vignette|droite|240px|Ali ibn Abi Talib, compagnon et parent proche du prophète, est une figure importante dans l'alévisme (peinture par ). vignette|droite|240px|«Khamsa Al-i Aba», calligraphie alevi-bektachi représentant un visage humain dans lequel on peut lire Mahomet, Ali, Fatima Zahra, Hassan et Hussein. vignette|droite|240px|Représentation de Zulfikar, l'épée d'Ali. Les alévis bektachis attribuent la phrase suivante au prophète Mahomet, « Il n'y a pas de héros comme Ali, Il n'y a pas d'épée comme Zulfikar (lā fatā ʾillā ʿalī, lā saīf ʾillā ḏū-l-fiqār, لا فتى إلا علي لا سيف إلا ذو الفقار) ». vignette|droite|240px|Pour les alévis bektachis, Asadullah est le surnom donné par le prophète Mahomet à son gendre et cousin Ali. Asadullah signifie le Lion de Dieu. L'alévisme, le soufisme et le chiisme duodécimain considèrent Ali comme le détenteur des secrets divins et de la signification ésotérique de l'islam qui lui seraient transmis par Mahomet. vignette|droite|240px|Script ambigramme, où Mahomet محمد à l'envers est lu comme Ali علي, et vice versa. L'imam Ali est le gendre et cousin du prophète Mahomet.
L'alévisme (Alevilik en turc, Elewî en zazaki, ElewîRoşan Lezgîn, Derheqê Edebîyata Kirmanckî (Zazakî) de, 2009 en kurmandji, al ‘alawīyyah en arabe) est une appellation générique désignant plusieurs pratiques et courants religieux issus d'un syncrétisme entre le chiisme duodécimain, le tengrisme, les croyances anatoliennes anciennes voire le chamanisme, ainsi que le christianisme, avec des influences significatives du soufisme. Les alévis à partir du , optent pour cette dénomination pour mettre en avant leurs points communs, et pour rejeter l'appellation péjorative de qizilbash. Sa pratique religieuse se distingue par une approche ésotérique et symbolique, privilégiant l'expérience spirituelle directe plutôt que les rituels formels. L'alévisme met l'accent sur l'unité de l'humanité avec le divin et la recherche de la vérité intérieure, concept exprimé par le terme Haqq (la Vérité).
La croyance alévie s'articule autour de la vénération d'Ali, cousin et gendre du prophète Mahomet, et des Douze Imams du chiisme. L'alévisme met un accent particulier sur la figure du guide spirituel ou dede, qui joue un rôle central dans la transmission des enseignements spirituels et moraux. Les dedes sont les détenteurs d'une chaîne initiatique de savoirs ésotériques qui, selon la tradition, remonte à Ali lui-même.
Les pratiques religieuses alévies sont distinctes de celles de l’islam ce qui accentue encore plus la séparation net entre ses deux religions. Par exemple, les Alévis ne pratiquent pas les cinq piliers de l'islam de manière traditionnelle, notamment le jeûne pendant le ramadan ou la prière quotidienne à la mosquée. En revanche, ils se rassemblent dans des lieux de culte appelés cemevi pour célébrer le cem, une cérémonie communautaire qui comprend des prières, des chants sacrés appelés nefes, et la semah, une danse rituelle symbolisant l'harmonie entre l'homme et l'univers.
Historiquement, l'alévisme a subi une longue période de marginalisation et de persécution, en particulier sous l'Empire ottoman, où les Alévis étaient perçus comme une menace à l'autorité sunnite, en partie à cause de leur alliance présumée avec les safavides chiites d'Iran. Le terme Kizilbash (têtes rouges) était souvent utilisé de manière péjorative pour désigner les Alévis, soulignant leur opposition aux Ottomans. La persécution a continué sous la République de Turquie, où l'identité alévie a été confrontée à l'hostilité de la majorité sunnite.
