vignette|alt=« Boule de Nancy » du XIXe siècle. Les boules d'acier vulnéraires, aussi dites Globuli martiales ou « boule vulnéraire d'acier », boules de Nancy, « véritable boule vulnéraire de Mars », ou encore « boule d'acier tartarisé » étaient un médicament généralement préparé avec du tartrate de potasse (cité comme tartre dans les recettes) et du tartrate de fer.

Son nom vient de sa teneur en fer et de sa forme en boule de couleur généralement noire. Cette boule était munie d'une petite boucle (ruban ou cordelette) pour permettre sa suspension verticale. Il existait différentes manières de l'ingérer, mais la plus fréquente était sa dissolution partielle dans de l'eau, ou de l'eau-de-vie. On obtenait alors de « l'eau de boule ».

On les appelle fréquemment boules de Nancy, car elles étaient majoritairement fabriquées dans cette ville, du fait de la qualité du fer lorrain, et d'une tradition locale importante.

Indications médicales Les usages de l'eau extraite de ces « boules d'acier » sont variés : les notices de l'époque évoquent

Cette boule était aussi utilisée en médecine vétérinaire.

Utilisation Pour les blessures, vignette|Boules d'acier au Droguier de l'université Lyon 1. Pour les « maladies intérieures » comme

Histoire et différentes recettes Les premières boules d'acier semblent avoir été fabriquées à Nancy selon une recette secrète ou peu diffusées, notamment par Claude-Charles Guoery, Concierge de l'Hôtel-de-Ville de Nancy. Ce remède est évoqué en 1725 dans la Pharmacopée de StrasbourgDulssecker JR (1725) Pharmacopoeia Argentoratensis, Strasbourg, voir p. 236. et peu après (1732) dans celle de ParisBaron HT (1732), Codex medicamentarius seu Pharmacopea Parisiensis, Paris, G. Cavelier, p. 235.. Selon le cours de chimie de l’abbé Lenglet Du Fresnoy (réédition de 1751N Lenglet Du Fresnoy, pseudo Dumonstier, Cours de Chymie... par Nicolas Lefèvre, J-N. Leloup, 1751, t. 4, p. 445-450., document peu sûr car cet abbé semble avoir recopié des textes désuets vieux d'un siècle et a été emprisonné), la boule de Mars était produite par séchage d'une substance obtenue par digestion de limaille d'acier et de tartre dans une infusion de plantes vulnéraires de Suisse dans l'eau-de-vie ; Lenglet Dudresnoy disait tenir cette composition d'un « chymiste » du duc Léopold de Lorraine qui la lui aurait donné en 1712. Une recette plus crédible est donnée par le pharmacien François Mandel (du Collège de Médecine, des maîtres chirurgiens et des maîtres apothicaires de Nancy). Selon lui, la limaille et le tartre devaient être digérés deux fois avec de l'eau et la troisième fois avec l'alcool aromatique obtenu en distillant une infusion alcoolique d'espèces vulnérairesMandel () Codex medicamentarius seu Pharmacopoea Nanceiana, Nancy, R. Vigneulle, s.d., p. 220-223 (acier tartarisé), 162 (plantes vulnéraires), 166 (alcool aromatique).Mandel F Observations sur les boules de mars In Bull. Pharmacie, 1812, 4, , p. 526.Martin J (1995) Les formules des boules d'acier vulnéraires. Revue d'histoire de la pharmacie, 83(305), 196-200..

Bien plus tard (en 1828), Guibourt publie une recette plus préciseGuibourt (1828) Boules de Mars, d'après le procédé de Nancy. In /. Chimie médicale, 4, 83-86. : selon lui la limaille doit d'abord être traitée par une décoction d'espèces vulnéraires (une vingtaine de plantes) ce qui donne un liquide qui doit être évaporé. Puis réduit en poudre et additionné de tartre, le mélange est une nouvelle fois digéré par une nouvelle décoction de plantes, durant un mois. Le produit est à nouveau séché et pulvérisé, et on va de nouveau ajouter du tartre puis retraiter le tout par une troisième décoction afin de former une pâte (par évaporation à chaud) qu'on comprime dans les mains et dans des moules en forme de boule ou d’œuf avant de les fait sécher. La matière est noire et dure et évoque une boule de fer. Elle est au généralement marquée d'une croix de lorraine et garnie d'une boucle ou d'un ruban qui en facilitera la manipulation et le séchage entre deux emplois.

