Le musée de Cluny, de son nom officiel musée national du Moyen Âge - thermes et hôtel de ClunyAux termes du décret du 22 juin 2005 portant modification du décret du 31 août 1945 portant application de l'ordonnance relative à l'organisation provisoire des musées des beaux-arts, est situé dans le de Paris, au cœur du Quartier latin, dans un hôtel particulier du : l'hôtel de Cluny (dont les origines remontent cependant au ). Son entrée principale se situe place Paul-Painlevé, face à la Sorbonne et au square Samuel-Paty. Ce musée national possède l'une des plus importantes collections mondiales d'objets et d'œuvres d'art de l'époque médiévale et les thermes de Cluny, qui y sont contigus, en font également partie.
Présentation et histoire du musée
L'hôtel des abbés de Cluny
Les bâtiments accueillaient les abbés de l'ordre de Cluny en Bourgogne dès le .
À la fin du , le bâtiment construit par Jean de Bourbon a été agrandi par Jacques d'Amboise, abbé de Cluny (1485-1510). Les armes d'Amboise, « trois pals alternés d'or et de gueules » ornent les lucarnes ouvragées de la façade.
L'hôtel accueille les abbés de Cluny et quelques dignitaires importants.
La jeune Marie Tudor y est enfermée pendant quarante jours en 1515 pour s'assurer qu'elle ne porte pas d'héritier à la mort de son mari le roi Louis XII de France, ainsi la couronne passe à son cousin, le futur roi François . Jacques V d'Écosse est également dans l'hôtel de Cluny en 1537 pour son mariage stratégique avec la fille de François , Madeleine de France.
À partir du , l'hôtel sert de nonciature aux légats du pape. Le nonce y réside alors avec sa maison qui se compose d'une vingtaine de personnes dont deux secrétaires.
Au , Nicolas-Léger Moutard, l'imprimeur-libraire de la reine de 1774 à 1792, installe ses presses dans la chapelle, et son adresse est rue des Mathurins, Hôtel de Cluni.. thumb|left|170px|Portail de l'hôtel de Cluny. À la Révolution, l'hôtel est vendu comme bien national et subit des transformations et des agressions jusqu'à son acquisition par l'État en 1843.
L'hôtel de Cluny est partagé entre plusieurs propriétaires ou locataires particuliers comme les astronomes Joseph-Nicolas Delisle (1688-1768) et ses élèves Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (1732-1807) et Charles Messier (1730-1817) qui transforment la tour en observatoire.
En 1833, Alexandre Du Sommerard, conseiller-maître à la Cour des comptes et amateur passionné par le Moyen Âge, s'y installe et loue quelques pièces à un imprimeur pour y organiser sa collection d'objets.
Un musée consacré aux monuments, meubles et objets d'art de l'Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance vignette|gauche|Edmond du Sommerard, vers 1865.
En 1843, la collection est rachetée par l'État, qui nomme son fils Edmond Du Sommerard premier directeur du Musée des Thermes et de l'Hôtel de ClunyBéatrice de Andia et al., Les musées parisiens : Histoire, architecture et décor, Paris, Action Artistique Ville Paris, 2004, p.209. Les bâtiments sont restaurés par l'architecte Albert Lenoir, fils d'Alexandre Lenoir, qui confie au ferronnier d'art Pierre François Marie Boulanger la réalisation des pentures et serrures des portailsLes portes de Notre-Dame, Le Petit Journal, Petit Pierre, Lire en ligne ainsi que deux bouteroues en fer forgé (aujourd'hui disparues).Pierre Boulanger par Raymond Subes, Presses du Compagnonnage, Paris 1961. L'hôtel est classé monument historique en 1846, et les thermes gallo-romains avec les collections lapidaires ont été cédés à l’État par la ville de Paris, le . L'hôtel est classé en 1846 et les thermes en 1862.
L'hôtel est aujourd'hui le plus ancien témoin de l'architecture des hôtels particuliers construits à Paris entre cour et jardin. Il est de style gothique flamboyant selon un plan en U, d'un corps de logis prolongé par deux petites ailes en équerre délimitant une cour intérieure trapézoïdale.
