Marie Curie (ou Marie Skłodowska-Curie), née le à Varsovie (royaume de Pologne, sous domination russe) et morte le à Passy (Haute-Savoie), dans le sanatorium de Sancellemoz, est une physicienne et chimiste polonaise, naturalisée française par son mariage avec le physicien Pierre Curie en 1895. Scientifique d'exception, elle est la première femme à avoir reçu le prix Nobel et la seule femme à en avoir reçu deux. Elle reste la seule personne à avoir été récompensée dans deux domaines scientifiques distinctsPar la suite, et en dehors strictement des sciences, Linus Pauling obtint le prix Nobel de chimie en 1954 et le prix Nobel de la paix en 1962 (Nobel Laureates Facts).. Elle est également la première femme lauréate, avec son mari, de la médaille Davy de 1903 pour ses travaux sur le radium.. En France, Marie Curie est la première femme à enseigner à la Sorbonne, et la première femme honorée pour ses propres mérites à reposer au Panthéon.
En 1903, les époux Curie partagent avec Henri Becquerel le prix Nobel de physique pour leurs recherches sur les radiations (radioactivité, rayonnement corpusculaire naturel). En 1911, elle obtient le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur le polonium et le radium.
Une partie de ses cahiers d'expérience est conservée à la Bibliothèque nationale de France et accessible sous forme numérisée.
Biographie Origines familiales et formation vignette|gauche|Maison natale à Varsovie.
Maria Salomea Skłodowska (prononcé ) naît à Varsovie, capitale du royaume de Pologne, fondé en 1815 par le congrès de Vienne au profit du tsar Alexandre et étroitement lié à l'Empire russe. À cette époque, à la suite de l'insurrection polonaise de 1861-1864, la Russie procède au transfert des ministères polonaisLes archives des ministères polonais seront restituées à la Pologne après la paix de Riga de 1921. de Varsovie à Saint-Pétersbourg et lance une politique de russification du royaumeDe plus, la dénomination « royaume de Pologne » cesse d'être utilisée au profit de périphrases comme « province de la Vistule ». Cependant, le « code civil du royaume de Pologne », dérivé du « code Napoléon du duché de Varsovie », reste en vigueur jusqu'en 1918..
Son père, issu de la famille Dołęga, est professeur de mathématiques et de physique ; sa mère est institutrice. Avant Maria, ils ont eu trois filles et un fils : Zofia (1861-1876), Józef (1863-1937), Bronisława (Bronia) (1865-1939). et Helena (1866-1961).
En l’espace de deux années, elle perd sa sœur Zofia, morte du typhus en , et sa mère, qui succombe à la tuberculose le . Elle se réfugie alors dans les études, où elle excelle dans toutes les matières, et où la note maximale lui est accordée. Elle obtient ainsi son diplôme de fin d’études secondaires avec la médaille d’or en 1883. Elle adhère à la doctrine positiviste d'Auguste Comte et rejoint l'Université volante, organisation clandestine qui pratique l'éducation des masses en polonais, en réaction à la politique de russification.
Le père de Maria est athée, sa mère catholique fervente. Les décès de sa sœur Zofia puis de sa mère lui font perdre sa foi dans la religion catholique et l'amène à devenir agnostique.
Maria souhaite faire des études supérieures mais aucune université n'est alors ouverte aux femmes en Pologne. Lorsque sa sœur Bronia part à Paris étudier la médecine, Maria s'engage comme gouvernante dans une famille de province, pour financer un projet similaire. À ce moment-là, elle a l'intention de revenir ensuite en Pologne pour enseigner, éventuellement dans le cadre de l'Université volante. Au bout de trois ans, elle rentre à Varsovie, où un cousin lui permet d'entrer dans un laboratoireJanine Trotereau, « Marie Curie : une icône de la République », émission La Marche des sciences, France Culture, ..
