La christianisation des peuples scandinaves est la conversion progressive et tardive des peuples germaniques de l'Europe du Nord encore attachés à leurs croyances, qui « abandonnent » leur paganisme nordique pour embrasser le christianisme. Elle met un terme, au , au processus de christianisation des tribus germaniques qui débute à l'époque romaine avec la conversion des Goths à l'arianisme au et s'étale sur près de sept siècles de façon plus ou moins pacifique ou violente.

Une lecture littérale de l'érudit médiéval Snorri Sturluson a longtemps pu amener à croire à une véritable pour instaurer la foi chrétienne par la force, notamment dans un pays comme la Norvège .. Pourtant les Scandinaves étaient ouverts à d’autres dieux et croyances que les leurs, et y trouvaient parfois un intérêt politique et commercial. « Tant que la foi chrétienne ne menaçait pas les anciennes coutumes, les païens considéraient le Christ avec indulgence ».. Ainsi, des scandinaves n'ont pas hésité à intégrer Jésus dans leur panthéon aux côtés de leurs divinités traditionnelles, comme Odin ou Thor.

Histoire

Contexte Au , le processus de christianisation s'accentue dans les royaumes scandinaves sous la pression et l'influence de l'empire carolingien si bien que selon les sources, ce qui distingue les scandinaves du reste du monde est qu'ils soient païens.

Les premiers efforts pour évangéliser la Scandinavie remontent à la fin de la dynastie mérovingienne. Charles Martel tente en 720 de conquérir la Frise occidentale afin de la convertir. Mais il faut attendre Charlemagne pour que celle-ci s'intègre à l'Empire et jouxte les territoires Scandinave séparés du reste de l'Europe par le Danevirke.

Premiers contacts

« La mission par échanges culturels, puis par la parole, puis par l’épéeK. D. Schmidt, Trosskiftet Kulturhistoriskt lexikon för Nordisk Medeldit.».

Les Nordiques entrèrent en contact avec la religion chrétienne à la suite des premières missions d'évangélisation dans la première moitié du , c'est-à-dire avant l'expansion viking.

Alcuin est l'auteur d'une de ces principales sources qui retrace le voyage de la première mission chrétienne menée par Willibrord, évêque d'Utrecht. En 725, celui-ci rencontre le roi Ongendus qu'il décrit comme . Il échoue à convertir les danois.

Certains évangélisateurs allaient jusqu'à détruire les représentations païennes au péril de leur vie. L'imprégnation du christianisme devint beaucoup plus palpable à la suite des raids vikings. Les pillards ramenaient dans leur pays un butin notamment composé d'objets du culte chrétien. L'empereur Louis le Pieux ranima les tentatives d'évangélisation. Vers 822-825, la Scandinavie fut déclarée terre de mission. Ebbon, archevêque de Reims, puis Ansgar, moine de Corbie, prêchèrent au Danemark sans grand succès.

Entrée par les villes marchandes En dehors des missions, le christianisme entre également en Scandinavie par les voies maritimes que ce soit par le commerce ou les raids menés par les vikings. Les établissements religieux pillés lors des premiers raids amènent les symboles du christianisme dans le marché scandinave. Les croix, les calices en or, les reliquaires sertis de pierres précieuses entrent sur le territoire et dans les villes et contribuent indirectement à accoutumer la population à ces symboles.

Vers 830, Anschaire de Brême est envoyé à Birka, un important site marchand de Suède, et parvient à y fonder la première église chrétienne. Après avoir été nommé archevêque, son influence auprès des carolingiens convainc Horik Ier de l'autoriser à fonder des églises dans deux grands ports du Danemark, Ribe et Hedeby, mais refuse tout projet de conversion à son égard. Ces villes marchandes abritent les premières communautés chrétiennes constituées de marchands étrangers. L'archéologie confirme que ces sites sont les premiers où se côtoient la religion nordique et le christianisme. On commence à retrouver des objets chrétiens dans les sites funéraires également.

Au départ, les activités de culte des chrétiens sont tolérées en marge des villes. On suppose que la première église de Ribe se trouve sous l'emplacement de la cathédrale érigée au et qui se trouve sur la rive sud de la rivière, à l'écart du marché et du coeur économique situés sur la rive nord. À Birka, c'est sur l'île d'Helgö que se construit l'église. Cette mise à distance des sites chrétiens laisse supposer qu'ils servent d'abord de refuge aux marchands étrangers de passage, plutôt qu'à la population locale. Le christianisme est donc toléré, mais non intégré.

La présence de missions chrétiennes dépend étroitement de l'attitude des élites locales à leur égard. L'exemple de Birka illustre ces tensions. L'accueil fait par le roi Bjorn à Anschaire qui lui a permis d'ériger une église à Birka en 831 se renverse dans les années 840 lors de la transition à une nouvelle élite. Gautber, le neveu d'Ebon de Reims doit quitter le port avec d'autres chrétiens dans un contexte de tension important. Chez les Danois, l'église fondée à Hedeby est fermée à la mort du roi Horik et les chrétiens persécutés puis interdits de culte, avant qu'Horik II n’apaise la situation à la fin des années 850. L'intégration des premiers chrétiens relève au départ du choix exclusif du pouvoir local et le se caractérise par une importante instabilité à ce propos et une marginalisation du culte chrétien. Ribe et Hedeby représentent les premiers ports dans lesquels la situation se stabilise et permet la diffusion de la nouvelle religion.

