Le fort de Vaux, appelé brièvement fort Dillon, est situé sur les communes de Damloup et de Vaux-devant-Damloup, près de Verdun, dans la Meuse (France). Il est construit de 1881 à 1884 dans le cadre du système Séré de Rivières et renforcé en 1888. Il est l'un des hauts lieux de la bataille de Verdun en 1916.
Le fort est désarmé en 1915 par un décret qui dégarnit aussi le fort de Douaumont, c'est donc un ouvrage sans armement lourd dont la tourelle de a explosé dès à la suite du pilonnage des obusiers allemands. Le , les Allemands attaquent, le village tombe le mais le fort tient. Du , grâce à l'héroïsme du commandant Raynal et de sa garnison, le fort résiste à la allemande mais, après de très durs combats, les défenseurs doivent finalement se rendre. Les Allemands échouent cependant à prendre Verdun et, à l'automne, ils abandonnent le fort de Vaux qui est repris par les troupes françaises dans la nuit du .
Le fort de Vaux devient alors l'un des symboles des combats des poilus de la Première Guerre mondiale animés par le sens du devoir jusqu'à l'ultime sacrifice.
Historique de la construction Le fort est construit de 1881 à 1884 en maçonnerie ordinaire. En 1886, la caserne est renforcée au moyen d'une carapace de béton de ciment de d'épaisseur, séparée des maçonneries par une couche de sable de .
Par le décret du , le ministre de la Guerre Georges Boulanger renomme tous les forts, batteries et casernes avec les noms d'anciens chefs militairesNote du du ministre de la guerre Boulanger aux généraux commandant les régions militaires ; décret présidentiel du pour les nouvelles dénominations des forts, batteries et casernes sur proposition du ministre de la guerre, .. Pour le fort de Vaux, son nom Boulanger est en référence à un des généraux de la famille , le général Arthur Dillon. Le nouveau nom est gravé au fronton de l'entrée. Dès le , le successeur de Boulanger au ministère, Théophile Ferron, abroge le décretLettre bis du de , , abrogeant le décret présidentiel du .. Le fort reprend officiellement son nom précédent, tout en gardant le nom Boulanger à son fronton.
vignette|upright=0.8|Canon de dans une des deux casemates de Bourges du fort de Vaux. De 1904 à 1906, sont installés une tourelle de avec son observatoire en capitale à droite et à gauche, deux observatoires cuirassés et trois coffres en contrescarpe : un coffre double nord-ouest, un coffre simple nord-est et un coffre simple flanquant la gorge. Les deux premiers coffres sont reliés au massif de l'observatoire voisin au moyen de communications bétonnées passant sous les fossés et recouvertes d'une dalle en béton armé de d'épaisseur. Les observateurs ne sont pas, à ce moment, reliés à la caserne bétonnée. Deux casemates de Bourges sont construites, armées chacune de deux canons de : celle de gauche battant les abords du fort de Douaumont, les ravins de la Fausse-Côte, de la Caillette et du Bazil ainsi que le bois de la Caillette ; celle de droite battant les directions de la batterie de Damloup, les villages de Damloup et d'Abaucourt. vignette|upright=0.8|Observatoire d'artillerie face à la Woëvre.
De 1910 à 1912, les communications bétonnées sont complétées, de façon à relier la caserne bétonnée à tous les organes du fort. Cette caserne peut abriter . Le fort dispose de deux citernes en sous-sol.
Le fort de Vaux est classé monument historique le ..
L’attaque du fort de Vaux (2-7 juin 1916) Dispositions de l’armée allemande thumb|upright=0.8|Morceaux de la tourelle de détruite le . thumb|upright=0.8|Positions du fort de Vaux et du fort de Douaumont (les lignes noires indiquent les positions allemandes lors de la bataille de Verdun en 1916).
À la fin du mois de , les Allemands contiennent et écrasent la contre-attaque française sur la rive droite de la Meuse, tandis que sur la rive gauche leur propre offensive progresse : ils sont enfin parvenus à prendre le contrôle de la cote 304 et du Mort-Homme. L'opération suivante doit leur permettre d'atteindre les positions d'où ils pourront lancer l'assaut final sur la ville de Verdun : les objectifs sont l'ouvrage de Thiaumont, Fleury-devant-Douaumont, ainsi que les forts de Souville et de Vaux.
Cinq divisions sont désignées pour mener l'offensive qui débute le . L'attaque de Vaux est planifiée pour le quatrième jour de l'offensive mais, le de réserve ayant atteint tous ses objectifs dès le , l'assaut sur le front démarre dès le lendemain, .
Le fort de Vaux au début de la bataille
Le fort de Vaux est plus petit que celui de Douaumont. Lorsque le , l'ordre est donné de se préparer à l'évacuation de la rive droite de la Meuse, des charges de démolition, placées depuis 1915, sont armées afin de pouvoir faire sauter l'ouvrage à tout moment mais deux jours plus tard, un obus de pénètre dans le fort et détruit la pièce où sont entreposés les détonateurs. Un autre obus frappe la tourelle de , toujours garnie de ses charges de démolition, provoquant une énorme explosion qui prive le fort de ses derniers canons ; ses quatre autres canons de ayant été retirés en 1915, la garnison les a remplacés par des mitrailleuses.
En 1916, le fort de Vaux est commandé par le commandant Raynal, âgé de , qui a commencé la guerre à la tête du de tirailleurs algériens. Il est blessé à l'épaule par une balle de mitrailleuse en puis grièvement blessé en décembre lorsque son poste de commandement est touché de plein fouet par un obus. Après dix mois d'hospitalisation, le commandant Raynal revient sur le front le pour être à nouveau blessé à la jambe par un shrapnel quelques jours plus tard, ce qui lui vaut d'être promu officier de la Légion d'honneur. Encore convalescent au début de 1916, il ne marche qu'avec difficulté et la guerre semble terminée pour lui. C'est alors que le ministre de la Guerre annonce que les officiers qui ne peuvent pas servir en première ligne du fait de leurs blessures peuvent être nommés au commandement de forteresses. S'étant porté volontaire, le commandant Raynal demande à servir à Verdun où les Allemands viennent de lancer leur offensive.
