Le Beowulf (prononcé en vieil anglais ) est un poème épique allitératif en vieil anglais. C'est un texte majeur de la poésie vieil-anglaise : long de , c'est le plus long texte poétique germanique du haut Moyen Âge connu. Son unique copie existante apparaît dans le codex Nowell, un manuscrit rédigé en Angleterre aux alentours de l'an 1000, mais le poème pourrait avoir été composé plusieurs siècles auparavant.
Il prend place dans le sud de la Scandinavie au et relate les exploits de Beowulf, un héros geat qui vient au secours du roi danois Hrothgar en tuant Grendel, un monstre ayant attaqué à plusieurs reprises le palais de Hrothgar à Heorot, puis la mère de Grendel, venue chercher vengeance pour la mort de son fils. Victorieux, Beowulf rentre chez lui et devient le roi de son peuple. Cinquante ans plus tard, il accomplit un ultime exploit en tuant un dragon qui ravageait les terres des Geats, mais ce combat lui coûte la vie. Le poème se conclut sur ses funérailles, qui font écho à celles du héros Scyld Scefing au début du texte.
Résumé
Premier combat : Grendel
vignette|redresse|Grendel vu par J. R. Skelton (illustration parue dans de H. E. Marshall, 1908).|alt=Dessin d'un ogre la gueule ouverte, vêtu d'un simple pagne et portant un sac, dans un paysage de lande désert avec le soleil levant à l'horizon.
Le Beowulf s'ouvre sur un prélude décrivant la gloire de Scyld, prestigieux roi des Danois, et ses funérailles grandioses. Ses descendants, les Scyldingas, sont également des souverains bien-aimés. Son arrière-petit-fils, Hrothgar, fait construire pour ses gens un grand palais nommé Heorot. Le bruit des chants et des fêtes qui s'y déroule trouble une créature sauvage nommée Grendel, issue de la lignée de Caïn. Une nuit, alors que les guerriers danois sont endormis, Grendel fond sur Heorot et en massacre trente. Ces attaques se reproduisent chaque nuit pendant douze années et les Danois finissent par abandonner Heorot.
La nouvelle se répand chez les peuples voisins. Beowulf, jeune guerrier gaut doté d'une force prodigieuse, prend congé de son oncle le roi Hygelac pour venir en aide à Hrothgar. Accompagné de quatorze hommes, il prend la mer et arrive en pays danois. Après avoir subi l'interrogatoire d'un garde-côte, puis du héraut Wulfgar, Beowulf est introduit à la cour de Hrothgar, qui accepte son aide et l'invite à un festin à Heorot. Durant les festivités, un vassal de Hrothgar nommé Unferth met en doute l'héroïsme de Beowulf, mais ce dernier ne se démonte pas et le tance en retour.
Les Danois se retirent pour la nuit, laissant les Gauts seuls à Heorot. Beowulf décide de se dépouiller de ses armes pour affronter Grendel. Lorsque celui-ci arrive à Heorot, il massacre Hondscio, l'un des compagnons de Beowulf. Ce dernier, qui faisait semblant de dormir, se jette alors sur Grendel et l'enserre dans ses bras. Leur lutte est si violente qu'il semble que le palais va s'écrouler sur eux. Les camarades de Beowulf tentent de lui venir en aide, mais leurs épées sont incapables de blesser Grendel. Celui-ci parvient finalement à s'échapper, mais pas avant que Beowulf ne lui ait arraché un bras. Blessée à mort, la créature retourne dans sa tanière pour y mourir.
Une grande fête est organisée à Heorot pour célébrer la victoire de Beowulf, qui fixe le bras arraché à Grendel au fronton du palais. Le poète de la cour récite les exploits du héros Sigemund, le tueur de dragon. Hrothgar annonce qu'il souhaite adopter Beowulf et lui offre armes et destriers avant qu'un autre poème soit récité, cette fois sur le combat de Finnsburh. La reine Wealhtheow intervient alors pour offrir à Beowulf un collier et demander à son mari de se souvenir de leurs fils , dont elle espère que le héros sera le modèle.
