Les novices font l'objet de canulars dans les métiers techniques. Les victimes de ces farces ou blagues sont souvent des personnes qui ne connaissent pas encore tous les termes techniques de la spécialité : personnes extérieures à la discipline ou débutants (stagiaires, apprentis (arpètes)).

Mode opératoire Il s'agit généralement de demander à la victime d'un de ces canulars d'aller chercher un outil (par exemple la lime à épaissir ou à rajouter de la matière), un instrument ou un produit qui n'existe pas, dont la fonction est illusoire (exemple des plus connus : l'huile de coude, en bidon, en burette). La « victime » est renvoyée d'employé en employé, chaque employé, de connivence avec le précédent, prétextant avoir prêté l'outil ou le produit à un autre, et ainsi de suite. La victime fait ainsi le tour du lieu d'activité (entreprise, atelier, magasin, chantier). L'outil a toujours pour particularité de n'exister qu'à un seul exemplaire et l'on en a besoin sur le champ.

Recherche de l'objet absurde L'objet de la recherche est généralement un objet imaginaire, absurde et introuvable.

Il y a ceux dont l'appellation peut tenir de l'oxymore : on accole le nom d'un outil classique à une fonction qui est différente de sa fonction normale, voire le contraire : la scie à coller le bois ; le foret à faire des trous carrés.

On fait appel également au jeu de mots ou au calembour : le tourne-à-droite, jeu de mots avec tourne-à-gauche (en fabrication mécanique) ; la pompe « Moildar », c'est-à-dire une demande de fellation. et ses variantes.

Il y a les expressions à double sens : l'éponge à mercure (il s'agit d'un « truc » de laboratoire pouvant être utilisé quand il n'existe pas de dispositif d'aspiration sous vide mais aussi d'un des surnoms donnés aux prostituées malsaines à la fin du ).

Il y a les notions abstraites qu'on fait passer pour des objets réels, telles que l'« huile de coude » (dans « bidon d'huile de coude ») ou l'« échelle de Richter ».

La création néologique est également présente : le « zigoulateur » à impédance (en électricité) et « de la gibouille », « un petit poisson avec des grosses couilles » qu'on va chercher dans la chambre froide (en cuisine et restauration).

Parfois, on exploite les dialectes et langues régionales. Ainsi, en Alsace, on peut demander d'aller chercher de l’ibidum à la pharmacie (, « je suis bête » en alsacien).

Les allusions graveleuses ne sont pas absentes : la bouteille de cyprine, terme synonyme de « secrétions vaginales » ; la liqueur de chêne ; en pâtisserie, le sirop de cordum, c'est-à-dire le « sirop de corps d'homme », autrement dit le sperme ; la pince à clito, à envoyer chercher par une secrétaire (dans l'entretien ou la réparation automobile) ; la rachimène (l'arrache hymen), en précisant que c'est une gouge en crochet (dans le bâtiment) ; le bon de saillie à faire signer (dans l'armée).

Il existe cependant de faux objets absurdes, qui existent vraiment : le bois d'arbre, en fait l'appellation ancienne du bois de pommier en Normandie Louis Du Bois, Julien Travers, Glossaire du patois normand : Augmenté des deux tiers, Hardel, 1856, 440, article « bois d'arbre » : et aujourd'hui la désignation du bois massif par opposition aux produits dérivés du bois que sont l'aggloméré de bois, ou agglo, et le contreplaqué ; le foret à percer des trous carrés, assemblage de plusieurs pièces excentrées, qui se montent sur une perceuse, les angles du carré étant soit arrondis, soit non arrondis ; la vis à deux bouts ; le moule à croissant ; l'échelle de vendangeur ou de vendange (en fait une toute petite échelle servant au hotteur à déverser le contenu de sa hotte dans le chariot) ; l'ancre flottante, utilisée lorsqu'il est impossible de mouiller une ancre par grand fond (elle permet de réduire la dérive) ; le pied de biche en plastique, utilisé en serrurerie.