Études supérieures à Paris (1891-1894) Marie Curie part pour Paris en 1891, où elle est hébergée par sa sœur et son beau-frère, rue d'Allemagne, non loin de la gare du Nord. Le , elle s'inscrit pour des études de physique à la faculté des sciences de Paris. Parmi les de la faculté des sciences en , il n'y a que Annuaire statistique de la France, vol. 16, 1895, , dont seulement sept étrangères, alors qu'en médecine, la plupart des étudiantes sont étrangères.
En , elle déménage dans une chambre meublée de la rue Flatters dans le Quartier latin, plus calme et plus proche des installations de la faculté. Elle suit les cours des physiciens Edmond Bouty et Gabriel Lippmann et des mathématiciens Paul Painlevé et Paul Appell.
En , elle est reçue première de sa promotion à la licence de physique. Pendant l'été, une bourse d'études de lui est accordée, qui lui permet de poursuivre des études en mathématiques. En , elle est reçue seconde à la licence de mathématiques. Elle envisage alors un retour en PologneNathalie Pigeard-Micault, historienne au Musée Curie, « Un dimanche avec Marie Curie », dans Les Années lumière (radio), ..
Rencontre et mariage avec Pierre Curie Depuis le début de l'année 1894, elle travaille aussi dans le laboratoire des recherches physiques de Gabriel Lippmann, au sein duquel la Société d'encouragement pour l'industrie nationale lui confie des recherches sur les propriétés magnétiques de différents aciers. Elle y travaille dans des conditions spartiates et recherche donc une façon de mener à bien ses travaux. Le professeur Józef Kowalski de l'université de Fribourg lui fait alors rencontrer Pierre Curie, chef des travaux de physique à l'École municipale de physique et de chimie industrielles qui étudie également le magnétisme. Elle va finir par accepter de travailler avec lui, et, durant cette collaboration, se développe une inclination mutuelle.
Marie rentre tout de même à Varsovie en 1895, pour se rapprocher des siens et dans le but d'enseigner et de participer à l'émancipation de la Pologne. Mais lorsque Pierre lui demande de revenir à Paris et de devenir son épouse, elle accepte : ils se marient à Sceaux, le .
L'année suivante, elle prépare à la faculté l'agrégation pour l'enseignement des jeunes filles, section mathématiques. En parallèle, Marie , désormais Curie, suit les cours de Marcel BrillouinRémy Mosseri, Le Jubilé de Marcel Brillouin. et documente ses premiers travaux de recherche sur les aciers. En 1896, elle est reçue première à l'agrégationLes agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, CNRS.. Elle ne prend cependant pas de poste dans l'enseignement secondaire, souhaitant travailler à une thèse de doctorat.
Le , elle donne naissance à sa première fille, Irène.
Thèse de doctorat et découverte du radium vignette|upright|Thèse de doctorat de Marie Curie. La découverte des rayons X par Wilhelm Röntgen en 1895 éveille un grand intérêt dans la communauté scientifique et donne lieu à de nombreuses activités de recherche. En revanche, les rayons de Becquerel, découverts par Henri Becquerel, n'ont pas encore fait naître un tel enthousiasme. Marie Curie, qui cherche alors un sujet de thèse de doctorat, choisit de se consacrer à l'étude de ces rayonnements. Elle commence en 1897 ses travaux de thèse sur l'étude des rayonnements produits par l'uranium, à ce moment-là encore appelés rayons uraniques car on les croit spécifiques à cet élément. jusqu'à ce qu'elle découvre la radioactivité du thorium, peu après Gerhard Carl Schmidt..
Elle s'attache à quantifier les capacités ionisantes des sels d'uranium, dans un atelier rudimentaire, mis à sa disposition par le directeur de l'École municipale de physique et de chimie industrielles, Paul Schützenberger. En décembre, elle élabore un protocole d'expérience, utilisant comme banc de mesure l'électromètre piézoélectrique élaboré par son mari Pierre Curie et son beau-frère Jacques Curie, instrumentation qui permet de mesurer avec une grande précision l'effet des rayonnements sur l'ionisation de l'air. De cette façon, Marie Curie examine de nombreux métaux, sels et minéraux contenant de l'uranium, qui lui sont fournis par Henri Moissan, Alexandre Léon Étard, Antoine Lacroix et Eugène Anatole Demarçay.
