Le siège de Gaète se déroule du au , dans le cadre de l'invasion napoléonienne du royaume de Naples. L'armée impériale française, commandée par le maréchal André Masséna, assiège la ville fortifiée de Gaète, en Italie, défendue par une garnison napolitaine aux ordres du prince Louis de Hesse-Philippsthal. Après une résistance longue de plusieurs mois, Gaète, affaiblie par la blessure du prince de Hesse, hisse le drapeau blanc et se voit accorder des clauses de reddition particulièrement généreuses de la part du vainqueur.
En 1806, les troupes françaises de Masséna envahissent le territoire napolitain après que le roi Ferdinand des Deux-Siciles a rejoint la Troisième Coalition contre la France. Le royaume de Naples est rapidement conquis par l'armée française mais la forteresse de Gaète, sous les ordres du prince de Hesse, refuse de se rendre. La garnison de la ville résiste pendant cinq mois au cours desquels une bonne partie des forces de Masséna, immobilisées par ce siège, ne peuvent être dépêchées en Calabre où la population se soulève contre l'occupant napoléonien. Cette situation permet aux Britanniques de débarquer un corps expéditionnaire qui remporte la bataille de Maida sur le général français Reynier. Cependant, les Anglais ne profitent pas de cette victoire pour envoyer des renforts à Gaète qui finit par capituler le .
Contexte
À la fin de l'été 1805, alors que la guerre de la Troisième Coalition est imminente, Napoléon déploie hommes pour défendre ses possessions en Italie. Le maréchal André Masséna commande l'armée principale forte de hommes, assisté d'un contingent de hommes fourni par le royaume d'Italie et d'un corps d'observation de soldats chargé de garder un œil sur Naples. Face à l'Empire napoléonien, l'armée autrichienne d'Italie sous le commandement de l'archiduc Charles aligne hommes. Quant à l'armée napolitaine du roi Ferdinand , elle compte plus de soldats. Effrayé à l'idée que les Français puissent envahir son territoire, Ferdinand conclut avec Napoléon un accord préservant sa neutralité. En contrepartie, les Français acceptent d'évacuer la région des Pouilles dans le sud de l'Italie. Le traité est ratifié à Naples le .
Immédiatement après la signature du traité, le corps d'observation français évacue les Pouilles et se met en marche vers le nord pour se joindre à l'armée de Masséna. Cependant, sitôt les Français partis, Ferdinand et la reine Marie-Caroline trahissent leurs engagements en faisant venir à Naples deux corps expéditionnaires de la Coalition. de troupe britanniques sous les ordres du lieutenant-général Craig arrivent en provenance de Malte tandis que le général Maurice Lacy et russes venus de Corfou débarquent sur les côtes italiennes. Une autre source indique que commandés par Craig et sous Lacy arrivent à Naples le . À cette date, les troupes franco-italiennes placées en observation à la frontière napolitaine ne comptent plus que .
Craig et Lacy se préparent à mener une offensive dans le nord de l'Italie mais les deux généraux sont stupéfaits lorsqu'ils se rendent compte que l'armée napolitaine n'est pas en état de faire campagne. Sans l'aide de leurs alliés, les Russes et les Britanniques restent donc sur la défensive. De leur côté, les autorités napolitaines procèdent tardivement à la levée de supplémentaires en incorporant notamment des criminels détenus dans les prisons. Simultanément, un contingent de russes vient renforcer le corps expéditionnaire. Sur le front d'Europe centrale, la victoire décisive de Napoléon à la bataille d'Austerlitz le met fin à la Troisième Coalition. Le tsar de Russie Alexandre ordonne à Lacy de quitter la péninsule italienne, imité en cela par le corps britannique. Le chaos s'installe alors dans le gouvernement napolitain lorsqu'il devient clair que Napoléon n'a pas l'intention de pardonner sa trahison au roi Ferdinand.
Sollicité sur le choix d'une position facile à défendre, Craig propose de tenir la forteresse de Gaète mais son gouverneur, le prince Louis de Hesse-Philippsthal, refuse catégoriquement d'abriter ses hommes dans la citadelle. Le général britannique demande alors au gouvernement napolitain l'autorisation de débarquer ses troupes dans le port de Messine, en Sicile, mais il essuie un nouveau refus. Outrepassant l'offense, Craig fait monter ses hommes à bord des navires le et fait voile vers Messine. Les Britanniques patientent dans la rade à bord de leurs vaisseaux de transport jusqu'à ce que le roi et la reine leur donnent finalement la permission de débarquer le .
Invasion française
L'armée française de Masséna passe la frontière napolitaine le sans rencontrer de résistance sérieuse. Le roi Ferdinand s'est déjà enfui vers la Sicile le , suivi par la reine Marie-Caroline le . Sur les côtes de l'Adriatique, la division du général Lechi s'empare de Foggia puis progresse vers l'ouest via les Apennins et fait son entrée à Naples. Pendant ce temps, le corps principal dirigé par Masséna arrive en vue de Gaète, à environ au nord de Naples. Face à l'imposante forteresse dominant la route côtière et à la détermination de son commandant, le prince Louis de Hesse, Masséna laisse sur place la division Gardanne afin d'effectuer le blocus de la ville et poursuit sa marche vers Naples où il arrive le avec le reste de ses troupes. Napoléon ayant désigné son frère Joseph Bonaparte pour remplacer Ferdinand sur le trône de Naples, le nouveau roi fait une entrée triomphale dans la capitale le lendemain. À partir de ce moment, Joseph prend en main le commandement de l'armée, plaçant les troupes stationnées dans les environs de Naples sous l'autorité de Masséna tandis que l'armée de campagne est confiée au général Reynier. Ce dernier quitte Naples peu après et s'avance vers le sud avec environ .
