L'histoire de la pomme de terre (Solanum tuberosumLa pomme de terre cultivée correspond généralement à la sous-espèce botanique Solanum tuberosum subsp tuberosum, mais plusieurs autres espèces de pommes de terre sont également cultivées dans les hauts plateaux andins et environ tubéreuses du genre Solanum (pommes de terre sauvages) font partie du pool génique et ont servi pour certaines d'entre elles à des croisements à l'origine de cultivars modernes.) commence avec celle des Amérindiens qui vivaient il y a plus de Carte d'expansion des premiers hommes sur le nouveau monde. dans la zone côtière de l'actuel Pérou et au sud-ouest de l'Amérique latine.

Ces chasseurs-cueilleurs du Néolithique ont doucement appris à la domestiquer et à traiter ses propriétés toxiques. Il y a , sur l'Altiplano andin, dans la région du lac Titicaca, cette domestication a abouti à des pratiques rationnelles de culture et de conservation.

Au , à l'arrivée des Conquistadors lors de la colonisation espagnole des Amériques, la pomme de terre, avec le maïs, est à la base de l'alimentation de l'ensemble de l'empire Inca et des populations vivant dans les régions voisines.

Après leur découverte par les Conquistadors, les tubercules sont embarqués à bord des galions comme vivres de soute, et les explorateurs du « Nouveau Monde » les débarquent dans les ports d'Espagne et d'ailleurs. De là, la pomme de terre part à la conquête de l'Europe et du monde.

Objet de curiosité des botanistes et des rois, remède à certaines maladies pour les ecclésiastiques, elle n'est pas tout de suite considérée comme pouvant servir à l'alimentation des humains. Dans le sud de l’Europe, elle circule de cour en couvent, d'Espagne en Italie (appelée taratuffi et tartuffoli dans les Alpes italiennes), Piémont-Sardaigne, Savoie (appelée cartoufle) puis vers l'Autriche, d’Angleterre vers l'Irlande et les Flandres, mais il faudra attendre le début du pour qu'elle commence à être sporadiquement cultivée.

Sa conquête du territoire européen s'accélère alors, poussée dans les campagnes par les famines et les guerres. Pour l'aider dans cette conquête, sa diversité allélique naturelle. lui permet de rapidement adapter son horloge circadienne aux saisons et aux climats des latitudes du « Vieux Continent »..

Au , dans tout le Vieux Continent, jusqu'aux confins de la Russie, un véritable engouement se développe pour ce tubercule facile à cultiver et à conserver, et qui permet à l’Europe d'espérer la fin des famines. La culture de la pomme de terre, en libérant le peuple des disettes, renforce les États, nourrit leurs soldats et accompagne leurs armées dans des conquêtes plus lointaines. Au , la force et la stabilité alimentaire acquises grâce à la pomme de terre offrent aux empires coloniaux la possibilité de s'étendre et de dominer une grande partie du monde.

La pomme de terre devient le principal soutien de la révolution industrielle, offrant une nourriture économique aux ouvriers toujours plus nombreux à se presser dans les villes, au plus près des usines.

écrit Friedrich Engels en 1884 dans L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État.

Origines

La pomme de terre est originaire des Andes où elle a été domestiquée et cultivée depuis l'époque néolithique dans la zone côtière de l'actuel Pérou, à la fin de la dernière période glaciaire alors que l'Altiplano était encore en partie recouvert par les glaces..

Dans les grottes de situées à d'altitude dans le canyon Chilca à au sud-est de Lima, ont été mis au jour les plus anciens restes de tubercules de pommes de terre cultivées datant d'environ On y a aussi découvert des spécimens de haricot, haricot de Lima, piment, oca et ulluque..

Des découvertes similaires ont été faites sur des sites archéologiques situés le long de la côte péruvienne, depuis Huaynuma dans la vallée de Casma. (région d'Ancash, à au nord de Lima), jusqu'à La Centinela dans la vallée de Chincha située à au sud de Lima.

