vignette|Pharmacie traditionnelle à Hong Kong.
La médecine traditionnelle chinoise (ou MTC) est l'ensemble des théories et pratiques de santé au cours de l'histoire du monde chinois (aire d'influence de la civilisation chinoise). Au sens large, cette médecine inclut les traditions orales, folkloriques, magiques ou religieuses des différentes ethnies et communautés qui constituent le monde chinois.
Dans un sens plus classique, la médecine traditionnelle chinoise est celle qui se réfère à un imposant corpus de textes (tradition écrite), dont les premiers sont datés vers le environ. La médecine chinoise fait alors partie des trois grandes médecines traditionnelles savantes avec celle du monde méditerranéen (galénisme) et celle de l'Inde (ayurveda).
Au cours du , la médecine traditionnelle chinoise classique est celle qui est perçue, et plus ou moins reconnue, comme un système alternatif ou complémentaire à la médecine moderne (en Chine populaire, selon les pays y compris occidentaux, selon l'OMS…). Elle entre alors dans le cadre des médecines non conventionnelles.
Cette médecine se compose de plusieurs disciplines dont la pharmacopée, le massage et les exercices énergétiques (qi gong, taiji quan, kungfu…), la diététique, l’acupuncture et la moxibustion.
À côté de l'histoire de la médecine chinoise, de nombreuses thérapies sont proposées aujourd'hui sous l'étiquette de « médecine traditionnelle chinoise », inspirées plus ou moins librement d'éléments de cette tradition sans remise à jour pour des raisons essentiellement folkloriques ou commerciales, et constituent une pseudo-science.
Définitions et diversité des approches Médecine traditionnelle Il n'existe pas de consensus sur la définition de ce qui constitue une médecine, ni une médecine traditionnelle, ni une médecine traditionnelle chinoise. Selon l'OMS : Une médecine traditionnelle pourrait être une médecine historique pratiquant son propre passé, alors que, de ce point de vue, la médecine scientifique ou biomédecine pratique son présent en se remettant en cause. Une médecine traditionnelle serait un « système culturel », liée à une communauté particulière, alors que la biomédecine est universelle et transculturelle.
En première approche, on distingue entre les pratiques et systèmes culturels de santé basés sur la seule tradition orale (médecine traditionnelle dite populaire) et ceux basés sur des textes (médecine traditionnelle savante). Historiquement, il existe trois grandes traditions médicales savantes appartenant à lOikoumenê (ensemble du genre humain) des Grecs de l'Antiquité, et qui regroupe les civilisations de l'Afrique et de l'Eurasie : autour de la Méditerranée (principalement représentée par le Galénisme), en Inde et en Asie du Sud (Ayurveda), et dans le monde chinois, Asie centrale et du sud-est (médecine traditionnelle chinoise).
Ces trois grandes traditions sont relativement indépendantes, avec cependant quelques interconnexions. La médecine arabe appartient au galénisme, mais du fait de l'extension de l'Islam, elle peut faire partie des systèmes médicaux asiatiques sous le terme de médecine Yunâni. De même l'extension du bouddhisme de l'Inde à la Chine, a conduit à des échanges entre médecine ayurvédique et chinoise, caractéristiques de la médecine tibétaine.
Ces trois grandes traditions médicales ont évolué de manière similaire, à peu près synchrone. Entre le et le , ces soignants deviennent des « professionnels » formés sur la base de textes rationnels respectés faisant autorité. Ils se distinguent des sorciers et devins, rebouteux et soignants occasionnels empiriques (médecine domestique). Ils souhaitent obtenir un statut social plus élevé, justifié par un code éthique précisant leur comportement et responsabilité. Cette distinction qui s'exprime dans les textes, n'est pas forcément conforme à la réalité. En effet, la médecine « savante » n'a guère été dominante dans les pratiques réelles de santé des sociétés traditionnelles (historiques).
Médecine chinoise La médecine chinoise, ou « médecine dans l'espace chinois » se présente sous deux formes, dont la première est la médecine populaire basée sur des recettes familiales de communautés rurales ainsi que des pratiques magiques et religieuses, remontant au chamanisme, ou à base de bouddhisme et de taoïsme.
La médecine traditionnelle chinoise proprement dite serait « la médecine chinoise classique », celle qui se base sur un important corpus littéraire et qui s'exprime par des médecins-fonctionnaires de l'administration chinoise (« mandarins »). Celle-ci a connu une importante évolution durant son histoire, tout en conservant certains principes de base issus de l'Antiquité ; de même, elle a été parcourue par des courants contradictoires, et les différentes approches qui l'animent ont toutes connu des époques de gloire comme de disgrâce..
Il existe plusieurs approches occidentales de la médecine chinoise. Au début du , à l'apogée des empires coloniaux, se posait la question de la « stagnation » des mondes musulman, hindou, et chinois, ce qui paraissait une évidence par rapport à la révolution industrielle et scientifique de l'Occident, ce qui signait l'infériorité de ces civilisations et de leurs médecines.
En réaction, au cours du , des auteurs, tels que Joseph Needham, ont voulu insister au contraire sur les apports des sciences chinoises, pour montrer en quoi elles ont pu influencer ou préparer, être les précurseurs d'une science universelle (« inventions chinoises »). Dans le domaine médical, plusieurs auteurs occidentaux ont alors sélectionné dans les textes chinois, tout ce qui était susceptible de préfigurer des données ou un concept médical moderne.