La boule de Molsheim C'est un médicament apparemment proche dont la formule n'a jamais été publiée dans une pharmacopée officielle, mais qui selon un article du pharmacien Rol de Mirecourt (dans le bulletin de Pharmacie de 1811) utilise de la pâte de boule de Nancy à laquelle on ajoute (pour 2 livres de pâte) 3 onces de mastic, autant d'oliban et une once de myrrheBoudet JP (1811) Procédé pour faire les boules de mars dites de Nanci. In Bull. Pharmacie, 3, , p. 364-367 (cite aussi la formule de Rol de Mirecourt)..

La boule minérale de la Chartreuse de Molsheim La recette de la boule de Molsheim sera transmise – à partir de 1826 à la Grande Chartreuse et delà à partir de 1903 à Villard, pharmacien de Grenoble qui en produira jusqu'en 1920. Selon leur notice contenait outre du fer des gommes précieuses.

Disparition La boule de Mars sera intégrée dans la Pharmacopée française du jusqu'en 1972, avant de tomber en désuétude face à de nouveaux complexants du fer plus efficaces que le tartrate (citrate et gluconate notamment)

Collections Des exemplaires de boules de Nancy sont conservés dans les collections du Musée lorrain à Nancy, du musée de la Faculté de médecine de Nancy, du musée de l'histoire du Fer à Jarville, au Musée dauphinois à Grenoble, au musée de la Faculté de Pharmacie de l'université Montpellier 1 à Montpellier, à l'Ordre des pharmaciens à Paris, à l'apothicairerie de l'hôpital de Bazas et dans différentes collections particulières et pharmacies.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Plante vulnéraire Cicatrisation élixir Eau vulnéraire Vulnéraire (plante) Phytothérapie Boules de Nancy

Bibliographie

Mandel (1805), Instruction sur les vertus de la boule d'acier de Nancy du Sr Mandel, les cures opérées par ce spécifique, et les moyens de s'en servir, publiée par lui-même ; s.l. (Nancy), 77 p. (Bibliothèque municipale de Nancy, cote Favier 8644). Mandel D (1805) Instruction sur les vertus de la boule d'acier de Nancy, ou sieur Mandel,… publ. par lui-même ; s.l. (Nancy) ; Bibliothèque Municipale de Nancy, cote 802137). Martin J (1995) « Les formules des boules d'acier vulnéraires », Revue d'histoire de la pharmacie, XLII, , trim., , . Martin J (1995), Les boules d’acier vulnéraires, boules de Nancy, boules de Molsheim et les Boules minérales des Chartreux ; Nancy, 330 p. (Bibliothèque municipale de Nancy, cote 52 297) ; ouvrage couronné par l'Académie nationale de Metz (Sciences). Martin J (2007) Les boules d’acier vulnéraires, boules de Nancy, boules de Molsheim et les Boules minérales des Chartreux, publication revue, corrigée et augmentée ; Nancy, 297 p. (Bibliothèque municipale de Nancy, cote 52 297 A). Cet ouvrage, véritable somme, est le seul de référence sur le sujet. Keller-Didier C (2008) « Les Boules d'acier vulnéraires, dites Boules de Nancy », Botanique lorraine, revue éditée par l'Association des amis des conservatoire et jardins botaniques de Nancy, , , . .

Liens externes http://www.ordre.pharmacien.fr/fr/jaune/index3_synthese1.asp?id=278&lib=histoire%20et%20art%20pharmaceutique http://www.ordre.pharmacien.fr/fr/jaune/index3_synthese1.asp?id=168&lib=histoire%20et%20art%20pharmaceutique

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