Le musée accroît ses collections et la réorganisation de sa muséographie permet la création du musée national de la Renaissance à Écouen en 1977. L'opportunité sera également offerte aux autres musées et châteaux d'enrichir leurs séries par le moyen de dépôts.
La vocation de l'établissement est confirmé en 1992 par sa nouvelle appellation de musée national du Moyen Âge.
Rénovation et extension du musée de Cluny vignette|Nouveau bâtiment d’accueil du musée.
En , pour un montant total de 21,5 millions d'euros, la rénovation du musée est engagée par l'architecte Bernard Desmoulin, désigné en 2014 parmi cinq finalistesConcours d’architecture pour la création d’un nouvel accueil et réflexion sur la protection des vestiges du Musée de Cluny, site oppic.fr, ., afin de le doter de l’ensemble des équipements modernes nécessaires et d'améliorer l'accueil et l'accessibilité du public ainsi que le parcours muséographiqueCluny 4 : le point sur le projet de Bernard Desmoulin, architecte, site musee-moyenage.fr.Cluny, second souffle. Le point, , 2 avril 2015, page 55., tandis que les maçonneries des thermes gallo-romains sont restaurées par l'architecte en chef des monuments historiques Paul Barnoud.. La première phase de travaux, inaugurée le Réouverture partielle du musée le 14 juillet 2018, communiqué de presse, site musee-moyenage.fr, juin 2018., comprend une extension de sur une emprise de , appuyée sur le bâtiment du de Paul Boeswillwald et accessible par une passerelle surplombant les vestiges antiques, la salle couverte côté boulevard et l'entrée des sous-sols, rendus accessibles au public en visite guidée. Elle abrite la billetterie, une librairie-boutique, des vestiaires et des sanitaires., et à l'étage, une salle polyvalente d'expositions temporaires, ainsi que des espaces pédagogiques et d'équipements de régie des œuvres. La seconde phase, qui ouvre le , porte sur la refonte des parcours muséographiques et scénographiques du reste des bâtiments du musée, entièrement repensés par le Studio Adrien Gardère., pour offrir un parcours de visite chronologique et thématique plus cohérentConcours d’architecture pour la refonte des parcours de visite du Musée de Cluny, site oppic.fr, septembre 2016.Refonte des parcours du musée de Cluny à Paris, site oppic.fr., en revalorisant l’esprit des lieux autant que la richesse des collections et en assurant la mise en accessibilité de la totalité des espaces.
Les collections Le musée s'étend sur (dont d'exposition). Il rassemble quelque et objets (dont sont exposés) datant d'une période allant de la Gaule romaine jusqu'au et embrassant une aire géographique qui comprend l'Europe mais aussi l'Orient byzantin et musulman ainsi que le Maghreb.
Les sculptures Sculptures antiques, byzantines et du haut Moyen Âge Consacré au Moyen Âge, le musée abrite néanmoins de nombreuses sculptures antérieures à cette période. Il conserve notamment plusieurs œuvres témoignant de l'histoire antique de Lutèce. Le plus célèbre exemple en est le Pilier des Nautes, plus ancien monument daté de Paris. Offert par les bateliers de la ville (les nautes) à l'empereur Tibère (14-37), il a été découvert sous le chœur de Notre-Dame de Paris au . Un autre pilier monumental, dit pilier de Saint-Landry, découvert sur l'île de la Cité au , a été sculpté au . D'autres éléments antiques sont sans lien avec l'histoire parisienne : ainsi d'une statue achetée par le musée au comme une statue de Julien d'origine parisienne, mais en réalité représentant un prêtre de Sérapis et produite en Italie sous l'empereur Hadrien. S'y ajoute une paire de têtes de lions en cristal de roche, sculptées vers la fin de la période antique, qui ornaient peut-être un trône impérial ou consulaire. Enfin, quatre chapiteaux corinthiens produits entre le et le proviendraient des combles de l'abbatiale de Saint-Denis.
