La bataille de Marjah est une opération militaire, baptisée opération Mushtarak (en dari : ensemble), qui se déroule dans la province d'Helmand lors de la guerre d'Afghanistan. Elle est menée depuis le conjointement par l'armée nationale afghane, l'armée américaine et les forces britanniques. Les forces françaises (plusieurs dizaines d'instructeurs) participent également à cette offensive, aux côtés des soldats britanniques et des soldats de l'armée afghanePlusieurs dizaines de soldats français participent à l'opération Mushtarak. Le Point, 13 février 2010. L'OMLT du RIMa engagée dans Moshtarak, Blogspot.com. Consulté le 13 février 2010. Les Canadiens, Estoniens, et Danois y participent également. L'opération a commencé dans la nuit du 12 au , impliquant plus de Début de l'offensive contre les Talibans en Afghanistan, Le Matin.ch. Consulté le 14 février 2010.
L'offensive est la plus grande opération depuis que le président des États-Unis Barack Obama a annoncé l'envoi de supplémentaires en Afghanistan en décembre.
Contexte vignette|left|upright=1.4|Des hommes du du des Marines le 9 février 2010 après un combat contre les Talibans près de Marjah.
L'offensive de l'opération Moushtarak est la première offensive conduite depuis l'adoption d'une nouvelle stratégie par l'administration Obama vers la fin de l'année 2009. Cette stratégie, définie par le général Stanley McChrystal, vise notamment à reprendre le contrôle des centres de population et à en assurer l'occupation et le développement pour priver la guérilla de ses appuis parmi la populationRapport du général Mc Chrystal, . De plus, l'ouverture de négociations avec certaines factions du mouvement talêb, annoncée à la conférence de Londres ()Appui conditionnel à Kaboul, Radio Canada, 28 janvier 2010, , les déclarations du général McChrystal annonçant une issue politique « inévitable » et le retrait américain annoncé pour l'été 2011 forcent la Coalition à chercher à fortement affaiblir les Talibans avant l'ouverture des vrais pourparlersL'heure est à la négociation avec les Talibans, Courrier International, . Le général McCrystal, inquiet de la possibilité d'un retrait rapide sous l'impulsion de Barack Obama dans le courant de l'année 2011 a aussi besoin d'un succès, militaire et politique, et d'une preuve que ce retrait peut être prématuréGareth Porter, Marjah push aimed to shape US opinion, Asia Times online, 25 février 2010, .
À la lumière de ces critères, le centre de Marjah se dégage comme une cible particulièrement symbolique. En effet, c'est une région acquise aux Talibans, située en plein de leur bastion de la province d'Helmand et proche de Kandahar, qui est également une place importante du trafic d'opium puisqu'elle assurerait un revenu mensuel de à la guérillaThe meaning of Marjah, Asia Time online, 18 février 2010, . Enfin, c'est une zone parcourue de nombreux canaux où les Talibans ont eu le temps de dresser de véritables défenses.
L'opération s'accompagne d'une vaste opération de propagande menée par la Coalition. Cette opération vise à présenter Marjah comme une ville de près de (« plus grand centre urbain contrôlé par les Talibans ») et un centre majeur de production d'opium. Dans les faits, il s'agit en fait d'une vaste zone (près de ) qui regroupent plusieurs petits villages de paysans afghansGareth Porter, Marjah, the city that never was, Asia Times online, 10 mars 2010, . Le village de Marjah n'est ainsi, en tant que tel, qu'un petit centre de fermes accompagnées de quelques commerces. De plus, s'il y a bien une importante production d'opium dans cette zone, elle ne contribue, à raison de par mois, qu'entre 2 et 3 % des revenus talibans de 2009 (estimés à 125 millions de dollarsJulien Mercille, Trail of Afghanistan's drug money exposed, Asia Times online, 16 décembre 2009, ) tirés du narco-trafic.
En revanche, la région de Marjah est bel et bien acquise aux Talibans. En effet, si les habitants ont favorablement vu leur chute en , ils ont fait rapidement volte-face et ont soutenu l'insurrection après l'arrivée au pouvoir d'anciens moudjahidins nommés par KaboulMohammad Elyas Daee et Abubakar Siddique, Marjah fears return of warlords, Asia Times online, 11 mars 2010, . Les raisons de ce changement de camp sont principalement à placer sur le plan économique, en particulier dans la protection des cultures d'opiacées. En , le secteur est donc occupé par une force britannique et plusieurs officiels, dont le principal est Abdul Rahman Jan, sont démis de leurs fonctions dans une tentative d'amélioration de la situation. Cependant, dès , les Talibans profitent de cette situation pour remplir le vide administratif et s'emparer du village et de ses alentours.
Objectifs de la coalition La stratégie américaine consiste donc à reprendre le contrôle des centres de population pour en assurer le développement et l'occupation. Le but étant à terme de priver la guérilla de ses soutiens dans la population afghane. Ainsi, les objectifs de l'offensive sur Marjah se déclinent selon ses orientations. Tout d'abord, les forces de la Coalition doivent chasser les Talibans de la zone afin d'être en mesure de reprendre le pouvoir dans la région. Ensuite, ce pouvoir doit être cédé à des représentants et une administration officiels du gouvernement central. Cette administration devra combler le vide laissé par les autorités talibanes et être en mesure de rester en place sur le long terme afin d'empêcher ou de limiter un retour de la guérilla.
Ordre de bataille Taliban L'effectif taliban dans la région de l'opération n'est pas connu avec précision.
L'Intelligence Community l'estime entre 400 et dont une centaine de membres d'Al-Qaïda incluant des Pakistanais, des Ouzbeks et des Tchétchènes.
Un porte-parole taliban déclare quant à lui qu'il y a combattants pour défendre Babaji Assault on Taliban stronghold of Marja begins, The Long War Journal, 13 février 2010.
