Lawrence Alma-Tadema, né Lourens Alma Tadema le à Dronryp et mort le à Wiesbaden, est un peintre néerlandais. Formé à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, il s'installe à Londres en 1870, devenant résident permanent au Royaume-Uni en 1873, et y passe l'essentiel du reste de sa vie.

Peintre de sujets principalement classiques, il devient célèbre pour ses représentations du luxe et de la décadence de l'Empire romain, avec des figures langoureuses évoluant dans de somptueux intérieurs de marbre ou sur fond de mer et de ciel méditerranéens d'un bleu éclatant. Figurant parmi les peintres victoriens les plus populaires, Alma-Tadema est admiré de son vivant pour son talent de dessinateur et ses représentations méticuleuses de l'Antiquité classique, mais son œuvre tombe dans l'oubli après sa mort, avant d'être redécouverte à la fin des années 1960 avec le regain d'intérêt pour la peinture victorienne. Il a réalisé 408 peintures numérotées, dont plus de 300 représentent des scènes de l'Antiquité.

Biographie Jeunesse Lourens Alma Tadema naît le dans le village de Dronryp, en Frise, au nord des Pays-Bas. Le nom de famille Tadema est un ancien patronyme frison signifiant « fils de Tade », tandis que les prénoms Lourens et Alma lui viennent de son parrain. Il est le sixième enfant de Pieter Jiltes Tadema (1797-1840), notaire du village, et le troisième enfant de Hinke Dirks Brouwer (1800-1863). Son père a eu trois fils d'un précédent mariage. Son frère aîné est mort en bas âge, et sa sœur cadette, pour laquelle il a une grande affection, se prénomme Artje (1834-1876).

La famille Tadema déménage en 1838 pour la ville voisine de Leeuwarden, où le poste de notaire de Pieter est plus lucratif. Son père meurt lorsque Lourens a quatre ans, laissant sa mère avec cinq enfants : Lourens, sa sœur et les trois garçons issus du premier mariage de son père. Sa mère, passionnée d'art, décide d'intégrer des cours de dessin à l'éducation des enfants. Il reçoit ses premières leçons de dessin auprès d'un professeur local engagé pour enseigner à ses demi-frères aînés. Il peint son premier tableau (un portrait de sa sœur) à l'âge de 14 ans.. Il est destiné à devenir avocat mais en 1851, à l'âge de quinze ans, il tombe gravement malade. Diagnostiqué tuberculeux et condamné par les médecins, il est autorisé à passer ses derniers jours à son aise, à dessiner et à peindre. Toutefois, il recouvre la santé et décide de se consacrer à une carrière d’artiste.

Études en Belgique En 1852, il entre à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, en Belgique, où il étudie l'art néerlandais et flamand primitif auprès de Gustave Wappers. Durant ses quatre années d'études à l'Académie, Alma-Tadema remporte plusieurs prix. Avant de quitter l'Académie, vers la fin 1855, il devient l'assistant du peintre et professeur Louis De Taeye, dont il a beaucoup apprécié les cours d'histoire et de costume historique. Bien que Taeye ne soit pas un peintre exceptionnel, Alma-Tadema le respecte et devient son assistant d'atelier, travaillant à ses côtés pendant trois ans. Taeye lui fait découvrir des ouvrages qui influencent son désir de représenter des sujets mérovingiens dès le début de sa carrière. Il est ainsi encouragé à représenter la réalité historique dans ses peintures.