Rite de passage Ces farces, qui relèvent d'une forme très atténuée de bizutage par la vexation ou l'humiliation qu'elles entraînent, constituent une sorte de rite de passage obligé, de baptême pour le stagiaire ou l'apprenti. Ces derniers, plus tard, seront amenés, à leur tour, à envoyer des novices chercher un outil imaginaire et introuvableDans ses mémoires, un ingénieur devenu expert judiciaire en informatique, relate le « stage ouvrier » qu'il avait fait dans une entreprise de réalisation d'armoires électriques lors de ses études d'ingénieur. L'ouvrier qui lui apprend le métier lui dit d'aller chercher chez le magasinier une lime au nom barbare. Envoyé d'atelier en atelier, le stagiaire finit par apprendre, vexé, que la « lime à épaissir » n'existe pas. À son retour, l'ouvrier lui apprend que lui-même, à ses débuts, avait eu à chercher un « marteau à bomber le verre ». Zythom, Dans la peau d'un informaticien expert judiciaire, Lulu.com, , 182, ..

Le de chaque année voit également fleurir ce genre de pratique.

Dans certains domaines, il existait des canulars s'éloignant légèrement du schéma classique. Ainsi, dans les mines de charbon, on faisait une piqûre anti-grisou au nouveau à sa première descente ; dans les chemins de fer, on envoyait le stagiaire essuyer chaque file de rail dans la gare pour éviter que le train ne patine sur la pluie.

Diffusion On rencontre ces farces traditionnelles dans l'industrie (fabrications mécaniques, mines, chimie, électromécanique, électronique, électricité, informatique), l'agriculture, l'artisanat (pâtisserie, restauration, brocante, entretien ou réparation automobile), les transports (aéronautique, circulation routière, réseau ferroviaire), le bâtiment, l'armée, les sapeurs-pompiers, la banque et finance, l'administration, la culture (archéologie, photographie), les activités physiques et sportives (plongée sous-marine, nautisme à la voile, scoutisme ou guidisme).

Industrie

Fabrications mécaniques Demander : un seau rempli d'eau pour le mandrin flottant (jeu de mots sur « flottant ») ; la recolleuse à copeau ; la lime pour gaucher ou droitier (or une lime s'utilise de la même manière, que l'on soit gaucher ou droitier) ; la lime à épaissir ; le marteau à deux coupsCité par Jean-Roland Graf dans Dans le Jura bernois: le parler de nos gens, W. Gassman, 1987, 109 : ; de vérifier la pression des pneus d'un chariot élévateur (ceux-ci étant en caoutchouc plein) ; de rapporter un seau de vapeur de la chaufferie ; le sachet de bulles à niveau ; le bidon d'étincelles à meuler, à ne pas confondre avec le bidon d'étincelles à souder.

Mines Il était d'usage de faire aux stagiaires des houillères une piqûre anti-grisou avant leur première descente (en fait, du simple sérum physiologique). Dans les cas les plus méchants, il était indiqué que toute consommation d'alcool (apéritif, vins, digestifs du repas d'accueil) était prohibée dans les huit heures suivant la piqûre. Les filons exploités se trouvant souvent en dessous du niveau de la mer, on expliquait au stagiaire que la première fois que l'on franchissait ce niveau, un « pop » se produisait dans les oreilles. Il s'agit d'une analogie avec le fameux « passage de la ligne », sorte de bizutage auquel étaient astreints tous ceux qui passaient pour la première fois l'équateur par voie de mer. Quelqu'un passe un entretien d'embauche pour travailler dans une mine de laiton (explication : le laiton est un alliage de cuivre et de zinc, aux proportions variables, il n'est donc pas un matériau à l'état naturel).

Chimie Le canular du monoxyde de dihydrogène. L'éponge à mercure : il s'agit d'un truc de laboratoire mais aussi d'un des surnoms donnés aux prostituées malsaines à la fin du .

Électromécanique L'électrode à bois (soudure). Le crochet à accrocher dans l'air.

Électronique Une boîte d'électricité en poudre. Un touret de câble hertzien (une liaison hertzienne est une liaison sans fil…). Un câble Wi-Fi (technologie sans fil) Une pince à couper les conducteurs (pour en faire des semi-conducteurs…). Une WOM (, mémoire seulement pour écrire et pas pour être lue).