Deuxième combat : la mère de Grendel
vignette|redresse|La lutte entre Beowulf et la mère de Grendel vue par J. R. Skelton.|alt=Dessin montrant une créature féminine aux longs cheveux noirs se dressant au-dessus d'un homme en armure allongé sur le dos. Elle brandit un poignard qu'elle se prépare à abattre sur lui.
Au cours de la nuit qui suit la fête, Heorot est à nouveau le théâtre d'un drame. Désirant venger la mort de son fils, la mère de Grendel pénètre dans le palais et enlève Æschere, l'un des plus fidèles conseillers de Hrothgar, avant de s'échapper. Beowulf, Hrothgar et leurs hommes suivent ses traces dans les landes désertes jusqu'à un lac de montagne qui bouillonne de sang. Au bord de l'eau gît la tête d'Æschere.
Beowulf se prépare au combat et endosse son armure. Unferth lui confie son épée, Hrunting, pour affronter l'ogresse. Après avoir demandé à Hrothgar de prendre soin de ses compagnons et d'envoyer ses cadeaux à Hygelac dans l'éventualité où il ne reviendrait pas, le héros plonge dans les eaux du lac. Il se défait du monstre aquatique qui y réside et atteint une grotte à sec où il retrouve la mère de Grendel. Hrunting s'avère incapable de lui causer la moindre blessure et les deux ennemis s'empoignent à bras-le-corps. L'ogresse tente de poignarder Beowulf, mais son armure le sauve. Le héros aperçoit alors une épée gigantesque dans le trésor accumulé dans la caverne. Il s'en saisit et l'utilise pour décapiter la mère de Grendel, puis réserve le même sort au cadavre de son rejeton. Sa lame se dissout sous l'effet de leur sang démoniaque.
En voyant les eaux rougies par le sang des monstres, les Danois croient que Beowulf est mort et rentrent tristement à Heorot. Ses compagnons gauts restent quant à eux sur les berges du lac pour attendre leur seigneur. Celui-ci refait surface avec la garde de l'épée qu'il a utilisée pour décapiter Grendel et la tête de ce dernier. Il rentre à Heorot pour remettre ces deux trophées à Hrothgar, qui loue son courage, sa force et sa sagesse, par opposition au tyran Heremod. Un nouveau festin prend place, au cours duquel Beowulf rend Hrunting à Unferth. Hrothgar offre de nouveaux cadeaux au héros, qui exprime son désir de rentrer chez lui.
De retour au pays, Beowulf retrouve le roi Hygelac et la reine , que le poète compare favorablement à , épouse tyrannique du roi Offa. Au cours des festivités qui célèbrent son retour, Beowulf relate ses exploits au pays des Danois. Il offre à son oncle les cadeaux que lui a faits Hrothgar, et remet à la reine le collier reçu de Wealhtheow.
Troisième combat : le dragon
vignette|redresse|L'affrontement entre Beowulf et le dragon vu par J. R. Skelton.|alt=Dessin d'un homme à la longue barbe blanche, portant une armure et un casque et tenant une épée dans la main droite. Il brandit de la main gauche un bouclier rond dont il se sert pour bloquer le feu d'un dragon dont on n'aperçoit qu'une partie de la tête dans le coin de l'image.
Après la mort d'Hygelac, tué lors d'un raid chez les Hetware, et de son fils , mort en affrontant les Suédois, Beowulf devient roi des Gauts et règne avec succès pendant cinquante ans. Un jour, un voleur s'introduit dans le repaire d'un dragon et y vole une coupe en or. L'animal, furieux, quitte sa tanière et sème la désolation dans le pays des Gauts. Le palais même de Beowulf est réduit en cendres par le feu du dragon.
