Le Capybara (Hydrochoerus hydrochaeris), connu localement sous le nom de Cabiaï en Guyane, ou plus spécifiquement désigné sous les noms de Grand Hydrochère, Grand Cabiaï ou Grand Capybara, est une espèce de mammifères rongeurs hystricognathes de la famille des Caviidés. Originaire d'Amérique du Sud, il est connu pour être le plus grand rongeur du monde.

Son corps massif est particulièrement adapté à la nage ; l'adulte mesure généralement plus de de long, jusqu'à , pour environ de haut, et son poids peut atteindre .. Il vit dans les savanes, les forêts denses et à proximité immédiate de plans d'eau, comme des lacs, des rivières ou encore des marais. C'est un animal très social qui vit en groupes de 10 à , bien que des rassemblements allant jusqu'à puissent se former durant la saison sèche. Les adultes pratiquent un élevage coopératif pour garder les petits.

Strictement herbivore, il se nourrit de plantes aquatiques, dont la jacinthe d'eau, de feuilles, d'écorce, de fruits et de roseaux. Sur le plan taxonomique, il appartient au genre Hydrochoerus, qu'il partage avec le Capybara de Panama (H. isthmius).

Localement, à l’instar des espèces de cochons sauvages, l’espèce est largement chassée pour sa viande, sa peau, utilisée en maroquinerie, ainsi que sa graisse extraite de son derme épais.

Dénominations Nom scientifique valide : Hydrochoerus hydrochaeris (Linnaeus, 1766) ; Nom vernaculaire normalisé local : cabiai ou cabiaï (en français de Guyane).. . ; Nom normalisé anglais : Greater capybara ; Nom typique en français : CapybaraMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad. ; Noms vulgaires : grand capybara, grand hydrochère, grand cabiaï, grand cochon d'eau ; Noms vernaculaires : cabiai ou cabiaï, hydrochèreVoir définition donnée par le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française., cochon d'eau, capibaraP. Kagekura et J. Mortelmans, Isolement de Trypanosoma evansis Steel 1885 d'un cabiai*… Ann. Soc. Belge Méd. trop. 1971, 51, 6, 709-7016., carpincho Murray Wrobel, 2007. . Elsevier, 2007. , . ; Noms vernaculaires locaux : en Guyane cochon d'eau ou kapiaye (créole), kupiyuwa (wayãpi), kapiwala (wayana), kapiai (Teko), kapoa, kawalainaro ou kibiwarha (Arawak)., psuk (Palikur), kaliwa ou kapiwa (Kali'na), kapiwa (nenge tongo), kapiwa (sranan tongo), kapua (Aluku tongo), kapiwa (Saramaka) ; Noms vernaculaires étrangers : en portugais, (portugais du Brésil), en espagnol, (Argentine, Paraguay et Uruguay), chigüiré ou chigüiró (Venezuela), rosonco (Pérou), lapa ou chigüiró (Colombie) et capiguara (Bolivie), en cashinahua (Brésil et Pérou) et en shipibo-conibo (Pérou), langues amérindiennes d'Amazonie, amen.

Étymologie

Le nom « cabiai » (ou « cabiaï ») est issu du kali'na cabiaïca, signifiant littéralement « mangeur d'herbe » (composé de cabi, l'herbe, et aïca, manger)..

Le terme « capybara » (parfois orthographié « capibara ») partage une origine sémantique similaire. Il provient du portugais brésilien , lui-même emprunté au tupi ka'apiûara. Il s'agit d'une agglomération complexe de kaá (feuille) + píi (mince) + ú (manger) + ara (suffixe d'agent), signifiant « celui qui mange des feuilles minces » ou « mangeur d'herbe »..

Le nom Hydrochère issu du nom de genre, Hydrochoerus, est dérivé du grec ancien (hýdor, « eau ») et (choíros, « porc » ou « cochon »). L'épithète spécifique, hydrochaeris, provient du grec et (chaíro, « se réjouir » ou « apprécier »). Charles Darwin, dans ses récits de voyage sur le HMS Beagle, désignait l'animal sous le nom de « cochon d'eau », notant qu'il s'agissait du plus grand rongeur au monde..

