Jean-Marie Collot, dit Collot d'Herbois ou d'Herbois, né le à Paris et mort, le en Guyane à Cayenne, comédien, auteur dramatique et directeur de théâtre, est surtout connu comme un homme politique de la Révolution française, député à la Convention nationale et membre du Comité de salut public à l'époque de la Terreur.
Issu d'une famille de la bourgeoisie parisienne, il mène une carrière au théâtre de 1767 à 1789, puis s'investit dans la Révolution française en tant que membre du Club des jacobins, où il apparait parmi les plus radicaux.
Élu député de Paris en septembre 1792, après la chute de Louis XVI, il siège sur les bancs des montagnards. Il effectue plusieurs missions en province, dont la principale a lieu lors de la répression du soulèvement de Lyon (juin-novembre 1793). Membre du Comité de salut public à partir de septembre 1793, il se retourne contre Robespierre durant l'été 1794 et est un des protagonistes de sa chute le 27 juillet (9 thermidor an II).
Bien que thermidorien, il est très vite attaqué à son tour, décrété d'arrestation et condamné en avril 1795 à la déportation en Guyane, où il meurt l'année suivante de la fièvre jaune.
Biographie Origines familiales et formation
Jean-Marie Collot est fils de Gabriel-Jacques Collot, marchand-orfèvre à Paris.
Carrière théâtrale sous l'Ancien Régime (1767-1789)
À l'âge de 18 ans, il commence une carrière d'acteur, adoptant comme nom de scène le nom « d'Herbois ».
Tournée en France et aux Pays-Bas (1767-1782) De 1767 à 1782, il se produit notamment à Avignon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Caen, Angers, Nancy, Marseille, MontpellierPièces de procédures datant de 1777 et relatives à Jean Marie Collot d'Herbois qui aurait insulté Jean René Marie de Solas, conseiller en la cour, lors et après la représentation de "Lucie" et récité le surlendemain dans la "Métromanie" un compliment en vers avec allusions blessantes envers les magistrats. , Anvers (Pays-Bas autrichiens), La Haye (Provinces-Unies) et enfin Lyon.
Lyon (1782-1784) et l'affaire des sifflets Collot arrive à Lyon en 1782 et va y demeurer deux ans.
C'est à cette époque qu'aurait eu lieu l'épisode controversé des sifflets dont témoignent le général Pierre Riel de Beurnonville et Jenny Chevalier, née Poirot, ancienne artiste du théâtre de Lyon. Précédé dans cette ville d'une détestable réputation, Collot y aurait été victime de déboires et d'échecs qui auraient suscité chez lui une rancune tenaceBibliothèque nationale, manuscrits, Papiers du général Beurnonville, qui recueillit à Berlin le témoignage de Chevalier, première cantatrice du théâtre de Saint-Pétersbourg..
Plusieurs auteurs contemporains, parmi lesquels Louis Marie Prudhomme. et Antoine François Bertrand de MollevilleAntoine François Bertrand de Molleville, Histoire de la Révolution de France pendant les dernières années du règne de Louis XVI, Guiguet, 1803, affirment également que Collot d'Herbois a été régulièrement sifflé par le public lyonnais, ce qui, selon eux, aurait causé sa rancœur envers la population de la ville et inspiré la violence de ses actions à Lyon durant la Révolution.
En revanche, selon le témoignage de l'abbé Guillon de Montléon, écrivain pourtant royaliste par ailleurs très critique à l'égard de Collot, qui se trouvait à Lyon à l'époque, il n'aurait jamais , il se comportait avec dignité, était reçu dans le monde et notamment dans les fêtes organisées par l'intendant FlessellesAimé Guillon de Montléon (né à Lyon le , mort à Paris le , premier conservateur à la Bibliothèque Mazarine), Mémoires de l'abbé Guillon de Montléon, tome II, chapitre XVI, , cité par .Selon Alphonse Balleydier, dans son Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la Révolution française, 1789-1795, Paris, L. Curmer, 1846, tome II, , .Dans Le théâtre à Lyon au , 1879, 130 pages, Emmanuel Vingtrinier signale, 101, que ..
