Paulette Nardal, née le au François, en Martinique, et morte le à Fort-de-France, est une femme de lettres et journaliste française.
Militante de la cause noire avec sa sœur Jeanne, elle est une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude et la première femme noire à étudier à la Sorbonne.
Biographie Jeunesse en Martinique Paulette NardalActe de naissance du , état-civil de la commune du François, sur la déclaration de Paul Nardal, âgé de 32 ans, conducteur des Ponts et Chaussées en résidence au François. naît au François en Martinique le dans une famille de la nouvelle bourgeoisie noire de l'île. Elle est la fille de Paul NardalBiographie de Paulette Nardal et de Louise Achille, une femme métisse institutrice, et la cousine germaine de l'intellectuel Louis-Thomas Achille.
Elle est l'aînée de sept sœurs élevées dans une culture dite « latine » qui toutes ont fait de longues études, étudiant les humanités, l'histoire de l'art occidental et la musique, dont l'écrivaine et philosophe Jane Nardal.
Son père, Paul Nardal, est le premier Noir à décrocher une bourse pour l'École des arts et métiers à Paris, puis le premier ingénieur noir en travaux publics, actif pendant 45 années au Service colonial des Travaux publics. Il supervise les travaux du réservoir de l’Évêché, du pont Absalon à Fort-de-France ainsi qu’une partie de l’église de Ducos, partiellement détruite en 1903 par un cyclone. Enseignant en mathématiques et en physique, il forme plusieurs générations d’ingénieurs martiniquais. Il recevra les Palmes académiques et la Légion d’honneur et son nom est donné à une rue de la ville-préfecture. Sa grand-mère, Sidonie Nardal, était née esclave.
Louise Achille, mère de Paulette, est née le dans une famille de mulâtres. Elle est impliquée dans les sociétés mutualistes telles que la Société des Dames de Saint–Louis, qui vient en aide aux femmes de 18 à 50 ans et à leurs enfants, mais également en faveur des personnes âgées à l’asile des vieillards de Bethléem, ainsi qu'à l'Ouvroir, institution destinée à accueillir de jeunes orphelines désargentées ou encore à l’orphelinat de La Ruche.
Paulette est âgée de six ans lors de l'éruption de la montagne Pelée en 1902 et l'anéantissement de Saint-Pierre, la capitale économique et culturelle de la Martinique.
Paulette Nardal devient institutrice avant de décider, à l'âge de , de rejoindre la France métropolitaine pour poursuivre ses études de lettres.
Vie parisienne Études à la Sorbonne vignette|La cantatrice américaine Marian Anderson. Elle arrive à Paris en 1920 et y entreprend des études d'anglais. Elle et sa sœur Jeanne, qui étudie la littérature, sont les premières étudiantes noires à s'inscrire à la Sorbonne., à une époque où peu de femmes et de Noirs avaient accès à cette institution. Elle y soutient sa thèse sur l'écrivaine et abolitionniste américaine Harriet Beecher Stowe, auteure en 1852 de La Case de l'oncle Tom.
À Paris, elle profite de la vie culturelle de la capitale. Elle va au théâtre, assiste à des concerts, visite des expositions... Elle fréquente le Bal Nègre. C’est l’un des rares endroits où la jeune femme peut retrouver ses repères culturelsArchives sur Paulette Nardal. Elle assiste là aux revues de la cantatrice Marian Anderson et de Joséphine Baker qui la font s'éveiller à ce que sa sœur appelle la « conscience noire ».
Le salon littéraire Paulette Nardal tient un salon littéraire dans l'appartement qu'elle partage au 7 rue Hébert avec ses sept sœurs à Clamart. Elle cherche à mettre en relation les diasporas noires. Elle aborde la question de l’émancipation des femmes et pose les prémices de la théorie de la Négritudehttp://www.netlexfrance.info/2009/06/23/paulette-nardal-1896-1985/ . Dans son salon littéraire se croiseront des écrivains célèbres tels que Léopold Senghor, Aimé Césaire qui feront part de leur expérience d'étudiants en métropole, Jean Price Mars de passage dans la capitale, Léon-Gontran Damas, René Maran qui racontera les péripéties rencontrées avec son livre Batouala, et d'autres venus d'Afrique, de Haïti et de New York, notamment ceux de la Harlem Renaissance comme Claude McKay. En 1928, elle rejoint la Dépêche africaine, une revue panafricaniste.