A ces sculptures antiques s'ajoutent plusieurs éléments d'ivoire tardo-antiques ou protobyzantins : un feuillet de diptyque romain du , le diptyque des Nicomaque et des Symmaque, mais aussi le célèbre groupe d'Ariane entourée par un satyre et des putti, sans doute originaire de Byzance au , et un feuillet de diptyque consulaire d'Aréobindus, produit à Constantinople en 506. S'y est ajouté en 2014 l'ivoire dit de Trébizonde, une plaque issue d'un feuillet de diptyque représentant le Christ trônant entre les apôtres Pierre et Paul, également d'origine constantinopolitaine et produit au . Enfin, le musée de Cluny possède un coffret byzantin à scènes mythologiques, produit vers l'an mil, à l'époque où les empereurs de la dynastie macédonienne règnent à Constantinople.
L'ivoire occidental du haut Moyen Âge est représenté notamment par une plaque de reliure carolingienne représentant un apôtre et par une plaque d'inspiration byzantine produite dans l'empire germanique en 982-983, représentant le Christ couronnant l'empereur Otton II et son épouse l'impératrice Théophano.
Sculpture des La collection de sculptures romanes du musée national du Moyen Âge comprend également plusieurs œuvres monumentales liées à l'histoire de Paris. Les éléments les plus importants sont une série de douze chapiteaux provenant de l'abbatiale de Saint-Germain des Prés, sculptés au début du , ainsi que quatre chapiteaux provenant de l'ancienne église Sainte-Geneviève de Paris, réalisés vers 1100-1110. D'autres objets témoignent de l'élaboration de la sculpture protogothique en Île-de-France vers le milieu du : trois têtes de statues-colonnes de la façade occidentale de Saint-Denis, représentant la reine de Saba, Moïse et un prophète, produites vers 1137-1140, ainsi qu'une colonnette à décor de rinceaux habités provenant du même portail ; un chapiteau double provenant du cloître de cette même abbaye, sculpté vers 1140-1145 et représentant deux sirènes-oiseaux affrontées ; enfin deux statues-colonnes provenant du portail Sainte-Anne de la cathédrale Notre-Dame de Paris, créés autour de 1150, représentant saint Pierre et saint Marcel.
Mais les collections de sculpture romane du musée de Cluny proviennent également d'autres régions et pays. La Catalogne est bien représentée, notamment par une série de huit chapiteaux provenant de l'abbaye de Sant Pere de Rodes, dont un qui représente l'histoire de Noé et un autre qui représente l'histoire d'Abraham, et par une statue de sainte femme en bois, produite dans la vallée de Boï vers 1120-1140. Le musée abrite également un Christ auvergnat en bois de la seconde moitié du .
À ces sculptures monumentales s'ajoutent de petits objets sculptés sur ivoire d'éléphant ou de morse, dans diverses régions d'Europe : une reine d'un jeu d'échecs de la fin du ; une plaque représentant les douze tribus d'Israël sous les traits des fils de Jacob, acquise en 2012 ; une défense d'éléphant sculptée en Sicile à la fin du représentant l'Ascension, et un crosseron en ivoire de morse à décor de rinceaux habités du milieu du .
Sculptures des Comme pour les époques précédentes, une part importante des collections des du musée de Cluny est composée d'objets originaires de Paris ou de l'Île-de-France. De Notre-Dame de Paris proviennent ainsi un élément du linteau du portail central, représentant la Résurrection des Morts, produit au cours du deuxième quart du , ainsi qu'une statue d'Adam qui ornait autrefois le portail du transept sud de la cathédrale, sculpté dans le troisième quart du . Autre bâtiment important, la Sainte-Chapelle a donné au musée quatre des apôtres du collège apostolique qui ornaient la chapelle haute, dont saint Jean. Ces statues ont été créées entre 1243 et 1248, pendant la construction de l'édifice. D'autres apôtres, réalisés dans les années 1320, proviennent quant à eux de l'église de l'hôpital Saint-Jacques aux Pèlerins. Parmi les édifices d'Île-de-France dont des éléments sont aujourd'hui conservés au musée, il faut citer la priorale Saint-Louis de Poissy, avec trois statues d'anges portant les insignes de la Passion du Christ, et une, acéphale, de Pierre d'Alençon, fils de .