La prédation est une interaction trophique directe, de nature antagoniste, entre deux organismes, par laquelle une espèce dénommée prédateur, consomme entièrement ou partiellement une ou plusieurs espèces dénommées proies, généralement en les tuant, pour s'en nourrir ou pour alimenter sa progéniture. La définition lato sensu inclut la zoophagie (depuis les micro-organismes procaryotes jusqu'aux superprédateurs, en passant par les hématophages ou les plantes carnivores), la bactériophagie, la microphagie (depuis les mollusques jusqu'aux baleines à fanons), mais aussi la phytophagie (consommation de plantes par les herbivores, de graines par les granivores…), le parasitoïsme, le parasitisme ou les interactions hôte-pathogène.

Étymologie

Ce terme est un emprunt de la Renaissance au latin praedator, « voleur, pilleur », lui-même issu de praeda, « proie » et de prehendō, « prendre », qui exprime le fait de se saisir de quelqu'un ou de capturer une proie déterminée par sa poursuite.

Description

Cette interaction fait appel à de nombreux concepts (intention volontaire ou non de consommer, taille du prédateur par rapport à sa proie, taille minimale et nature de la proie, méthode de capture, consommateur final) qui sont l'objet de débats et de définitions, sinon contradictoires ou sources de confusion, du moins polysémiques.

Ainsi, une définition plus restrictive limite la prédation à l'ingestion d'animaux vivants au moins lors de la confrontation au prédateur par d'autres animaux (zoophagie et plus spécifiquement carnivorie, les carnivores étant appelés consommateurs secondaires ou prédateurs qui composent le troisième niveau trophique) et exclut les autres modes d'alimentation, la nécrophagie, la saprophagie (avec le cas particulier des charognards exclusifs ou opportunistes appelés prédateurs), ainsi que le parasitisme, qui en général ne requiert pas la mort de l'animal consommé.

La perception de la prédation évolue au cours du temps : alors que les prédateurs traditionnels (serpent, crapaud) sont relégués en bas de la Scala naturæ au Moyen Âge ou qu'ils sont caractérisés par une ambivalence (chauve-souris, rapaces nocturnes, ours, loups), ils sont encore vus au comme un mal nécessaire par Linné, naturaliste « fixiste » qui considère que tout être vivant sur terre est issu de la Création divine. Cette perception évolue avec Charles Darwin pour qui la prédation interspécifique et la cruauté de la concurrence intraspécifique sont des mécanismes purement et simplement « naturels », c'est-à-dire échappant totalement au jugement des hommes. Dès lors, les notions d'interactions néfastes qui se développent dans le cadre du darwinisme social, théorie qui reflète les idées de l'époque victorienne au Royaume-Uni, au moment où s'opère la transition d'une économie agraire à une économie industrielle capitaliste, font émerger les concepts de prédation, de survie du plus apte, de progrès entraîné par la compétition pour justifier un capitalisme sans frein à la fin du .. Les notions d'interactions bénéfiques apparaissent à la fin du parmi des penseurs de sympathies socialistes ou anarchistes. Le développement de ces deux notions opposées le doit ainsi autant .. Au débat politique sur le modèle économique prédateur et pilleur, succède à la fin du l'éthique de la prédationDe nombreux articles sont consacrés à l'examen des arguments et des contre-arguments à ce sujet et qui ont conduit, dans les années 1980, à la rupture entre éthique animale conséquentialiste sentientiste, et éthique environnementale écocentrée : ; ; ; ; Thomas Lepeltier, « Faut-il sauver la gazelle du lion ? », in La révolution antispéciste, PUF, 2018 et du « principe de naturalité » qui s'inscrivent dans le cadre plus général de l'éthique animale (et de son bien-être) et l'éthique environnementale. ..