Paulette Nardal fonde en 1931 avec les écrivains haïtien Léo Sajous et martiniquais René Maran La Revue du Monde Noir, qui est éditée en français et anglais. Son objectif affiché est de La revue cesse de paraître en 1932, après seulement six numéros à cause de contraintes économiques. Ses sœurs Jeanne et Andrée étaient aussi des contributrices de la revue, tout comme leur cousin germain Louis–Thomas Achille. D'autres écrivains vont reprendre le flambeau de ce courant littéraire de la Négritude, tels que Césaire ou Senghor, notamment avec la revue L'Étudiant noir, tout en omettant largement de donner crédit à Paulette Nardal qui écrira : Témoignage de Paulette Nardal.
Militante politique Catholique fervente, Paulette Nardal est opposée au communisme, présent en Martinique dès cette période et à l’influence duquel elle attribuera, s'ajoutant à la misogynie, sa progressive mise à l'écart du mouvement de la négritude ; très attachée à la France, elle défend une pleine intégration de l’île dans le cadre de l’empire colonial français d’alors et déclare dans un texte de 1932 .
Elle devient secrétaire du parlementaire socialiste martiniquais Joseph Lagrosillière, puis de Galandou Diouf, élu député du Sénégal en 1934. Elle exprime son engagement politique notamment contre l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste de Mussolini. En 1937, elle se rend au Sénégal sur l'invitation de son ami Léopold Sédar Senghor.
Seconde Guerre mondiale vignette|Le politologue, diplomate et Prix Nobel de la paix américain Ralph Bunche, photographié en 1951. En 1939, alors qu'elle rentre de Martinique en bateau peu après le déclenchement de la Guerre, un sous-marin allemand torpille le navire SS Bretagne sur lequel elle voyage et le coule. Elle est sauvée de la noyade par une chaloupe de sauvetage mais se brise les deux rotules. Elle passe à l’hôpital de Plymouth et restera handicapée pour le reste de ses jours. Durant la période vichyste, elle retourne en Martinique et donne clandestinement des cours d’anglais à des jeunes Martiniquais désireux de rejoindre la France libre via la Dominique. Elle ouvre un nouveau salon littéraire.
À la suite de l'ordonnance du qui accorde le droit de vote aux femmes, Paulette Nardal crée le Rassemblement féminin, branche martiniquaise de l'Union féminine civique et sociale et participe au mensuel La Femme dans la cité publié entre 1945 et 1951. Elle souhaite ainsi inciter les femmes martiniquaises à exercer ce nouveau droit et à aller voter le .
Alors que la fin de la Seconde Guerre mondiale approche, elle part pour les États–Unis, où elle devient la secrétaire particulière de Ralph Bunche, militant pour les droits civiques qui entreprend une médiation réussie dans le conflit israélo-arabe entre 1948 et 1949. Ralph Bunche fait ensuite entrer Paulette Nardal à la récente ONU, où elle devient pour une année et demie (de décembre 1946 à 1948) déléguée à la section des territoires autonomes. Un poste à haute responsabilité, dans lequel elle a eu l'occasion de défendre les droits des femmes mais aussi leurs conditions de vies dans les anciennes colonies, dans un rapport sur la Martinique. Étant une femme noire, bourgeoise, instruite, catholique et féministe, son rapport s'inscrit donc dans des réalités les plus souvent invisibilisées pour l'époque.
