Casimir-Pierre Perier, né le , Grande-rue à Grenoble et mort le à Paris, est un banquier et homme d'État français. Régent de la Banque de France, il est notamment président du Conseil du à sa mort, due à l'épidémie de choléra de 1832.

Membre de l'opposition libérale à Charles X, il est, après la révolution de 1830, l'incarnation du Parti de la Résistance au début de la monarchie de Juillet.

Biographie vignette|gauche| Casimir Perier, née Marie-Cécile Loyer. Portrait par Louis Hersent, c. 1831. Vizille, musée de la Révolution française. vignette|left|Casimir Perier avec ses fils Auguste et Paul, par Louis Hersent. Casimir Perier était le cinquième enfant de Claude Perier (1742-1801), écuyerIl acquiert en 1778 la charge anoblissante de conseiller-secretaire du roi., riche banquier et industriel d'origine dauphinoise, qui aida de ses deniers la préparation du coup d'État du 18 Brumaire et, par ailleurs, fut un des fondateurs de la Banque de France en 1801. Avec ses frères, il fit ses études chez les oratoriens de Lyon, puis à Paris. Stendhal le décrit alors ainsi : « Casimir Périer était peut-être alors le plus beau des jeunes gens de Paris : il était sombre, sauvage, ses beaux yeux montraient de la folie. » Atteint par la conscription, il partit en l'an VII (1798) pour l'armée d'Italie, fut promu adjoint à l'état-major du génie, et se distingua à San Giuliano, près de Mantoue.

Ayant perdu son père en 1801, Casimir Perier se retrouva à la tête d'une vaste fortune, quitta l'armée et, avec le concours de son frère Scipion, entreprit de fonder à Paris une importante maison de banque qui s'occupait également d'armements maritimes, d'opérations sur les propriétés, de créances publiques et particulières, du commerce des bois, des manufactures, etc. Il fut notamment l'un des gros actionnaires de la compagnie des mines d'Anzin.

Le , il épousa au château de Vizille, propriété de la famille Perier près de Grenoble, une riche héritière, Marie Cécile Laurence (dite Pauline) Loyer (1788-1861), fille de Laurent Ponthus Loyer, magistrat mort guillotiné en 1793, et de Joséphine Savoye des Grangettes, et petite-fille de l'architecte Toussaint-Noël Loyer. Ils eurent deux fils :

Auguste Casimir-Perier (1811-1876), ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Adolphe Thiers (1871-1873)Il est le père de Jean Casimir-Perier (1847-1907), président de la République de 1894 à 1895. ; Paul Casimir-Perier (1812-1897).

Grâce à la dot de sa femme, Casimir Perier put désintéresser son frère et gérer seul sa maison de banque. Il ne tarda pas à acquérir une haute situation financière qui lui facilita l'accès aux fonctions publiques : juge au tribunal de commerce de la Seine, puis conseiller d'escompte de la Banque de France du au , puis régent de la Banque de France à compter du . Comme sa maison de banque était particulièrement active dans le domaine de l'escompte, il s'attacha, en cette dernière qualité, à faire établir un comité d'enquête sur la solvabilité des commerçants.

Une des figures de l'opposition libérale sous la Restauration En 1817, il publia deux brochures financières, qui furent très remarquées, contre un emprunt de 300 millions contracté par le gouvernement à l'étranger à des conditions fort onéreuses. Aux élections générales du de la même année, il fut élu député du collège de département de la Seine3 736 voix sur 7 378 votants et 9 677 inscrits..

Le , il achète en société avec les négociants Claude Barry et Nicolas Joseph Cornisset-Després, un ensemble de lots issus de la vente le du domaine du château de Chaumot par les filles du prince François-Xavier de Saxe, dont les ruines du château de Chaumot et du château de Pont-sur-Seine où il se construit sa propriété de campagne. Le baron chimiste Louis Jacques Thénard les leur rachète, excepté ceux de Pont-sur-Seine, par actes en 1830 puis des et .

Il s'abstint tout d'abord de prendre rang dans l'opposition et affecta de circonscrire ses intérêts à l'étude des questions de finances. En politique, ses sympathies étaient pour la Charte et pour les Bourbons, et ses idées n'allaient pas au-delà du « constitutionnalisme » le plus modéré. Toutefois, il se trouva, sur plusieurs questions, en opposition avec les ministres et la droite de la Chambre« M. Casimir Perier, lit-on dans la Biographie pittoresque des députés (1820), a été une grande cause de perturbation dans les budgets du ministère. M. Corvetto n'a pu lui paraître qu'un imprudent banquier maladroitement empressé de chercher des courtiers parmi les étrangers ; il a fait main basse sur tous ses comptes, épluché ses chapitres, disséqué ses négociations, sondé ses caisses, et l'a contraint de déposer son bilan. La nation est redevable à M. Casimir Perier de l'habitude investigatrice que les députés ont contractée à l'égard des chapitres du budget. C'est un beau spectacle que l'empressement de ces dignes tuteurs du peuple français à défendre ses deniers contre la dissipation, à exiger un compte détaillé de leur emploi. Les ministres, déshérités des profits d'intendants, sont contraints de s'en tenir à leur salaire de cent cinquante mille francs ; il n'est plus possible de faire glisser dans un chapitre des frais de justice la dot d'une fille chérie et le cachemire d'une épouse adorée ; dans les dépenses de casernement, le prix d'un somptueux mobilier, le montant d'une petite maison ; d'un voyage de plaisance dans l'article des routes d'étape ; enfin l'entretien d'une fille d'Opéra, dans les dépenses des orphelines de la Légion d'honneur. M. Casimir Perier a l'éloquence vive et agressive ; les tournures interrogatoires lui sont familières. Il est clair, concis, positif dans ses discours ; il va droit au but, ne se laisse arrêter par aucun de ces ménagements, de ces timides réserves qu'impose le ventre et que commande l'estomac. Sa pensée a la rondeur et la franchise des millions. ».

