Charlotte Perriand est une architecte, designer, commissaire d'exposition, architecte d'intérieur, photographe et théoricienne de l'art française née le à et morte le à Relevé des fichiers de l'Insee.
Figure majeure de l’histoire de la modernité, liée aux avant-gardes européenne, japonaise et brésilienne, elle a contribué à mettre les avancées modernes au service du plus grand nombre grâce à une vision humaniste de l'art appliqué.
Biographie Les débuts Charlotte Perriand naît en 1903 à Paris. Ses parents travaillent dans le milieu de la mode. Son père, Charles Perriand, d'origine savoyarde, est tailleur avec une spécialité d'apiéceur dans la maison de couture anglaise Cumberland. Sa mère, Victorine Denis, d'origine bourguignonne, a son propre atelier de couture où elle fait travailler des giletières pour des maisons de prêt à porter. Après trois ans passés à Moulery en Bourgogne où elle est élevée par son grand-oncle maternel, elle revient dans le , Place du Marché-Saint-Honoré auprès de ses parents. Enfant, elle fait un séjour à l'hôpital où les murs blancs et la quasi-absence de mobilier de ces pièces la marqueront. Elle y découvre à 10 ans, « le vide, tout-puissant parce qu’il peut tout contenir ».
Elle passe la première guerre mondiale dans la famille de son père, dans la vallée de la Maurienne. Grâce à ce séjour, elle héritera d'un amour inconditionnel pour la montagne et la nature, « un jour j'irai là-haut ». Cet amour, elle le conservera tout au long de sa vie.
En 1920, elle entre comme boursière à l’école du Comité des dames de l’Union centrale des arts décoratifs sous la direction de l'artiste Art déco Henri Rapin. Elle suit en parallèle un cours indépendant de Paul Follot, directeur du Printemps et Maurice Dufrène, directeur artistique de la maîtrise des Galeries Lafayette et les cours de dessin de nu de Bernard Boutet de Monvel à la Grande Chaumière. Elle passe à l’atelier d’André Lhôte et va régulièrement faire des croquis d’animaux au jardin des Plantes. Elle sort diplômée en 1925.
Premières créations Elle expose avec une camarade d'école des panneaux muraux représentant neuf muses pour un salon de musique à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Grâce à l'aide financière de ses parents, elle peut concevoir et présenter un « coin de salon » au Salon des artistes décorateurs de Paris de 1926, comprenant un fauteuil, un guéridon à plateau de verre et une bibliothèque-secrétaire. L'œuvre attire l'attention des critiques . et trouve un acquéreur, ce qui lui permet de réinvestir dans ses créations suivantes.
En , après un an de refus de ses parents, elle se marie avec le britannique Percy Kilner Scholefield, négociant en tissus et de vingt ans son ainé. Le couple emménage dans un ancien atelier de photographe avec verrière face à l’église Saint-Sulpice dont l'aménagement la rendra célèbre. Elle s'imprègne de l'atmosphère du quartier et de la modernité ambiante comme le jazz et la littérature. Dans sa pratique elle s'éloigne de la décoration et de l'ameublement classique et travaille avec le serrurier Labadie recommandé par Dufrène pour ses réalisations en métal. vignette|left|Siège pivotant LC7 (1927), musée des Arts décoratifs, Paris.
Au Salon des artistes décorateurs de mai-, elle expose un cabinet en bois de violette, verre et métal garni de pièces d'orfèvrerie de Puiforçat.
Elle dessine une table de jeu pliante pour la villa de Hyères construite et aménagée par Robert Mallet-Stevens pour Marie-Laure et Charles, vicomte de Noailles.
