L'IS-2 ( en russe : ИС-2 , parfois romanisé en JS-2Le nom de la série est une abréviation du nom Joseph Staline (en russe : Иосиф Сталин, Iosif Staline) ; IS-2 est une translittération directe de l'abréviation russe, tandis que JS-2 est une abréviation de la forme française du nom de Staline.) est un char lourd soviétique de la Seconde Guerre mondiale, le deuxième de la série de chars IS, nommée d'après le dirigeant soviétique Joseph Staline.
Successeur du KV-1 dont il est dérivé, il est déployé à partir du début de l'année 1944. Sa mission principale est l'appui aux formations d'infanterie qui doivent percer le front lors des offensives. Il est également utilisé par l'armée polonaise puis, après la fin de la guerre, par d'autres pays alliés de l'Union soviétique.
Il est produit à entre décembre 1943 et juin 1945. Son châssis sert également de plateforme pour le développement des canons automoteurs ISU-152 et ISU-122.
Son successeur immédiat, le char IS-3, apparaît en avril 1945, trop tard pour participer aux combats. Toutefois, ce dernier ne remplace pas entièrement l'IS-2, dont un bon nombre de modèles sont reconditionnés au cours des années 1950 et appelés IS-2M. L'IS-2 ne sera officiellement retiré du service actif qu'en 1995L'IS-2 n'était plus déployé depuis longtemps dans les unités de première ligne mais restait en service dans des unités de réserve.
L'évolution du char KV-1
Moins connu que le célèbre T-34, le char lourd KV-1 constitue néanmoins - comme ce dernier - une très mauvaise surprise pour la Wehrmacht qui le rencontre dès le début de l'Opération BarbarossaJean Lopez, Lasha Otkhmezuri - Barbarossa 1941. La guerre absolue - Editions Passés composés, 2019, 956 p -isbn=978-2-37933-186-2 p 246 (édition élecronique). Son blindage, en particulier, en fait un adversaire particulièrement redouté.
Le KV-1 est cependant rapidement critiqué car, bien que doté du même canon que le T-34Le canon ZIS-5 de qui équipe le KV-1 est un dérivé du F-34 qui équipe le T-34, très légèrement modifié pour pouvoir s'adapter dans sa tourelle. Source Zaloga, 1995, p 10, il est plus cher que ce dernier. De plus, il est peu maniable et, du fait de son poids, il endommage les routes (et détruit même parfois les ponts). Moscou ordonne donc la conversion de certaines de ses chaînes d'assemblage pour produire plus de T-34, faisant craindre un arrêt de sa production et même la fermeture du bureau d'études SKB-2 (, Spetsializirovannoïé Konstrouktorskoïé Biouro 2 - Bureau de constructions spécialisées 2), dirigé par Joseph Kotine, qui l'a conçu.
Ces critiques orientent le programme KV-1 dans deux directions successives :
En 1942, le problème du poids est partiellement résolu par le développement du KV-1S (S pour skorodsnoï, rapide) doté d'un blindage moins épais. L'équipage reste composé de cinq personnes mais la répartition des rôles est plus logique que celle du KV-1Dans le KV-1, le chef de char est également chargeur/approvisionneur au profit du tireur tandis et le troisième occupant de la tourelle est en fait un assistant-conducteur qui encombre plus qu'il ne rend service lors des combats. En pratique, ce cinquième poste n'est pas toujours occupé en cas de pénurie de personnel Source: et devient similaire à celle des chars allemands, qui dispense le chef de char du service du canon.
Plus compétitif face au T-34, mais moins bien protégé que le KV-1, le KV-1S entre en fabrication en septembre 1942. Près de 1400 exemplaires sont produits entre cette date et avril 1943. Il est progressivement remplacé sur les chaînes de montage par le SU-152 (initialement appelé KV-14).
Le KV-1 sert également de base pour le développement du KV-13 ou Objet 233, objet ou produit, est le nom générique pour un modèle développé par un bureau d'études militaire en URSS . L'objectif est cette fois de produire un char universel capable de remplacer le T-34 et le KV-1. Le char subit une cure d'amaigrissement, qui ramène sa masse à 32 tonnes. Les dimensions sont également réduites et le train de roulement ne comporte plus que cinq paires de galets porteurs (contre six pour le KV-1). L'agencement intérieur est également revu avec un équipage réduit à trois personnes mais l'armement est conservé. Le projet n'aboutit pas, notamment à cause du succès du programme KV-1S. Toutefois, le travail accompli sur le châssis servira pour le développement du futur char Staline.
Dans un développement parallèle, le même châssis est utilisé pour un prototype référencé Objet 234 doté d'un obusier de . Ce projet n'aboutit pas non plus mais l'idée d'employer une arme de fort calibre sera également reprise pour le futur char Staline (avec cette fois un canon au lieu d'un obusier)Les références utilisées en interne pour les deux projets sont source de confusion. En effet, le prototype KV-13/objet 233 était initialement identifié comme IS-1 tandis que celui de l'Objet 234, lui, était identifié comme... IS-2. Ces mêmes références seront ultérieurement adoptées pour les deux premières phases du char Staline lors de la production en série : référence: Zaloga 1995, Samsonov 2022, Baryatinskiy 2006.
Un nouveau char lourd : un développement en deux phases La capture d'un char Tigre allemand en janvier 1943 accélère la décision de développer un nouveau char lourd. Le projet est appelé Objet 237. Ce besoin est confirmé lors des violents combats de chars de l'été 1943En comparaison, il faudra attendre les combats de 1944 (en Normandie puis dans les Ardennes) pour que l'armée américaine décide de déployer son char lourd M26 Pershing en Europe. Source : Steve Zaloga ; Armored Champion, 2015, p. 261-2632.