Taxonomie Histoire vignette|Illustration du « Cabiai ou Porc de rivière » dans Histoire Des Animaux, A L'Usage Des Jeunes Gens de Samuel Pitra (1786).|gauche

Dès le , les naturalistes s'interrogent sur la nature de ce grand rongeur. En 1741, le naturaliste français Pierre Barrère décrit l'animal ainsi :

En 1766, Carl von Linné l'intègre à la taxonomie moderne dans la de son Systema naturae. En raison de son apparence, il le classe initialement parmi les porcs sous le nom de Sus hydrochaeris.

Le nom de genre a longtemps fait l'objet d'un débat entre les partisans de Hydrochoerus (établi par Mathurin Jacques Brisson en 1762) et ceux de Hydrochaeris (introduit par Morten Thrane Brünnich en 1772). Bien que les deux termes dérivent du grec ancien ὕδωρ (hýdōr, « eau ») et χοῖρος (choîros, « porc »), la désignation de Brisson fut initialement rejetée car elle ne respectait pas strictement la nomenclature binominale et n’était associée à aucune espèce. Ce n'est qu'en 1998 que la Commission internationale de nomenclature zoologique (ICZN) a validé définitivement Hydrochoerus en raison de son usage prédominant, fixant ainsi le nom scientifique actuel : Hydrochoerus hydrochaeris.

Classification Au sein de l'ordre des rongeurs, ils appartiennent à la superfamille des Cavioidea, tout comme les agoutis, les pacas (Cuniculidae) et les pacaranas.

Historiquement, le capybara et ses parents disparus étaient classés dans une famille propre, les Hydrochoeridae. Cependant, les recherches en phylogénie moléculaire menées depuis 2002 ont radicalement modifié cette vision.

Les études génétiques ont démontré que le cobaye des rochers (genre Kerodon) est plus proche du capybara que des autres cobayes. Cette découverte rendait l'ancienne famille des Caviidés paraphylétique. Pour corriger cela, les classifications récentes (comme Wilson & Reeder, 2005) ont rétrogradé les capybaras au rang de sous-famille (Hydrochoerinae) intégrée au sein des Caviidés.

Pendant un temps, on a pensé que les ancêtres fossiles du capybara étaient représentés par divers genres apparaissant dès le Miocène supérieur. Les formes les plus primitives sont classées dans la sous-famille des Cardiatheriinae (un groupe paraphylétique dont sont issus les représentants plus récents). La sous-famille des Hydrochoerinae, à laquelle appartient le genre actuel, est apparue au Pliocène supérieur. Il est à noter que l'ensemble des restes fossiles de gros rongeurs semblables proviennent exclusivement des Amériques. Toutefois, la taxonomie des spécimens fossiles a également été simplifiée. Auparavant, de nombreuses espèces étaient créées sur la base de la forme des molaires. Or, il a été prouvé que la forme des dents des capybaras change considérablement selon l'âge de l'individu. Par exemple, des fossiles autrefois attribués à sept espèces différentes sont aujourd'hui regroupés sous une seule et même espèce éteinte, Cardiatherium paranense.

Systématique actuelle Aujourd'hui, le genre Hydrochoerus comprend deux espèces vivantes : le grand Capybara (H. hydrochaeris) et le Capybara du Panama (H. isthmius), ce dernier ayant longtemps été considéré comme une simple sous-espèce avant d'être élevé au rang d'espèce distincte.

Voici la position actuelle du capybara au sein de la famille des Caviidae d'après Rowe & Honeycutt (2002) :

Description

Dimensions et morphologie générale

Le capybara s'impose comme étant le plus grand rongeur au monde, affichant une silhouette massive et trapue souvent comparée à la forme d'un tonneau. À l'âge adulte, sa longueur tête-corps oscille généralement entre pour une hauteur au garrot variant de . Un léger dimorphisme sexuel caractérise l'espèce, les femelles étant globalement plus imposantes que les mâles. Si la masse corporelle habituelle se situe entre , les moyennes observées à l'état sauvage sont d'environ pour les mâles et pour les femelles. Des records ont toutefois été documentés, jusqu’à pour une femelle au Brésil et pour un mâle en Uruguay.

