Paul Splingaerd, né à Bruxelles le et mort à Xi'an, Shaanxi (Chine) le , est un Belge devenu mandarin chinois de haut rang, de la fin de la dynastie Qing.
Il part pour la Chine à l'âge de , et y accompagne tout d'abord une mission en Mongolie de la nouvelle Congrégation du Cœur Immaculé de MarieCICM: Congregatio Immaculati Cordis Mariae [CICM] ; puis il se lance dans le commerce des fourrures et du poil de chameau, avant d'entrer au service de Li Hongzhang - un homme d'État de tout premier plan à la fin de la dynastie Qing - pour le compte duquel il s'occupe des douanes dans le Gansu. En remerciement de ses services, Li Hongzhang le nomme mandarin à « bouton rouge », au sommet de la hiérarchie des hauts fonctionnaires de l'Empire chinois. Il termine sa carrière en Chine comme agent de Léopold II et conseiller du gouvernement du Gansu.
Son nom officiel en Chine est Lin FuchenC'est le nom qui lui avait été donné pour le passeport collectif des missionnaires lors de son entrée en Chine: Lin Fuchen, sur goens-pourbaix.be (consulté le 27 juillet 2011); voir également Spae page 36; le passeport original daté du 23 novembre 1865 est conservé in Archives Kadoc - Katholieke Universiteit Leuven en A II a.2.1.12 (林辅臣) mais il est connu sous d’autres noms dont 斯普林格尔德Littéralement, en translittération pinyin : sī pǔ lín gé ěr dé. Voir aussi 斯普林格尔德, translittération en chinois du nom Splingaerd, sur qkzz.net (consulté le 28 janvier 2010) qui est la translittération en chinois de son nom belgeOn retrouve son nom chinois sur l'inscription de la statue de Lin Fuchen à Suzhou et également sur la pierre tombale de son fils Jean-Baptiste Splingaerd au cimetière chrétien de Chala à Pékin. Ce cimetière fut saccagé à l'époque de la Révolution culturelle et cette tombe (ainsi que celle de Paul Splingaerd) n'existe plus. Voir une photographie sur site privé Tombe de Jean-Baptiste Splingaerd visité le 28 février 2010. On trouve par ailleurs de nombreuses références à lui sous le nom de « Splingaert »Recherche sur Splingaert. Exemple : From Pekin to Sikkim: Through the Ordos, the Gobi Desert and Tibet par Jacques De Lesdain, page 135 de 308, Kessinger Publishing 2007 et de « Ling Darin 林大人»Ling Darin : il semble que Lin ait été volontiers nommé Ling dans le nord du Gansu et dans les provinces de l'ouest, le long de la route de la soie. Darin 大人 ou Taren 太人 ou Ta-jen est un prédicat signifiant Grand homme ou Excellence auquel avait droit un personnage de son rang (dà rén, en pinyin). Voir Across Asia on a Bicycle - The Journey of two American students from Constantinople to Peking de Thomas Gaskell Allen, jr. and William Lewis Sachtleben 2003 167 pages , mais il est connu sous une dizaine d'autres noms dont Lin Tafu, alias Lin Taren, alias Lin Balu, alias Lin Bao Luo, alias Lin-Ta-Jen, alias Линь Фу Чен, alias сплингерд, alias Geert Springfield, alias Splingerd, alias Splingart, alias Springraed, alias Splingerdel, alias Spelingeret, alias Lin Dze Me, selon la langue et la traduction phonétique qui en a été faite.