Un spécimen de Solanum maglia, espèce de pomme de terre sauvage, datant de , a été identifié sur le site archéologique de Monte Verde, près de Puerto Montt dans le sud du Chili. Sûrement consommée mais non cultivée, elle est la plus ancienne espèce connue ayant pu servir à l'alimentation humaine. Cette découverte tend à confirmer cette région comme étant le berceau de la pomme de terre (page accessible par Archive.is)..

Après une longue période d'appropriation, alors que la région côtière connaît un climat de plus en plus aride, c'est sur l'Altiplano, autour du lac Titicaca, chez les Tiwanaku que la domestication de la pomme de terre voit son premier accomplissement, par la rationalisation d'un processus de détoxification permettant de faire baisser les taux de glycoalcaloïdes présents naturellement dans la plante, notamment celui de l’α-solanine, toxique pour l'homme et présente en grande quantité quand le tubercule se développe en altitude car les glycoalcaloïdes lui permettent de résister au gel. Ces techniques de conservation sont mises en pratique depuis plus de par les peuples de l'Altiplano ; elles consistent en une suite d'opérations de lessivage, de séchage au soleil puis de congélation dans la glace. Vers ces techniques de conservation sont perfectionnées par les agriculteurs Tiwanaku parvenus à cette rationalisation : le lessivage et le séchage fait baisser les taux de solanine, et la cuisson des pommes de terre congelées fait baisser les taux des inhibiteurs de protéinase et lectines nuisibles à sa digestion par l'homme et les animaux.. Les Quechuas pratiquent encore de nos jours des techniques de conservation de la pomme de terre similaires., le Chuño, aux propriétés également détoxifiantes.

C'est aussi dans les Andes, que l'on observe encore aujourd'hui la plus grande variabilité génétique des espèces et variétés de solanées tubéreuses, avec plus de cent espèces sauvages et plus de 400 variétés indigènes de pommes de terre cultivées..

Les poteries ayant pour thème la pomme de terre, découvertes dans la région, témoignent de l'importance qu'a pu revêtir sa domestication pour les cultures qui s'y sont succédé. Ces poteries, qui s'échelonnent du au , de l'ère Nazca à la fin de l'ère Inca, figurent les tubercules de manière très réaliste, puis celles-ci évoluent jusqu'à prendre la forme de créatures humaines ou animales, sur lesquelles sont toujours représentés les « yeux » des pommes de terre de façon de plus en plus stylisée..

Au sud du Pérou, à Cuzco, à l'arrivée des Espagnols qui ravagèrent la ville en 1534, la plantation des papas faisait l'objet d'une cérémonie rituelle. Les grands prêtres du temple du Soleil en ordonnaient la plantation, au commencement de la saison des pluies, lorsque les premières pousses de maïs, semés en septembre, atteignaient un centimètre. Les hommes creusaient le sol avec la chaquitaclla, outil agricole encore en usage aujourd'hui dans les Andes., et les femmes plantaient les semences. Au cours d'une cérémonie publique qui rassemblait toute la population : des lamas étaient sacrifiés pour s'attirer la bienveillance de Axomama, la déesse mère des pommes de terre très vénérée dans le panthéon des dieux incas.. On y dansait et on y buvait de la chicha pour fêter l'arrivée de la pluie. Les papas étaient récoltées en juin..

Découverte par les Européens

À l'arrivée des Espagnols en Amérique du Sud, la pomme de terre était cultivée principalement dans l'empire Inca dont elle était l'un des aliments de base. Elle l'était également au nord de l'empire chez les Chibcha (actuelle Colombie), sous le nom de iomza, et au sud par les Mapuches (actuel Chili) qui la nommaient poñi Papas Nativas de Chiloé..

Il est fort probable que Francisco Pizarro et ses hommes ont eu contact avec le tubercule et même mangé des pommes de terre lors de leur expédition au Pérou dès 1532. Toutefois il n'en existe aucune relation écrite.