Coalition La force combinée de et agents des forces de sécurité inclut approximativement 5 brigades incluant de l'armée nationale afghane, de la police nationale afghane, de la police des frontières et de la gendarmerie afghanes.
Le commandement régional sud de l'ISAF déploie des unités américaines, britanniques, danoises, estoniennes et canadiennes dont :
Battalion, Marines (USMC) Battalion, Regiment (USMC) Battalion, Marines (USMC) Battalion, 23rd Infantry Regiment sur Stryker (US Army) Combat Engineer Battalion (USMC) Light Armored Reconnaissance Battalion (USMC) 1 Coldstream Guards Battle Group (British Army) 1 Grenadier Guards Battle Group (British Army) 1 Royal Welsh Battle Group (British Army) Helmand Provincial Reconstruction Team (British Army) Operational Mentoring Liaison Team (British Army) Task Force Pegasus (Combat Aviation Brigade de la aéroportée US) Operational Mentoring Liaison Team auprès du Kandak 31 (Forces françaises en Afghanistan) Afghanistan : découvertes de caches d'armes et d'IED, février 2010 Force opérationnelle à Kandahar (Forces canadiennes) Operation Moshtarak, ISAF Joint Command, 12 février 2010
Déroulement left|upright=1.4|thumb|Soldats afghans et américains de retour d'une patrouille.
Cette opération est annoncée plusieurs semaines à l'avance dans cette région de habitants Les troupes américaines préparent une offensive majeure contre un bastion taliban, Libération 10 février 2010, dans le but de limiter les pertes civiles et de pousser les Talibans à la retraite. L'essentiel des forces de la guérilla talêb est donc supposé s'être replié vers la frontière pakistanaise ou vers le nord de la province de Helmand, notamment autour de SanginTroops tighten grip on Taliban stronghold, BBC News, 15 février 2010, .
L'opération débute à 4 heures du matin le par des assauts respectivement américain et britannique, avec participation à chaque fois de quelques troupes afghanes, sur les villes de Marjah et de Nar Ali. La résistance est légère. En effet, les Talibans, inférieurs en nombre et en armement, préfèrent éviter un combat frontal et utilisent principalement des engins explosifs improvisés pour leur défenseOperation Moshtarak day-by-day, BBC News, 18 février 2010, .
Le lendemain, , les objectifs initiaux, à savoir l'occupation de Marjah, de l'opération étaient achevés selon l'OTAN Initial Key Objectives of Operation Moshtarak Achieved , 14 février 2010, ISAF. Cependant, sur le terrain, les forces de la Coalition rapportent qu'elles rencontrent une résistance croissante et qu'elles sont ralenties par les mines placées par les Talibans. Cette situation se poursuit dans les environs de Marjah les 16 et . Le 17, les Américains sont même contraints d'appeler un soutien aérien pour poursuivre leur avancée. Le , les Américains doivent reconnaître que les Talibans résistent fermement dans certains secteurs de Marjah en s'appuyant sur diverses positions fortifiéesL'insurrection talibane résiste à Marjah, The Canadian Press, 18 février 2010, .
Plus au nord, les Britanniques avancent vers Nar Ali où les combats tendent à se calmer du 15 au bien que les Coalisés soient là aussi fortement gênés par les bombes disposées le long des axes de communication par la guérilla. Le , les Britanniques se heurtent à leur tour à une forte résistance qui leur cause quelques pertesSix Nato troops die in Afghan fighting, BBC News, 19 février 2010, . Des combats légers se poursuivent et les Britanniques ne sont pas à l'abri de pertes. Une patrouille est ainsi victime d'une explosion le UK soldier killed in Afghanistan, BBC News, 26 février 2010, .
thumb|upright=1.4|Soldats américains du de Marines à Marjah, le 22 février 2010.
À partir du , 600 policiers afghans sont envoyés pour tenir les zones occupées les jours précédentsAfghan police deployed in Helmand warzone, BBC News, 19 février 2010, . Ces policiers appartiennent à une nouvelle unité, nommée « Gendarmerie », qui a été spécialement entraînée pour sécuriser les zones conquisesAfghanistan: 600 policiers déployés dans le centre de Marjah, L'indépendant, 20 février 2010, . Leur première tâche est d'assurer la fouille de leurs zones à la recherche de combattants talibans. Le même jour, les troupes de la Coalition se heurtent à une résistance généralisée des Talibans qui ralentit considérablement les avancées des Coalisés. Cette résistance faiblit dès le lendemain autour de Nar Ali mais elle perdure dans le secteur de Marjah jusqu'au Afghanistan: résistance talibane en chute libre à Marjah selon les Marines, L'indépendant.com, 24 février 2010, . Néanmoins, les Américains peuvent poursuivre leur progrès vers le centre-ville dont ils finissent par s'emparer après avoir déclaré contrôler les principales routes d'accès au sud le 23NATO holds key Marjah roads, but hard battle ahead, Associated Press, 23 février 2010, . Le , la Coalition organise des visites du centre-ville et une levée symbolique de drapeau. Seuls les quartiers ouest de la ville sont toujours aux mains de la guérillaQ&A: Afghan journalist in Helmand, BBC News, 25 février 2010, . Ses unités semblent s'être fondue dans la population les jours suivants puisque le , le gouvernement afghan prend le contrôle officiel de la ville Le gouvernement afghan prend le contrôle officiel de Marjah, Le Nouvel Observateur, 25 février 2010. Au , Marjah est considéré comme nettoyé et les militaires s'attendent encore à des attaques sporadiques pendant quelques semaines L'ancien bastion taliban de Marjah est "nettoyé", selon l'armée américaine, Le Nouvel Observateur, 27 février 2010.