La Petite-Italie de Montréal (en ) est un quartier de la ville où plusieurs vagues d'immigrants italiens se sont installés peu de temps après leur arrivée au Canada au début du ainsi qu'après la Seconde Guerre mondiale. Au , si peu d'Italo-Montréalais résident dans le quartier, la Petite-Italie demeure le cœur de la communauté italienne de Montréal et des environs. D'ailleurs, le quartier compte plusieurs commerces à vocation italienne, dont des cafés, des épiceries, des restaurants, des pâtisseries….

Les origines de la Petite-Italie vignette|gauche|L'intérieur d'une épicerie de la Petite Italie, sur la rue Dante, 1910 Le développement culturel de la Petite-Italie est étroitement lié à l’histoire de l’établissement de la communauté italienne au Québec.

La présence italienne en sol québécois remonte au . À cette époque, il s’agit principalement de commerçants, d’artisans ou de soldats originaires du Nord de l’Italie qui se joignent au régiment de Carignan.

À la fin du , alors que les conditions politiques et économiques sont instables en Italie, plusieurs hommes du sud de la péninsule quittent leur terre natale pour le Canada. Ces immigrants, en majorité des temporaires, sont engagés afin de travailler sur les chemins de fer ainsi que dans les mines et les camps de bûcherons. À l’époque, ces derniers s’établissent principalement dans des quartiers situés au bord du fleuve Saint-Laurent.

Cependant, l’immigration évolue rapidement. Vers 1880, des ouvriers viennent désormais s’établir de façon permanente à Montréal, ce qui entraîne également la venue de femmes et d’enfants. La population italo-montréalaise commence à se déplacer vers le nord de la ville, alors peu urbanisée.

Précisément, les Italos-Montréalais s’installent dans les environs de l’ancienne gare du Mile-end, située sur le boulevard Saint-Laurent près de la rue Bernard. La migration vers le nord de Montréal par la population italienne s’étend jusqu’à la rue Isabeau (l'actuelle rue Jean-Talon).

Ce déplacement est stimulé d’une part par les terrains et les logements à prix modiques ainsi que par la création de nombreux emplois occasionnée par la présence du chemin de fer et des industries. D’autre part, cette zone peu urbanisée étant principalement constituée de champs permet aux Italiens de cultiver leur propre potager avec des produits du terroir italiens qui sont difficiles voire impossibles à dénicher dans les épiceries. Les Italo-Québécois se font une réputation de créer de beaux jardin potagers à l’arrière des logements: d’où la désignation des « cours arriérés » dans la tradition orale montréalaise (référence nécessaire …).

Vingtième siècle Le tournant du à Montréal est caractérisé par l'arrivée de la communauté italienne dans le secteur que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de « Petite-Italie ». Les nombreux immigrants sont attirés par le développement du réseau ferroviaire et les nombreuses carrières, qui créent un bassin d'emplois important.

En 1910, la présence d’immigrants italiens est tellement forte dans ce secteur de la ville que la paroisse catholique de Notre-Dame-de-la-Défense est fondée à la demande de la communauté en 1910. En 1919, l'église, du même nom que la paroisse, au coin des rues Dante et Henri-Julien commence à être construite.

Dans les années 1930, malgré la crise économique, le quartier est en pleine effervescence. Ces années sont marquées par la construction du marché Jean-Talon, de la Casa d’Italia, des édifices Shamrock ainsi que l’ouverture de plusieurs commerces italiens et de cinémas.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre 1946 et 1960, plus de arrivent au Québec. Arrivés grâce à un programme de parrainage, ces nouveaux arrivants viennent rejoindre leurs parents déjà établis à Montréal, principalement au nord de la ville près du boulevard Saint-Laurent.C’est à cette époque que les commerces italiens décuplent dans ce secteur. Les cafés, restaurants, épiceries, boutiques à vocation italienne se multiplient sur le boulevard Saint-Laurent et sur ses rues transversales ainsi qu’à proximité du marché Jean-Talon donnant ainsi naissance à la Petite-Italie. Ce sont durant ces années qu’est fondé l’hôpital Jean-Talon par un trio de médecins italo-québécois.

Dans la décennie des années 1950, la communauté italienne est en pleine expansion dans le quartier. Cependant, dès le début de la décennie suivante, on assiste à un départ des Italo-Montréalais vers Saint-Léonard, Rivière-des-Prairies, Saint-Michel, Ville La Salle et Laval.

Cet exode, combiné à une forte augmentation du prix des loyers, plonge la Petite-Italie dans des années difficiles. Bien que de nouvelles communautés s’y installent, tel que la communauté haïtienne et latino-américaine., et le taux d’inoccupation des locaux commerciaux demeure élevé. La Petite-Italie perd graduellement son italianité et elle vit un important ralentissement économique. De 1981 à 1991, la population italienne passera de 1205 ressortissants à 635.

Revitalisation du quartier Au début de la décennie des années 1990, la Ville de Montréal entreprend de remédier à la situation. Afin de revitaliser le secteur, la Ville accorde finalement au quartier le nom officiel de Petite-Italie. En 1997, le secteur compte 48 locaux commerciaux vacants sur les 267 que compte le secteur. Ceci représente 18 % de l’offre commerciale présente sur le territoire compris entre les rues Clark, Drolet, Saint-Zotique et Jean-Talon.

En 1998, le parc Martel, situé à l’angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Saint-Zotique, est renommé Parc de la Petite-Italie et d’importants travaux publics y sont réalisés pour raviver l’essence italienne du quartier.

