La primaire citoyenne de 2011 est l'élection primaire organisée conjointement par le Parti socialiste et le Parti radical de gauche afin de désigner leur candidat commun à l'élection présidentielle de 2012. Elle se tient en deux tours, le pour le premier et le suivant pour le second. Contrairement aux primaires de 1995 et 2006, elle s'ouvre à tous les citoyens inscrits sur les listes électorales se reconnaissant , et non aux seuls adhérents des partis.

La primaire réunit six candidats, un nombre inédit au regard des deux scrutins précédents, qui n'en comptaient respectivement que deux et trois. Cinq socialistes, François Hollande, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls, et un représentant du Parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet, briguent l'investiture. Le scrutin se déroule en l'absence de Dominique Strauss-Kahn, longtemps présenté comme le favori pour la présidentielle de 2012. Son arrestation à New York en mai 2011 l'écarte de la course et redessine les équilibres de la compétition.

L'ouverture du scrutin se traduit par une participation élevée, avec plus de deux millions d'électeurs se rendant aux urnes, contre seulement lors de la primaire de 2006. Le premier tour place en tête François Hollande et Martine Aubry, qui recueillent chacun plus de des suffrages. Il est surtout marqué par la percée d'Arnaud Montebourg, qui rassemble près de des voix autour de son thème de la démondialisation, et devance Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle de 2007. Cette dernière réunit par ailleurs des suffrages, devant Manuel Valls et Jean-Michel Baylet.

Le second tour consacre finalement François Hollande, qui l'emporte avec un peu plus de des suffrages face à Martine Aubry et devient ainsi le candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle de 2012. Il est ensuite élu président de la République le , à l'issue du second tour qui l'oppose à Nicolas Sarkozy, président sortant candidat à sa réélection.

Modalités du scrutin Mise en place sur proposition du secrétaire national du Parti socialiste à la rénovation Arnaud Montebourg, la primaire socialiste de 2011 n'est pas réservée aux seuls militants socialistes, contrairement aux précédentes primaires, de 1995 et de 2006, mais ouverte à l'ensemble des sympathisants de gauche.

Les candidatures à la primaire citoyenne ont été déposées entre le et le . L'élection a eu lieu le et compte tenu du résultat un second tour est organisé le .

Pour voter à cette primaire, l'électeur doit remplir un certain nombre de conditions : être inscrit sur les listes électorales avant le ou pour les Français mineurs : avoir 18 ans au moment de la présidentielle ou être membre du PS, du PRG, du MJS, ou des Jeunes Radicaux de gauche ; les étrangers pourront également voter s'ils sont membres du PS français et du MJS, mais pas du PRG ou des JRG. verser une participation volontaire pour financer cette primaire (au minimum ) ; signer par l'émargement une charte d'adhésion aux valeurs de la gauche (les listes d'émargement seront par la suite détruites sous le contrôle d'huissiers« Primaires PS : “Une polémique indigne du président du Sénat” », Le Journal du dimanche, 6 avril 2011.). Voici l'engagement tel qu'il a été adopté. : .

Seuls peuvent être candidats les adhérents du Parti socialiste ayant reçu un nombre suffisant de parrainages d'élus (5 % des parlementaires socialistes soit 17 parrainages, ou 5 % des membres titulaires du conseil national du Parti socialiste soit 16 parrainages, ou 5 % des conseillers régionaux ou généraux socialistes soit 100 parrainages issus d’au moins 10 départements et 4 régions, ou 5 % des maires socialistes des villes de plus de habitants soit 16 parrainages issus d’au moins 4 régions). Il n'est autorisé qu'un seul parrainage par personne.. Les partis de gauche peuvent participer à la primaire s'ils le souhaitent. Parmi les partis de gauche ayant soutenu la candidate socialiste en 2007, seul le PRG de Jean-Michel Baylet participe à la primaire, après avoir un temps émis « des réserves importantes » et posé plusieurs conditions. Le MRC de Jean-Pierre Chevènement avait quant à lui exclu toute participation. EELV a également refusé de participer à la primaire socialisteJulie Ducourau, « Des primaires ouvertes à toute la gauche, mais peu de candidats », 3 juin 2010.. Le PCF et le PG de Jean-Luc Mélenchon ne participèrent pas à la primaire pour se présenter ensemble aux échéances de 2012 dans le cadre du Front de gauche.

Si un candidat obtient la majorité absolue (plus de 50 % des voix), c’est lui qui est désigné. Dans le cas contraire, les deux candidats arrivés en tête le sont qualifiés pour le second tour.

Pour organiser ces primaires, le Parti socialiste a désigné une Haute autorité, chargée d'enregistrer les candidatures, de contrôler les opérations et de proclamer les résultats définitifs des primaires. Les juristes Jean-Pierre Mignard et Mireille Delmas-Marty, ainsi que le préfet Rémy Pautrat, sont ainsi responsables de cette Haute autorité qui supervise le processus des primaires pour 2012.

Aspects techniques et économiques Les deux tours de la primaire ont coûté environ quatre millions d'euros. Les défis organisationnels furent nombreux et expliquent en grande partie le coût du dispositif : collecte des listes électorales des mairies et des préfectures, réservation de milliers de salles, sélection et formation des équipes des bureaux de vote, dispositif de communication sur les bureaux de vote, outils de collecte et de publication des résultats.

Au premier tour, les recettes de la primaire sont de l'ordre de 1,50 euro par électeur. Au second tour, la participation financière n'étant pas obligatoire pour les électeurs ayant déjà contribué le dimanche précédent, les recettes sont moindres..

