Le musée de l’Ancien Évêché est un musée départemental situé au cœur du centre historique de Grenoble. Il est consacré à l'histoire et au patrimoine de l'Isère.
Installé dans l'ancien palais épiscopal, dont il tire son nom, il a été inauguré le au terme d'une série de travaux de restauration et d'aménagements réalisés dans le cadre d'un vaste chantier patrimonial autour de la place Notre-Dame. Commencé au début des années 1990, ce chantier a permis le dégagement et la valorisation du baptistère de Grenoble, la recomposition architecturale des édifices du groupe épiscopal (la cathédrale Notre-Dame, l’église Saint-Hugues et l’ancien palais des évêques) ainsi que l'aménagement du jardin du musée dont la réalisation en 2014 marque symboliquement l'aboutissement de ce programme.
Par ailleurs, ses salles d'expositions temporaires lui permettent d'accueillir chaque année diverses expositions, faisant du lieu un pôle important de la vie culturelle grenobloise. L'une d'entre elles liée au photographe Robert Doisneau, a permis au musée de frôler la barre des visiteurs en 2013.
Présentation Le bâtiment pour sa partie la plus ancienne date du , mais les façades visibles depuis la cour d'honneur et la place datent du .. En 1989, les travaux de construction de la deuxième ligne de tramway ont permis de retrouver dans le sous-sol des vestiges archéologiques d'époques nettement antérieures : les restes du premier rempart de la ville datant de la fin du ainsi que d'un baptistère utilisé entre le et le ..
Dans les étages du palais, qui accueillit successivement 48 évêques jusqu'en 1906 puis connut diverses affectations avant restauration, le musée abrite différents objets d'intérêt historique, dont le casque de Vézeronce et le croissant de Jade, et retrace la vie en Isère depuis les premiers chasseurs durant la préhistoire jusqu'à l'industrialisation des vallées alpines au cours du .
Un escalier d'honneur construit en 1673 à la demande d'Étienne Le Camus, avec un décor peint de faux pilastres en trompe-l'œil et une belle rampe de fer forgé, dessert les deux principaux étages. La chapelle privée des évêques, de style Restauration, sert aux expositions temporaires. On peut également y voir au rez-de-chaussée le reliquaire de la Sainte Épine de Grenoble.
Le musée de l'Ancien Évêché présente sur cinq niveaux des objets et tableaux ayant trait à l'histoire de Grenoble et de l'Isère, de la préhistoire jusqu'à nos jours. Il est donc à la fois un musée d'histoire de par son exposition permanente, un musée de site de par le palais qui l'abrite et les vestiges archéologiques qu'il présente, et un lieu d'expositions temporaires, consacrées principalement aux artistes liés au territoire de l'Isère. Il est bordé par le jardin de l'Évêché dont une des entrées donne sur la cour du musée.
Historique du bâtiment vignette|upright=1.1|Maquette du baptistère et de son portique, à l'est de la porte Herculea. thumb|Salle du Baptistère du groupe cathédral de Grenoble, sous le Musée de l'Ancien Évêché. Les façades extérieures du bâtiment actuel ont été restaurées telles qu'elles se présentaient au milieu du . À l'intérieur, des éléments d'époques diverses ont été réhabilités à différentes époques : l'élégante façade aux baies géminées du sur les deux premiers étages, la chapelle 1830 au deuxième étage, l'escalier d'honneur, le plafond à caisson et à solives à sens alternés, datant des années 1676, d'une salle du premier étage voisine de l'escalier d'honneur.
Mais l'histoire du bâtiment remonte à la fin du , puisque le « groupe épiscopal » dont il fait partie s'est construit d'abord le long, puis sur les remparts romains, à côté de l'une des deux portes d'entrée de la ville antique, la porte Viennoise dont le nom fait référence à sa principale destination, la cité de Vienne. La porte portait également le nom d'Herculea en référence à Maximien Hercule, l'un des deux empereurs sous le règne duquel se sont construits les remparts de la ville. Sa poterne est encore visible au sous-sol, à proximité du baptistère.
Le baptistère du vignette|gauche|Cippe de Gaïus Papius Secundus. Révélé au cours des fouilles de sauvetage liées à la construction de la ligne B du tramway en 1989, la découverte du site a constitué un évènement suffisamment important pour déplacer de quelques mètres le tracé du tramway et fouiller le sol entre 1991 et 1996. Aménagé en vue d'être présenté au public dans une crypte accessible par le musée, la conservation du baptistère a imposé la mise en place d'une imposante machinerie conçue pour maintenir un équilibre hygrométrique et une température constante, en même temps qu’un renouvellement régulier de l’air.
Quelques vestiges gallo-romains antérieurs à la construction des remparts ont été découverts, les plus anciens datés du Rares et disséminés, mais témoins de plus de trois siècles d'occupation, ils apportent la preuve que l'antique Cularo se développait au moins en partie sur la rive gauche de l'Isère. La base du mur d'enceinte du et d'une tourCette tour, dite « tour de l'évêché » s'est effondrée le 24 septembre 1802, fragilisée par la destruction de la « voûte romaine » commencée le 24 août, « pour donner plus de liberté à la circulation de l'air et au passage des voitures ». (cité par )., ainsi que la poterne de la porte Herculea (ou porte Viennoise) mise au jour au cours des fouilles sont aussi visibles dans la crypte archéologique: le parement du mur y est assez bien conservé sur une douzaine de mètres.
