vignette|redresse=1.5|Cliff Palace, vestiges d'un site anasazi dans le parc national de Mesa Verde. vignette|redresse=1.2|Ruines de pueblo anasazi en adobe, Cañón de Chelly, Arizona.

Les Anasazis sont des autochtones du sud-ouest de l'Amérique du Nord qui étaient répartis en plusieurs groupes dans les États actuels du Colorado, de l'Utah, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique. Leur culture, similaire à certaines autres cultures d'Oasisamérique comme les Hohokams et les Mogollon, a laissé de nombreux vestiges monumentaux et culturels sur plusieurs sites, dont deux sont classés sur la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO. Ces vestiges témoignent d'une maîtrise de techniques de céramique, de tissage, d'irrigation, d'observations astronomiques et d'un système d'expression pictural. Les descendants actuels des Anasazis, les Zuñis et les Hopis de l'Arizona et du Nouveau-Mexique, perpétuent certaines de leurs traditions.

Présentation Terme « anasazi »

On ignore, faute de textes anciens, par quel nom les Anasazis se désignaient eux-mêmes. Cette civilisation ayant disparu avant l'arrivée des Européens en Amérique, on utilise depuis les années 1830 le mot « Anasazi » (mot inventé par les explorateurs militaires américains en écoutant les guides navajos évoquer les sites archéologiques où ces pueblos vivaientJehan-Richard Dufour et Charlotte Roux, Les Anasazis ou ancêtres des pueblos, France Culture, 13 septembre 2011.), signifiant « les anciensWolfgang Lindig, Die Kulturen der Eskimos und Indianer Nordamerikas, Wiesbaden, 1972, . » ou « anciens ennemis » en langue navajo pour désigner toutes les cultures vivant dans les Pueblos. Quand le mot « Anasazi » a été inventé par , la signification « ancien ennemi » n'était apparemment pas connue.

Quant aux Pueblos historiques, leur nom vient du mot espagnol « village », car les conquistadores avaient été frappés par l'architecture de leurs communautés. Les Américains utilisent aujourd'hui de plus en plus l'expression « ». ou « ».

Les autochtones Hopis utilisent le mot « », signifiant simplement « anciens habitants » dans leur propre langue, plutôt que celui dAnasazi, jugé trop péjoratif pour désigner leurs propres ancêtres. Enfin, il ne faut pas confondre la culture « anasazi » et les cultures semblables qui ont évolué dans la même région : les Hohokams, les Mogollons et les Patayans, des peuplades ayant disparu avant le .

Sources

Plusieurs types de sources existent pour reconstituer la civilisation des Anasazis : les récits traditionnels des pueblos autochtones (les ), qui se transmettent oralement depuis des générations. L'artisanat et les croyances des descendants des Anasazis permettent de formuler un certain nombre d'hypothèses sérieuses ; les témoignages des conquistadores espagnols qui explorèrent la région à partir du . La plus importante de ces expéditions fut celle de Francisco Vásquez de Coronado qui était parti chercher les « cités d'or » de Quivira et Cíbola.. Les chroniques et les lettres envoyées par les explorateurs sont une source précieuse d'informations, à condition de les prendre avec précaution. À la fin du , le fermier Charley Mason et les frères Wetherill découvrirent les principaux sites anasazis ; les fouilles archéologiques, qui commencèrent vraiment avec le Suédois Gustaf Nordenskiöld (1868-1895).. Le climat aride de la région a permis la bonne conservation de milliers d'objets faits de fibres végétales : atlatl en bois, flèches en roseau, tissus en coton, ou animales : tendons, cuirs. De même, le milieu sec a préservé plusieurs squelettes qui ont été étudiés par les anthropologues, et qui donnent des renseignements sur la santé, l'alimentation et la morphologie des Anasazis.

Chronologie vignette|La région des cultures anasazi, hohokam et mogollon.