Le corps est soutenu par des membres courts et vigoureux dont l'anatomie est adaptée à un mode de vie semi-aquatique. Les pattes antérieures possèdent quatre doigts tandis que les membres postérieurs, légèrement plus longs, n'en comptent que trois, disposés de manière radiale. Ces doigts se terminent par des griffes épaisses évoquant de petits sabots, reliées entre elles par de courtes membranes palmées qui optimisent les déplacements dans l'eau. Par ailleurs, l'animal est dépourvu de queue apparente, celle-ci étant réduite à un état purement vestigial.

La tête, particulièrement large et massive, présente un museau arrondi aux narines bien écartées. Une adaptation sensorielle majeure réside dans l'alignement des yeux, des oreilles et des narines sur la partie supérieure du crâne. Cette morphologie permet au capybara de nager en immersion presque totale tout en maintenant ses organes vitaux hors de l'eau pour respirer et surveiller son environnement. Chez le mâle adulte, le sommet du museau est surmonté d'une glande odoriférante proéminente et dépourvue de poils, qui joue un rôle essentiel dans le marquage chimique du territoire.

Sur le plan génétique, l'espèce possède un caryotype de 2n = 66 chromosomes et un nombre fondamental de FN = 102 bras chromosomiques.

Pelage et peau

Le pelage est constitué de poils longs et rêches, dont la teinte varie du brun roussâtre au grisâtre sur les parties supérieures, virant au brun jaunâtre sous le ventre. L'absence de sous-poil et la faible densité de la toison laissent parfois la peau apparaître, rendant l'animal vulnérable aux insolations. Pour protéger son épiderme des rayons ultraviolets, le capybara se roule régulièrement dans la boue, l'utilisant comme un écran solaire naturel. Une singularité biologique, rare chez les rongeurs, est la présence de glandes sudoripares réparties sur les zones pileuses de sa peau, ce qui facilite sa thermorégulation.

Denture

L'anatomie dentaire se compose de vingt dents parfaitement adaptées à un régime d'herbivore strict. Les incisives sont marquées d'un sillon longitudinal, sont séparées des dents jugales par un large diastème. Tant les incisives que les molaires sont hypsodontes, c'est-à-dire dépourvues de racines et soumises à une croissance continue pour compenser l'usure précoce due aux herbes abrasives. Les molaires présentent une structure complexe de prismes d'émail en forme de cœur ou de rubans, soudés par des couches de cément. La troisième molaire se distingue par un développement exceptionnel, sa longueur dépassant celle des trois autres dents jugales réunies.

Répartition et habitat

L'aire de répartition du capybara englobe la quasi-totalité de l'Amérique du Sud à l'est de la cordillère des Andes, s'étendant de l'est du Venezuela et du Guyana jusqu'à l'Uruguay et au nord-est de l'Argentine. Historiquement, deux régions distinctes étaient associées à deux formes : le Capybara de Panama (autrefois considéré comme la sous-espèce H. h. isthmius), plus petit, qui vit dans la partie nord-occidentale du continent, et H. h. hydrochaeris, qui occupe la plus vaste région à l'est des Andes.

Les capybaras fréquentent divers types d'habitats, avec une préférence marquée pour la proximité immédiate de points d'eau tels que des lacs, des étangs, des rivières, des marais ou des mangroves. Ils ont également besoin d'un sol ferme pour dormir, idéalement pourvu d'une végétation dense leur servant de protection. Pour s'alimenter, ils s'aventurent volontiers dans les savanes et les prairies. Les plus fortes densités de population se rencontrent dans les vastes zones humides d'Amérique du Sud, notamment le Pantanal ou la région des Llanos, dans le bassin de l'Orénoque.

Bien qu'ils privilégient les plaines, on les trouve également à des altitudes atteignant au-dessus du niveau de la mer. Comparativement à d'autres espèces sud-américaines, les capybaras tolèrent relativement bien les modifications de leur habitat liées à l'activité humaine et peuvent survivre dans des zones transformées en plantations ou en pâturages.

Écologie et comportement

Activité vignette|Si un danger survient, le capybara cherche refuge dans l'eau.