Elle montre ainsi que la pechblende et la chalcolite sont respectivement quatre et deux fois plus actives que l'uranium. L'activité mesurée s'avère également indépendante de l'état des matériaux étudiés, mais dépend de la proportion d'uranium qu'ils contiennent. L'analyse d'un échantillon de chalcolite artificielle permet de confirmer ces découvertes et Marie Curie en déduit que les « rayons de Becquerel » sont une propriété de l'atome et non une propriété chimique. Ses résultats sont présentés le par Gabriel Lippmann à l'Académie des sciences.
Marie Curie obtient en 1898 le prix GegnerLe prix Gegner est créé en 1871 à la suite du legs de M. Jean-Louis Gegner à l'Académie des sciences d'un capital d'un revenu annuel de , . de l'Académie des sciences, d'un montant de Le salaire annuel d'un jeune professeur de lycée est alors de ., pour ses travaux sur les propriétés magnétiques des métaux. Elle obtiendra à nouveau ce prix à deux reprises, en 1900 et en 1902.
vignette|gauche|Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire de fortune de l’École municipale de physique et de chimie industrielles, vers 1906.
En 1898, Pierre laisse de côté ses travaux sur la piézoélectricité pour rejoindre son épouse sur son étude de la radioactivité. Leur but est d'isoler des roches radioactives les éléments à l’origine du rayonnement inconnu. Grâce à un financement inespéré, ils font venir de Joachimsthal, en Bohême, quelques tonnes de pechblende dans leur laboratoire parisien ; et également .. Le raffinage du minerai, procédé dangereux, exigeant la plus grande précision, est réalisé sous la direction de Gustave Bémont, chimiste et chef des travaux du laboratoire, dans un hangar qui se trouve à côté de l’atelier, séparé uniquement par une cour. Ils découvrent effectivement deux nouveaux éléments. Le , Marie Curie annonce la découverte d'un nouvel élément, le polonium, présent dans la substance raffinée, issue de la pechblende, qui est quatre cents fois plus radioactive que l'uraniumLa substance obtenue n'était pas complètement purifiée : le polonium 210 pur est en effet considérablement plus radioactif encore, de l'ordre de dix milliards de fois plus radioactif que l'uranium.. L'élément est nommé ainsi par l'Académie des sciences en référence à son pays d’origine, la Pologne..
Le 1898, avec Gustave Bémont, elle annonce la découverte du radium.. Il aura fallu traiter plusieurs tonnes de pechblende pour obtenir moins d’un gramme de chlorure, encore impur, de cet élément (mêlé à du baryum). Ces extractions, faites à partir de tonnes de minerai, sont effectuées dans des conditions difficiles, dans des locaux dépourvus de tout chauffage ou confort. Le chimiste allemand Wilhelm Ostwald, visitant le lieu de travail de Pierre et Marie Curie, déclare : .
Le , elle est nommée chargée des conférences de physique de et à l’École normale supérieure d'enseignement secondaire des jeunes filles (Sèvres).
En , elle obtient un décigramme de chlorure de radium, qui lui permet d'identifier la position de cet élément dans le tableau de Mendeleïev. Elle soutient sa thèse de doctorat en sciences physiques, intitulée Recherches sur les substances radioactives, le , devant la faculté des sciences de l'université de Paris ; elle obtient la mention « très honorable »texte de la thèse..
vignette|Le diplôme du prix Nobel de Physique 1903 dont elle partage une moitié avec son mari Pierre Curie, l'autre moitié étant attribuée à Henri Becquerel.
Le , Marie Curie reçoit avec son mari Pierre Curie et Henri Becquerel, le prix Nobel de physique .. Pour des raisons de santé, Pierre et Marie Curie devront attendre près d'un an avant de pouvoir se déplacer à Stockholm et d'aller y chercher le prix.