Le Canard enchaîné est un hebdomadaire français satirique et d'enquête paraissant le mercredi.

Fondé le par Jeanne et Maurice Maréchal, aidés par Henri-Paul Deyvaux-Gassier, c'est le plus ancien titre de presse satirique encore actif en France.

Le Canard enchaîné présente la particularité que son capital est verrouillé pour protéger son indépendance. Ses statuts imposent que ses actions soient détenues uniquement par les journalistes ou les retraités du journal.

Depuis les années 1960, c'est aussi un journal d'enquête qui révèle nombre d'affaires scandaleuses, comme l'affaire des micros à la rédaction du Canard appelée par dérision l'affaire des plombiers, l'affaire des diamants de Bokassa, l'affaire Papon et l'affaire Fillon.

En , des anciens dirigeants font l'objet d'un procès concernant le soupçon d'un emploi fictif au sein de la rédaction de 1996 à 2020 et d'abus de biens sociaux. La fraude présumée concerne l'attribution d'une carte de presse et d'un salaire de journaliste attribué durant 25 ans à une compagne d'un administrateur. Le , tous les accusés sont relaxés en première instance par le tribunal correctionnel de Paris. Le parquet fait appel.

Histoire

Création en 1915 vignette|gauche|« Vient d'éclore ! Le Canard enchaîné, journal humoristique ».Encart publicitaire publié dans L'Humanité (). Illustration d'Henri-Paul Deyvaux-Gassier. Le Canard enchaîné est, dès le début, un hebdomadaire de la presse satirique. Fondé le .. par Jeanne et Maurice Maréchal, aidés par Henri-Paul Deyvaux-GassierInformations légales - Le Canard enchaîné., il est l'un des plus anciens titres de la presse française actuelle, notamment le plus ancien titre de presse satirique encore actif. Deyvaux-Gassier et Maurice Maréchal sont des anciens contributeurs du Bonnet rouge.

vignette|Une du premier numéro, montrant les journalistes aux prises avec Anastasie, .

Son nom fait allusion au quotidien L'Homme libre édité par Georges Clemenceau, qui critiquait ouvertement le gouvernement lors de la Première Guerre mondiale. Il subit alors la censure de la guerreClemenceau jugeait cependant la censure nécessaire en temps de guerre pour les affaires diplomatiques et militaires. Il a cependant censuré Le Canard enchaîné après la guerre. et son nom est changé pour L'Homme enchaîné. S'inspirant de ce titre, les journalistes Maurice et Jeanne Maréchal, aidés par le dessinateur H.-P. Gassier, décident d'appeler leur propre journal Le Canard enchaîné – « canard » signifiant « journal » en français familier. Le premier numéro paraît le 10 septembre 1915..

La première série, faite avec des moyens limités, se termine au cinquième numéro. Le journal renaît cependant le 5 juillet 1916, sous la direction de Rodolphe Bringer. C'est le point de départ de la série actuelleNaissance et renaissance, article du supplément 14-18, Le Canard part en guerre des dossiers du Canard enchaîné numéro 132, p. 93, juillet 2014.. Le titre du journal a connu une variante : Le Canard déchaîné, du au .

Les deux canards de la manchette du journal (chacun dans une des oreilles du titre du journal) et les canetons qui s'ébattent dans les pages sont l'œuvre du dessinateur Henri Guilac, un des premiers collaborateurs du journal..

La création du journal durant la Première Guerre mondiale marque son positionnement jusqu'à aujourd'hui. Selon Laurent Martin, .

De la Seconde Guerre mondiale aux années 1990 Le journal choisit de ne plus paraître entre et , à la suite de l'invasion allemande de la France ; la parution reprend à partir de la libération de Paris.

Depuis les années 1960, c'est aussi un journal d'enquête qui révèle nombre d'affaires scandaleuses. Dans les années 1970, l'information est organisée autour de Jean Clémentin, qui en est le rédacteur en chef. Celui-ci participe au « grand basculement de la satire à l'information »...