Contexte général D'après les données génétiques, le peuplement amérindien du continent américain au sud de l'Alaska remonte à environ avant le présent (AP). Les Paléoindiens se sont alors rapidement diffusés sur l'ensemble du continent jusqu'à la Terre de Feu. La mégafaune des Amériques s'est éteinte graduellement (mammouths, paresseux terrestres, etc.). À l'issue de la dernière période glaciaire, le climat s'est brutalement réchauffé vers AP, marquant l'entrée de la planète dans l'Holocène. Plus au sud, en Mésoamérique, les autochtones pratiquaient la culture du maïs dès le Ils ont produit des civilisations successives à partir du : Teotihuacan, Toltèques, Zapotèques (Oaxaca) et enfin Aztèques, contemporains de l'apogée de la culture anasazie. Avec l'arrivée des conquistadors espagnols au , les cultures autochtones ont connu des mutations radicales. Les royaumes et les empires ont été détruits, tandis que plus au nord les pueblos autochtones avaient déjà remplacé les Anasazis.

Périodisation de la culture anasazie L'histoire de ce peuple reste mal connue, faute de témoignages écrits. Les travaux des archéologues permettent néanmoins d'entrevoir plusieurs phases chronologiques, dont les dates sont approximatives : la région du sud-ouest des États-Unis a d'abord été occupée par les peuples de la tradition Sohara (vers 5500 av. J.-C. – vers 400 ap. J.-C.). Les Anasazis succédèrent au ap. J.-C. aux , les « vanniers », établis dans ces territoires montagneux et semi-arides, quelque temps avant l'ère chrétienne. La sédentarisation progressive de ces chasseurs-cueilleurs, liée au développement de l'agriculture, aboutit à l'émergence d'une nouvelle culture dite de Pueblo, en référence aux villages constitués de maisons en briques de terre que les Anasazis du Mesa Verde construisirent à l'abri des falaises des grands canyons, dans une région accidentée et verdoyante située au cœur du désert du Colorado. Les débuts (période Pueblo I, de 700 à 900) sont caractérisés par la construction de petites maisons isolées (« maisons-puits »), et par l'apparition de la culture du coton irriguée. Si la période Pueblo II (de 900 à 1100) marque un apogée qui se manifesta par un enrichissement des parures, Pueblo III (de 1100 à 1300) connut un refoulement des divers Anasazis dans le seul Mesa Verde, et le retour à un habitat troglodytique rudimentaire.

À partir de 1300, les Anasazis se réfugièrent dans la vallée du Río Grande et au centre de l'Arizona. On finit par perdre leur trace avant l'arrivée des Européens. Les causes de cet exode restent mystérieuses : en l'absence de documents écrits et en l'état des connaissances actuelles, on ne sait si un changement climatique a touché les récoltes, si l'environnement s'est soudainement dégradé (déforestation, manque de terres cultivables), si la pression démographique est devenue trop forte (surpopulation), si des problèmes d'ordre politique sont apparus ou si des guerres ont ruiné la région.

La dendrochronologie montre qu'il y eut une sécheresse à la fin du , mais il y en eut d'autres avant cette époque. Les études ont mis en évidence une période très humide dans la région entre 1300 et 1340. À Kayenta, la population s'exile seulement après le début de la Grande Sécheresse. Les archéologues ont démontré que, malgré la sécheresse, plusieurs cours d'eau ont continué à couler et que certaines communautés auraient pu rester si elles l'avaient voulu. D'autres spécialistes ont montré que le climat a pu se refroidir. Sur le site de Sand Canyon Pueblo, dans le Colorado, les habitants connurent une phase de retour à la chasse et à la cueillette, du fait des mauvaises récoltes ; ils fortifièrent également leur village et ils furent attaqués.