Malgré cette histoire de marginalisation, l'alévisme a survécu et a évolué, particulièrement dans les zones rurales et les montagnes de l'Anatolie, où les communautés alévies ont maintenu leurs pratiques loin du regard des autorités. Avec la modernisation et la migration vers les zones urbaines à partir des années 1950, les Alévis ont commencé à jouer un rôle plus visible dans la société turque, notamment à travers leur participation à des mouvements politiques de gauche et des campagnes pour la laïcité et les droits de l'homme.
Depuis les années 1990, on observe un renouveau culturel et spirituel alévi, avec des efforts croissants pour la reconnaissance officielle des cemevi comme lieux de culte, et pour l'inclusion de l'enseignement alévi dans les programmes scolaires turcs, encore largement dominés par l'islam sunnite
Étymologie « Alevi » est généralement expliqué comme se référant à Ali, le cousin et gendre de Muhammad. Le nom représente une forme turque du mot ʻAlawiyy () "de ou relatif à Ali".
Un point de vue minoritaire est celui des Ishikistes, qui affirment que "Alevi" dérive de "Alev" (flamme en turc) en référence au feu qui est largement utilisé dans les rituels alévis. Selon eux, l'utilisation des bougies est basée sur le Coran, sourate an-Nur, versets 35–36 :
Introduction Le lieu de culte, le cemevi, signifie maison ou lieu du rassemblement, où nous pouvons constater la prière mixte (hommes et femmes mélangés). Leurs cérémonies religieuses s'accompagnent d'un système de mouvements circulaires sacré (le semah) au rythme du baglama. Leurs chefs spirituels, aussi bien des hommes (Dede) que des femmes (Ana), sont vus comme descendants du prophète Mahomet, des dignitaires bektachis élus par la communauté ou de grandes figures de la cause alevi. Le Coran est considéré comme le dernier livre saint envoyé par Dieu. « Dört kitabın dördü de Hak » est une formule soulignant le fait que les quatre livres saints (Coran, Bible, Torah et Livre des Psaumes) ont le même degré d'importance. Pour les alévis bektachi, les textes relatifs au foulard des femmes n'ont aucun caractère universel et ces textes sont, selon les conditions de notre époque, caducs ou non valides. De plus, la révélation de Dieu ne se limite pas aux textes sacrés. La science et le savoir sont les paroles divines inépuisables et se conformer au savoir c'est bénéficier de la révélation inépuisable de Dieu. Aussi, le premier devoir du véritable croyant est de « lire » pour augmenter ses connaissances et comprendre l'Univers. Par ailleurs, Dieu est en tout dans l'Univers, y compris en l'Homme. Aussi, l'initié doit aimer chaque création d'Allah et ne pas discriminer les êtres humains. L'amour du genre humain est l'essence de l'alévisme bektachisme qui croit en la manifestation du Créateur en l'Homme et donc en l'immortalité de l'Humanité (« Vech-i Âdemde tecelli eyleyen Allah'tır »). Contrairement à l'islam sunnite, qui reste fidèle à la langue du Coran dans tous les domaines de la vie religieuse, les alévis et les bektachi utilisent leur langue vernaculaire dans la liturgie. Ils sont très conservateurs de la langue turque et fidèles à leurs ancêtres turkmènes.
Partisans de la laïcité., ils s'opposent à toute intrusion du pouvoir temporel (politique) dans la sphère spirituelle (ou atemporelle) et inversement.. Cette laïcité s'appuie sur l'interprétation de la bataille de Kerbala en 680, où les troupes omeyyades vainquirent les partisans d'Ali. Pour les alévis bektachis, cet évènement est l'une des premières formes d'intrusion du pouvoir politique dans la sphère religieuse. Leur version de cette bataille décrit les Omeyyades et Yazid avides de pouvoir et utilisant la religion comme un moyen pour maintenir leur autorité.
La majorité des alévis sont d’origine turque (environ 50 %). On trouve également un pourcentage significatif d'alévis d'origine kurde (environ 40 %), incluant les Kurdes kurmanji et zazas (environ 5 millions)Les Clés du Moyen-Orient, La communauté alévie de Turquie : politisation et redéfinition de ses revendications, consulté en 2023. Source. Il existe aussi une minorité turkmène qui représente environ 10 % de la population alévieOrient XXI, Appartenir à l'islam sans paraître musulmans. Le dilemme des alévis en Turquie, consulté en 2023. Source. Dans la région de la mer Noire, l'alévisme est également présent dans la communauté laze. Dans les Balkans, une partie importante des Albanais ainsi que de petits groupes bosniaques et macédoniens sont bektachis. Il existe également des communautés alévies en Grèce, en Bulgarie, à Chypre, en Crimée, en Azerbaïdjan, en Syrie, en Iran et en Irak.