Invalidant également cette « légende noire précoce », l'historien Michel Biard souligne que .
De Genève à Paris (1784-1789) Il est engagé comme auteur dramatique et directeur du Théâtre de Genève, où, acteur le mieux payé, il touche Genève-Lyon art et architecture au fil du Rhône, Georg, Revue Geneva, 1997, 27 ..
De retour à Lyon en 1787, il y dirige le théâtre avant d'obtenir une place à Genève le Annales révolutionnaires, Société des études robespierristes, E. Leroux, 1908, tome 1, ..
Avant d'avoir dirigé le théâtre de Genève, il rentre à Paris en 1789, s'installant à Chaillot.
Œuvres écrites de 1772 à 1789 En 1772, il publie plusieurs pièces, qu'il signe « Collot d'Herbois ». Certaines de ses pièces, comme Lucie ou les parents imprudents, drame en 5 actes et en prose créé le et imprimé par Chappuis, un libraire bordelaisHenri Lagrave, « La Saison 1772-1773 au Théâtre de Bordeaux: étude du répertoire » dans , cite un extrait de la préface de Collot :., ou le Paysan magistrat, comédie en 5 actes et en prose imitée de Calderón, jouée à Bordeaux en 1781 et à Paris, au Théâtre Français, à partir du ., connurent un certain succès.
Il cesse toutefois d'écrire lorsqu'il prend un emploi de direction, vraisemblablement assez lourd.
Débuts de la Révolution française (1789-1792)
La Révolution française commence durant la période où les états généraux, réunis le 5 mai au château de Versailles, deviennent l'Assemblée nationales constituante le 9 juillet. Commence alors la période de la monarchie constitutionnelle, qui dure jusqu'au 10 août 1792, jour de la déchéance de Louis XVI.
Printemps 1791 : la défense des soldats suisses de Châteauvieux La carrière politique de Collot d'Herbois commence par sa participation au Club des jacobins. Il s'illustre au printemps 1791 en participant à la défense des Suisses de Châteauvieux, accusés de mutinerie. Son renom s'accroît après son intervention en leur faveur et leur libération. Son déplacement jusqu'à Brest pour les y chercher et le banquet citoyen qui célèbre l'événement sont à l'origine de l'un des rares poèmes publiés de son vivant par André Chénier.
Automne 1791 : l'Almanach du père Gérard À l'automne 1791, il remporte un concours organisé par les jacobins pour un almanach devant expliquer, en des termes aisément compréhensibles, les avantages de la monarchie constitutionnelle. C'est L'Almanach du père Gérard, qui remporte un succès de diffusion certain et lui confère une grande popularité au sein du peuple parisien.
Dans cet ouvrage, il défend le suffrage universel et condamne l'esclavage des Noirs dans les colonies aux profit de gens qui .. Cet almanach est sélectionné par un jury composé de Clavière, Grégoire, Condorcet, Lanthenas, Polverel et Dussault dont les quatre premiers sont membres de la Société des amis des Noirs. Le succès de l'opuscule est tel que les contre-révolutionnaires écrivent en réaction un ouvrage qu'ils intitulent l'Almanach du Père Maury.
Sous l'Assemblée législative (octobre 1791-10 août 1792) Le octobre 1791, la constitution du royaume de France entre en vigueur et l'Assemblée nationale législative succède à l'Assemblée nationales constituante. Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche, rapidement rejointe par la Prusse. Cette guerre a été voulue par les girondins, une des tendances du Club des jacobins, à l'encontre de Robespierre.
Ses opinions deviennent alors de plus en plus radicales, le portant à l'extrême gauche de l'opinion publique parisienne.
Le , il est dénoncé par le journal girondin, La Chronique de Paris, comme un des opposants à la , aux côtés de Robespierre, Marat, Camille Desmoulins, Fréron, Robert.
La journée du 10 août 1792 et ses suites Le 10 août 1792, le palais des Tuileries (résidence du roi depuis le 6 octobre 1789) est pris d'assaut par les sans-culottes parisiens et les volontaires de Marseille et de Brest. Louis XVI, réfugié à l'Assemblée, est suspendu comme roi des Français, puis emprisonné.
