Joseph-Aignan Sigaud de Lafond, né le et mort le à Bourges, est un physicien et enseignant français qui a été, avec son maître l'abbé Nollet, l'un des promoteurs de la physique expérimentale et de son enseignement, notamment en créant les premiers « cabinets de physique ».

Biographie Joseph-Aignan Sigaud de LafondOn note une confusion courante entre Joseph-Aignan Sigaud de Lafond et Jean-René Sigault né à Dijon en 1738 et chirurgien de son état (d'après ). est né à deux pas de la cathédrale (aujourd'hui Porte Jaune, ci-contre). Son père, Joseph Sigaud de Lafon, était horloger ; son parrain Aignan Raby chirurgien. Son frère, Henry, naît cinq ans plus tard et sera peintre à Nantes.

Destiné à entrer dans les ordres, Sigaud est envoyé au Collège royal de l’Université de Bourges alors tenu par les Jésuites.

Sigaud y suit alors gratuitement les cours de théologie, de lettres et de sciences. Cet établissement est très renommé ; il comptera jusqu’à quelques centaines d'élèves en 1762, année au cours de laquelle les Jésuites seront chassés.

Une vie parisienne vouée à la physique

Sigaud exerce au collège Louis-le-Grand en tant que répétiteur en philosophie et en mathématiques. Parallèlement, il suit très régulièrement les cours de l’abbé Nollet alors très célèbre pour ses expériences de physique, et plus particulièrement pour celles d’électricité. À cette époque, les salons organisés par les aristocrates et les cabinets de curiosité battent leur plein.

Grâce à son salaire, Sigaud se constitue son premier cabinet de physique. En 1756, il fabrique le premier isoloir en verre, plus robuste que l'isoloir en résine. Il remplace les sphères en verre par des disques moins fragiles. Contrairement à l’abbé Nollet et conjointement avec Winckler, il utilise des coussinets pour rendre plus efficace la production d’électricité par frottement. La même année, il invente une machine électrique perfectionnée ensuite par Ramsden.

En 1759, il devient démonstrateur de physique expérimentale, d’anatomie et de physiologie au collège Louis-le-Grand.

En 1759, il présente pour la première fois sa candidature à l’Académie Royale des Sciences de Paris mais elle n’est pas retenue . Il en deviendra membre associé jusqu’en 1808. Il y adressera plusieurs mémoires.

Dès les années 1760, il succède à l’abbé Nollet, laissant vacante la place de spécialiste français en physique expérimentale ; sa renommée croît dans les cercles savants : il est alors affilié à de nombreuses académies : celles de Montpellier, Angers, Munich, Valladolid, Florence, Saint-Pétersbourg comme en témoigne son ouvrage Description et usage d'un cabinet de physique expérimentale. En ce sens, il fait partie de ceux qui croient en la science sans frontière, la science source de paix entre les peuples.

En 1767, sont publiés les deux premiers ouvrages d'une suite considérable : ce sont les deux premiers volumes de ses Leçons de physique expérimentale qui seront traduits en norvégien (Forsøgende Naturlære par Andreas Olaus Hammer) en 1772 puis en allemand en 1780 (). Dès leur parution, des critiques positives sont écrites telles dans le Journal encyclopédique qui paraît le : .

En 1769, paraît sa traduction des trois volumes des Cours de physique expérimentale et mathématique écrits par Pieter van Musschenbroek. Parallèlement à ses cours, il poursuit ses investigations dans l'étude de l'électricité médicale.

En 1771, paraissent son Traité de l’Electricité. ainsi qu’une Lettre sur l’Electricité.. Ces deux ouvrages seront des références pour les physiciens et les médecins.

Dans le calendrier intéressant pour l’année bissextile 1772 (ou almanach physico-économique), Sigaud s’attache à donner quelques repères en astronomie (définition d’une année bissextile, d’une éclipse), à décrire des expériences sur le phosphore et encore à proposer des remèdes contre des maladies (comme l’asthme) et des recettes comme celle du dentifrice par exemple. Sur ce même modèle, avec peu de changements, d’autres calendriers seront ensuite publiés en 1776, 1777 et 1782.