L'alévisme constitue la seconde branche religieuse islamique en Turquie après le sunnisme. Les estimations divergent sur leur nombre : officiellement ils sont entre 10 et 15 %, mais d’après les sources alévies ils représenteraient entre 20 et 25 % de la population nationale. À la suite des répressions exercées sous l'Empire ottoman. et la République, les communautés alévies pratiquent leur culte en secret ou « Takiye »Erwan Kerviel, La Vérité Est Dans l'Homme - les Alevis de Turquie, décembre 2011: Extrait: Faire un portrait des populations alévies est une entreprise difficile car elle se heurte à deux difficultés majeures : La «question alévie» est un enjeu politique de la plus haute importance en Turquie et selon les sensibilités des uns et des autres, les tendances à minimiser ou à exagérer le poids de l'Alévisme dans la société turque, rendent difficile une approche impartiale. De plus, l'ostracisme et les persécutions dont ont été victimes ces populations, les ont conduits depuis longtemps à la dissimulation de leurs croyances et au secret. La République Turque (Türkiye Cumhuriyeti), État laïc dans sa constitution, procure à ses citoyens une carte d'identité (Nüfus Cüzdani) où figure l'appartenance religieuse. Depuis 2006, il est autorisé de laisser vierge la case « religion » de la carte d'identité, mais il n'est pas permis d'y faire figurer le terme « alevi ». Ne sont autorisées que les mentions «islam» (musulman sunnite), « rum ortodoks » (chrétien orthodoxe), « ermeni hristiyan » (chrétien arménien), « süryani » (chrétien syriaque), « keldani » (chrétien chaldéen), « nasturi » (chrétien nestorien), « dönme » (juifs sabbatéens). Aucune reconnaissance n'est donc admise pour la principale minorité de Turquie. Pire même, nombreux sont les Alévis dont la carte d'identité est encore estampillée «islam». Enfin, les transformations économiques depuis les années 1950, l'exode rural qui les a accompagnées, les bouleversements politiques des différents coups d'État militaires (i960, 1971 et 1980) et les migrations internes et externes qui ont suivi, ont changé profondément la «géographie» de l'Alévisme. Combien de millions ? La Turquie compte actuellement d'habitants et près de et demi d'immigrés de Turquie vivent dans la Communauté Européenne. Une enquête du quotidien turc Milliyet de 2007 affirmait qu'il n'y avait pas plus de d'Alévis en Turquie mais elle se basait sur un sondage de à qui on avait demandé à quelle communauté elles pensaient appartenir. Un second chiffre a été avancé par le MGK (Haut Conseil National de Sécurité: Armée) de soit 15% de la population. Les deux estimations sont contredites par les démographes universitaires turcs qui donnent le chiffre de 15 à soit 20 à 25% de la population, ce qui fait référence dans le domaine. Beaucoup d'Alévis continuent à pratiquer la dissimulation (takiye) par peur des persécutions. Il est donc assez peu probable qu'un membre de la communauté proclame haut et fort son appartenance, si ce n'est dans des régions ou des quartiers des grandes métropoles très majoritairement alévis. Comme l'avait dit assez justement Razihe Gunduz : «Et les Alévis ? C'est dans les pays européens que les Alévis ont pu dire qui ils étaient».. Les démographes et les universitaires avancent le chiffre de 15 à ..
En , la Cour européenne des droits de l'homme condamne la Turquie pour « discrimination sur la base de la religion » à l'égard du culte alévi-bektachi, en violation de la Convention européenne des droits de l'homme, article 9 relatif au droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, et article 14 relatif à l'interdiction de la discriminationhudoc.echr.coe.int/webservices/content/pdf/003-4951642-6065204.