vignette|Manifestation contre Israël à Dar es Salam (Tanzanie) en 2009.

L'antisionisme (ou anti-sionisme) est l'opposition au sionisme. Le terme recouvre des positions hétérogènes et des usages variables selon les périodes et les contextes politiques. Avant la création de l'État d'Israël en 1948, l’antisionisme s'opposait principalement au projet politique de la création d’un État juif en Palestine et se rencontrait notamment chez certains courants juifs (religieux, libéraux assimilationnistes, socialistes) ainsi que chez des acteurs arabes et palestiniens opposés aux conséquences attendues de ce projet. Depuis 1948, l’antisionisme peut renvoyer à des positions allant de la critique de l’idéologie sioniste ou de politiques israéliennes à la contestation de la légitimité de l’État d’Israël ou à la revendication d’autres cadres politiques (par exemple binationalisme ou État unique).

Certains auteurs et organisations sionistes soutiennent qu’une partie des discours antisionistes peut reprendre des stéréotypes antisémites ou viser les Juifs en tant que groupe. Au contraire, d’autres organisations et individus estiment qu’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme reviendrait à disqualifier ou interdire des critiques d’Israël ou du sionisme. Notamment, les prises de position antisionistes s'opposant à la politique expansionniste israélienne sont souvent accusées de néo-antisémites par Israël et ses partisans dans le but de délégitimer la critique des exactions israéliennes dans les territoires occupés.

Une notion ambiguë vignette|Manifestation anti-Israël et pro-Gaza à Washington, 2014

Stricto sensu, l'antisionisme traduit l'opposition à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Toutefois, après 1948 et la fondation de l'État d'Israël et en particulier après la guerre des Six Jours et la première intifada, la situation géopolitique est devenue plus complexe, générant l'apparition de nouveaux mouvements tels que le néosionisme, le post sionisme opposé au « sionisme traditionnel » (sionisme général, sionisme révisionniste et sionisme travailliste) ou encore le non-sionisme. Dans ce contexte, les notions de sionisme et d'antisionisme ont évolué.

Aujourd'hui, les personnes qui se disent antisionistes justifient leur point de vue par un ou plusieurs des éléments suivants, parfois antinomiques :

