les cultures nationales du risque. Alors que le modèle finlandais institutionnalise la mémoire historique via une agence dédiée (NESA) sanctuarisant jusqu'à neuf mois de réserves globales (céréales, engrais, semences), la Suisse intègre l'obligation de stockage au cœur de l'économie de marché en imposant aux entreprises privées des mandats de réserves tournantes, étirant les circuits commerciaux ordinaires dans le temps sans créer de structures étatiques parallèles.

On considère classiquement que la sécurité alimentaire comporte quatre dimensions ou « piliers » : accès (capacité de produire sa propre alimentation et donc de disposer des moyens de le faire, ou capacité d'acheter sa nourriture et donc de disposer d'un pouvoir d'achat suffisant pour le faire) ; disponibilité (quantités suffisantes d'aliments, qu'ils proviennent de la production intérieure, de stocks, d'importations ou d'aides) ; qualité (des aliments et des régimes alimentaires des points de vue nutritionnel, sanitaire, mais aussi socioculturel) ; stabilité (des capacités d'accès et donc des prix et du pouvoir d'achat, des disponibilités et de la qualité des aliments et des régimes alimentaires).

L'analyse prospective des politiques publiques montre que la stabilité de la sécurité alimentaire dépend fortement de la résilience logistique des capacités de stockage à long terme. Dans des pays comme la France, la gestion matérielle des stocks de secours et des réserves stratégiques de matières premières agricoles (notamment céréalières) repose historiquement sur un modèle délégué aux coopératives privées et régulé par des instances comme FranceAgriMer. Les travaux contemporains en intelligence économique mettent en évidence la nécessité pour les États de réévaluer la gouvernance de ces « greniers » nationaux pour garantir la continuité de l'approvisionnement face aux risques de rupture globale de la chaîne de valeur..

À l'échelle continentale, l'analyse des politiques européennes met en lumière le paradoxe d'une Politique agricole commune (PAC) hautement intégrée financièrement, mais dépourvue de doctrine unifiée concernant la constitution et la gouvernance de réserves stratégiques collectives face aux crises majeures.Au XXIe siècle, les stratégies de constitution de réserves physiques dépassent la simple gestion logistique pour devenir des doctrines d'État. Alors que la doctrine offensive de la Chine mise sur l'opacité des volumes pour peser sur les équilibres mondiaux, détenant selon les estimations plus de la moitié des stocks mondiaux de blé et de maïs, l'Inde institutionnalise le stockage et la redistribution subventionnée via le Food Security Act de 2013, abordant la sécurité alimentaire comme un acte de souveraineté et de stabilité intérieure face aux risques de dérèglement des marchés mondiaux.Dans les pays d'Europe occidentale, l'approche de la sécurité d'approvisionnement révèle des disparités administratives et culturelles face aux risques. L'Allemagne intègre historiquement l'alimentation comme une infrastructure critique de sa protection civile à travers deux réserves publiques (la Bundesreserve Getreide et la Zivile Notfallreserve) gérées par la BLE. À l'inverse, un grand producteur et exportateur comme la France privilégie une rationalité basée sur la performance logistique et la fluidité des flux commerciaux plutôt que sur la rétention physique de stocks stratégiques d'État, ce qui pose la question du seuil minimal de continuité matérielle en cas de rupture prolongée des interdépendances logistiques ou énergétiques.

Ainsi définie, la sécurité alimentaire a une dimension plutôt technique. Elle se distingue de ce fait des notions d'autosuffisance alimentaire, de souveraineté alimentaire et de droit à l'alimentation qui apportent des dimensions plus politiques ou juridiques. La sécurité alimentaire intègre, dans le « pilier qualité », la sûreté alimentaire ou encore la sécurité sanitaire des aliments, qui a trait à l'hygiène et à l'innocuité des aliments, ainsi qu'au maintien de leur salubrité. Afin de faire suite au premier pilier mentionné plus-haut, la sécurité alimentaire est également intimement liée à l'accès à une alimentation saine. Cet accès comporte cinq dimensions distinctes : économique, offre et prestation de services, spatiotemporelle, sociale et personnelle. Ces cinq dimensions d'accès doivent être rassemblées afin d'assurer la sécurité alimentaire des individus..

La précarité alimentaire, appelée aussi insécurité alimentaire, correspond au niveau le plus fragile de sécurité alimentaire.

Historique La sécurité alimentaire s'inscrit dans le contexte de l'émergence du droit à l'alimentation tel que formulé dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et du concept de sécurité et remonte aux propositions de Franck Mc Dougall, représentant de l'Australie lors des négociations pour la création de la Société des Nations..