Conversions et syncrétisme Si les textes mettent en avant les tentatives de conversions des rois et des chefs, une longue transition s'effectue par la conversion d'acteurs du quotidien tels que des prisonniers, des esclaves et des femmes, méthode privilégiée par Anschaire. Par l'instruction et la conversion de ces personnes, il parvient à installer des communautés chrétiennes autour des églises. Les femmes, chargées de l'éducation des jeunes enfants, devenaient elles-mêmes des cibles privilégiées. La conversion au christianisme, hostile à la polygamie et au divorce et interdisant l'infanticide, représentait également un avantage pour le statut des femmes.

Selon la saga d'Egill Skallagrímsson, un rite préalable au baptême se développe afin de rendre celui-ci plus pratique : la prima signatio. Il précise que cet usage est et leur permet d'. Ce rite n'est vraisemblablement pas une question de foi mais prend la forme d'une bénédiction par le signe de croix. L'objectif de ce rite est de formaliser et faciliter les contacts entre les marchands. Rimbert rapporte dans son hagiographie d'Anschaire que beaucoup sans pour autant effectuer le baptême. Ces individus constituent, selon Lucie Malbos, une passerelle entre les deux cultures.

Avant sa conversion, la Scandinavie traverse une assez longue période de syncrétismes, d'influences et de mélanges culturels. La religion nordique étant prompte à intégrer de nouvelles croyances et divinité, elle intègre les symboles chrétiens à sa culture assez rapidement. Les missionnaires adaptent également leur langage afin de mieux toucher à la sensibilité des populations. Jésus est comparé à un souverain, ses apôtres à des vassaux. Pierre est présenté comme un thane. Les Noces de Cana sont décrites comme un festin dans une grande halle. Plusieurs exemples archéologiques témoignent de la porosité des cultures occidentales et scandinaves.

Tout ce processus d'adaptation et de syncrétisme prend du temps et provoque également quelques tensions. Le pape Jean X insiste d'ailleurs sur le fait que le baptême n'est qu'une étape dans le processus de conversion et qu'il ne faut pas appliquer une rigueur excessive au risque que les récents convertis retombent dans . Les autorités et les missionnaires se montrent effectivement plus tolérants que ne le retranscrivent les sources ultérieures car la christianisation ne suit pas un cheminement linéaire. Les baptêmes à la chaîne provoquent des changements d'avis et des retours au paganisme. Le cas d'Olaf II est évocateur à ce propos puisque les sources font état de trois versions sur son baptême en trois lieux différents, laissant supposer différents retours au paganisme de sa part. Ainsi, alors que les sources écrites évoquent une conversion soudaine, la période qui couvre le représente en réalité un temps de transition et d'hésitation.

Le changement décisif se produisit quand de grands chefs se convertirent. Des princes comprirent tout l'intérêt d'embrasser une religion qui consolidait leur pouvoir. En Francie, le jarl Rollon accepta d'être baptisé en échange d'un territoire qui allait devenir le duché de Normandie. C'était un excellent critère d'intégration dans le monde franc. En Scandinavie, des rois se servirent de la religion du Christ afin de « dépasser les particularismes culturels et surtout les dissensions politiques entre clans ». . Le but était d'unifier leur royaume. La conversion au christianisme avait pour origine des motivations essentiellement politiques. Le prince norvégien Håkon le Bon se fit baptiser en Angleterre et, de retour en Norvège, entreprit une christianisation de son pays. Il rencontra une forte opposition à la propagation de sa foi. « En 933, des sujets de Hakon [le Bon] brûlèrent des églises, tuèrent des prêtres et forcèrent Hakon à abandonner son projet de christianiser tout le pays ». Les jarls de Lade, Håkon Grjotgardsson, son fils Sigurd Håkonsson puis son petit-fils Håkon Sigurdsson, résistèrent à la christianisation de la Norvège, restaurèrent le culte des anciens et des divinités malgré les efforts des rois, en particulier Harald à la pelisse grise. Autour de 974, Otton II du Saint-Empire envahit le Danemark. Le roi Harald à la Dent Bleue et son allié norvégien, Håkon Sigurdsson, perdirent une bataille près du Danevirke et furent contraints, pour avoir la paix, d’accepter le baptême et de christianiser leur peuple mais une fois revenu en Norvège, Håkon se débarrassa des prêtres autour de lui et reprit ses anciennes croyances. L’opposition à la foi chrétienne fut brisée plusieurs dizaines d'années plus tard avec une violence peu chrétienne, d'abord par le roi Olaf Tryggvason, baptisé en 995. « Il fit preuve d’une poigne évangélisatrice redoutable pendant les cinq ans de son règne sans doute mû par un fanatisme religieux hors du commun. Son œuvre fut achevée par Olaf Haraldson» (1016-1028). Au Danemark, Harald à la Dent Bleue agit de même. En 985, le royaume est unifié et christianisé sous sa poigne. En Suède, malgré le zèle des missionnaires comme l’évêque Bruno de Querfurt, le paganisme demeurait encore au . Les missionnaires, voyant qu’ils ne pouvaient pas détruire les anciennes croyances, les christianisèrent progressivement en récupérant les anciennes déités païennes Bernard Mariller, Vikings, collection B-A BA, éditions Pardès, 2003 .

Résistances