Le , les troupes de Reynier se heurtent à une armée de commandés par Roger de Damas. À l'issue de la bataille de Campo Tenese, les forces napolitaines sont mises en déroute, perdant , toute leur artillerie et leurs bagages. Reynier se lance à la poursuite des vaincus pendant qu'une deuxième armée napolitaine est repoussée par le général Duhesme. Cette retraite provoque la dislocation de l'armée bourbonienne : les miliciens retournent dans leurs foyers et la désertion frappe les unités de la ligne si bien que seuls sont évacués vers la Sicile. Le comportement tyrannique des Français et de leurs alliés à l'encontre des populations civiles débouche rapidement sur une révolte des paysans calabrais. Le conflit dégénère en une guerre d'embuscades et de coups de main dans lesquels de nombreux soldats français sont tués. Les commandants français ripostent en attaquant et en brûlant les villages, entraînant une escalade des atrocités commises par les deux camps.
Forces en présence
vignette|gauche|redresse|Le prince Louis de Hesse-Philippsthal.
En 1806, Gaète est une ville comptant près de , protégée par de puissantes fortifications. Bâtie sur une péninsule débordant en partie sur la mer, sa façade côté terre est défendue par un mur de échelonné sur trois rangs de profondeur à certains endroits. La batterie de brèche est installée à au-dessus du niveau de la mer, dominée d'encore plus haut par la batterie de la Reine. La tour d'Orlando se dresse quant à elle à de hauteur. Abrités dans ces ouvrages, les défenseurs sont en mesure de déverser un feu nourri sur un éventuel assaillant. La garnison de Gaète, sous le commandement du prince de Hesse, comprend appartenant aux bataillons des régiments Presidio (990 hommes) et Carolina (850 hommes) et aux régiments Prince (600 hommes), Val di Mazzara (600 hommes), Chasseurs d'Apulia (110 hommes), Val Demone (100 hommes) et Val Dinotto (100 hommes). 400 volontaires et sont également venus grossir les rangs de la garnison. De nombreux soldats réguliers sont issus des prisons napolitaines et siciliennes et ne constituent donc pas des troupes très sûres.
vignette|redresse|Le maréchal André Masséna. Portrait par Jean-Baptiste Wicar.
Face à eux, le corps du maréchal Masséna se compose de deux divisions d'infanterie françaises commandées par les généraux Partouneaux et Gardanne et de deux divisions de cavalerie aux ordres des généraux Mermet et Espagne. La division Partouneaux aligne les et régiments d'infanterie de ligne dans la brigade et les et de ligne dans la brigade. Toutes les unités comportent trois bataillons. La division Gardanne a une organisation similaire avec une brigade composée des et de ligne à trois bataillons et une seconde brigade forte d'un bataillon de la légion corse, un bataillon du régiment d'infanterie légère et trois bataillons du de ligne. La division Mermet est formée de deux brigades déployant respectivement les et régiments de dragons et les et dragons. Quant à la division Espagne, ses deux brigades sont constituées d'un régiment polonais et du régiment de chasseurs à cheval pour la première et des et chasseurs à cheval pour la seconde. Chaque régiment de cavalerie est à quatre escadrons. L'artillerie du corps, enfin, totalise six canons de 6 livres, deux canons de 3 livres et cinq obusiers.
Déroulement du siège
vignette|gauche|Plan du siège de Gaète montrant les défenses de la ville et les tranchées parallèles creusées par les Français.
Le commandant de la place de Gaète, le prince Louis de Hesse-Philippsthal, est un soldat de fortune réputé pour son excentricité. Homme de petite taille à la tête rouge et au nez aquilin, buveur invétéré, c'est un bon meneur d'hommes qui a su gagner le respect de ses soldats faiblement motivés en plaisantant avec eux et en faisant preuve d'un réel courage personnel. Dès les premiers jours du siège, il se poste à la batterie de brèche et déclare qu'il ne la quittera qu'une fois le siège terminé. Il fait également la promesse de limiter sa consommation d'alcool à une bouteille par jour. Faisant référence à la reddition du général autrichien Mack à Ulm, il empoigne un clairon et hurle aux assiégeants : . Les premières unités françaises arrivent devant la ville le et demandent que la forteresse leur soit remise, mais Hesse fait tirer au canon en guise de réponse et les Français laissent quelques troupes en observation dans la zone.
Le siège de Gaète débute le . Masséna effectue une reconnaissance de la forteresse et nomme le général de brigade Nicolas Bernard Guiot de Lacour à la tête du corps de siège. Des batteries sont érigées et garnies de pièces d'artillerie acheminées depuis les arsenaux de Naples et de Capoue. Les lignes de siège françaises s'appuient sur le Monte Secco, distant de de la ville, et sur le plateau d'Atratina plus éloigné. Le , les Français somment formellement les défenseurs de se rendre. Hesse réplique en insinuant que les Français devront d'abord percer une brèche dans les murailles et qu'ils trouveront là sa réponse. Les canons des assiégeants ouvrent le feu mais ils sont rapidement réduits au silence par les 80 pièces que le prince a déployé face à leurs batteries. Les Impériaux se remettent à l'ouvrage, reconstruisent leurs emplacements de tir, font venir des canons supplémentaires et creusent des tranchées de plus en plus proches des murailles. Le , le gouverneur de Gaète repousse une nouvelle offre de reddition. Les Français reprennent les bombardements mais une fois encore, leurs canons sont mis hors d'usage par la nombreuse artillerie de la citadelle..