Le nouveau char est appelé Joseph Staline (IS), car Kliment Vorochilov, qui avait donné son nom au KV-1, est en disgrâce depuis 1941. Cependant, l'apparition en 1943 de nouveaux modèles de chars allemands mieux protégés (comme notamment le Panther) fait comprendre que le canon de sélectionné n'est pas assez performant. Le programme est donc réorganisé et un canon plus puissant est adopté dans une deuxième phase.
Un modèle intermédiaire : le KV-85 (Objet 239) Dans l'attente du nouveau char, le bureau d'études dirigé par Nikolaï Doukhov crée une dernière version du char KV, le KV-85, armé du canon D-5T de , qui s'est avéré capable de perforer le blindage du Tigre à . Le canon est adapté dans la nouvelle tourelle développée pour le futur Objet 237 et celle-ci est montée sur un châssis de KV-1S modifié pour pouvoir l'accueillir.
Le poste de l'opérateur radio est remplacé par un râtelier à munitions pour le canon de , la mitrailleuse de caisse est ensuite déplacée du côté opposé au pilote et fixée sur la paroi avant-droite pour être commandée par ce dernier. Cette modification présente le double avantage de permettre de réduire la taille de l'équipage tout en supprimant un point faible du glacis.
À l'instar du KV-1S, le KV-85 reste un projet intermédiaire. Produit à 130 exemplaires seulement de septembre à octobre 1943, il est rapidement supplanté par la série IS, plus performante.
Première phase : le char IS-85/IS-1 (Objet 237)
Le prototype Objet 237 bénéficie du travail réalisé sur le KV-13 tandis que l'équipage, comme sur le KV-85, est de quatre personnes seulement, l'opérateur radio/mitrailleur qui était assis à côté du conducteur étant supprimé. Le reste de l'équipage (chef de char, tireur et pourvoyeur) se tient dans la tourelle. Comme celle-ci ne possède pas de panierUn panier comporte un plancher qui est solidaire de la tourelle (et pivote donc avec elle). Aucun char soviétique de cette époque n'en possède., ils doivent se tenir debout sur le plancher fixe du char ou rester assis sur les sièges qui sont, eux, solidaires de la tourelle.
Le canon est le D-5T de déjà retenu pour le KV-85. Un modèle très similaire, le D-5S-85 équipe également le canon automoteur SU-85 .
Le nouveau char est accepté pour la production sous la désignation de char lourd IS-85.
Les premières livraisons ont lieu en octobre 1943. Cependant, le canon, qui est également retenu pour équiper la dernière version du char moyen T-34 (le T-34-85), se révèle insuffisant pour détruire à coup sûr les dernières versions des chars allemands et notamment le Panther. La production s'achève donc dès janvier 1944 après la livraison de seulement 107 chars, au bénéfice de l'IS-122, doté d'un canon de .
La désignation IS-85 est simplifiée en IS-1 après l'introduction de l'IS-122, qui est lui-même renommé IS-2. Il semble d'ailleurs que tous les IS-1 survivants ont été modifiés rétroactivement et dotés leur tour du canon de en 1944 mais les sources divergent sur ce point M. Baryatinskkiy (2006) mentionne qu'il reste 37 IS-1 encore en service en 1945.
Deuxième phase : le char IS-122/IS-2 (Objet 240)
Aspect général
Illustration vidéo de l'aspect général de l'IS-2, en statique puis en évolution.
Armement
Un canon de calibre est choisi pour remplacer le D-5T : le D-25T, dérivé du canon de campagne A-19. Sa munition, composée d'un obus et d'une charge de poudre séparés, est déjà utilisée par l'Armée rouge, ce qui est un avantage, mais sa cadence de tir est faible, un inconvénient certain lors des engagements entre blindés. Cependant des essais ultérieurs confirmeront que, pour ce calibre, un obus monobloc s'avère trop encombrant et n'apporte aucun gain.
L'obus explosif OF-471 (en russe : ОФ-471) de 122 mm est sa munition principale. Très efficace contre l'infanterie, les véhicules non blindés et les retranchements, il peut également servir en cas de nécessité contre les blindés lourds. En effet, propulsé à 800 m/s, avec un poids de 25 kg et une charge de 3,8 kg de TNT, il peut mettre hors de combat les chars les plus lourds, même sans perforation.
L'obus perforant utilisé pendant la guerre est le BR-471. Une version améliorée, le BR-471B (en russe : БР-471Б ), est développée au printemps 1945, mais ne devient disponible en quantité qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale .
Le tableau ci-dessous illustre la capacité de pénétration (en mm) de l'obus perforant BR-471 en dotation pendant la guerre. Le premier chiffre correspond à un tir sur une cible orientée perpendiculairement (90°) à la trajectoire de l'obus, le second à un angle de 60°. La performance de l'obus BR-471B - qui n'entre en service qu'après le fin du conflit - est donnée à titre indicatif.
+ Capacité de pénétration (en mm) du canon de l'IS-2 en fonction de la disposition du blindageLes données de ce tableau proviennent de la combinaison de deux sources : Higgins, 2011 - p 27 - qui ne cite que le BR-171 et Baryatinskkiy,2006 - p 29 qui ne fournit pas de données pour la distance de 1500 m. Distance (m) 500 1000 1500 2000 Obus BR-471 150/122 138/113 133/107 118/96 BR-471B 157/128 147/120 NC 129/105
Après quelques améliorations, notamment le remplacement de la culasse manuelle à filetage interrompu par une culasse semi-automatique, la cadence de tir passe à deux ou trois coups par minute. Une autre limitation, imposée par la taille des munitions dans un véhicule relativement petit, concerne leur stockage : le char ne peut emporter que 28 obus, dont 20 obus explosifs et 8 obus perforants, contre un total de 58 sur l'IS-1.