Les fouilles ont montré que très tôt, avant 335, la poterne a été annexée par un portique et des bâtiments qui empiètent sur le domaine public, ce qui semble indiquer qu'il s'agit de bâtiments à caractère civil ou militaire. Mais, entre la fin du et le premier tiers du , la construction d'un baptistère, bâtiment essentiel dans l'Église primitive puisque seul l'évêque baptisait, durant la nuit de Pâque, ceux qui voulaient devenir chrétiens, est la preuve de l'existence d'une communauté chrétienne bien implantée et, en ce lieu, d'un groupe épiscopal. Le baptistère a été plusieurs fois remanié, en fonction de l'évolution du rituel: d'abord par immersion dans une cuve octogonale puis par aspersion dans un bassin réduit et muni d'une fontaine. Il est utilisé jusqu'au ou au au plus tard, avant de disparaître des mémoires : les cartulaires de l'Église de Grenoble, constitués sous l'épiscopat de Saint Hugues (1080-1132) n'y font aucune allusion.
Le palais de l'évêque Il n'y a aucune donnée documentaire antérieure aux cartulaires du et rien ne subsiste en élévation des bâtiments antérieurs à l'époque romane. On ne sait donc pas où se situait la résidence des évêques (domus episcopalis) avant la construction de l'église St Hugues et de la cathédrale romane, mais probablement dans l'enceinte romaine.
Au Moyen Âge vignette|upright=1.1|Sur ce « Vray Portraict » du on voit le cimetière devant la cathédrale, et de D à G le clocher, la tour de l'Évêché, la porte Viennoise Au en revanche, un premier bâtiment se construit « hors les murs », au nord de la muraille romaine et à cheval sur celle-ci, en même temps que l'église Saint-Hugues est restaurée et le clocher porche de la cathédrale bâti, en utilisant de la brique dans les trois cas ; puis un deuxième le prolonge, celui dont la façade restaurée sur deux niveaux, est visible dans l'actuel musée. Les agrandissements successifs sur la place, dont « le vray portraict de la ville de Grenoble » gravé par Pierre Prévost vers 1575 et une gravure du début du conservée au cabinet des Estampes de la BNF donnent l'idéeBBF, Est., Va 38t9, n°, ont tous disparu au début du , au cours du réaménagement de la place sous le Consulat.
Les transformations et embellissements du palais des évêques à la fin du Moyen Âge ont laissé quelques vestiges dans l'aile nord : modification du niveau des étages, percement de nouvelles portes à encadrement mouluré, peintures murales. Les aménagements dus aux évêques de la famille Alleman (Siboud ou Laurent ) sont attestés par des armoiries sculptées dans une clé d'arc au-dessus d'une porte du rez-de-chaussée.
Sous l'Ancien Régime gauche|vignette|Les constructions de Le Camus Il reste fort peu de choses des aménagements intérieurs que fit, au cours de son long épiscopat (1620-1667) l'évêque Pierre Scarron, sinon quelques traces de décors peints, mais c'est lui qui fit construire les écuries et la remise, reconstruite au , et dont le grand arc en plein cintre a été vitré pour éclairer la façade aux baies géminées en retrait. Dans la partie conservée (l'aile nord) les rénovations, remaniements et embellissements du cardinal Le Camus sont les plus visibles : le portail monumental d'ordre toscan, la cour d'honneur et sa nouvelle entrée ouvrant sur le grand escalier d'honneur à limon suspendu, et la partie de bâtiment à sa droite (au rez-de-chaussée duquel se trouve l'accueil du musée). Mais, à cause des maisons construites dans une partie de la cour, et dont les loyers lui étaient semble-t-il nécessaires il ne peut y établir les jardins qu'il avait prévus. C'est en 1772 que l'évêque Jean de Cairol de Madaillan peut enfin faire démolir ces maisons et créer les jardinsPar lettre patente du roi Louis XV, datée du 4 décembre. Les jardins sont surélevés, à cause des remblais. . Réaménagés en 2014, ces jardins reliant la cour d'honneur du musée à la rue du Fer à Cheval, ont été ouverts au public en septembre et inaugurés le 6 décembre. Ils permettent de voir le chevet de la cathédrale, la chapelle de la Vierge et la sacristie de l'église Saint-HuguesMagazine Spot de janvier 2015, page 6..
Époque contemporaine
De 1800 à 1802, dans le palais épiscopal devenu bien national, Louis-Joseph Jay établit le premier musée de peinture de Grenoble, avant que le bâtiment ne soit rendu à sa fonction première, à la suite du Concordat de 1801. Joseph Fourier, nommé préfet de Grenoble en avril 1802, s'occupe de l'aménagement de la place et du groupe cathédral. Un bâtiment qui prolonge l'aile ouest de est construit en 1804, masquant totalement l'église Saint-Hugues, percé d'une porte en voûte ogivale pour y accéder. L'évêque concordataire Claude Simon (1802-1825) se satisfait des bâtiments, mais son successeur, de Bruillard (1826-1853), ancien prêtre réfractaire, fait réaménager les appartements, construire en 1830 la chapelle avec le plafond à caissons et remplacer vers 1840 les galets de la cour par un dallage de lauzes de Fontaine.
En 1906, à la suite de la séparation des Églises et de l'État, (1899-1911) doit quitter le palais épiscopal, qui est affecté aux Instituts de géologie et de géographie alpinesLes services de l'évêché et l'évêque s'installent 11 place des Tilleuls, dans l'ancien hôtel de Ponat, où ils restent jusqu'à la création de la Maison Diocésaine, place Lavalette, à la fin des années 1990, créé par le géographe Raoul Blanchard. À part les anciennes écuries transformées en amphithéâtre et la disparition des pots à feu et de la croix du portail, le bâtiment ne subit que des transformations intérieures mineures. En 1961, le Laboratoire de glaciologie s'installe dans les locaux jusqu'à son déménagement en 1982 sur le campus de Saint-Martin-d'Hères.
Vers le musée actuel vignette|upright=1.1|Sur la dalle qui couvre le site du baptistère est visualisé l'emplacement du mur romain