Apogée des Anasazis (1000-1300 ) Situation et environnement naturel

Les archéologues ont retrouvé des vestiges de cette culture dans quatre États américains : l'Arizona, l'Utah, le Nouveau-Mexique et le Colorado. Comme ces États se touchent par un coin, on désigne cette région sous le nom anglais de Four Corners (région des « Quatre Coins »). Les conditions naturelles rendent la vie difficile dans ces contrées : l'aridité marque la plupart des espaces, qui prennent un aspect désertique (désert de Sonora) ou semi désertique. Les deux plus grands fleuves coulent du nord vers le sud et sont le Río Grande, se jetant dans le golfe du Mexique, et le Colorado qui se jette dans le golfe de Californie. Les arroyos sont des cours d'eau temporaires qui se remplissent au moindre orage. De plus, les Anasazis étaient responsables de la déforestation de leur territoire.. Ils cueillaient par exemple les feuilles du yucca pour les tresser. Ils maîtrisaient les techniques agricoles, l'irrigation, et s'adaptèrent aux contraintes du milieu. Les produits qu'ils ne trouvaient pas sur place étaient importés d'autres régions.

L'altitude est une autre contrainte : les hivers sont froids et la neige peut recouvrir le sol. L'écart des températures entre l'hiver et l'été est important. À l'est, les montagnes Rocheuses culminent à plus de quatre mille mètres d'altitude. L'aire occupée par les Anasazis s'étendait sur de hauts plateaux (plateau du Colorado), parcourus par des fleuves coulant dans des vallées encaissées. Les habitants s'étaient surtout installés sur les mesa, terme espagnol signifiant « table », des plateaux rocheux balayés par les vents. La géologie de la région est assez complexe, mais elle offre toutes sortes de matériaux, du grès aux roches d'origine volcanique. La flore et la faune dépendent de la nature du sol, des précipitations et de l'altitude.

Cultures voisines

Les Anasazis étaient en contact avec d'autres cultures autochtones d'Amérique proches (voir la carte) : les Hohokams et les Mogollons sont les plus connus. Ils partageaient de nombreux traits communs avec les Anasazis, au point que certains historiens les regroupent dans une même catégorie : agriculture irriguée, chasse, villages en adobe, en briques ou en pierre, poterie décorée, relations commerciales avec la Mésoamérique. Mais on sait que les Hohokams incinéraient leurs morts et que les Mogollons pratiquaient davantage la chasse que l'agriculture.

Des villages aujourd'hui abandonnés vignette|Hemenway House, structure troglodytique, comté de Montezuma, Colorado. vignette|Les matériaux utilisés pour les habitations. Wupatki National Monument, Arizona.

L'archéologie révèle une grande variété de maisons et de villages anasazis. Les plus anciennes habitations étaient bien modestes : il s'agissait de petites maisons primitives, chacune assez grande pour loger une famille. Elles étaient aménagées dans des fondations peu profondes (maisons-puits). Leur toit était constitué de terre et de branchages. Le foyer se trouvait au centre. Ces habitations primitives se sont regroupées à la faveur de la croissance démographique pour former des hameaux. Cette croissance des villages manifeste une organisation collective plus ou moins consciente de l'espace. À partir du , ces villages pouvaient abriter plusieurs centaines d'habitants. Ils s'implantaient sur des sites de plateau (Chaco Canyon, 950-1100) ou des abris naturels (falaises de Mesa Verde, 1100-1300).

Les Anasazis savaient choisir des sites naturels exceptionnels pour s'installer : plusieurs villages ont été ainsi construits à l'abri d'imposantes falaises, au . Creusées dans les parois de gigantesques canyons, les habitations troglodytiques attirent toujours la curiosité des touristes. Ce type d'habitat présentait l'avantage d'offrir une protection contre la pluie ou la neige. L'orientation des villages préservait la communauté du froid en hiver et de la canicule en été. De plus, de tels sites constituaient un rempart naturel contre d'éventuelles attaques. En revanche, les champs étaient plus éloignés des habitations et moins accessibles pour leurs occupants.