La complexité du réseau trophique, notamment au niveau des micro-organismes (certains mixotrophes puisent leur énergie parfois de la lumière par photosynthèse et parfois de la prédation par assimilation d'autres organismes vivants), des comportements omnivores ou du continuum d'interactions entre prédation et parasitisme, remet en question la notion de niveau trophique et le classement producteurs primaires, consommateurs primaires (herbivores) et consommateurs secondaires, tertiaires… (prédateurs), d'où la mise en avant par le chercheur Steve Cousins du concept de continuum trophique plutôt que de niveaux trophiques discrets.

Cela n'empêche pas la prédation de faire l'objet encore de nombreuses recherches sur les pressions de sélection qu'elle exerce et les réponses adaptatives des proies, sur l'évolution des stratégies de prédation et des défenses anti-prédation ou la course aux armements évolutive. Courante dans la nature où les prédateurs jouent un rôle prépondérant dans le maintien des équilibres écologiques, elle est un des facteurs écologiques majeurs dans la dynamique des écosystèmes et peut-être le facteur majeur par lequel la sélection naturelle a déterminé la fréquence des traits d'histoire de vie dans les populations.

Dynamique des systèmes prédateurs-proies

Les relations entre proie et prédateur déterminent le fonctionnement et l'organisation des réseaux alimentaires, appelés réseaux trophiques, avec à leur sommet des prédateurs dits « absolus » (ceux qui ne sont pas eux-mêmes la proie d'autres prédateurs).

Les prédateurs influent sur la dynamique prédateurs/proies et donc sur les populations des proies. Ils contribuent à maintenir l'équilibre biologique des écosystèmes et influent indirectement sur le paysage et les habitats naturels. C'est pour protéger les arbres qu'on a réintroduit en 1994 des loups d'Alberta dans le Parc national de Yellowstone afin qu'ils régulent les populations de wapitis et autres grands herbivores qui étaient devenues assez importantes pour mettre en péril la forêt (par consommation des jeunes plants, écorçage… et surexploitation du milieu).

La dynamique de l'évolution des effectifs relatifs d'un système proie/prédateur est un sujet complexe. Même le modèle le plus simple, basé sur l'équation logistique, comporte des développements très poussés sur le seul plan mathématique.

Prédateur et déprédateur

Le terme de prédateur est à ne pas confondre avec la notion de déprédateur, qui désigne un animal qui commet des dégâts sur une plante ou des denrées, le plus souvent dans le but de se nourrir et parfois pour marquer son territoire.

Type de prédateurs

Les prédateurs généralistes Ils se nourrissent d'un large éventail de proies, leur population est relativement stable, et ils contribuent à exercer un contrôle continu sur le niveau des populations de proies.

Les prédateurs spécialistes Ils se nourrissent d'une ou d'un petit nombre d'espèces (ex : Harfang des neiges et lemmings). Chez les mammifères, les véritables prédateurs spécialistes semblent rares. Le putois (Mustela putorius L.) est par exemple considéré comme Roger M (1990) Analyse d'un système proies-prédateur: le modèle" lapin-petits rongeurs-putois" (thèse de doctorat) (Notice Inist-CNRS).. Ce type de prédateur est souvent apparemment spécialiste d'une espèce quand celle-ci est très abondante (ex : hermine face au campagnolPascal, M. (1993) Perspectives de lutte biologique contre les Rongeurs champêtres. Le Courrier de l'environnement de l'Inra, (19), 45-52.), et il diversifie ses proies en cas de nécessité.