l'opposition idéologique de principe à Israël ou à la politique israélienne de manière généraleAlexis Rosenbaum, L'antisémitisme, Éditions Bréal, 2006, écrit : « Dans une conception du terme plus récente et assez abusive, le terme antisionisme désigne également la critique de la politique du gouvernement israélien ou de ses pratiques d'expansion territoriale. », basée sur l'opinion selon laquelle Israël serait responsable de la situation et des conflits au Moyen-Orient. Ce sentiment est apparu en particulier dans le contexte de la guerre froide dont le Moyen-Orient a été un théâtre de confrontation et à la suite des résolutions défavorables à Israël adoptées par le Conseil de Sécurité de l'ONUMichel Staszewski, militant antisioniste de l'UPJB estime qu'il est légitime d'être juif et antisioniste. Parmi les raisons invoquées, il cite le souci « des dirigeants israéliens de maintenir à tout prix la domination juive sur un maximum de territoires de Palestine [qui] les conduit à mener une politique qui bafoue continuellement les résolutions de l’O.N.U., les Conventions de Genève concernant les obligations d’une puissance occupante vis-à-vis des victimes de cette occupation et les plus fondamentaux des Droits humains. » in Antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes, LesMotsSontImportants.net, 2008.. ; l'opposition à la politique de colonisation des territoires palestiniens occupés, basée sur l'opinion selon laquelle Israël et certains groupements se réclamant du sionisme y appliqueraient une politique expansionniste dans la perpétuation du projet sionisteBrian Klug de l'Université d'Oxford dans No, anti-Zionism is not anti-semitism, The Guardian, 3 décembre 2003 écrit : « ». Certains de ceux qui s'opposent à la colonisation rejettent cependant le qualificatif d'antisionistes, car ils ne s'opposent qu'à cet aspect qui à lui seul n'est pas assimilable au sionisme qui ne demande pas l'expansion d'IsraëlC'est par exemple la position de l'association La Paix Maintenant. Shlomo Ben-Ami, 1948 : la mère de toutes les guerres, http://www.lapaixmaintenant.org, 8 septembre 2008 écrit : mais l'association se définit sur sa page d'accueil comme « Shalom Akhshav, un mouvement israélien sioniste et démocrate ».. la condamnation de la situation des Arabes israéliens et des Palestiniens, qui subissent des discriminations, parfois jugées proches de l'apartheid Brian Klug, No, anti-Zionism is not anti-semitism, The Guardian, 3 décembre 2003 écrit : « », voire qu'on perpètre à leur encontre des crimes de guerreCatégorie « », journal Haaretz en ligne. et ce, parce que le projet sioniste serait par essence racisteCatherine Lukas, Palestine: La dernière colonie ?, éditions Aden, 2003, écrit : « Le thèse sionisme = racisme est revenu à l'ordre du jour lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la xénophobie, et autres formes d'intolérance à Durban à la fin 2001. » ; nonobstant la situation des populations non juives, l'opposition au caractère juif voulu par le sionisme de l'État d'Israël, basée sur l'opinion selon laquelle ce principe, qui est à la base du sionisme, ne serait pas laïque et démocratique, mais religieux ou racialBrian Klug, No, anti-Zionism is not anti-semitism, The Guardian, 3 décembre 2003 écrit : « ". Partly for this reason, some European anti-semites thought that the solution to "the Jewish question" might be for Jews to have a state of their own. Herzl certainly thought he could count on the support of anti-semites. » ; dans le monde musulman, l'opposition à l'occupation de Jérusalem et d'autres lieux saints de l'Islam par Israël ou par des juifsAl-Azhar and the Arab doctors discuss the Israeli violations of Al-Aqsa, Ahlul Bayt News Agency, 8 janvier 2012.A session for the Knowledge of Jerusalem, English Islam Times, 16 novembre 2011 : « » ; l'opposition à l'existence d'Israël en tant qu'État, ce qui est le but principal du sionisme, basée sur l'opinion selon laquelle seul un État binational recouvrant toute l'ancienne Palestine historique serait légitime ou pourrait apporter des solutions au conflit israélo-palestinienA.B. Yehoshua, An unwelcome intro to the binational state, The Guardian, : « Despite this fact, we stride, as though out of necessity, toward the establishment of a binational state, an entity which at some stages of Zionist history was viewed as a plausible possibility, and even as a laudable one in some circles. ».

Historique L’antisionisme apparaît, d'une part, parmi les dirigeants traditionalistes juifs pour des raisons religieuses ou chez des Juifs assimilationnistesWalter Laqueur, , Oxford University Press, 2008, écrit : « » et, d'autre part, parmi des dirigeants arabes et des officiers britanniques quand la Grande-Bretagne obtient de la société des Nations un mandat pour administrer le paysNick Reynold, Britain's Unfulfilled Mandate for Palestine, Lexington Books, 2014, .Tom Segev, One Palestine. Complete., 2001, chap.4 Ego Versus Ego, ; .. Outre l'opposition politique, l'antisionisme arabe palestinien de l'époque se manifeste lors de la grande révolte arabe de 1936-1939 et puis par la guerre israélo-arabe de 1948. Moins important, l'antisionisme juif diminue fortement à partir de 1921 avec la nomination au grand rabbinat d'Eretz Israël du rabbin Abraham Isaac Kook, puis se réduit davantage après la Shoah, la résolution 181 de l'ONU du qui accepte le plan de partage de la Palestine et valide l'établissement d'un État juif, l'aboutissement du projet sioniste.