Années 2000 et après vignette|À l'occasion d'une série de projections à Bruxelles, en 1989, une affiche réalisée par Alternative libertaire. En 2011, le Wall Street Journal compare son modèle économique américain à celui du Canard enchaîné et s'étonne de la vitalité de ce dernier, hebdomadaire sans site internet ni pub, au revenu net de d'euros en 2010, pour un chiffre d'affaires de d'euros.

En 2013, la diffusion totale payée s'est élevée à en moyenne par semaine.

À la suite de l'attentat du contre le journal Charlie Hebdo, la rédaction du Canard enchaîné indique dans son édition du avoir reçu des menaces le lendemain de l'attaque qui a fait douze morts dont huit collaborateurs de l'hebdomadaire satirique« Le Canard enchaîné » menacé au lendemain de l'attaque de « Charlie Hebdo », LeMonde.fr, 13 janvier 2015 (consulté le 13 janvier 2015). À cette occasion, le journal rend hommage au dessinateur Cabu, pilier des deux périodiques.

Le , Le Canard enchaîné fête ses et même du fait de sa première naissance en 1915 et de sa deuxième en 1916.

Création d'une section syndicale Depuis le , Le Canard enchaîné était dans l'obligation légale de se doter d'un Comité social et économique (CSE). Une section syndicale a été créée fin 2021..

En 2022., la moitié des journalistes en CDI adhèrent au Syndicat national des journalistes CGT(SNJ-CGT)..

En , la liste présentée au Canard enchaîné par le SNJ-CGT est élue lors de l'élection du Comité social et économique (CSE), avec une participation de plus de 73 % ( sur )..

Le , le conseil de prud'hommes de Paris condamne à titre personnel Michel Gaillard et Nicolas Brimo, respectivement ancien président et ancien directeur général du Canard enchaîné, pour discrimination syndicale à l'encontre de Christophe Nobili, délégué syndical SNJ-CGT...

Nouvelle direction En poste depuis 1992, Michel Gaillard quitte la présidence du Canard enchaîné en et est remplacé par Nicolas Brimo. Jean-François Julliard, corédacteur en chef, devient le nouveau directeur général délégué et directeur de la publication..

En , Le Canard enchaîné qui traverse une période difficile change à nouveau de direction. Érik Emptaz, ancien corédacteur en chef, devient président et directeur de la publication, Jean-François Julliard prenant la direction de la rédaction.

Création d'une version numérique Le , Le Canard enchaîné s'invite sur la toile et ouvre un compte Twitter d'abord pour éviter les usurpations d'identité du journal, comme cela s'est déjà passé.. Le journal déclare, dans son édition du de la même année« Tweet de Canard ! », à la première page., son intention de se servir de ce compte dans le but d' dans l'édition de la semaine. La une du journal est diffusée la veille, directement sur le site.

En , le site web du Canard enchaîné publie son premier article, et diffuse les enregistrements pirates de Patrick Buisson lorsqu'il était conseiller de Nicolas Sarkozy, alors président de la République française, ce qui déclenche une polémiqueSarko enregistré à son insu : un micro était caché dans le Buisson Le Canard enchaîné, 5 mars 2014..

En 2017, le journal ne possède aucun compte sur Facebook. Il a demandé aux responsables du site de fermer les comptes frauduleux qui se font passer pour le compte officiel du Canard« Le Canard ne barbote pas sur Facebook », article du Canard enchainé , , page 8..

Le , durant la pandémie à coronavirus, le journal sort pour la première fois en version numérique () après la mesure de confinement en France, afin d'assurer le relais des diffuseurs mis en difficulté pour l'abonnement papier et la livraison dans les magasins de presse. Il est téléchargeable, gratuitement pour les abonnés et au prix de pour les autres lecteurs, depuis le site du Canard« Le Canard Enchaîné » : L'hebdomadaire satirique disponible pour la première fois en version numérique mercredi, publié par Christophe Gazzano, 24 mars 2020, sur le site Pure médias.. De ce numéro et jusqu'au du (soit 7 numéros consécutifs), la pagination du journal est réduite à 4 pages.