Les prédateurs nomades À la différence de la murène qui passe sa vie au même endroit, certains requins et d'autres prédateurs spécialistes font des milliers de km à la recherche de proies dispersées ou en migration. Sur terre, ainsi des loups suivent les troupeaux de caribous ou des hyènes et des lions suivent les migrations de troupeaux de gnous : Les prédateurs nomades qui se déplacent là où leurs proies sont les plus abondantes ou suivent leurs migrations saisonnières sont supposés mieux contribuer à la stabilisation des populations-proies dont ils viventHanski I, Hansson L, Henttonen H (1991) Specialist predators, generalist predators and the microtine rodent cycle. Journal of animal ecology 60-1 353-367 doi:10.2307/5465Ims R & Steen H (1990) Geographical synchrony in microtine population cycle a theoretical evaluation of the role of nomadic avian predators. Oikos 57:381-387Ims R.A, Henden J-A Killengreen S.T (2008) Collapsing population cycles. Trends in Ecology and Evolution 23:79-86.

Les microprédateurs Terme parfois employé dans certains contextes pour désigner les espèces prédatrices de petite taille (musaraigne, etc.) ou des espèces de petites taille par rapport à celle de ses proies dont elles peuvent se nourrir en les chassant (exemple : carabes chassant les limaces) ou en s'attachant à ces dernières (exemple : tiques, moustiques)François Ramade (2008), Dictionnaire encyclopédique des sciences de la nature , voir entrée microprédateur, p 372.

Remarques Quand une espèce de prédateur est introduite hors de son milieu d'origine, si elle s'adapte à son nouvel environnement, elle peut parfois devenir une espèce exotique envahissanteZarzoso-Lacoste, D. (2013). Vers une meilleure compréhension des interactions trophiques directes et indirectes entre prédateurs invasifs et espèces natives au sein des écosystèmes insulaires (Doctoral dissertation, Aix-Marseille).. Ce fut le cas par exemple de la perche du Nil (prédateur généraliste) introduite dans certains lacs africains où elle a entraîné la disparition de plusieurs espèces. Il en va de même pour le chat domestique (prédateur généraliste) introduit dans certaines îles. Dans le contexte utilitaire de la lutte intégrée, on distingue parfois une prédation de choc et de fond ; ainsi, Anthocoris sp. a un comportement de prédateur de choc sur les populations larvaires de psylle du poirier (Psylla pyri) qu'il cible spécifiquement, alors que les mirides ou les forficulesSauphanor, B., Lenfant, C., Brunet, E., & Faivre D'Arcier, F. (1994). Regulation des populations de Psylle du poirier Cacopsylla pyri (L.) par un predateur generaliste, Forficula auricularia L. IOBC wprs Bulletin, 17, 125-125. jouent un rôle de prédateurs de fond en s'attaquant aussi à d'autres espèces. L'effet de prédation « de choc » est recherché par la lutte biologique contre les déprédateurs en favorisant le maintien et de développement in situ d'organismes prédateurs, parasites et parasitoïdes de ces ennemis des cultures.

L'Homme Depuis qu'il a maîtrisé l'agriculture et l'élevage, l'Homme a peu recours à la prédation pour se nourrir, à l'exception notable de la pêche en mer et à un moindre degré de la chasse (la recherche de viande de brousse reste une activité importante dans certains paysBahuchet S (2000) La filière “viande de brousse”. Les Peuples des forêts tropicales aujourd'hui: volume II, Une approche thématique, 331-363. , et il reste quelques populations autochtones vivant essentiellement de la chasse ou de la pêche).

Il n'en reste pas moins capable, si nécessaire (ou s'il le souhaite, dans le cadre de la pêche ou de la chasse sportives ou de loisir), de tuer n'importe quelle espèce animale et de consommer sa chair.

Inversement, aucune espèce animale, dans des conditions normales, ne s'attaque à l'homme pour se nourrir. L'homme est donc parfois considéré comme le superprédateur ultime.

Modes et stratégies de prédation

Les prédateurs - selon l'espèce et/ou selon les conditions du milieu - chassent en groupe ou en solitaire.

Trois grandes stratégies existent : Chasse « active » (en solitaire ou en groupe) (ex : loup), Chasse à l'affut (l'araignée sur sa toile), chasse « passive » (ex : filtreur fixe se nourrissant de zooplancton, anémone de mer, méduse).