Retour en Martinique De retour en Martinique, elle y fonde la chorale « Joie de chanter » avec sa sœur Alice, tout en poursuivant son activité militante en faveur de la promotion de la femme, la culture, la littérature ou encore l’histoire. Les deux sœurs préparent les commémorations du centenaire de l’abolition de l'esclavage. En 1956, un inconnu jette une torche enflammée à travers une fenêtre de sa maison ; peu après, sa famille la convainc de cesser son activité politique, de crainte pour sa vie. Elle rédige un historique de la tradition musicale des campagnes martiniquaises. Le Bèlè et ses variantes comme le gran bèlè, le béliya, le bouwo, le Ladjia et sa base, le rythme afro aja-gbe doivent retrouver leur place dans la musique antillaise. Au sein d'une famille très attachée à la musique et au chant, elle est la tante de la cantatrice Christiane Eda-Pierre.
Elle est faite Officier des Palmes académiques et Chevalier de la Légion d’honneur, alors que Léopold Sédar Senghor lui décerne le titre de Commandeur de l’Ordre National de la République du Sénégal. À Fort-de-France, l’ancienne place Fénelon, proche de l’ancienne maison familiale rue Schœlcher, porte maintenant son nom.
Mort Paulette Nardal meurt le à l’âge de à Fort-de-France. Cette femme de lettres et militante politique, pionnière de la cause noire, restera celle qui répétait inlassablement à ses amis et ses élèves sa fierté d'être noire : . Elle est inhumée au cimetière de la Levée de cette même ville.
Vie privée À Fort-de-France, elle habite la maison familiale de la rue Schœlcher, avec son père et ses sœurs ; à la différence de celles-ci, toutes épouses et mères de famille, elle ne se marie pas, trouvant dans le célibat une forme d'affirmation de son indépendance.
Hommages Dans les années 1980, Aimé Césaire fait apposer le nom de Paulette Nardal sur une place de la ville de Fort-de-France, dont il est maire.
En 2018, sur proposition de Fadila Mehal (groupe Démocrates et Progressistes) au Conseil de Paris., la Ville de Paris décide de la création de la promenade Jane-et-Paulette-Nardal dans le , qui est officiellement inaugurée par la maire de Paris Anne Hidalgo en présence de Christiane Eda-Pierre, nièce de Paulette et Jeanne Nardal, le . La maire de Paris affirme alors son soutien à l'entrée de Paulette Nardal au Panthéon.
En 2019, la ville de Clamart vote le choix de son nom pour une future voie de la ville et la commune de Malakoff le choisit pour rebaptiser l'école Paul-Bert.
En 2021, la ville de Ducos (Martinique) rebaptise son lycée en son honneur
En 2022, la ville de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) donne son nom à l'allée desservant la nouvelle école Paul-Langevin.
Une allée porte son nom au Haillan. alt=Paulette Nardal est mise à l'honneur durant les Jeux olympiques aux cotés d'autres femmes remarquables.|vignette|396x396px|Statue de Paulette Nardal aux JO de 2024. Elle fait partie des dix statues de femmes présentées lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques (avec l'avocate et féministe Gisèle Halimi, la philosophe et poétesse Christine de Pizan, l’exploratrice Jeanne Barret, l'écrivaine et révolutionnaire Olympe de Gouges, l’anarchiste Louise Michel, la réalisatrice Alice Guy, la cadre sportive Alice Milliat, la philosophe Simone de Beauvoir et la femme politique Simone Veil), qui sont ensuite installées, le , rue de la Chapelle.
Notes et références
Annexes Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . .
Filmographie Le film de Jil Servant : Paulette Nardal, la fierté d’être négresse, coproduction France-Antilles T.V., 2004, retrace son parcours.
Émissions , série en stop motion de Julie Gavras (2021), durée 4 min.
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Liens externes
Paulette Nardal, la première femme noire étudiante à la Sorbonne Paulette Nardal et Présence Africaine s'exposent au Musée du quai Branly Sous la direction de Cécile Bertin-Élisabeth et Vinciane Trancart, Mondes noirs : hommage à Paulette Nardal, revue Flammes, ,
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