Le commandant Raynal prend son poste le ; à ce moment, les fantassins français s'accrochent à une ligne de tranchées situées devant le fort de Vaux mais uniquement pour éviter un assaut surprise de nuit car, de jour, la position est intenable. Le fort lui-même est tenu par une garnison d'environ Plaque commémorative de l'association "Les défenseurs du fort de Vaux" située au fort de Vaux. constituée par : la compagnie du d'infanterie. ; la compagnie de mitrailleurs du d'infanterie ; un détachement du d'artillerie à pied (). et du d'artillerie ; un détachement de sapeurs des et du génie ; un poste de secours du d'infanterie.
À partir du , d'autres soldats, chassés de leurs positions par l'offensive allemande, se réfugient dans le fort : la de mitrailleurs du d'infanterie que le commandant Raynal conserve dans le fort, avec l'accord de son colonel, a rejoint le fort dans la journée du ; des éléments du d'infanterie, appartenant aux ., et compagnies ; la compagnie, affectée en première ligne, a rejoint le fort dans la nuit du au ; des éléments du d'infanterie, revenus de l’étang de Vaux dans l'après-midi du et qui . Lorsque le fort de Vaux est finalement encerclé, le , le commandant Raynal a, avec lui, plus de , quatre pigeons voyageurs et un cocker répondant au nom de Quiqui qui appartient à l'un des sapeurs. Il n'y a pas beaucoup de vivres mais l'approvisionnement en eau est en principe assuré grâce à une citerne de .
L’attaque allemande Le fort de Douaumont ayant été pris rapidement les Allemands concentrent leurs forces pour parvenir à créer une brèche décisive qui leur permettrait de marcher sur la ville de Verdun. Cependant toutes leurs offensives sont stoppées par une armée française qui connaît l'importance de garder cette place forte stratégique et lutte avec acharnement : à l'ouest ils sont contenus au Mort-Homme et ne parviennent pas à prendre la cote 304, à l'est ils s'enlisent du côté du village de Fleury-devant-Douaumont car celui-ci est sous le feu des forts de Souville et de Vaux. Ainsi, les forces allemandes décident de s'emparer dans les plus brefs délais du fort de Vaux qui représente un objectif primordial. Elles se donnent les moyens d'y parvenir en concentrant un maximum de troupes d'infanterie sur la rive droite de la Meuse, si bien que la veille de l'assaut elles se retrouvent dans des proportions de quatre contre un sur un front de six kilomètres. De plus, leur supériorité dans le domaine de l'artillerie est écrasante.
Le , sous le couvert d'un feu très intense, quatre compagnies du allemand progressent vers l'ouvrage fortifié. Les Français se retranchent dans les coffres de contre-escarpe et une âpre lutte s'engage dans les fossés du fort. Le , dans le coffre double situé au nord, les Allemands utilisent des lance-flammes à travers les créneaux, forçant les soldats français à se replier vers la caserne, tandis qu'au nord-est, à la suite de très violents combats au corps à corps, les Allemands parviennent à s'emparer du coffre simple et à pénétrer dans les galeries de liaison souterraines. Aussitôt, les défenseurs s'organisent et construisent des barrages de fortune avec tout ce qui leur tombe sous la main. Le chaos s'installe rapidement du fait de l'étroitesse des galeries ( en hauteur sur de large) qui empêche de manœuvrer correctement mais également à cause de l'obscurité. On se bat à la grenade, au lance-flammes, à la baïonnette ou encore à la pelle de tranchée. Plus de 600 Français s'entassent dans la caserne souterraine. La chaleur devient étouffante ; la situation qui est déjà très préoccupante devient catastrophique lorsque les citernes d'eau sont percées par des explosions souterraines. Dès lors, la soif tenaille les défenseurs du fort. Les 4 et , les Allemands attaquent par la gaine ouest à partir du coffre de contre-escarpe simple (nord-est) et parviennent à repousser les défenseurs dans les tréfonds des tunnels mais n'arrivent cependant pas à s'emparer définitivement du bastion. Certains soldats français parviennent à s'échapper par une ouverture dans le béton mais la plupart des défenseurs poursuivent la résistance. Le , une expédition de secours est finalement montée par les Français mais elle est très rapidement anéantie et les soldats assiégés comprennent qu'ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes. Finalement, le à , c'est un groupe de éreintés, meurtris, assoiffés et à bout de forces qui finit par déposer les armes, au terme de six jours de combats effroyables. Les honneurs militaires leur sont rendus par leurs ennemis pour leur résistance héroïque.
Reddition Le à du matin, Raynal remet la reddition du fort de Vaux. Attaqués depuis des jours aux lance-flammes, épuisés, blessés, assoiffés, ce sont de véritables fantômes à qui les Allemands rendent les honneurs. Néanmoins, d'après l'historien Michaël Bourlet, les sources allemandes ne mentionnent pas ce fait.
Raynal et ses hommes partent en captivité. Le commandant est conduit au quartier général du Kronprinz où on le complimente pour sa vaillante résistance. Le Kronprinz, n'ayant pas pu faire retrouver le sabre du commandant Raynal lui remet d'abord un poignard de pionnier allemand en signe de respect et plus tard, il lui remet une épée d'officier français.
Tentative de reprise du fort (8-17 juin 1916)