L'influence majeure de Taeye sur son jeune élève est son intérêt pour les civilisations antiques, notamment égyptiennes, intérêt qui se manifeste pour la première fois dans Cléopâtre mourante, commencée en 1859 mais détruite par l'artiste, et dans Le Père affligé, peint en 1858. Initialement une grande peinture de procession dans un décor architectural intitulée L'Oracle défavorable, elle est réduite à une échelle plus modeste pour ne représenter que trois personnages ; cette version réduite est aujourd'hui conservée à la Johannesburg Art Gallery. Une autre partie du Père affligé est modifiée par l'artiste dix ans plus tard, en 1869, et exposée à l'Académie royale en 1871 sous le titre Le Grand Chambellan de Sésostris le Grand. L'artiste avait prévu deux autres tableaux sur le thème de l'Égypte en 1857 et 1858, intitulés La Visite de l'oracle et L'Oracle contraire, dont plusieurs dessins préparatoires, ayant appartenu à Edmund Gosse, sont encore conservés. Ces tableaux ne sont jamais réalisés ou sont détruits, car durant ses études, Alma-Tadema détruit ou recouvre fréquemment les œuvres qui ne le satisfont pas.

vignette|L'Éducation des enfants de Clovis (1861), collection particulière, première œuvre majeure du peintre.

Plusieurs de ses premières peintures égyptiennes figurent des représentations précises d'objets et de décors, témoignant de l'étude approfondie qu'a l'artiste d'un ouvrage de référence important de son époque : Manners and Customs of the Ancient Egyptians (Les Mœurs et Coutumes des anciens Égyptiens) de John Gardner Wilkinson, publié en 1837. Alma-Tadema quitte l'atelier de Taeye en et retourne à Leeuwarden avant de s'installer à Anvers, où il commence à travailler avec le peintre Henri Leys, dont l'atelier est l'un des plus réputés de Belgique. Sous sa direction, Alma-Tadema réalise sa première œuvre majeure : L'Éducation des enfants de Clovis (1861). Ce tableau fait sensation auprès des critiques et des artistes lors de son exposition la même année au Congrès artistique d'Anvers et pose les fondements de sa renommée. Bien que Leys trouve le tableau achevé meilleur qu'il ne l'avait espéré, il critique le traitement du marbre, qu'il compare à du fromage. Alma-Tadema prend cette critique très au sérieux, ce qui le conduit à perfectionner sa technique et à devenir par la suite le plus grand peintre mondial de marbre et de granit veiné. Malgré les reproches de son maître, L'Éducation des enfants de Clovis est bien accueillie par la critique et les artistes, puis acquise et offerte au roi Léopold de Belgique. Alma-Tadema collabore ensuite avec Leys sur la série de peintures murales de la salle Leys au deuxième étage de l'hôtel de ville d'Anvers, qui représentent des moments importants de l'histoire des Pays-Bas.

Premiers succès Les sujets mérovingiens sont les thèmes de prédilection du peintre jusqu'au milieu des années 1860. Cependant, ces sujets ne rencontrant pas un large succès international, il se tourne vers des thèmes de la vie dans l'Égypte antique, qui rencontrent une plus grande popularité. En 1862, Alma-Tadema quitte l'atelier de Leys et entame sa propre carrière, s'imposant comme un artiste majeur des sujets classiques. Il se rend à Londres pendant l'Exposition universelle. Lorsqu'il visite le British Museum, il est très impressionné par la collection d'objets égyptiens ainsi que par la frise du Parthénon, ce qui influence considérablement son œuvre par la suite.

vignette|C'est notre coin (1873), musée Van-Gogh, portrait des deux filles de l'artiste.

Le , sa mère, invalide, meurt. Le , il épouse, à l'hôtel de ville d'Anvers, Marie-Pauline Gressin-Dumoulin de Boisgirard, fille d'Eugène Gressin-Dumoulin, journaliste français installé près de Bruxelles. On ignore tout de leur rencontre et on sait peu de choses sur Pauline elle-même, car Alma-Tadema n'a jamais parlé d'elle publiquement après sa mort en 1869. Son image apparaît dans plusieurs huiles, bien qu'il n'ait peint son portrait que trois fois, le plus remarquable étant celui de Mon atelier (1867). Le couple a trois enfants. Leur fils aîné meurt de la variole quelques mois après sa naissance. Leurs deux filles, Laurence (1865-1940) et Anna (1867-1943), sont toutes deux attirées par les arts : la première par la littérature, la seconde par les arts plastiques.