Le chroniqueur espagnol Juan de Castellanos, arrivé en Colombie en 1544 où il meurt en 1607, narre dans ses Êlegías (1601, publiées à Madrid en 1886 dans ) la découverte des pommes de terre faite en 1537.. Il rapporte que celles-ci, qu'il appelle turmas (truffes), étaient cultivées chez les indiens Moscas (Chibchas). dans la région de Neiva (Colombie). : leur découverte a lieu au cours de l'expédition menée par Gonzalo Jiménez de Quesada à partir de 1535 en Colombie et qui aboutit à la fondation de Bogota le ...

Pedro de Cieza de León, qui voyagea en Colombie et au Pérou entre 1536 et 1551, signale la pomme de terre en 1553, sous le nom papa, dans Crónicas del Perú.. Il y rapporte aussi la façon qu'ont les Indiens de la faire sécher au soleil pour la conserver et que le tubercule (qui ressemble à une « truffe de terre » : turma de tierra) une fois sec se nomme le chuño. («El principal mantenimiento dellos es papas, que son como turmas de tierra, y éstas las secan al sol y guardan de una cosecha para otra; y llaman a esta papa, después de estar seca, chuno»)

Une autre description de la papa est publiée en 1557 par Jérôme Cardan (Hieronymus Cardanus), un des plus illustres savants italiens du , dans son De Rerum varietate.. Il n'a jamais séjourné en Espagne et la pomme de terre est alors inconnue dans son pays. Sa description aura sans doute été inspirée par les Crónicas del Perú de Pedro de Cieza.

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En 1589, le missionnaire et naturaliste José de Acosta, qui séjourna dans les Andes de 1569 à 1585, évoque la culture de la pomme de terre (papas) dans son ouvrage Historia natural y moral de las Indias (Livre quatrième, chapitre XVII).. Il note la façon qu'ont les Indiens de la conserver (chuño) et il indique aussi que la pomme de terre sert à fabriquer une sorte de pain.

Puis en 1609, Gómez Suárez de Figueroa, dit Inca Garcilaso de la Vega dans ses Comentarios Reales de los Incas, décrit la pomme de terre et donne le détail de sa méthode de conservation. :

Introduction et diffusion en Europe On ne dispose sur les conditions et la chronologie des évènements marquant son arrivée en Europe que d'informations fragmentaires, issues des récits des explorateurs ayant parcouru le Nouveau Monde à partir du . En deux siècles, la pomme de terre va conquérir le Vieux Continent, propagée d'abord depuis l'Espagne puis l'Angleterre, au gré des famines ou des guerres, comme celles de Trente Ans et de Sept Ans, et avec le concours d'ecclésiastiques de haut rang.

Jusqu'au milieu du , la pomme de terre, considérée plus comme une médecine que comme un aliment, va rester cantonnée autour des couvents, des cours royales, des jardins de botanistes, et il faudra que l'Europe subisse les nombreuses disettes et les guerres qui vont l'accabler pendant les et pour que sa culture et sa consommation, remèdes aux famines, se développent malgré les préjugés et les superstitions qui lui sont attachés. Au Cinquecento, par exemple, la pomme de terre va être classée avec les truffes ou la mandragore au plus bas de l'échelle des êtres vivants dans la scala naturæ, parmi les plantes souterraines, considérées comme impures et impropres à la consommation humaine. Se développant sous la terre, dans le Sheol, les plantes souterraines sont synonymes de mortification alimentaire et de pénitence.

Dans la culture populaire, elle gardera ce rang dans l'échelle de la nature jusqu'au milieu du , comme le fait en 1675 Johannes Franciscus Van Sterbeeck dans son Theatrum fungorum..

Premières introductions Tout concorde pour affirmer que la pomme de terre a d'abord été introduite en Espagne par les conquistadors, et, très peu de temps après, dans les îles Britanniques par Sir Francis Drake.