Elle dessine et construit elle-même l'aménagement de son appartement-atelier grâce au soutien financier de son mari. Elle conçoit un Bar sous le toitBar sous le toit en aluminium et acier chromé, 1927, Base Mémoire, site culture.gouv.fr.dans l'espace de son hall. Elle déploie un bar incurvé pour une ambiance conviviale et décontractée complétée par des guéridons, des tabourets bas et de bar à piètement cruciforme ou circulaire ainsi qu'une banquette, le tout en acier chromé, aluminium anodisé et verre. Au Salon d'automne de 1927 elle n'hésite pas à faire une reconstitution du hall de son appartement sur son stand pour présenter son Bar sous le Toit. L'utilisation de l'acier brillant, des tubes d’acier et du cuir violet et rose font sensation. À 24 ans, elle est acclamée par la critique.
Collaboration avec Le Corbusier Son ami Jean Fouquet lui fait découvrir deux livres de Le Corbusier : Vers une architecture et L’Art décoratif d’aujourd’hui qui l’influence profondément. Elle veut travailler avec Le Corbusier et se présente à son atelier du 35 rue de Sèvres. Mais Le Corbusier étant toujours absent le matin, elle est reçue par son cousin Pierre Jeanneret et décide de revenir ultérieurement. Elle revient l'après-midi. Intimidée par l'austérité des lieux et l'accueil froid de Le Corbusier, elle lui présente ses dessins et s'entend répondre « Ici, on ne brode pas des coussins ». Reconduite à la porte, elle lui laisse cependant son adresse et l’informe de son exposition au Salon d’Automne. Le lendemain Le Corbusier et Pierre Jeanneret visitent son stand en son absence. L'après-midi, Jean Fouquet lui annonce : « Tu travailleras avec lui. Il doit t’écrire ».
Le Corbusier lui propose un emploi non rémunéré comme « associée pour l’aménagement intérieur des maisons ». Elle a 24 ans. Sa collaboration avec l'architecte durera 10 ans et donnera naissance à un ensemble de projets communs dont l'attribution lui sera tardive.
Elle devient responsable du mobilier et de l'équipement, créés en 1928 avec Jeanneret et Le Corbusier, pour la villa La Roche (siège actuel de la Fondation Le Corbusier) et la villa ChurchVilla Church (détruite en 1963), Ville-d'Avray, 1927, Fondation Le Corbusier., comprenant la fameuse « Chaise longue LC4 »Chaise longue LC4, acier chromé et métal peint, 1928, musée des Arts décoratifs, sur opac.lesartsdecoratifs.fr., le « Fauteuil à dossier basculant LC 1 », le « Fauteuil Grand Confort » et ses variantes, la « Table LC 10-P » en tube d'acier et verre, la « Table à piétement ovoïde LC 6 » dotée d'un tube ovoïde en tôle d'acier laqué trouvé par hasard dans un catalogue de produits aéronautiques et de petits amortisseurs en caoutchouc soutenant le plateau de verre, ainsi que des meubles casiers, l'ensemble présenté l'année suivante sous l'appellation Équipement intérieur d'une habitation au Salon d'Automne de 1929. Ce mobilier est édité par Thonet et plus récemment par CassinaProduits de la designer Charlotte Perriand par Cassina, sur architonic.com..
La « Table extensible Ospite » en acier chromé, bois laqué et feuille de caoutchouc déroulante, le « Tabouret pivotant LC8 », le « Siège pivotant LC7 » en acier chromé et cuir et le guéridon en acier chromé et plateau de verre circulaire, également réalisés en 1927 pour son appartement de la rue Saint-Sulpice, seront exposés dans sa Salle à manger 1928 au Salon des artistes décorateurs.
En 1929-1930, elle dessine un studio-barStudio-bar, Charlotte Perriand, sur centrepompidou.fr. pour l'hôtel particulier de Jean et Joël Martel, au rue Mallet-Stevens à Paris, achevé par Robert Mallet-Stevens en 1927 et également décoré à partir de 1928 par Francis Jourdain, ainsi qu'un siège de salle de bains en acier chromé et tissu éponge.