Alma-Tadema et son épouse passent leur lune de miel à Florence, Rome, Naples et Pompéi. Ce premier voyage en Italie éveille son intérêt pour la représentation de la vie dans la Grèce et la Rome antiques, en particulier dans cette dernière, car il trouve une nouvelle source d'inspiration dans les ruines de Pompéi, qui le fascinent et qui vont inspirer une grande partie de son œuvre au cours des décennies suivantes. Il y rencontre Geremia Discanno, un peintre italien chargé par l'archéologue Giuseppe Fiorelli de reproduire les fresques aux couleurs vives mises au jour lors des fouilles de Pompéi et d'Herculanum avant qu'elles ne s'effacent sous l'effet des intempéries. Il consulte Discanno à plusieurs reprises jusqu'à la mort de ce dernier en 1907 afin de s'assurer que ses peintures de l'Antiquité reflètent fidèlement le mode de vie des habitants du monde gréco-romain.

Sa peinture sur un thème égyptien antique reçoit une médaille d'or au Salon de Paris en 1864, où il rencontre Jean-Léon Gérôme. Durant l'été 1864, Tadema rencontre Ernest Gambart, l'éditeur d'estampes et marchand d'art le plus influent de l'époque. Gambart est très impressionné par le travail de Tadema, qui peint alors les Joueurs d'échecs égyptiens (1865). Le marchand, reconnaissant immédiatement le talent exceptionnel du jeune peintre, lui commande vingt-quatre tableaux et organise l'exposition de trois d'entre eux à Londres. En 1865, Tadema s'installe à Bruxelles où il est fait chevalier de l'Ordre de Léopold.

vignette|Lesbie pleurant sur un moineau (1866), collection particulière.

En 1868, il signe un nouveau contrat avec Gambart pour 34 tableaux, à réaliser sur une période de trois ans et demi. Parmi les premiers acquéreurs de tableaux anciens d'Alma-Tadema figure le collectionneur espagnol, le marquis José de Murieta, qui achète plus de 20 de ses œuvres, dont Lesbie pleurant sur un moineau. Le banquier américain W. Prescott-Hunt devient également un admirateur du peintre. Suite à ces commandes, Gambart signe un contrat avec Alma-Tadema, aux termes duquel l'artiste s'engage à réaliser 49 toiles supplémentaires. Selon la taille de la toile et le nombre de personnages, les tableaux sont répartis en trois catégories dans les contrats. Une toile de la première catégorie, la moins chère, est estimée à 80 livres sterling, celle de la deuxième à 100 livres, et le prix d'une toile de la troisième catégorie atteint 120 livres.

Le , après des années de santé fragile, Pauline meurt de la variole à Schaerbeek, à l'âge de 32 ans. Sa mort plonge Tadema dans le désespoir et la dépression. Il cesse de peindre pendant près de quatre mois. Sa sœur Artje, qui vit avec la famille, s'occupe des deux filles, alors âgées de cinq et deux ans. Artje prend en charge la gestion du foyer et reste auprès de la famille jusqu'en 1873, année de son mariage.

Durant l'été, Tadema commence lui-même à souffrir d'un problème de santé que les médecins bruxellois ne parviennent pas à diagnostiquer. Gambart lui conseille finalement de se rendre en Angleterre pour un autre avis médical. Peu après son arrivée à Londres en , Alma-Tadema est invité chez le peintre Ford Madox Brown. Il y rencontre Laura Theresa Epps, âgée de dix-sept ans, et tombe amoureux d'elle au premier regard. Son tableau Une danse pyrrhique est présenté lors d'une exposition et attire l'attention de la plupart des critiques, qui y voient une métaphore de la guerre et la paix, à l'exception de John Ruskin qui compare les danseurs à .

Installation en Angleterre vignette|Les Femmes d'Amphissa, 1887, huile sur toile, , Williamstown, Clark Art Institute