Très populaire chez les Jacobins et chez les Cordeliers, Collot d'Herbois occupe peut-être un poste dans la Commune insurrectionnelle qui s'installe à l'hôtel de ville.
L'Assemblée législative convoque alors une nouvelle constituante, dont les membres sont élus pendant l'été 1792. Président de l'assemblée électorale de Paris (département de la Seine), Collot est élu député de Paris à la Convention nationale (troisième sur quatorze avec 553 voix sur 573 votants).
La Convention se réunit le 21 septembre. Collot siège sur les bancs de la Montagne, avec Robespierre, Marat et Danton. Le 22 septembre, la république est proclamée. Collot a été .
Débuts de la Première République (1792-1793)
Représentant en mission à Nice (novembre 1792-janvier 1793) Le , Collot est envoyé avec Marc David Lasource et Goupilleau de Fontenay en tant que représentant du peuple en mission dans le pays de Nice, tout juste rattaché à la France, pour y enquêter sur les troubles qui ont suivi l'arrivée des troupes françaises..
Procès de Louis XVI (novembre 1792-janvier 1793) Absent durant le procès de Louis XVI, il rentre en urgence à Paris pour participer au vote sur le verdict (19 et 20 janvier).
Comme les montagnards, il vote pour : la mort, sans appel au peuple et sans sursis. Cette option, récusée par les girondins (partisans du sursis), l'emporte. Louis XVI est guillotiné le 21 janvier.
Nouvelles missions en province (1793) Il est ensuite envoyé dans les départements de la Nièvre et du Loiret avec Jacques Léonard Laplanche, afin de contrôler la levée des (mars à ).
En effet, la guerre a pris une tournure difficile après les victoires de Valmy et de Jemappes en 1792 : l'Autriche et la Prusse sont rejointes par une vaste coalition de pays d'Europe, incluant notamment les royaumes de Grande-Bretagne, de Sardaigne (avec la Savoie, le Pièmont et Nice) et d'Espagne.
La Convention est aussi menacée à l'intérieur par ceux qui refusent la conscription : notamment les paysans de la Vendée militaire. Puis, après la défaite des girondins (2 juin 1793), plusieurs villes se soulèvent à leur tour en province, notamment celle de Lyon.
En août et , il est en mission dans l'Oise avec Jacques Isoré pour s'occuper du ravitaillement de Paris.).
Membre du Comité de salut public (à partir du 6 septembre 1793) Partisan de la Terreur, il entre au Comité de salut public le en même temps que Billaud-Varenne.
Un partisan des hébertistes ? Selon l'historien Albert Mathiez (1874-1932), Collot d'Herbois et Billaud-Varenne représentent alors ..
En revanche, Michel Biard (né en 1957) que Collot d'Herbois peut difficilement être classé parmi le groupe des révolutionnaires associés au journal de Jacques-René Hébert, Le Père Duchesne..
Représentant en mission à Lyon (1793) : la Terreur en actes vignette|gauche|Fusillades de Lyon, le () (Paris, BnF, département des estampes, 1802).
Envoyé en mission à l'automne 1793, il dirige avec Fouché, Albitte et Laporte les représailles contre le soulèvement de Lyon. Après la défaite des insurgés, ils créent un comité de démolition, une commission révolutionnaire et un comité de séquestre.
Les remparts et plus de deux cents maisons de Lyon sont démolis. La Terreur règne dans la ville, où la multiplie les condamnations à mort. Le canon et la fusillade sont temporairement préférés à la guillotine, jugée trop lente. De récents travaux de Michel Biard ont montré qu'à cette époque au moins la répression de Lyon a l'aval de Robespierre et de ses collègues du Comité de salut public.
L'affaire des chemises rouges (mai 1794) vignette|Tentative d'assassinat de Collot d'Herbois par Henri Admirat, 1794 (Paris, BnF, département des estampes).
Collot d’Herbois est au centre de l'affaire dite des , à la suite d'un attentat perpétré contre lui par son voisin de palier, Henri Admirat.
Dans la nuit du 22 au , Admirat tire à bout portant un ou deux coups de pistolet sur Collot, sans d'ailleurs l’atteindre.