Réélu député le dans le de Paris824 voix sur 1 325 votants et 1 464 inscrits contre 478 à M. Outrequin., il inclina davantage vers la gauche et, après avoir obtenu une nouvelle fois le renouvellement de son mandat le 679 voix sur votants contre 615 à M. Outrequin., il mena une guerre des plus vives au ministère Villèle. D'accord avec ses amis et collègues Pierre-Paul Royer-Collard, Jacques Laffitte, le général Foy, il parut plusieurs fois à la tribune. Sa seule apparition suffisait pour soulever, parmi les ultra-royalistes, un tumulte de cris : La clôture ! Encore du scandale ! À l'ordre le factieux !, mais lui ne se laissait pas aisément démonter et, doué d'une énergie opiniâtre et même d'une véhémence qui allait parfois jusqu'à l'emportement, il parlait d'abord sur la question ; vaincu, il se retranchait derrière un, deux ou trois amendements, puis il parlait contre la clôture, et retournait enfin à son banc pour recommencer le lendemain.

Le , il fait visiter au roi Charles X, lors de sa visite dans le Nord, les mines d'Anzin, dont il est l'un des principaux actionnaires.

Le , il est réélu député dans la Seine voix sur votants. et dans le électoral de l'Aube (Troyes)197 voix sur 324 votants et 350 inscrits contre 106 à M. V. Masson.. Il opte pour Troyes et se rallie au ministère Martignac. On le voit même figurer au jeu du roi au palais des Tuileries et il fut question de lui pour la présidence de la Chambre et pour le ministère des Finances. Aussi garda-t-il, pendant les sessions de 1828 et 1829, un silence à peu près complet.

Il ne remonte à la tribune qu'après l'avènement du ministère Polignac, en . Sa popularité est ravivée par son opposition et il signe naturellement l'adresse des 221.

Incarnation du « parti de la Résistance » sous la monarchie de Juillet Néanmoins, Casimir Perier ne songeait pas encore au renversement de la branche aînée, quoiqu'il fût attiré vers le duc d'Orléans par la communauté des idées et des intérêts. Passionné d'ordre, il redoutait par-dessus tout le tumulte révolutionnaire et son lot d'incertitudes.

Une attitude prudente pendant les Trois Glorieuses vignette|Protestation des députés réunis chez Alexandre de Laborde, le 27 juillet 1830. vignette|Casimir Perier offrant la lieutenance générale du royaume à Louis-Philippe à l'hôtel de ville, 1830. Réélu à Troyes le 239 voix sur 341 votants et 369 inscrits contre 98 au baron de Wismes., il fait, à l'approche de l'insurrection et dans les réunions de députés et d'hommes politiques, tout ce qu'il peut pour arrêter le mouvement. Pendant les Trois Glorieuses, il s'efforça de montrer une neutralité absolue, et l'on dit qu'il laissa sabrer sous ses fenêtres, par les gendarmes, des jeunes gens venus lui faire une ovation compromettanteSource : Dictionnaire des parlementaires français.. Le , chez Alexandre de Laborde, il préconise la temporisation, combat la protestation rédigée par Louis Bérard, mais ne peut refuser son salon à la réunion du lendemain. Auguste de Schonen étant venu annoncer que les barricades commençaient à s'élever rue Saint-Honoré, il s'écria : « Vous nous perdez en sortant de la légalité. » Il consentit seulement à tenter auprès du maréchal Marmont, avec quelques députés, une démarche conciliatrice qui ne réussit pas. La victoire de l'insurrection le porta au pouvoir malgré lui.

Étant l'un des cinq membres de la commission municipale qui se chargea d'administrer la capitale après la retraite de Charles X et des autorités civiles et militaires, Casimir Perier commença par accepter de Louis-Philippe, nommé lieutenant-général du royaume, le ministère de l'Intérieur, puis se ravisa et ne se rallia définitivement au duc d'Orléans que lorsque la chute de la branche aînée lui apparut consommée. Élu président de la Chambre des députés le 174 voix contre 160 à Jacques Laffitte. L'élection de Perier fut aussitôt ratifiée par Louis-Philippe., il laissa le vice-président, Jacques Laffitte, exercer cette fonction à sa place. Quelques jours plus tard, le , il est nommé ministre sans portefeuille dans le premier ministère du règne de Louis-Philippe . Il est réélu député de Troyes le 241 voix sur 325 votants..

Président du Conseil (13 mars 1831 - 16 mai 1832)

La constitution du ministère Laffitte, d'un libéralisme trop avancé à son opinion, l'écarte temporairement des affaires à compter du . Principale figure du Parti de la Résistance, qui, épris d'ordre, estimait prioritaire de ramener le calme à l'intérieur et la paix à l'extérieur, il ne manque pas une occasion de critiquer le manque de fermeté du Parti du Mouvement vis-à-vis de l'agitation républicaine, tout comme son activisme brouillon au soutien des nationalités en Europe (V. Partis politiques sous la monarchie de Juillet).

Après la démission de Lafitte, Casimir Perier est tout naturellement appelé, le , à former un ministère dans lequel il devient président du Conseil et ministre de l'Intérieur.