Charles-François Richard, également connu sous le nom de Richard-Chambovet à partir de son mariage, né le à Bourg-Argental (province de Forez) et mort le à Saint-Chamond (département de la Loire), est un industriel de la soie français, particulièrement connu comme initiateur de l'industrie du lacet.

Après une brève carrière militaire durant la Révolution française (siège de Toulon et armée d'Italie), de 1793 à 1796, ses débuts de moulinier sont modestes. Puis il s’établit comme passementier orienté vers la fabrication de padous, rubans nécessaires aux culottes ou aux catogans. Mais il est ruiné une première fois en raison du marasme économique général ; ultérieurement la mode délaisse définitivement ses produits, ce qui met fin à cette activité. En quête d'une nouvelle spécialisation, Richard se rend au Conservatoire des arts et métiers, récemment créé, où il rencontre Joseph de Montgolfier. Il y trouve un métier à tresses rudimentaire qui produit des éléments de section ronde et dès lors, il travaille inlassablement à l'améliorer.

Ainsi, ce pionnier ouvre la voie de la fabrication industrielle des lacets. Il innove d'une part en développant ces métiers, et d'autre part en leur adjoignant une machine à vapeur comme force motrice. Plus tard, il reste précurseur en installant dans ses ateliers un calorifère comme chauffage central, ce qui accroît la rentabilité et permet un travail plus soigné. Enfin, il dote les ateliers d'un éclairage au gaz pour en augmenter la productivité.

Dans le cadre de la révolution industrielle naissante, Charles-François Richard est à l'origine d'une industrie qui domine l'Europe, reconnue jusqu'en Amérique. La production de lacets est en effet primordiale à cette époque : ce sont des éléments de mercerie très répandus, qui servent d'attaches diverses. De ce fait, la ville de Saint-Chamond, où il s'est installé, devient incontournable dans ce domaine.

Biographie Origines familiales et formation Baptisé le ., jour de sa naissance à Bourg-Argental, Charles-François Richard est le deuxième d'une fratrie de six. Ses parents sont Jean-Louis Richard, greffier, futur député aux États généraux de 1789, et Marie Chevalier. Versé dans l'industrie de la soie, le foyer tire une partie de ses revenus de la culture de mûriers sur lesquels sont élevés les vers à soie..

En 1790 et 1791, Richard est apprenti moulinier, puis, en 1792 et 1793, employé chez un fabricant de rubans à Saint-Étienne.

Fédéraliste lors de l'insurrection de Lyon (1793) En 1793, au début de la Première République, il gagne Lyon avec les gardes nationaux de Saint-Étienne et de Montbrison afin de participer au soulèvement de la ville contre la Convention nationale, dominée depuis les journées insurrectionnelles de par la faction des Montagnards (Robespierre).

Le , son détachement, positionné pour protéger l'arrivée d'un convoi de grains en provenance du Forez, affronte avec succès une formation ennemie. Mais, abandonné des siens, il devient une .

Carrière militaire comme proscrit (1793-1796) Proscrit par les vainqueurs, il s'engage à Tournon dans le des volontaires de l'Ardèche. Cette unité, constituée le à Bourg-Saint-Andéol, est commandée par Louis-Gabriel Suchet, issu d'une famille de négociants soyeux..

Après le siège de Toulon, il retrouve à Marseille son père Jean-Louis Richard, également proscrit, lui aussi engagé dans ce bataillon. Il est ensuite affecté à l'armée d'Italie.

Cet engagement est parfois physiquement éprouvant comme l'indique son fils Ennemond : . Mais la constitution de cet homme s'avère robuste, et plus tard les seules épreuves de santé qu'il rencontre se limitent à des calculs urinaires qui nécessitent l'intervention d'un chirurgien parisien..

En 1794, il est promu au grade de lieutenant. Il est libéré de toute obligation le par et quitte l'armée d'Italie en tant qu'officier surnuméraire.

Mariage (1798) et descendance Le , il épouse à Saint-Chamond une parente par alliance, Marie Chambovet, dont il aura quatre enfants.