Il publie plusieurs articles dans les Observations et mémoires sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts comme sa lettre en 1773 (, novembre, ) suivie d’une réponse en 1774 (, janvier, ) sur le même sujet, une autre lettre traitant de la écrite en 1774 (, mars, ) puis un article décrivant de en 1774 (, décembre, ).

À partir de 1773, Sigaud délègue ses cours du collège à son neveu, Rouland. Il a alors tout le loisir de se consacrer à son cabinet de physique sans pour autant abandonner totalement l’enseignement puisque, comme le signale plusieurs publicités il donne deux séries hebdomadaires de leçons particulières chez lui. Son public est surtout féminin, comme il le note dans la préface de ses cinq volumes publiés dans la Bibliothèque universelle des Dames entre 1788 à 1792.

Il continue d’écrire pour présenter ses travaux. En 1775, sont publiés les deux volumes de la Description et Usage d’un cabinet de physique expérimentale. Ils seront réédités en 1784 et complétés par les Éléments de physique théorique et expérimentale (traduits en espagnol par Taddeo Lope) en 1777. Durant les trois dernières années passées à Paris, plusieurs ouvrages sont édités : lEssai sur les différents airs, qu’on désigne sous le nom d’air fixe (1779) ; le Dictionnaire de physique (1781) ; le Précis historique et expériences des phénomènes électriques depuis l’origine de cette découverte jusqu’à ce jour (1785)en ligne ; les deux volumes du Dictionnaire des Merveilles de la Nature qui seront traduits en allemand par Webel en 1782-83 et qui seront enrichis d’un troisième volume en 18032018. Une édition d'extraits de l'ouvrage (six petits volumes) est en cours aux éditions Fage, à Lyon.. Sigaud semble jouir d’une renommée certaine dans les salons parisiens. En 1777, son portrait gravé par Coroin est à vendre pour douze francs. C’est aussi à cette période que son portrait est peint par Madame Filleul puis gravé par Letellier. En outre, il est mis indirectement en scène dans une pièce de théâtre, La physique à la portée de tout le monde, écrite par Aimé-Henri Paulian en 1791.

La synthèse de l'eau… une expérience malheureusement inexploitée En 1776, en compagnie de Macquer, il synthétise de l’eau à partir de dihydrogène et de dioxygène. Cette célèbre expérience est reprise par Lavoisier en 1783 qui la complète par des mesures très précises sur les masses de gaz injectés et d’eau ainsi formée, et qui en donnera une interprétation satisfaisante en rupture avec la théorie de Stahl sur le phlogistique qui prévaut alors. Dans son mémoire présenté lors de la séance de rentrée 1783 de l’Académie des sciences, Lavoisier reconnaît s’être appuyé sur les travaux de Macquer et de Sigaud.

Arriver à synthétiser de l’eau est une révolution pour l’époque. En effet, jusqu’à présent, ce sont les idées d’Aristote qui prévalent, notamment la théorie des quatre éléments premiers dont toute chose proviendrait.

Parallèlement à ses cours particuliers, Sigaud poursuit ses investigations dans l'étude de l’électricité médicale. En effet, dès que l'électrostatique fut étudiée , plusieurs physiciens, dont Sigaud de Lafond, en cherchèrent des vertus médicinales.

Auteur prolifique Pendant quarante ans, Sigaud publie. Démonstrateur habile, enseignant extraordinaire, il se révèle en outre un auteur très prolifique : des traités sur la physique expérimentale et en particulier traitant de l’électricité voisinent avec des almanachs, et aussi avec des ouvrages concernant la religion.

