Le (, appelé en croate) est un parc national de Croatie, qui se situe à mi-chemin entre les villes de Zagreb et Zadar au sein d'un plateau karstique. C'est à la fois le plus ancien des parcs nationaux du sud de l'Europe et le plus étendu de Croatie. Il a été créé le et ajouté sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1979.

Le parc, d'une superficie de carrés, comprend non seulement les lacs de Plitvice (en croate ), qui forment un ensemble de seize grands lacs, reliés entre eux par ou de petites rivières tourmentées, mais aussi la forêt environnante (forêt de type primitive composée principalement de hêtres et de sapins) où naît la rivière Korana et qui abrite de nombreuses espèces animales et végétales rares dont les représentants les plus connus sont l'ours brun et le loup. La faune et la flore y sont prospèrent, comme en témoigne la richesse piscicole des lacs.

Chaque année, le parc accueille plus d'un million de visiteurs. Un chemin en rondins de bois fait le tour du parc, mais il est aussi possible de le visiter en utilisant un train panoramique et de traverser les plus grands des lacs en bateau. Hormis le chemin et les quelques aménagements pour les touristes, la nature est laissée à l'état sauvage, aucune intervention humaine n'étant autorisée.

Toponymie Le terme de est utilisé la première fois en 1777 par un certain Dominik Vukasović, pasteur de la ville d'Otočac, alors que les premiers documents cartographiques existaient au siècle précédent. Ce nom provient des lacs du parc, peu profonds, soit en croate ou , . D'autres hypothèses le disent provenir de la localité slovène de Plitvica ; c'est par ailleurs cette forme que prend le terme lorsqu'il est accompagné de celui désignant les lacs ( en croate), , signifiant « lacs de Plitvice ». Il a donné son nom à une ville proche.

Géographie

thumb|left|Carte de l'ensemble du parc. thumb|left|Chutes d'eau dans le parc national des lacs de Plitvice. Avril 2018. Situation et géomorphologie Le parc des lacs de Plitvice se situe dans le Sud-Est de l'Europe, en Croatie, à mi-chemin entre Zagreb et Zadar. Il s'étale sur près de , dont recouverts de lacs. Il est à cheval sur deux comitats, avec plus de 90 % de son étendue située sur le comitat de Lika-Senj et le reste sur le comitat de Karlovac. Le plateau est délimité par deux massifs des Alpes dinariques : le Mala Kapela à l'ouest et le Lička Plješivica avec notamment le Medveđak à l'est. Les lacs sont situés à l'extrême nord de la Lika, dans la région de Kordun et sont formés par deux rivières et diverses sources souterraines ; ils donnent eux-mêmes naissance à la Korana, une rivière karstique de . Les grands axes routiers desservent la région du parc, comme ceux traversant d'Est en Ouest le pays (depuis la baie de Kvarner et le Gorski Kotar jusqu'à la Serbie ou la Bosnie) ou ceux reliant le Nord au Sud (depuis Zagreb vers l'Adriatique, comme l'A1 Zagreb-Split qui passe à à l'ouest du parc).

La région des lacs se trouve à l'interface de la plaine septentrionale et des montagnes karstiques des Alpes dinariques. L'altitude minimale du parc est de , correspondant à la partie la plus en aval de la Korana ; le point le plus élevé est le mont Seliški Vrh du massif de Mala Kapela culminant à d'altitude. Les roches karstiques forment principalement dolomie et calcaire, et le relief est donc agrémenté de formations telles que les dolines, les ouvalas, les poljés et les ponors.

Hydrogéologie thumb |Vue satellite de la zone des lacs (luminosité retouchée).