Il complète son patronyme en y ajoutant celui de son épouse, devenant dans l'usage courant « Richard-Chambovet ».

Industriel soyeux Il reprend l'activité de moulinier en 1796, puis devient passementier avant de se réorienter vers la production des lacets.

En 1817, exerçant toujours dans le domaine de la soie, il apparaît comme un industriel établi. La Chambre consultative des arts et manufactures de Saint-Étienne, de six membres, l'élit au titre de moulinier.

Dissoute en 1792, la Société d'agriculture, arts et commerce de Saint-Étienne est recréée en 1820.. Son premier Bulletin (1823) indique que Richard-Chambovet en est membre.. En 1824, cette Société publie une partie de la notice où il décrit ses débuts. Le commentaire est élogieux, tandis que sous son impulsion, Saint-Chamond devient la capitale des lacets.

En 1827, Richard-Chambovet fait construire un hôtel particulier, attestation de sa réussite, dont le jardin atteint la limite de la ville.. En 1829, probablement en raison de sa notabilité, il est le « parrain temporel » de la nouvelle maison des Ursulines à Saint-Chamond.. En 1833, il figure toujours au tableau de la Société comme membre titulaire..

Activités politiques et honneurs Les mandats électoraux s'ajoutent à son activité de manufacturier, et il fait notamment partie du conseil municipal de Saint-Chamond en 1808. En 1814-1815, ce conseil municipal se déclare favorable à la Restauration. Richard-Chambovet a pour idéal politique une paix sociale reposant sur un équilibre entre la monarchie de droit divin, l'Église et la prospérité commerciale..

De 1829 à 1831, il est maire d'Izieux.

Des distinctions honorent son œuvre. En 1814, il reçoit la décoration du Lys. Le , il est fait chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur.. En 1839, les industriels français décernent à son entreprise, à l'occasion de l'exposition des produits de l'industrie française de Paris, une médaille d'argent. Celle-ci récompense non pas simplement les produits exposés mais l'ensemble de l'œuvre accomplie. Il est ainsi conclu :

Dernières années, mort et funérailles (1839-1851) En 1839, Richard-Chambovet abandonne son entreprise à ses trois fils, qui adoptent pour raison sociale « Richard Frères »..

Sa mort est déclarée le par son fils aîné qui envisage le faire inhumer à Lyon..

L'aîné se retire au château de Montchat avant même le décès de son père. Le , son dernier fils se retire au château du Montellier dans l'Ain. Ainsi, à terme, seul le deuxième fils, Ennemond Richard, reste à la tête de son entreprise.

Carrière dans l'industrie de la soie Moulinier À son retour de l'armée d'Italie en 1796, il trouve une place de moulinier à Saint-Chamond, chez un dénommé Coron.

Passementier vignette|redresse|alt=Costume en soie et velours sur un manequin.|Costume en soie et velours avec passementerie et padous. Vers 1800.

En , il s'installe comme fabricant de passementerie et plus précisément de padous. Ces padous bordent les vêtements : jupes, jupons, robes, soutanes Ils sont aussi utilisés pour attacher les cheveux des hommes en catogan, ainsi que pour lacer les chaussures. Pour obtenir une production optimale, Richard, comme d'autres, achète un certain nombre de métiers « à la zurichoise », susceptibles d'en tisser douze à vingt-quatre à la fois selon la largeur voulue : il installe ces machines à Saint-Chamond. Puis il fabrique aussi des soies à coudre.

En 1799, l'armée d'Italie commence la campagne d'Italie, face à la Deuxième Coalition, par des revers qui font perdre à un État français déjà exsangue les quelques conquêtes territoriales qui le soutiennent difficilement.. Dans le marasme économique du Directoire, Richard-Chambovet est une première fois ruiné.

Mais il reprend ses activités lorsque le coup d'État du permet une reprise économique. Mais il est confronté tout d'abord à l’industrie lyonnaise, qui par protectionnisme défend aux teinturiers et aux chevilleurs de travailler pour les fabricants de soies à coudre de Saint-Chamond, et ensuite à la mode, qui adopte définitivement les cheveux courts et abandonne la culotte au profit du pantalon, rendant inutile les padous. En 1804, pour la seconde fois il est ruiné.