Biographie
Les premières années
Enfant déposé dans un tour d'abandon de BruxellesIl est le fils de Pauline Splingart (sic), né de père inconnu, et abandonné, « vêtu de deux bonnets, d'une chemise, d'une camisole de coton et d'un encullot de toile », selon le site goens-pourbaix.be. et ; voir également acte de naissance de la Ville de Bruxelles en . La famille Splingart ou Splengart est originaire du Hainaut depuis le , il est élevé dans un village du Brabant flamand, Ottenburg, successivement dans les familles Depré et Vandeput. Élevé à la ferme, il est infra-scolarisé et ne bénéficie d'aucune culture générale. Il restera quasi illettré cite le baron de Vinck de Deux-Orp qui écrivait en janvier 1899 que « il était presque illettré » toute sa vieCe terme est tout à fait exagéré si l'on considère les très nombreuses lettres qu'il a écrites en flamand, actuellement conservées au Kadoc à Leuven (consulté le 25 juillet 2011) ainsi que . Il n’est pas certain que Paul Splingaerd écrivait facilement en français. Voir une lettre de celui-ci vers le Commandant Wittamer datée du 5 février 1905 qui aurait été écrite et traduite par le Père Leo Van Dijck (1878-1951) en français, Paul se contentant de signer. Voir original in Archives Kadoc - Katholieke Universiteit Leuven en DII.f.Zenkel spt.... C'est lors de son service militaire à Bruxelles qu'il rencontre l'aumônier généralFerdinand Verbist était aumônier de l’École de Guerre de Bruxelles. Voir La Flandre et la Chine aux temps modernes, page 38, in Septentrion, 1/83, Rekkem, 1983 Théophile Verbist qui veut former un ordre missionnaire. À la fin de son service, Paul trouve un emploi de domestique où l'on peut lire « Le 18 août 1863, il rentre en service chez Mr Pierre Delabel, mais déjà le premier novembre 1863, Th. Verbist l'engage comme domestique », mais il est vite récupéré par Verbist au même titre Une copie de son livret de domestique émis par la Ville de Bruxelles. Voir original in Archives Kadoc - Katholieke Universiteit Leuven en A.IV.b.1. Paul Splingaerd restera dans les premiers locaux de la nouvelle congrégation à Scheut (Anderlecht - Bruxelles) pendant deux ans.
Départ pour la Chine
vignette|upright=1.0|gauche| Théophile Verbist (1823-1868), provicaire apostolique de Mongolie ici à Siwanzé (Mongolie intérieure) en 1866, créateur de la congrégation des Missionnaires de Scheut (CICM) qui fut le patron de Paul Splingaerd pendant 6 ans En 1865, Verbist lui propose de l'accompagner en Mongolievoir Robert Van Daele, Plaatsingslijst van het archief Robert Van Daele, Kadoc, Leuven, page 3 comme aide-laïcLes prêtres pensaient que Paul Splingaerd deviendrait frère en religion. Par exemple, en parlant du passeport, Vranckx disait « notre frère Paul répond dorénavant au nom de Ling », page 26 de Les missionnaires belges en Mongolie: récit de leur voyage et de leur arrivée, François Vranckx, Victor Devaux et C°, Bruxelles, 1866 qui décrit très bien le périple des missionnaires à destination de la Mongolie et aussi . On peut y lire « Le titre de frère-catéchiste que les papiers officiels lui attribuaient n'était que fiction et plutôt d'un espoir de vocation ». Sans attache familiale, Paul Splingaerd accepte et change ainsi sa destinée. C'est ainsi qu'il se joint à la première mission en Mongolie des prêtres de la nouvelle Congrégation du Cœur Immaculé de MarieCongrégation du Cœur Immaculé de Marie, sur religieux.be (consulté le 28 janvier 2010) – les Scheutistes. Bien qu'il n'y ait eu que quatre prêtres et lui, cet événement est rapporté dans des dizaines de livres écrits sur cette époqueLes quatre pionniers étaient Théophile Verbist (1823-1868), Ferdinand Hamer (1840-1900), Frans Vranckx (1830-1911) et Aloïs Van Segvelt (1826-1867). Voir également . Sur leur route vers la Chine, ils passèrent par Rome et furent reçus en audience privée par le pape Pie IX qui conversa avec le jeune PaulLa correspondance de Théophile Verbist et ses compagnons 1865-1866, Théophile Verbist et Daniel Verhelst, Leuven University Press, 2003, page 37 et aussi .