Contexte thumb|Logotype des primaires. En , les adhérents du Parti socialiste approuvent, à 67,91 %, le principe des primaires ouvertes pour la présidentielle de 2012. Cette pétition de principe a par ailleurs été confirmée par la suite. En effet, lors de la dernière modification des statuts du parti socialiste, adoptée à l’unanimité de son Conseil national du et approuvée le "Règlements et statuts intérieurs du PS (2012): p2/56", le principe de l'organisation de primaires pour la désignation du candidat à l'élection présidentielle a été confirmé. Ainsi, au chapitre 3 de ces statuts, l'article 5.3.2 "Règlements et statuts intérieurs du PS (2012): p32/56" mentionne: "Au moins un an avant l’élection présidentielle, le Conseil national fixe le calendrier et les modalités d’organisation des Primaires". Cet article est sans doute pour parti à la source de l'initiative du projet de primaires à gauche pour la présidentielle de 2017.

En , pour Gaël Sliman de l'institut de sondage BVA, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry dominent leurs concurrents éventuels, ce qui atteste d'une évolution par rapport à une situation antérieure où aucun favori n'émergeait« 2012 : DSK et Aubry s'installent en tête de la course », Le Nouvel Observateur, 27 janvier 2010..

En , alors seul candidat déclaré, Manuel Valls, dénonce un éventuel accord préalable passé entre Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Laurent Fabius pour ne pas être en concurrence lors de la primaire« Primaires au PS : Valls déplore de “vieilles pratiques”" », NouvelObs.com, 19 avril 2010.. L'existence de cet accord n'est pas niée par Laurent Fabius, qui confirme, en août suivant, qu'une a bien lieu entre lui, les deux candidats favoris des sondages et du PS. Cette concertation en comité réduit devrait se solder par des désistements avant la primaire car, selon l'ancien Premier ministre, Françoise Fressoz et Sophie Landrin, « Laurent Fabius : “L'insécurité est la rente viagère de Nicolas Sarkozy” », Le Monde, 28 août 2010.. Les propos de Laurent Fabius sont appuyés par son ancien bras-droit rallié à Martine Aubry, Claude Bartolone, qui déclare en : .. L'idée d'une primaire réduite à une simple confirmation d'un accord entre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry est alors vivement combattue par les représentants des différents candidats déclarés ou pressentis.

En , Ségolène Royal annonce qu'elle est prête à renoncer à son ambition si les sondages la donnent perdanteRoyal pourrait s'effacer si les sondages la donnent perdante, au nom de la « solidarité » avec Aubry et Dominique Strauss-Kahn.. Toutefois, le , sur la chaîne France 5, elle déclare que sa candidature reste possible sous certaines conditions : « Bien évidemment, si je suis en situation, s'il y a un rassemblement, si je suis soutenue, si je suis désignée par les primaires… »« Primaires socialistes : Royal temporise, veut “choisir le moment” », Le Point (avec AFP), ..

Le , le candidat pressenti et favori à la primaire, Dominique Strauss-Kahn, est accusé d'avoir commis une agression sexuelle à New York. Son arrestation bouleverse la primaire socialiste. François Hollande, dont l'écart avec Dominique Strauss-Kahn se réduisait de semaine en semaine, et Martine Aubry, qui avait semblé s'effacer et se résoudre à une candidature du directeur général du FMI, seraient alors, selon les sondages, les candidats les mieux placés pour l'élection présidentielle.

Le , Le Changement, projet du Parti socialiste pour l’élection présidentielle, est approuvé par 95,14 % des adhérents.. Il doit servir de base au vainqueur des primaires.

Le , Gérard Larcher, alors président du Sénat, s'interroge sur la légalité de la primaire organisée par le Parti socialiste, notamment en ce qui concerne l'utilisation des fichiers électoraux. Il souhaite par ailleurs que le Sénat se penche sur ces primaires en commission des loisLe Sénat examinera la légalité de la primaire socialiste. Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, reconnaît que la primaire est légale« Primaires: Le PS répond au déchaînement de la droite », Le Point, 20 juin 2011.. Mais il considère qu'elle pose un problème grave car elle reviendra à publier une liste des opinions politiques des Français ; ainsi il demande des garanties sur la destruction immédiate des listes d'émargementGuéant : "Les primaires socialistes posent un problème grave", ce à quoi s'engage le Parti socialiste.. L'UMP édite un tract avec comme slogan « primaires du PS = fichage politique »..

Le , le journaliste Guillaume Roquette se demande ce qu'on aurait dit « Trouble primaire », Valeurs actuelles, 23 juin 2011.

Le , l'écrivain Denis Tillinac estime que le droit au secret du vote est mis en cause par cette élection interne à une tendance politique qui utilise les fichiers officiels des électeurs« Éloge du secret », Valeurs actuelles, 14 juillet 2011..

Avant le premier tour, le député du Rhône Michel Havard fait part de son opposition « à l'organisation des primaires socialistes dans les écoles de la République » et envoie une lettre à tous les directeurs des écoles primaires de Lyon afin de les informer.. Le Cri du contribuable s'interroge sur leur coût pour le contribuable parisien« La Ville de Paris met à disposition 208 locaux municipaux pour les primaires du PS », Le Cri du Contribuable et l'opposition municipale pose la même question à Lyon..

La CNIL se prononce à deux reprises sur le dispositif informatique envisagé, le . et le .. Elle souligne notamment que l’établissement de copies des listes électorales est conforme à la loi, qu’il n’y a pas d’enregistrement informatique des participants à la primaire et que les listes papier seront détruites au plus tard le . La Commission indique en outre qu'elle .

Le , la majorité gouvernementale UMP minore le succès de la primaire et évoque « un problème de secret du vote« La droite minore le succès de la primaire PS », LCI, 10 octobre 2011. ».