Fabricant de lacets Conservatoire des arts et métiers Dans ce contexte, Richard-Chambovet semble pris de découragement. Comme l'indique Thiollier dans sa notice biographique de 1894 :

Il cherche alors s’il existe un moyen d'augmenter la production des ganses de fleurets des métiers à tisser basses lisses de Saint-Martin-en-Coailleux. L'idée est de faire avec ces métiers des lacets plats, comme ceux que l’on importe d’Allemagne. Mais il y renonce et songe à se rendre dans ce pays. En effet, il se rappelle un article paru dans le Journal des débats qui décrit l'industrie des lacets du duché de Berg. Il y est écrit qu'.

Depuis , le Conservatoire des arts et métiers ouvre ses portes au public. Il est possible de se faire expliquer par des démonstrateurs le fonctionnement des nombreuses machines qui y sont exposées. En , Richard-Chambovet se rend à Paris et demande à Joseph de Montgolfier, natif de Vidalon-lès-Annonay et démonstrateur, s'il existe des métiers à lacets déposés au Conservatoire. Celui-ci le fait conduire par son fils dans une salle. Parmi les métiers présentés, il en relève un en bois à treize fuseaux dont une des caractéristiques est l'arrêt dès qu'un fil casse. : il s’agit très vraisemblablement de celui de Jean-Éléonor Perrault. À son interrogation, Joseph de Montgolfier indique que, pour Paris, il en a été construit trois exemplaires en planches de sapin pour occuper les enfants d’un organisme de charité. N'ayant jamais permis de dégager de bénéfice, ils ont été cédés à un revendeur à qui il faut s’adresser pour en faire l’acquisition. Richard-Chambovet retrouve ce brocanteur, lui achète ses trois exemplaires pour (soit dix francs le fuseau) et fait l’acquisition d’un manège à bras. Le transport à Saint-Chamond et l'installation lui coûtent . Plus tard, il rappelle ces seuls pour le lancement de cette fabrique de lacets à Saint-Chamond.

Amélioration du métier de Perrault vignette|redresse|alt=Photo en couleur d'un métier à tisser les lacets.|Fabrication d’un lacet par un métier de type Perrault en 2002. Richard-Chambovet étudie et améliore le mécanisme du métier Perrault, qu'il installe dans le moulinage de Terrasson (situé dans l'actuelle rue du Béal à Saint-Chamond).

Il commande la fabrication d’autres métiers. Un constructeur de Paris, James Collier, dont les prix sont trop élevés, est écarté au profit de Jean-Éléonor Perrault. Avant que l'affaire ferme, cette famille est avant lui fabricante de lacets installée à Lisieux (Calvados), indique Richard-Chambovet. Ces commandes sont donc probablement honorées par l'inventeur du modèle de base.

À Saint-Chamond, ; en 1808, sept autres métiers sont adjoints aux premiers, puis dix de plus en 1809. Il acquiert la fabrique Granjon (place Saint-Jean à Saint-Chamond) pour y mettre trente-neuf nouveaux métiers en 1810, puis vingt-cinq autres en 1811. Ces métiers lui coûtent en tout vingt et un mille francs.

Ceci va créer des émules et, en 1813, s’élève la première maison concurrente : celle de et . Puis , employé de Richard-Chambovet, monte une seconde fabrique et , teneur de livres chez , en crée une troisième. Selon un inventaire de Philippe Hedde, en 1812, il y a cent-dix métiers à Saint-Chamond dont quatre-vingt-deux appartiennent au seul Richard-Chambovet.

Machine à vapeur En 1813, pour se développer, Richard-Chambovet acquiert à la Vignette, moyennant vingt-mille francs, les jardins de l’ancienne teinturerie Dutreyve qui comprennent une chute d'eau. Il y installe soixante-dix nouveaux métiers mais le débit inconstant de l’eau limite son expansion.