Au côté de René Herbst, Pierre Chareau et Eileen Gray, elle est un des membres fondateurs de l'UAM (Union des artistes modernes) en 1929, présidée par Mallet-Stevens. Elle entretient également des liens étroits avec les ateliers de Jean Prouvé à Nancy mais aussi avec les architectes Paul Nelson ou l'atelier Lagneau-Weill-Dimitrijevic (LWD). En , elle publie à Londres le manifeste « Wood or Metal ? » dans la revue The Studio en réponse à une tribune de John Gloag, auteur spécialisé dans le design qui exècre l’utilisation du métal dans le mobilier.
En 1931-1933, elle participe avec l'agence de Le Corbusier à l'équipement de la Cité-refuge de l'Armée du salut et du Pavillon suisse de la cité universitaire, à Paris.
En 1934, Charlotte Perriand réalise, pour un concours de maisons de loisirs destinées à un public populaire organisé par la revue L'Architecture d'aujourd’hui, les plans de la Maison au bord de l'eau. Cette maison de plage, minimaliste et modulable grâce aux éléments préfabriqués, est bâtie sur pilotis. Elle est formée de deux modules d'habitation reliés par une terrasse en bois centrale et comporte une partie de garage sous la maison. Le projet novateur ne remporte que la deuxième place et n'est pas réalisé du vivant de l'architecte. Elle réalise également une déclinaison du projet en maison de week-end, plus confortable et pour une population plus aisée, différente des plans originaux du concours.
Avec Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Louis Sognot et René Herbst, elle présente La Maison du jeune homme à l'exposition universelle de 1935 de Bruxelles. Elle est, à cette époque, une des rares femmes à se faire un nom dans le domaine de l'architecture.
L'engagement politique de Charlotte Perriand pour les questions sociales et les idées du communisme et du front populaire l'amène à créer La Grande Misère de Paris en 1936 à l'occasion du Salon des arts ménagers. Il s'agit d'un photomontage sous la forme d'une fresque de 16 mètres. Il met en valeur les revendications ouvrières comme les retraites ou les allocations, et dénonce un style de vie malsain qui pourrait être changé par un effort collectif et par le progrès. Elle y dénonce l'insalubrité de certains quartiers parisiens, le consumérisme et la pollution. Elle propose néanmoins un plan pour changer la ville.
Elle quitte l'agence de Le Corbusier et Jeanneret en 1937 pour développer sa carrière personnelle, loin de l'impatience de Le Corbusier.
Les années Japon À partir des années 1940, son style est fortement influencé par un long séjour en Extrême-Orient, et notamment au Japon où elle séjourne entre l'automne 1940 et l'hiver 1942Voir le mouvement Mingei.. vignette|Exposition « Charlotte Perriand et le Japon », au musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole, 2013. Alors que les Allemands se préparent à entrer en France, elle réussit finalement à quitter Marseille à bord du paquebot Hakusan Maru, après avoir mis ses parents dans un train en direction de la Savoie.
Au Japon, elle devient conseillère à l'art industriel auprès du ministère du Commerce et de l'Industrie. L’invitation lui est parvenue par Junzō Sakakura avec qui elle avait travaillé dans l’atelier de Le Corbusier entre 1931 et 1936. Elle dort à l'hôtel impérial et bénéficie d'un salaire supérieur à celui de son ministre de tutelle, jouissant d'une place particulière pour une femme par rapport aux Japonaises.
Son séjour au Japon l'amènera à étudier les qualités du bambou et elle fait faire un rapport sur les capacités mécaniques de ses 2 300 espèces. C'est un matériau qu'elle admire pour sa flexibilité et sa solidité et qu'elle utilisera à dessein pour réaliser ses œuvres modernes avec des techniques anciennes.
Elle crée la chaise longue basculante dite « Tokyo ». Pour réaliser le tressage des placets de ses chaises longues, elle s'inspire d'une cape de pluie en paille de riz des paysans, le mino..
Elle trouve dans le pays une réponse à ses idées architecturales populaires, fonctionnelles et économes. Elle collecte des centaines d'objets traditionnels au fil de ses déplacements dans le Japon et les associe avec ses théories de développement en série. Elle peut penser un mode de production de masse, destinée au plus grand nombre, pensant ses créations et sa vision sociale à l'échelle d'un pays.