Malgré tous ces efforts, le ralentissement économique que vit la Petite-Italie se poursuit.

Dans le but de revitaliser certains noyaux commerciaux de l’île de Montréal, la Ville choisit sept secteurs en 1997 pour faire partie du Plan d’Opération Commerce. Ces différents secteurs sont sélectionnés grâce à la démonstration de volonté de changement et la prise en charge de leur développement par leur communauté des gens d’affaires.

En 1996, l’Association pour la promotion de la Petite-Italie de Montréal (APPI) est constituée par divers commerçants du quartier.. La même année, l’APPI lance un grand projet de revitalisation du secteur. L’objectif fut de créer une expérience culturelle dans la Petite-Italie afin d’y attirer une clientèle fidèle et ensuite d’y attirer de nouveaux commerces.

Le Plan d'Opération Commerce : consolidation de l'identité italienne La première étape du Plan d'Opération Commerce fut le diagnostic du secteur, qui fut effectué en . Le document fait état des constats concernant l’identification de la clientèle, l’activité commerciale, le stationnement et la circulation, l’aménagement et l’architecture, l’image et l’identité et l’organisation du milieu.

Pour évaluer l’image et l’identité du secteur, le Comité de revitalisation a recueilli des données auprès de la clientèle et par des visites de terrain. Cela permit de faire ressortir plusieurs constats importants, notamment que la population avait une opinion favorable du service à la clientèle de la part des commerçants, mais que les clients percevaient de manière négative l’apparence des vitrines, des enseignes, des façades et de l’éclairage des commerces. De plus, 58 % de la clientèle sondée croyait que la Petite-Italie devrait disposer d’un aménagement extérieur lui permettant de se distinguer des autres secteurs commerciaux.

Le Comité de revitalisation écrit dans son Diagnostic : « On retrouve aussi plusieurs points de repère qui participent au caractère distinctif de la Petite-Italie (Église Notre-Dame-de-la-Défense, Milano, rue Date et autres). Toutefois, les limites, les portes d’entrée et la localisation exacte de la Petite-Italie demeurent très confuses pour les consommateurs ». Le comité considère que cette faiblesse, si elle bien gérée, pourrait contribuer à renforcer l’identité du quartier et être transformée en opportunité.

La deuxième étape du Plan d’Opération Commerce était de doter le secteur d'un plan d’action à partir des constats ressortis à travers le diagnostic. Afin de réfléchir aux nombreux enjeux et au bout du compte trouver des solutions, l’APPI créa un Comité en collaboration avec le Centre de revitalisation des quartiers (CIRQ) et la Ville de Montréal.

La vision élaborée à l’époque par le Comité de revitalisation se voulait simple, communicable et inspirante : « Le quartier du savoir-faire, des traditions et du charme à l’italienne ». Le quartier peut donc agir à titre d’ambassadeur des compétences italiennes.

Pour son livre Le long de la Main cosmopolite, l’autrice Marie-Laure Poulot réalisa une entrevue avec une conseillère aux affaires interculturelles de la Ville de Montréal. Cette dernière souligne que :

La politique du maire Bourque à cet égard était extrêmement fonctionnelle et ça a très bien marché. Ça a marché pour le Quartier chinois et pour tous les quartiers minoritaires. Le risque, c’était de faire des ghettos ethniques, mais ça ne s’est pas avéré parce qu’en réalité les magasins sont peut-être restés la propriété de commerçants italiens, mais toute la population est devenue extrêmement hétérogène.

L'origine des arches et demi-voiles de la Petite-Italie Dans le cadre de la deuxième étape du Plan d'Opération Commerce, l’un des projets émanant du Plan d’action est d’aménager les entrées et les sorties du secteur. L’objectif de multiplier les interventions vise à renforcer l’identité du secteur au cours des trois années suivant le dépôt du Plan d’action. Finalement, le projet permettrait de répondre à l’enjeu de renforcer l’identité et la vocation du secteur de la Petite-Italie.

Alfredo Napolitano, président de l’APPI et propriétaire du restaurant Casa Napoli, mandate Sergio Porcari, vice-président de la bijouterie Oritalia, de contacter Pierlucio Pellissier pour lui faire part du projetEntretien avec Pierlucio Pellissier et Sergio Porcari réalisée le 15 août 2017.. M. Pellissier est un architecte spécialisé dans la conservation et la restauration d’œuvres d’art et du patrimoine architectural. Il est également spécialiste dans l’application d’innovations technologiques dans le domaine de l’architecture. En plus d’être un enseignant émérite du Cégep Saint-Laurent, il est reconnu pour la restauration de nombreux bâtiments patrimoniaux d’envergure, tant en Italie qu’au Québec.. M. Pellissier, établi à Montréal depuis 1977, connaît M. Porcari, puisque tous deux font partie de l’Association des Piémontais.

L’architecte se voit confier le mandat de l’aménagement du quartier. Dans le cadre de ce mandat, M. Pellissier doit identifier le périmètre et les circuits prioritaires du quartier, proposer un logo et soumettre une proposition d’aménagement pour le boulevard Saint-Laurent, le marché Jean-Talon et le Parc de la Petite-Italie. Il est primordial que le tout souligne le caractère particulier du quartier, c’est-à-dire son héritage italien. Pierlucio Pellissier dut travailler rapidement pour que ses propositions soient soumises à la Ville de Montréal.

Identification des limites de la Petite-Italie