Après la guerre de 1967, la notion d'antisionisme est devenue plus ambiguë. Le terme peut caractériser des prises de positions aussi éloignées que la simple critique de la politique du gouvernement israélien, ou que l'exigence de son anéantissement. Ainsi, l'antisionisme est parfois dénoncé comme un nouvel antisémitisme, tandis que cette critique est rejetée par d'autres qui y voient une tentative d'empêcher la critique d'Israël. Comble d’ambiguïté, cette situation a engendré en Israël la création de mouvements néosioniste et postsioniste, en opposition avec le sionisme des « pères fondateurs », mais qui ne sont pas eux-mêmes nécessairement antisionistesUri Ram, , in Benny Morris, , : “Table 1 - Major Contreversial Issues, The Post-Zionist Narrative”.Denis Charbit, Qu'est-ce que le sionisme ?, Albin Michel, 2006, écrit : « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est d'Israël même qu'a surgi la dernière remise en cause du sionisme : le post-sionisme. Le post-sionisme est-il un avatar israélien de l'anti-sionisme (…) ? (…) Il importe de distinguer entre un post-sionisme de fait qui entend qui englobe toutes les mutations traversées et assumées par la société israélienne (…) et un post-sionisme de conviction qui entend rebâtir Israël sur un autre socle que celui établi par les pères fondateurs. Autrement dit, il y a un post-sionisme libéral qui ne peut pas être confondu avec un post-sionisme radical [antisioniste]. ».

Selon un sondage réalisé en 2026 par une organisation sioniste, 7% des juifs des États Unis se déclarent antisionistes, un autre 8% "non sionistes" et 37% sionistes (les autres n'optant pour aucune de ces étiquettes).

Au sein de communautés juives Avant 1948 et la création d'Israël À l'origine, le sionisme ne fait pas l'unanimité chez les Juifs, car il rencontre une opposition forte de la part d'une partie des Juifs religieux. L'antisionisme religieux ne concerne néanmoins pas tout le judaïsme : une partie des religieux sont également sionistes .

Avant la montée du fascisme en Europe dans les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui voit le triomphe du nazisme et sa politique raciale, une majorité des Juifs n'adhère pas à l'idée d'un État juif. En effet, les Juifs d'Europe, avant le nazisme, se répartissent approximativement en quatre catégories : les communistes et socialistes (on dit encore à l'époque sociaux-démocrates dans nombre de pays) qui attendent le dépassement du problème des persécutions envers les Juifs de la réalisation d'une égalité entre tous les peuples par le dépassement des nations réalisé par l'internationalisme communiste ou le socialisme à venir. Mouvement politique qui en Pologne fonde le Bund où se retrouvent principalement les socialistes avec aussi des communistes.. Ce sont aussi les Juifs qui dans les autres pays européens rejoignent les rangs des divers partis communistes. les Juifs libéraux, qui croient à une viabilité de la solution politique au sein des nations démocratiques, soit l'assimilation du fait de la citoyenneté accordée aux Juifs, qui serait susceptible de mettre fin à l'antisémitisme historique. On peut compter parmi eux l'Alliance israélite universelle, groupe à l'origine français, républicain et patriote, connu avant-guerre pour son « antisionisme farouche » (Nicault, 2001). les Juifs religieux qui attendent la rédemption et le salut avec la venue du Messie à la fin des temps, qui sont représentés par le judaïsme traditionnel : la réunion de tous les peuples à Jérusalem telle qu'annoncée avec la paix messianique. Une partie parmi les plus orthodoxes ne sont pas sionistes mais plutôt antisionistes, tels les Neturei Karta, cependant que beaucoup d'autres Juifs religieux, à la suite du rabbin Abraham Isaac Kook sont sionistes, du fait du lien historique des Juifs à la terre d'Israël (que décrivent les historiens : Walter Laqueur, Georges Bensoussan, Elie Barnavi, A. Gruynberg, etc.). les sionistes proprement dit, dont le pôle majoritaire est socialiste

Juifs ultra-orthodoxes 350px|thumb|Manifestation antisioniste d'une branche du mouvement des Naturei Karta à Washington, 2005.|alt=