Le relief du site a été créé de manière conjointe à la formation les Alpes dinariques, mais il a depuis, avec les lacs karstiques, sans cesse été façonné par l'eau érodant mécaniquement et chimiquement, pénétrant la roche, formant grottes, lacs et chutes d'eau. L'eau combinée au dioxyde de carbone du sol forme de l'acide carbonique qui dissout dolomite et calcaire des roches karstiques. L'eau s'évapore dans les lacs exposés à l'extérieur ou perd son dioxyde de carbone lors de turbulences, et cause la précipitation puis le dépôt du calcaire. Si celui-ci se fait sur un substrat imperméable, comme c'est le cas des lacs supérieurs du parc, il mène à la formation des barrières de travertin qui séparent les lacs entre eux en emprisonnant également des mousses et autres plantes comme Palustriella commutata ou Bryum pseudotriquetrum. Ce phénomène géologique, dont l'ancienneté ne dépasserait pas quatre millénaires, se poursuit aujourd'hui et en modifie constamment l'aspect. C'est lui qui fait la beauté et l'attrait du parc, tout comme au parc national de Krka, notable pour les mêmes types de paysage. La chimie n'est peut-être pas l'unique actrice de la formation du travertin, et des micro-organismes sont jugés susceptibles de créer cette roche sédimentaire dès les années 1920 par le scientifique , qui essaya le premier de protéger le parc des activités humaines.

thumb|center|upright=1.6|Vue en coupe de l'étagement des principaux lacs.

Deux sources principales alimentent la partie la plus en amont et la plus au sud du système hydrologique : la rivière noire (), qui prend sa source à d'altitude et mesure deux kilomètres de long, et qui doit son nom aux mousses sombres qui tapissent son lit ; la rivière blanche (), qui prend sa source au col Čudin Klanac, qui doit son nom au sable blanc, d'origine karstique, qui sort à sa source. Ces deux rivières forment la Matica qui se jette, avec d'autres cours pérennes bien que de débits moins importants, dans le lac Prošćansko. Celui-ci est le premier lac d'un défilé d'autres tous reliés et se succédant en cascade sur un dénivelé cumulé de . Les douze premiers de ces lacs sont nommés « lacs supérieurs » (), les quatre suivants « lacs inférieurs » ().