+ Ouvrages de Sigaud de Lafond Titre Année Ressources numériques Leçons de physique expérimentale (2 volumes)1767Gallica ; GoogleBooks Leçons sur l’économie animale (2 volumes)1767Gallica Traduction des trois volumes du Cours de physique expérimentale et de mathématiques de Musschenbroek1769Gallica ; Voir Lettre à Monsieur de Casan sur l'Electricité médicale1771CNUM Traité de l'électricité1771Gallica ; CNUM Calendriers et almanachsde 1772 à 1782 Récréations mathématiques et physiques (4 volumes)1778, Gallica Dictionnaire de physique (4 volumes)1781GoogleBooks1, GoogleBooks2 Dictionnaire des merveilles de la nature (3 volumes)1781 - 1802Gallica ; GoogleBooks École du bonheur ou tableau des vertus sociales1782 - 1791GoogleBooks Description et usage d'un cabinet de physique expérimentale (2 volumes)1784Gallica ; GoogleBooks Précis historique et expérience des phénomènes électriques depuis l'origine de cette découverte jusqu'à nos jours1785GoogleBooks, CNUM La religion défendue contre l'incrédulité du siècle (6 volumes)1785 Économie de la Providence dans l'établissement de la religion (2 volumes)1787 Elémens de physique théorique et expérimentale (4 volumes)1787GooogleBooks Bibliothèque universelle des dames - Physique générale et particulière1788 - 1792 Traité de physique particulière1792 Examen de quelques principes erronés en électricité1796 De l'électricité médicale1802CNUM

De retour à Bourges : entre physique et philosophie religieuse N’ayant pas obtenu satisfaction auprès de l’Académie royale des sciences, Sigaud revient à Bourges. Il donne tout d’abord quelques cours de physique expérimentale très prisés au Collège royal alors très pauvre en pédagogues, les Jésuites en ayant été chassés en 1762. Le cabinet de physique compte alors quelques instruments dont une machine électrique ; en 1762, au départ des frères Jésuites, un inventaire détaillé est dressé ; l'état de la salle est jugé déplorable, trop humide pour conserver ces instruments. Dès 1779, sous l'impulsion de Sigaud, ce cabinet s’étoffe de divers appareils et de livres. Sigaud et Rouland fournissent en instruments sur plusieurs années ; d'importants travaux sont réalisés pour aménager une salle de cours et une salle de préparation ; une bibliothèque est également pourvue. À la Saint-Jean 1779, Sigaud s’installe définitivement à Bourges ; il y est très attendu et la ville pourvoit à son installation en lui proposant une maison attenante au collège. Cette maison a été totalement reconstruite, pour un montant de plus de dix mille livres. Son loyer semestriel s'élève alors à deux cents livres et la location lui est attribuée à vie.

Par le brevet du , un mois après la reprise du collège par les Doctrinaires, Louis XVI crée pour lui la chaire de physique expérimentale au collège royal de Bourges. Son traitement s'élève à par an (à titre de comparaison, une machine électrique coûte en 1789). Il enseigne les mathématiques et la physique expérimentale trois fois par semaine dans la grande salle du collège ; ses leçons sont alors publiques. Lakanal y enseigne la rhétorique en cette même année jusqu’en 1789.

En 1781, les quatre volumes du Dictionnaire de physique sont publiés. La critique est de nouveau très bonne : pour preuve, un article de six pages est publié dans L'Esprit des journaux.

C'est alors que Sigaud publie également ses réflexions sur la religion. Trois ouvrages sont écrits entre 1781 et 1787 : l'''École du bonheur ou tableau des vertus sociales en 1781, traduit en anglais () en 1782 ; la Religion défendue contre l'incrédulité du siècle en 1785 ; lÉconomie de la providence dans l'établissement de la religion en 1787.

En 1787, les quatre volumes des Élémens de physique théorique et expérimentale sont publiés. Ils reçoivent une bonne critique comme dans la Petite bibliothèque choisie et classée méthodiquement, rédigée par M. Peignot en 1800, où l'on peut lire que . Ils sont traduits en espagnol sous le titre par l'ingénieur Tadeo Lope en 1789.

Pendant la Révolution