Il apprend à parler chinoisIl faut entendre ici qu'il s'agit du chinois mandarin parlé dans le nord mais probablement mâtiné d'un chinois plus vernaculaire avec une rapidité étonnante, sans livre et simplement par l'écoute. Après la mort du fondateur, Théophile Verbist, (en 1868)Le père fondateur est décédé du typhus exanthématique contracté en soignant un chrétien mourant - Van Segvelt était déjà mort du même mal l'année précédente. Les conditions sanitaires dans lesquelles les nouveaux arrivants, originaires d'un milieu urbain européen, étaient effroyables. Splingaerd y résista toute sa vie il part de XiwanziSplingaerd qui avait la main à tout, y fabriqua de la bière "meilleure que celle de Louvain". Voir Han Geybels: Een apostel voor Mongolïe, het leven van Mrg. Jacques Bax, CICM (1824-1895), Laakdal, 1994, (西彎子 Mongolie-Intérieure, actuellement dans la province du Hebei), où la mission était établie et quitte les prêtres pour la délégation prussienne de Pékin (北京) où il joue les transporteurs de fonds une lettre de Mouly 23 octobre 1869. C'est à l'occasion d'un de ses voyages vers Tientsin qu'il est amené à tuer un commerçant russe du nom de TchernaiefVoir . Une lettre du comte de Rochechouart vers Mouly comprend en effet les informations suivantes (traduction) : qui lui cherchait noise alors qu'il transportait de l'argent et ceci pour se défendreEn fait, les chroniqueurs de l'époque ne sont pas d'accord sur la question de l'arme utilisée: soit le couteau, soit le pistolet, soit le sabre - voir Spae à partir de la page 47. Cette affaire fit grand bruit à l'époque dans les milieux diplomatiquesvoir La politique française en Chine depuis les traités de 1858 et 1890 de Prosper Giquel, page 62 – Elibron Classics 2005 Adamant Media Corporation , car Paul Splingaerd n'était pas couvert par un passeport personnelUn résumé des compilations de Spae dans les archives des CICM concernant cette affaire est visible sur site privé goens-pourbaix.be consulté le 28 mars 2010 et risquait la décollation. Il est cependant acquitté par la justicevoir . Le cas de Paul Splingaerd devient une sorte de cas d’école où toute la complexité juridique de l’extraterritorialité est mise en évidence.
C’est à cette époque qu’il entre en rapport avec le célèbre géologue allemand, Ferdinand von Richthofen qui cherche un guide-interprète et qui est mandaté par la Chambre de Commerce de Shanghai et sponsorisé par l'American mining Compagnies pour une tournée de prospection au travers la Chine. Splingaerd accepte de l'accompagner, sans doute un peu pour se faire oublier. Les deux hommes parcourent en sept voyages la plus grande partie de la ChineIls parcourent ainsi onze des dix-huit provinces. Paradoxalement, Splingaerd et Richthofen n'ont pas été dans le Gansu ni vers le nord du Tamalkan, alors que c'est le baron qui possède la paternité du terme Route de la soie pendant 42 mois pour y relever les sites de houille, de minéraux, de flore, etc. (1868-1872). Splingaerd guide le savant et le protège, cherchant les échantillons et les classant. Il s'initie ainsi à la minéralogie et à la géomorphologie. Cette connaissance lui sera précieuse tout au long de sa carrière. Dans ses cahiers de voyage, von Richthofen ne tarit pas d'éloge pour son compagnonUn excellent portrait de Paul Splingaerd de cette époque dans Portrait de Paul Splingaert consulté 6 mars 2010, insistant sur son courage et ses facultés de communication avec les autochtones.
À la fin de son contrat avec le baron (1872), il devient commerçant et trafique des fourrures, de la laine et du poil de chameau qu’il va chercher en Mongolie en ramenant des biens de la côte. Il crée la firme Splingaerd-GraeselPatrick Taveirne, Han-Mongol encounters and missionary endeavors: a history of Scheut in Ordos, Leuven University Press, 2004 , , soutenu financièrement par Jardine Matheson & Co. Il s’établit à Kalgan (Zhangjiakou 張家口 - Hebei) puis à Guihuacheng (Huhehote - 呼和浩特 - La Ville Bleue), au-delà de la Grande Muraille. Mais c'est un commerce saisonnier, qui nécessite de longs voyages. Paul Splingaerd se montre trop généreux avec les personnes qu'il côtoie, et se fait voler par ses employés et sous-traitants pendant les transports, ce qui ajoute au risque représenté par les brigands ; il ne semble donc pas exceller en tant que commerçant. Il cherche un emploi plus stable, d'autant qu'il a maintenant charge de familleEn fait, on ignore la raison exacte de son abandon des affaires car d'autres y ont fait fortune.
Au service de Li Hongzhang vignette|upright=1.0|droite| Li Hongzhang (李鴻章) ( - ), qui fonde l'Armée de Beiyang, après avoir lutté contre les Taiping.