Lacs supérieurs Ces lacs se succèdent dans un relief évasé et avec un dénivelé relativement faible. Contrairement aux lacs inférieurs, la roche est majoritairement dolomitique, légèrement plus dure que le calcaire et moins perméable à l'eau. Par altitude décroissante, on nomme principalement : le lac Prošćansko : situé à d'altitude, il doit son nom aux pieux ( en croate) ou, selon la légende dite de la Reine Noire, aux prières ( en croate) exaucées qu'aurait formulé la population à cette reine lors d'une sécheresse afin qu'elle fît tomber la pluie, pluie qui aurait formé les lacs. C'est le deuxième lac par sa superficie de (longueur de et largeur variant entre 180 et ) et atteint une profondeur maximale de ; le lac Ciginovac : situé à d'altitude, il doit son nom à la légende racontant qu'un gitan (tzigane se disant ou en croate) s'y serait noyé lors d'une pêche. En plus des eaux provenant du Prošćansko, le lac Ciginovac serait vraisemblablement aussi alimenté par des sources souterraines. Ce lac a une superficie de avec une profondeur maximale de onze mètres ; le lac Okrugljak veliko : situé à d'altitude, il doit son nom à sa forme vaguement ronde (). Il est alimenté par le lac Ciginovac dont les eaux forment une cascade de sept mètres de haut, tandis que les eaux du Prošćansko arrivent à travers une barrière de travertin pour former la chute Labudovac, de de haut. Ce lac a une superficie de et une profondeur maximale de ; le lac Batinovac ou Bakinovac : situé à d'altitude, son nom viendrait d'un paysan Batinić qui s'y serait noyé ou d'une grand-mère () qui venait y ramasser des herbes pour ses potions. Ce lac a une superficie de pour une profondeur maximale de cinq mètres ; le lac Veliko ou Jovinovac veliki : situé à d'altitude, son nom signifie « grand lac » ; il fait partie d'un groupement de petits plans d'eau en contrebas du lac Okrugljak. C'est d'ailleurs ce dernier qui l'alimente principalement. Ce lac a une superficie de deux hectares et une profondeur maximale de huit mètres ; le lac Malo ou Jovinovac mali : situé à d'altitude, son nom signifie « petit lac » ; il est notable pour la végétation basse qui le recouvre et par ses nombreuses petites chutes. Ce lac a une superficie de pour une profondeur de ; le lac Vir : ce lac est situé à d'altitude. En croate, le mot désigne un « tourbillon d'eau » ; la végétation basse couvre également ce lac. Il a une superficie de et une profondeur de quatre mètres ; le lac Galovac : situé à d'altitude, son nom provient du capitaine Gal qui a battu l'envahisseur turc au , ou peut-être de Galović, chef de brigands. Il est alimenté à travers une barrière de travertin où se regroupent les eaux de plusieurs des lacs précédents, notamment celle du lac Batinovak, dont les eaux forment une cascade de dans le coin sud-ouest de la barrière, et celles des lacs Vir, Veliko et Malo dont les eaux surmontent une barrière de travertin en créant un mur de chutes d'eau sur de long et de plus de de haut appelées « Prštavci ». La chute Galovac se trouve parmi elles, et était, avant d'être partiellement obstruée par l'abattage d'arbres lors de la guerre serbo-croate, la plus remarquable des cascades des lacs supérieurs ; une plaque commémorant le professeur est placée sur le sentier l'approchant. Ce lac mesure de long, avec une superficie de qui en fait le troisième des plus grands lacs du parc ; il atteint sa profondeur maximale de dans sa partie nord ; le lac Milino jezero : situé à d'altitude, il doit son nom à Mile Mirić, de la ville de Mirić Štropina. Bien que personne n'y pêchât, il aurait tenté d'y prendre du poisson et, marchant sur du bois pourri, serait tombé dans l'eau du lac et s'y serait noyé. Pourtant la profondeur de ce lac d'une superficie d'un hectare est proche du mètre ; le lac Gradinsko : situé à d'altitude, son nom vient d'une ancienne fortification () entre lui et le lac Kozjac. Parmi ses particularités, on trouve plusieurs barrières de travertin qui s'élèvent sous la surface des eaux, et une grande variabilité de profondeur, donc de couleur. Ce lac a une superficie de et atteint sa profondeur maximale de dix mètres dans sa partie ouest ; les lacs Burgeti ou Bukovi : ils sont situés à d'altitude. C'est une formation de petits bassins séparés par le travertin qui doivent leur nom aux eaux agitées ( en croate) des zones peu profondes. Ils couvrent une superficie de pour une profondeur de deux mètres ; le lac Kozjak ou : situé à d'altitude, il termine l'enchaînement des lacs supérieurs. Il doit son nom à la légende racontant qu'une trentaine de chèvres ( en croate) s'y seraient noyées. Il est alimenté secondairement par la Rječica, une rivière formée par de nombreuses sources originaires du versant est du Bijeli vrh, à d'altitude. Ce lac a une superficie de près de , ce qui en fait le plus grand de tous, et une profondeur maximale de . Il mesure de long, et entre 135 et de large selon l'endroit. Au fond du lac se dresse encore aujourd'hui une ancienne barrière de travertin qui devait autrefois former une chute de plus, désormais engloutie quatre mètres sous la surface. Le lac Kozjak compte un îlot ovoïde de , appelé « îlot de Stéphanie » en mémoire de Stéphanie de Belgique, qui visita le site à la fin des années 1800.

Lacs inférieurs thumb|Chemin de randonnée dans les lacs inférieurs, vus depuis le haut du canyon. thumb|upright=0.8|La « Grande cascade », d'une hauteur de .

Le second groupe est celui des « lacs inférieurs », qui forment un canyon calcaire à travers un relief escarpé. Ils se situent donc en aval du lac Kozjak soit, par altitude décroissante : le lac Milanovac : situé à d'altitude, il est bordé d'un sentier, et les roches qui le surplombent sont pourvues de nombreuses cavités. Avec ses , c'est à la fois le premier et le plus grand des lacs inférieurs ; il atteint de profondeur ;