Les relations entre la France et la Roumanie sont des relations internationales s'exerçant au sein de l'Union européenne entre deux États membres de l'Union, la République française et la Roumanie. Elles sont structurées par deux ambassades, l'ambassade de France en Roumanie et l'ambassade de Roumanie en France.

Les deux pays sont membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Histoire Les relations entre la Roumanie et la France sont des relations complètes, politiques, culturelles et économiques, bien qu'assez récentes historiquement, puisqu'elles ne deviennent officielles qu'avec la reconnaissance internationale de l'indépendance de la Roumanie en 1878.

Durant la Renaissance et surtout à partir du les boyards et les princes des principautés roumaines de Moldavie et de Valachie ont des majordomes, secrétaires, précepteurs, cuisiniers, nourrices venus de France et influencés par l’esprit des Lumières ; la noblesse roumaine et la bourgeoisie des deux principautés commencent à devenir francophiles et francophones, phénomène qui culminera au début du et perdurera jusqu’au milieu du Germaine Lebel, La France et les Principautés danubiennes : du à la chute de Napoléon , Presses universitaires de France, 1955.Gilles Veinstein, Mihnea Berindei, op. cit..

Durant cette période, des princes (Alexandru IV Lăpușneanu, Radu Șerban, Șerban Cantacuzène et Antioche Cantemir) et des lettrés fondent des académies (en 1561 à Cotnari en Moldavie, en 1603 à Târgoviște et en 1688 à Bucarest en Valachie, en 1707 à Jassy en Moldavie ; les princes Constantin Brâncoveanu et Dimitrie Cantemir accomplissent des réformes juridiques et fiscales dans un sens plus équitable, et en 1741, le hospodar Constantin Mavrocordato instaure en Valachie une Constitution (Marele Hrisov), avant d’abolir le servage en 1746 – 49 en Valachie et en Moldavie, où il règne successivement. Le Marele Hrisov a été publié in extenso dans le Mercure de France de . En 1780, la Pravilniceasca Condică, code juridique rédigé par le hospodar Alexandre Ypsilantis (ancêtre d’un autre Alexandre Ypsilántis célèbre en 1821) instaure la notion de citoyenneté. Le hospodar moldave Ioan Sturdza lève les restrictions religieuses légales en 1823, commence une réforme agraire en sécularisant les domaines ecclésiastiques, et émancipe les RomsAndrei Oțetea (dir.), Istoria lumii în Date, éd. Enciclopedică, Bucarest, 1969.Gilles Veinstein, Mihnea Berindei, op. cit., 1987..

Si elles se méfient de la violence de la Révolution française, ces élites alors dites « moldo-valaques » sont en revanche séduites par les idées diffusées par les Français après la Révolution, et y voient la matrice émancipatrice d’une future nation roumaine indépendanteCes idées ont inspiré entre autres César Bolliac, l'un des leaders de la révolution roumaine de 1848 : . En français, ce sont Émile Ollivier, Edgar Quinet et Élisée Reclus qui, vers le milieu du ont introduit dans le langage courant le gentilé « roumains », « roumaines », issu de l'endonyme de ces populations, à la place de Danubiennes, Valaques, Moldaves ou Moldo-Valaques.

Les révolutions roumaine et grecque de 1821 et européenne de 1848 soulèvent les deux principautésClaude-Émile Gaudin, Du soulèvement des nations chrétiennes dans la Turquie européenne, ses causes, ses résultats probables, son influence présumable sur les intérêts présens et futurs de l'Europe en général et sur ceux de la France en particulier, Paris, Imprimerie Trouvé, 1822, 119 pages, en ligne ., contrairement à ce qu’indiquent les nombreuses cartes historiques non-roumaines qui, les prenant pour des provinces ottomanes, n’y marquent aucun signe de révolution locale, au motif que celle-ci n’a pas touché l’Empire turc. Les réformes du prince Ioan Sturdza, entre autres, sont des conséquences de la révolution de 1821. Ces réformes seront poursuivies après des interruptions par Alexandre Jean Cuza, et ne sont pourtant qu’un début : il faudra attendre 1921 pour voir disparaître, dans la législation roumaine, les dernières traces juridiques du statut spécifique des principautés roumaines aux marges de l’Empire ottoman. Toutefois, ces principautés étaient dotées de constitutions, pourvues de facultés et libérées du servage près d’un siècle avant les grands empires absolutistes voisinsTraian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin, 2008..

Culture Le rayonnement culturel de la France en Roumanie a largement ensemencé la renaissance culturelle roumaine dès le mais se fit sentir surtout à partir de 1820, notamment chez les petits boyards, plus réceptifs à la culture républicaine française, car les plus proches des paysans que la grande noblesse roumaine ou que le prolétariat, alors encore en grande partie illettré. De nombreux fils de petits boyards furent alors envoyés étudier à Paris, notamment au lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. En 1846, se créait, sous le patronage de Lamartine, la « Société des étudiants roumains ». De grands noms roumains en firent partie, comme Mihail Kogălniceanu, Constantin Alexandru Rosetti, Alexandru G. Golescu, Ștefan Golescu et Nicolae Golescu, Ion Brătianu et Dimitrie Brătianu. Jules Michelet et Edgar Quinet virent se presser les étudiants roumains dans leurs cours du Collège de France.. La plupart furent, en outre, affiliés à la loge l'« Athénée des Étrangers »...

Dans les sciences et l'ingénierie, c'est en français que sont apparus, en Roumanie, les premiers livres spécialisés, termes et enseignants des techniques de l'ingénieur pendant le ..