Dans le domaine sociétal, deuxième moitié du , en Occident comme en Chine populaire, la médecine chinoise a été présentée comme un système unique et cohérent, susceptible d'offrir une alternative ou des perspectives nouvelles à la médecine contemporaine. La médecine traditionnelle chinoise se situe alors dans la problématique des médecines non conventionnelles ou alternatives et complémentaires. Elle est étudiée à des fins pratiques, ce en quoi elle peut être utile en prévention ou en thérapeutique.
À la fin du , un courant d'anthropologie historique insiste sur la notion de système médical, plutôt que de médecine, en envisageant les idées et pratiques de santé comme des « systèmes culturels », et non pas comme des vérités ou erreurs biomédicales. Dans ce cadre, un auteur comme , considère qu'en près de d'histoire, il n'y a pas une, mais des médecines chinoises en Chine.
Selon Unschuld, la distinction médecine chinoise populaire/savante n'est guère pertinente. La médecine chinoise est un amalgame de systèmes médicaux appartenant à des périodes différentes : comme la médecine des oracles, la médecine des démons, la médecine de pharmacopée, la médecine des correspondances... jusqu'à la médecine occidentale moderne.
Dans cette dernière approche, ce qu'on appelle médecine traditionnelle chinoise (savante ou classique) ne serait qu'un système médical particulier, souvent minoritaire par rapport à d'autres systèmes chinois (folkloriques, religieux, magiques…), tous susceptibles de fournir un recours pour les populations chinoises au cours de l'histoire.
Histoire Origines vignette|Shennong. Selon la tradition chinoise, les origines de la médecine sont liées à trois figures légendaires, trois empereurs mythiques} : Fuxi : on lui attribue la rédaction du Yi Jing (Livre des Mutations), généralement considéré comme le plus ancien livre chinois ; Shennong : père de l’agriculture et de la phytothérapie. Il est appelé le « divin laboureur ». On lui attribue le premier Bencao 本草(Traité des Matières Médicinales) ; Huang Di : l’Empereur Jaune, créateur des rites et de la médecine. On lui attribue la rédaction du Nei Jing (Huang Di Nei Jing 黃帝內經 ou Classique de la Tradition ésotérique de l’Empereur Jaune) qui traversera les siècles.
Pour les préhistoriens, le néolithique en Chine a été précédé d'une longue période de transition ( - av. J.-C.) où les innovations majeures sont apparues de façon indépendantes les unes des autres : poterie, outils de pierre polie et meules, sédentarité, domestication… et ce parmi des communautés de chasseurs-cueilleurs..
L'émergence des cultures néolithiques se situe à partir de 9000 av. J.-C., dans les zones riches en faune et flore diversifiées, la plus connue étant celle de Yangshao (villages permanents, début d'agriculture basée sur le millet, domestication du chien et du porc…). Les premiers signes écrits (pictogramme) apparaissent vers 5000 av. J.-C..
Premières dynasties Les premiers termes médicaux écrits apparaissent sous la dynastie Shang (vers 1700-1500 av. J.-C.), visibles sur carapace de tortue ou omoplate d'animal, utilisés comme moyens divinatoires (scapulomancie). On y trouve par exemple le caractère chi (maladie) composé de deux éléments « homme » et « lit » entourés de un à quatre traits interprétés comme gouttes de sang ou pointes de flèches. Ce signe est combiné avec une partie ou une fonction du corps. De même on trouve les caractères pour « sorcier-guérisseur » et « vin » (boisson alcoolisée, remède).
Dans la société Shang, les vivants vivent avec les morts (culte des ancêtres) en échanges réciproques, les vivants honorent les morts pour en recevoir bonheur et bienfait. La maladie provient d'une rupture de ce lien. Le devin guérisseur doit découvrir et interroger l'ancêtre en cause, pour une offrande réparatrice.
Dans quelques inscriptions, la maladie est attribuée à un « vent mauvais » ou à la « neige ». Ce serait le début d'attribution de la maladie à des influences « naturelles ». Les méthodes divinatoires questionnant le monde des morts seront progressivement remplacées par des approches plus « terre-à-terre » concernant le monde des vivants}.
Sous la dynastie Zhou (), il existe d'abord une médecine des démons, où la maladie est due à des forces hostiles (démons, esprits…) qui s'attaquent à l'âme corporelle (état de veille) ou à celle qui se détache du corps durant le sommeil. Cette médecine, de type magique, utilise des techniques d'exorcismes (incantation, talismans, modes respiratoires, drogues…)}.
Dans les derniers siècles de cette dynastie, de façon synchrone avec le monde grec (autour du ) apparaît une pensée philosophique et médicale qui ne pense plus en termes de dieux, démons ou ancêtres, mais en forces naturelles, sources des changements cycliques du monde}. Les médecins yi constituent pour la première fois une corporation indépendante des prêtres et des magiciens. Il existe au sommet de la hiérarchie des maîtres médecins yishi, des médecins de l'interne jiyi, des médecins des plaies et de l'externe yangyi, des diététiciens shiyi, des vétérinaires}.
La médecine antique Contexte Après la période dite des Royaumes combattants (), le monde chinois est unifié par l'empire des Han (221 av. J.C-220 ap. J.-C.). Sous cette dynastie, commence la grande période du taoïsme qui s’étend du au L’alchimie et les recherches en matière de pharmacopée et de médecine font partie des activités de nombreux maîtres taoïstes.
Contemporain de l’empire romain et de l’empire sassanide, l’empire des Han constitue la première émergence de la civilisation chinoise sur le plan mondial. C’est alors que s’ouvre la « route de la soie » (122 av. J.-C.) ainsi que la « route de la Birmanie » (115 av. J.-C.), que s’établissent de nombreux contacts maritimes, commerciaux et culturels entre la Chine, la Perse, l’Inde, l’Asie du Sud-Est et la Méditerranée.