Électricité Le bac à récupérer les chutes de tension. Aller chercher un seau d'ampères. Pince à couper le courant.

Informatique

Demander à un stagiaire d'aller chercher les impressions PDF à l'imprimante. Demander à un stagiaire de récupérer les clés SSH à l'accueil. Demander à un stagiaire de chercher une boîte de jetons (« » en anglais) pour le réseau . Demander à un stagiaire de chercher les câbles pour le Wi-Fi aux administrateurs système.

Agriculture Naguère, au Québec, à la saison du poisson d'avril, ceux qui aimaient à plaisanter, envoyaient les enfants ou les domestiques chercher, chez le voisin, la corde à virer le vent (variante : la corde à faire tourner le vent), c'est-à-dire à le faire venir d'un autre point de l'horizon. On employait la même locution, dans les mêmes circonstances, dans le Centre de la FranceBulletin du parler français au Canada, -, Université Laval, Québec, .. En France, vers 1958-1960, cette demande : « Va me chercher le sachet de graines à fagots ». Aller ramasser les « raisins secs » (on fait passer les grains de raisin touchés par le mildiou pour des raisins secs).

Artisanat Pâtisserie L'échelle à monter les blancs d'œufs en neige. La pompe à souffler les choux. Le moule à croissant. Le seau de buée. La clef de voûte du four.

Cuisine et restauration Entre autres blagues de cuisine, envoyer chercher : Un seau de vapeur la pompe à gonfler les pommes dauphine ; la machine à friser le persil et, inversement, le fer à défriser le persil si l'on a besoin de persil plat ; le marteau à clous de girofle ; le désosseur à foie gras (le foie gras ne contient pas d'os, seulement des nerfs et des vaisseaux… Sa préparation consiste justement à retirer ces nerfs et vaisseaux) ; une pince à serrer les cafés ; la muselière à homardCourse infligée comme bizutage au futur chef Guy Savoy au début de son apprentissage à l'hôtel-restaurant des Troisgros à Roanne : promené dans une demi-douzaine de restaurants, il revient à son point de départ avec une lourde caisse censée contenir la muselière mais qui s'avère remplie de cailloux à la grande hilarité de ses collègues cuisiniers ; le jeune apprenti est désormais adopté ; Guy Savoy, Savourer la vie : souvenirs joyeux, Flammarion, 2015, 290, livre électronique Google, non paginé. ; un « brodo » (un broc d'eau, c'est-à-dire une carafe) ; la machine à farcir les petits pois ; la machine à décourber les bananes, et son pendant : la cintreuse à bananes ; le dénoyauteur à bananes/fraises/autre fruit sans noyau ou pépins… ; l'échelle à monter la béarnaise ; la ficelle à lier les sauces (lier une sauce, c'est lui donner consistance et homogénéité en faisant une liaison – avec de la farine, de la crème, du beurre). ; un Château La Pompe à la cave à vin (en réalité une carafe d'eau) ; de l'huile de coude (pour faire briller la vaisselle à la plonge) ; l'économe à framboise ; le rouleau à génoise, et aussi :

faire hacher de la farine (pour éviter les grumeaux) ; envoyer éteindre le chauffage de la cuisine (par forte chaleur) ; envoyer acheter : du beurre noir pour faire la raie, du bleu à truites (ou à steaks), du lait de bouc.

Entretien ou réparation automobile Faire vérifier un niveau de liquide n'existant pas dans un moteur, un véhicule (par exemple le niveau du filtre à huile). Changer le filtre à gasoil ou la vanne EGR sur un véhicule électrique. Vidanger les cristaux liquides du tableau de bord d'une voiture. Roder la marche arrière. Envoyer chercher : des plaquettes de frein moteur ; la boîte à étincelles (permettant de faire démarrer une voiture dont le moteur a été déposé) ; le sachet de compression (pour rajeunir un moteur qui a « vécu ») ; la râpe à pneus (pour équilibrer un pneu neuf avec un pneu usé). Le bidon de liquide à clignotants.

Antiquités et brocante