Après l'expérimentation de la diffusion numérique pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19, Le Canard enchaîné accélère sa transition numérique avec un nouveau site destiné à ses lecteurs abonnés ou ayant acheté le journal au numéro.

En , le journal annonce de nouvelles formules d'abonnement intégrant une possibilité d'accès numérique au journal le mardi soir, la veille de la sortie en kiosque de la version papier, ainsi que les archives des numéros vieux de deux ans ou moins..

Nicolas Brimo, directeur de la publication de l'hebdomadaire satirique n'envisage pas de développer un site d'information, . Il ne comprend pas comment le modèle économique de la presse sur internet peut fonctionner. Pour lui, c'est le passage de 33 000 à 20 000 marchands de journaux sur 20 ans qui .

En , le journal a sa propre page sur InstagramLe Canard enchaîné du 9 novembre 2022, en dernière page..

En 2024, le Canard est diffusé à par numéro. Engageant un changement de stratégie, Érik Emptaz constate que le format papier va continuer à souffrir et qu'il faut vraiment se tourner vers le numérique. C'est chose faite depuis le avec la mise en ligne de son site internet.

Controverses Espionnage de Jean Clémentin En 2019, lorsque l'historien tchèque Jan Koura obtient l'ouverture des archives de la StB, le service de renseignement de la Tchécoslovaquie pendant la période soviétique, il y découvre que Jean Clémentin, journaliste et rédacteur en chef du Canard enchaîné dans les années 1970, plus connu sous le pseudonyme de , a été rémunéré par le StB pour espionner en France, au Royaume-Uni et en Allemagne de l'Ouest mais a aussi écrit de faux articles contre une rémunération importante. Ainsi, profitant de la réputation de crédibilité attachée au Canard enchaîné, Clémentin agit pour le compte du StB en publiant un article sur un faux testament politique du chancelier Konrad Adenauer afin de créer une division au sein de la CDU..

Il a également, selon l'enquête, participé « activement — et consciemment » à trois opérations de désinformation, en publiant dans le journal des articles conçus par la StBUn journaliste français du « Canard enchaîné » a été un espion du camp soviétique, leparisien.fr, 15 février 2022... Le , L'Obs révèle l'affaire., montrant l'implication de Jean Clémentin dans la StB entre 1957 et 1969. Protégé de toute poursuite par la prescription, Jean Clémentin n'a pu répondre à ces accusations en raison de problèmes de santé avant son décès survenu le .

Soupçon d'emploi fictif lié à André Escaro

En 2022 par une plainte pour abus de biens sociaux et recel d'abus de biens sociaux, le journaliste et rédacteur au Canard enchaîné Christophe Nobili... (créateur de la section SNJ/CGT au sein du Canard), accuse la compagne d'André Escaro, un dessinateur et ancien administrateur du journal, d'avoir bénéficié d'un emploi fictif pendant près de vingt-cinq ans, jusqu'à sa retraite en 2020, pour un préjudice estimé à d'euros...

Interrogés par des journalistes de France Inter, des anciens salariés du journal doutent du travail effectif de la compagne d'André Escaro en tant que journaliste au Canard enchaîné quelle que soit l'aide apportée au dessinateur ayant pris sa retraite.. Nicolas Brimo et Michel Gaillard, respectivement directeur de la publication et président de la société éditrice, se justifient en écrivant dans leur propre hebdomadaire daté du qu' des qu'il a produits en . Par cette mise au point, la direction du Canard enchaîné se défend de tout emploi fictif au sein de son équipe. L'embauche de l'épouse du dessinateur André Escaro a permis de retenir ce dernier en 1996 (pour produire ses « cabochons », petites illustrations de la rubrique la « Mare aux canards »), alors qu'il souhaitait prendre sa retraite.

Érik Emptaz et Jean-François Julliard, co-rédacteur en chef, accusent alors Christophe Nobili de vouloir et posent clairement la question de son départ de l'hebdomadaire ; ils sont désavoués par une partie des salariés.