Le vieux roi se prépare pour défier la créature. Muni d'un bouclier en fer et accompagné de douze hommes, il prend le chemin de la tanière du dragon, guidé par le voleur récalcitrant. Beowulf sent sa mort prochaine et récapitule l'histoire de sa vie, la générosité de son grand-père maternel, le roi , à son égard, et la mort des princes et qui a permis à leur frère cadet Hygelac de monter sur le trône. Il demande à ses compagnons de le laisser affronter le dragon seul.
La lutte ne tourne d'abord pas à l'avantage du héros, dont l'épée Nægling ne parvient pas à abattre la bête. Tous ses compagnons s'enfuient à l'exception de Wiglaf, qui tance ses camarades avant de se porter au secours de son roi. Grâce à son aide, Beowulf parvient à tuer le monstre, mais sa morsure empoisonnée lui est fatale. Il a le temps de demander à Wiglaf de lui apporter le trésor du dragon pour qu'il puisse le contempler avant de mourir et fait de lui son héritier.
Un messager part annoncer la mort de Beowulf aux Gauts. Il exprime ses craintes que la guerre entre les Gauts et les Suédois ne reprenne. Les funérailles du roi prennent place au cap de la Baleine : son corps est brûlé sur un bûcher et un tumulus est édifié sous lequel est enfoui à nouveau le trésor du dragon. Les derniers vers du poème sont des louanges pour Beowulf, « entre tous les hommes le plus miséricordieux, le plus épris de concorde, le plus attentif au bien des siens, et le plus soucieux de sa gloire ».
Le manuscrit
Description
La seule copie connue du Beowulf figure dans un codex conservé à la British Library de Londres sous la cote Cotton Vitellius A xv. Ce livre se compose de deux manuscrits médiévaux reliés ensemble au : le codex Southwell, qui date du milieu du , et le codex Nowell, généralement daté des alentours de l'an 1000. C'est dans ce dernier que figure le Beowulf. Il y est précédé de trois textes en prose (un fragment d'une vie de saint Christophe, une description des Merveilles de l'Orient et la traduction d'une prétendue Lettre d'Alexandre à Aristote) et suivi d'un autre poème, Judith, dont manquent le début et la fin.
Les textes du codex Nowell ont été rédigés à l'encre noire par deux scribes différents, le passage de l'un à l'autre s'effectuant au vers 1939 du Beowulf, en plein milieu d'une phrase. L'écriture du scribe A, avec ses jambages prononcés, semble légèrement plus moderne que celle du scribe B, mais elles restent à peu près contemporaines. Ils ne sont pas les auteurs du poème : le texte présente de nombreuses caractéristiques d'un travail de copie, comme la confusion entre deux lettres au tracé similaire, l'omission d'un mot ou le remplacement d'un mot par un autre.
Le texte du Beowulf débute au folio 132r et s'achève au folio 201v du manuscrit. Comme tous les autres textes poétiques anglo-saxons connus, il est rédigé de manière continue, sans retour à la ligne à la fin de chaque vers, et ne se distingue donc pas visuellement d'un texte en prose. Il est divisé en quarante-quatre sections qui sont numérotées en chiffres romains et dont le début est marqué par une initiale plus grande. Ces sections, qui ne correspondent pas réellement à des ruptures dans le récit, pourraient plutôt refléter la durée des séances de travail des scribes.
Transmission
Le codex Nowell doit son nom à son premier propriétaire connu, l'antiquaire du Laurence Nowell, qui a écrit son nom et l'année 1563 sur la première page du manuscrit. Son histoire avant cette date est entièrement inconnue. Il entre à une date ultérieure dans la collection de l'homme politique et bibliophile Robert Cotton (1571-1631), dont le système de classement à base d'armoires surmontées de bustes de personnalités de l'Antiquité est à l'origine de la cote moderne du livre. Dans sa bibliothèque, il s'agit du quinzième ouvrage () sur la première étagère (A) de l'armoire avec un buste de l'empereur romain Vitellius. C'est probablement Cotton qui fait relier ensemble les codex Southwick et Nowell, donnant naissance à l'actuel livre renfermant le Beowulf.