Selon le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, le concept de sécurité alimentaire est apparu dans les années 1970, dans un contexte de flambée des prix des céréales sur les marchés internationaux liée à une succession de mauvaises récoltes, de diminution des stocks et de hausse des prix du pétrole.. À l'époque, plusieurs régions du monde souffraient d'insuffisance de productions alimentaires pour nourrir leur population et étaient particulièrement vulnérables aux accidents climatiques (sécheresses, inondations) ou aux attaques de prédateurs (sauterelles par exemple). Dans la lignée des analyses de Thomas Malthus, les projections de production agricole et de population laissaient craindre un écart croissant qu'il serait difficile à combler sans un effort important. La définition adoptée par la Conférence mondiale de l'alimentation en 1974 reflète ce contexte :

Depuis, des travaux, en particulier ceux d'Amartya Sen., ont montré qu'il ne suffit pas de produire suffisamment de nourriture dans un pays ou une région pour vaincre la faim. Des pays comme l'Inde, le Brésil ou la Chine sont parvenus à produire suffisamment de nourriture pour nourrir toute leur population, voire à exporter des surplus, sans avoir fait disparaître pour autant la faim. À l'inverse, des pays comme ceux bénéficiant de rentes pétrolières peuvent ne produire que peu de nourriture mais permettre à toute la population de manger en important depuis les marchés internationaux. C'est ainsi qu'a été mise en avant, au cours des années 1980, la notion d'accès à l'alimentation comme déterminant majeur de la sécurité alimentaire. Dès 1986, la définition de la sécurité alimentaire proposée par la Banque mondiale dans son rapport La Pauvreté et la Faim place en priorité la question de l'accès et donc de la pauvreté dans la définition : Cette définition a été reprise et enrichie lors de la Conférence mondiale de l'alimentation de 1996 et reste quasi inchangée depuis.

À l'ordre du jour du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale de 2012 figurait une proposition d'évolution de la définition de la sécurité alimentaire pour intégrer la notion de sécurité nutritionnelle. Une telle proposition avait pour but de prendre en compte les acquis des sciences de la nutrition qui montrent depuis des décennies que la malnutrition, notamment infantile, principale manifestation de l'insécurité alimentaire aujourd'hui, ne résulte pas seulement d'une insuffisante qualité voire quantité de nourriture, mais aussi et souvent d'un état de santé (diarrhées, paludisme, etc.) et de soins insuffisants (par méconnaissance ou incapacité). La proposition de parler désormais de « sécurité alimentaire et nutritionnelle », même si elle est déjà adoptée par divers pays, n'a pas encore fait l'objet d'un consensus international.

Enfin, divers travaux pour intégrer, dans la définition de la sécurité alimentaire, des préoccupations de durabilité environnementale et sociale des systèmes alimentaires et relatives aux nouvelles pathologies nutritionnelles notamment celles dites « de pléthore » (obésité et diabète associé, maladies cardiovasculaires, certains cancers, etc.) qui touchent désormais tous les pays du monde. Est ainsi proposée la notion de . Symposium scientifique international : "Biodiversité et régimes soutenables, unis contre la faim"..

Le nombre de personnes touchées par une « insécurité alimentaire chronique » est en augmentation depuis 2015. En 2019, la FAO recense 821 millions de personnes dans cette situation. Selon l'organisation : La faim « s’aggrave en Amérique du Sud et dans la plupart des régions d’Afrique, et le recul de la sous-alimentation qui caractérisait l’Asie jusqu’à une période récente, semble considérablement ralentir dans cette région »; Le pays le plus fortement touché au monde est le Yémenhttps://www.ouest-france.fr/monde/organismes-internationaux/onu/la-faim-dans-le-monde-4-questions-cle-sur-une-catastrophe-qui-touche-821-millions-de-personnes-6411896.

Quantité suffisante et nécessaire

Afin de vivre en bonne santé, chaque être humain a besoin de manger chaque jour une ration alimentaire composée de et de protéines. En 2004, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que les habitants des pays développés mangent par jour, tandis que ceux des pays en développement sont à moins de par jour. En moyenne, un habitant du tiers monde mange deux fois moins qu'un habitant d'un pays riche.. La malnutrition touche environ d'individus habitant en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Durant la deuxième moitié du , la production alimentaire mondiale par habitant a augmenté de 25 %, alors que les prix diminuaient d'environ 40 %. Par exemple, de 1960 à 1990, la production totale de céréales est passée de 420 à de tonnes par an.

La sécurité alimentaire demeure pourtant d'actualité au début du . En dépit d'une moindre natalité dans la majorité des pays, certains estiment qu'il devrait y avoir environ 8,9 milliards d'habitants en 2050. Or, en 2010, 925 millions de personnes dans le monde souffraient encore de la faim. Les habitants de trente-trois pays consomment moins de par jour et une personne sur sept n'a pas accès à une quantité suffisante de protéines et d'énergie. La productivité des cultures et des pâturages devrait progresser de 70 % à 100 % pour pouvoir nourrir la population mondiale en 2050...

Les besoins alimentaires mondiaux devraient augmenter dans les décennies à venir pour les raisons suivantes : augmentation de la population, ce qui implique une augmentation de la demande ; augmentation du pouvoir d'achat de nombreux humains ; augmentation de l'urbanisation, souvent associée à d'autres pratiques alimentaires, dont l'augmentation de la consommation de viande (on estime que de nourriture pour animaux sont nécessaires pour produire de bœuf, pour produire un kilogramme de porc et pour un kilogramme de volaille).

Une offre suffisante et un moindre gaspillage sont deux conditions au recul de la famine et de la malnutrition, mais cela ne suffit pas à établir la sécurité alimentaire pour tous. « Qui produit la nourriture et pour qui ? », « qui a accès aux informations nécessaires à la production agricole ? » « qui a un pouvoir d'achat suffisant pour acquérir la nourriture ? » « qui a un pouvoir d'achat suffisant pour acquérir les informations nécessaires à une bonne production ? » sont des questions cruciales en la matière.