Politique redresse|gauche|vignette|Emmanuel de Martonne (1873-1955) gauche|redresse|vignette|Maurice Couve de Murville (1907-1999) Peuplées de roumanophones, alors dits « Valaques », les régions voisines des Carpates orientales et des bouches du Danube, qui se trouvent à la croisée de trois puissants empires absolutistes (empire d'Autriche, Empire russe et Empire ottoman) deviennent au cours des l'enjeu de leurs rivalités et le théâtre d'opérations de leurs guerres. À partir du règne de , la France cherche à insérer entre les Autrichiens, les Russes et les Turcs une « tête de pont » de sa propre influence, en jouant vis-à-vis de l'état roumain naissant le rôle d'un arbitre et d'un protecteurEmmanuel Beau de Loménie, Naissance de la nation roumaine, 1937. Après des victoires terrestres et navales en mer Noire, à Alma, Balaklava, Inkerman, Traktir et Sébastopol, la France avait compensé politiquement l'échec militaire de Waterloo quelque auparavant et concrétisait sa politique internationale de protection des peuples opprimés (en Italie, au Mexique, en Roumanie…).

Pour aider la Roumanie à émerger comme État et à se renforcer, la France employa deux moyens : les congrès internationaux pour dénouer toute crise dès son apparition et la consultation des populations concernées par voie de plébiscite en appliquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est dans cette optique qu'au congrès de Paris de 1856 la France insista pour que l'indépendance de la Moldavie et de la Valachie vis-à-vis de la Russie soient reconnues, et pour que ce dernier rende à la Moldavie un territoire de , la Bessarabie méridionale comprenant cinq villes : Bolhrad, Cahul, Reni, Izmaïl et Chilia nouă ; les trois dernières sont aussi des ports sur le Danube, donnant accès à la navigation maritimeOrlando Figes, The Crimean War : A History, Picador, New York 2012, , .

Moldavie et Valachie s'unirent trois ans plus tard pour former la Roumanie. Arguant de ce changement, l'Empire russe ne s'estime plus lié par les obligations du traité de Paris de 1856 et, après la guerre russo-turque de 1877-1878, exige de son alliée la Roumanie la restitution de la Bessarabie méridionale. Là encore, lors des âpres négociations qui ont lieu au congrès de Berlin avec la Prusse, l'Autriche, l'Empire britannique, l'Empire russe et l'Empire ottoman, la France représente les intérêts roumains par l'entremise de l'archéologue Victor Place, alors consul français à Iași, car les représentants roumains n'étaient pas admis à participer aux négociations. La Russie obtenant satisfaction sur la Bessarabie méridionale, Victor Place insiste pour qu'en compensation, la Roumanie reçoive la reconnaissance internationale de son indépendance vis-à-vis de l'Empire ottoman, et un territoire pris à celui-ci, moins fertile mais un peu plus étendu que le territoire cédé, et donnant également accès à la mer Noire : la Dobroudja avec les bouches du Danube et l'île des Serpents, soit une superficie de Wilfried Heller et Josef Sallanz (dir.), « Die Dobrudscha : ein neuer Grenzraum der Europäischen Union: Sozioökonomische, ethnische, politisch-geographische und ökologische Probleme », Südosteuropa-Studien , éd. Otto Sagner, Munich-Berlin 2009 ..

L'influence française en Roumanie est par ailleurs, encore aujourd'hui, facilement reconnaissable dans la législation roumaine, dans les œuvres littéraires comme dans l'approche administrative, dans l'enseignement ou dans la vie sociale, mais surtout dans le statut longtemps privilégié de la langue française. Un exemple : le Code civil roumain, promulgué en 1864 lors du référendum constitutionnel roumain, a eu comme modèle le code civil Napoléon (adopté également en Espagne, en Italie, en Grèce). Lors de la recodification du droit civil roumain au siècle, le Code civil du Québec, qui conserve une forte inspiration française, est sélectionné pour servir de modèleLa refonte du Code civil roumain et le Code civil du Québec .

vignette|Répartition des Nationalités dans les pays où dominent les Roumains : la carte dressée par Emmanuel de Martonne contribue à fixer les frontières de la Grande Roumanie au lendemain de la Première Guerre mondiale. Pendant la Première Guerre mondiale, la France équipe l'armée roumaine via la Russie par la route des convois de l'Arctique et la mission française du général Berthelot contribue à définir la stratégie roumaine. Au lendemain de la Grande Guerre, la Roumanie est associée à la France dans l'intervention alliée contre le régime bolchévik puis dans la politique du cordon sanitaire visant à isoler l'Union soviétique. Quand la commission « Lord » trace les nouvelles frontières en 1918-1919 à travers ce qui avait été l'empire d'Autriche-Hongrie, le géographe français Emmanuel de Martonne, grand connaisseur de la Roumanie, veille à ce que la voie ferrée stratégique reliant les trois alliés de la France (Roumanie, Tchécoslovaquie et Yougoslavie : la « petite Entente ») soit du côté roumain de la frontière entre la Hongrie et la Roumanie au nom du « principe de viabilité »Gavin Bowd, Un géographe français et la Roumanie : Emmanuel de Martonne (1873-1955), L'Harmattan, Paris 2012, 222 p. et Gaëlle Hallair, Le géographe Emmanuel de Martonne et l'Europe centrale, Grafigéo, no 33, Paris 2007, 148 p.. À partir de la deuxième moitié des années 1920, à la suite des accords de Locarno, la France accorde progressivement sa garantie officielle à ses trois alliés d'Europe centrale. Le , une alliance militaire est signée avec Prague, suivie le d'un texte similaire avec la Roumanie. En novembre 1926, c'est au tour de la Yougoslavie de prendre le même chemin. Paul Morand dans son roman Bucarest appelle la capitale roumaine « le petit Paris des Balkans ».