vignette|Le Jardin anglais de Vesoul (labellisé Jardin remarquable), dans la Haute-Saône. vignette|Le jardin public se distingue du parc par le caractère construit de son paysage et de sa végétation. L'utilisation d'espèces végétales remarquables étrangères au lieu, parfois même exotiques, est une de ses caractéristiques. Le jardin Massey de Tarbes aligne des Palmiers de Chine (Trachycarpus fortunei).
Un jardin public ou parc paysager est un terrain en libre accès, paysagé et planté, formé de bois ou de prairies, comprenant parfois des pièces d'eau, dans lequel ont été tracés des allées et des chemins destinés à la promenade ou à l’agrément du public. Il est parfois enclos.
Historique Les origines Jusqu'au , les jardins, utilitaires ou d'agrément, restent l'apanage des classes aisées. Seuls certains privilégiés, abbayes et aristocrates, en possèdent. Ces jardins privés ne seront ouverts qu'avec parcimonie à un public restreint.
Faute de pouvoir y accéder, la population se promène aux abords des remparts et se rassemble aux portes des villes, dans les espaces dégagés de prairies ou de plaines.
La Renaissance est marquée par la création de riches jardins, la plupart privés, à l'exception des jardins botaniques, tournés vers l'alimentation et l'utilisation médicale. Ils jouent en effet un rôle pédagogique : d'abord réservés à l'enseignement, ils s'ouvrent à des publics plus larges. C'est en Italie que naissent les premiers de ces jardins à Pise (1544) et à Padoue (1545—1546). Ils sont suivis par ceux de Breslau (actuellement Wrocław en Pologne), de Leyde et de Montpellier.
Au , la ville s'ouvre. La monarchie absolue est à son zénith. L'architecture et l'agencement des parcs sont le reflet d'un désir d'ostentation royaleLes premiers jardins ouverts à tous apparaissent, tels ceux du château de Versailles ou des Champs-Élysées.Historique des jardins de Paris..
Les jardins historiques ouverts au public Alameda de Hércules de Séville (1574) Promenade de San Pablo de Écija à Séville (1578) (disparu) Alameda Central, Mexico D.F. (1592) Forest Moorfields, Londres (1605) (disparu) Alameda de los Descalzos, Lima (1611) Champs-Élysées, Paris (1640) Unter den Linden, Berlin (1647) ; à l'origine un parc royal privé urbain Promenade Cours Mirabeau, Aix-en-Provence (1649-1658) Promenade de Chamars, Besançon (1653) Promenade au sud du Mur d'Aurélien, Rome (jusqu'en 1658, disparue Parc de la Colombiere, Dijon (1672) Parc de la Hotoie, Amiens (1678) Place des Vosges, Paris (1682) Kongens Nytorv, Copenhague (1690) Panzini, Franco, (1993)
Ces jardins ne possédaient cependant pas le statut de jardins publics de l'époque contemporaine et satisfaisaient avant tout le désir de la monarchie ou de l'aristocratie d'exprimer leur emprise sur la villeLaurent Turcot, Le promeneur à Paris au . Paris, Gallimard, 2007, ..
Au siècle des Lumières, d'un bout à l'autre de l'Europe, les jardins font l'objet d'un fort engouement mais c'est en Angleterre que nait un nouveau style : le jardin paysager (landscape gardening). Pour autant, l'accès du public aux parcs de la noblesse est restreint à quelques allées : ..
En France, ce n'est qu'en 1789 que le bouleversement de la Révolution entrouvre les portes des hôtels et demeures urbaines de l’aristocratie et du clergé.
Derrière les murs, le peuple ébahi découvre la nature ordonnée des jardins à la française ou l’exubérance pittoresque des jardins à l’anglaise. Devenus biens nationaux, conservés en tout ou partie, ces vastes jardins privés sont mis à la disposition du public.
Le jardin public, dans son acception moderne, est né : .
Hyde Park, Londres (1728). Source: Real jardin privé dans les jardins de Kensington. Promenade Recoletos | Salón del Prado, Madrid (1763) Jardin de Floridablanca, Murcia (1786) Campo Grande, Valladolid (1787)
Le et les premiers jardins publics vignette|La ville du s'inscrit dans la perspective de ses jardins publics. Jardin du Luxembourg à Paris. La notion de jardin public est exposée pour la première fois en 1830 en Angleterre par John Claudius Loudon qui préconise la multiplication de parcs municipaux ouverts à tous comme instruments de réforme sociale. Elle est contemporaine du mouvement d'urbanisme hygiéniste et social qui s'inscrit dans le contexte de la révolution industrielle.
L'Allemagne s'empare activement de ces préoccupations et la création de jardins spécifiques est confiée à Peter Joseph Lenné qui met notamment à disposition du public l'intégralité des du parc de Magdebourg (1824).
En France, engluée dans les troubles post révolutionnaires, entraînée par l’Empire dans des guerres de conquêtes, la société du début du fait peu de cas des jardins. Napoléon confie à l’armée le vaste parc de Vincennes. Celle-ci le défriche, y construit champs de tir et casernements.
Il faut attendre la fin du règne napoléonien pour que le jardin public prenne peu à peu sa place dans le nouvel écheveau des relations sociales.
L’époque de l’industrialisation fait émerger une bourgeoisie fortunée, avide de divertissements et de sorties. Pour exhiber sa réussite, la ville du Second Empire va lui offrir deux nouveaux lieux de sociabilité : les boulevards et les jardins publics.
Le préfet Rambuteau, à la veille de la grande mutation de Paris au Second Empire, crée, avec le jardin de l'archevêché, le premier jardin "public". Il y intègre des bancs qui ajoutent au lieu de promenade des étapes de repos. Cette innovation légalise l'appropriation par les Parisiens de leurs espaces verts Historique des jardins de Paris.
Le jardin haussmannien vignette|droite|240px|Jardin public à Tours. confie à Haussmann le soin d’aménager le bois de Vincennes pour créer à l’est le pendant du bois de Boulogne. Sous ses ordres, Alphand transforme les terrains militaires en un vaste parc à l’anglaise et creuse le lac de Gravelle, alimenté par les eaux de la Marne, pour irriguer tous les autres lacs.
Le modèle créé par Alphand va rapidement devenir la référence du Jardin Public et se répandre à travers tout le pays et jusque dans ses colonies. Cette réinterprétation du jardin à l’anglaise répond en effet en tous points aux attentes de la société française de la fin du .
Voir et être vu dans de larges allées bordées de bancs, ombragées de platanes ou de marronniers. On y accède parfois en attelage. Se divertir, avec les casinos ou kiosques à musique dans lesquels sont donnés des concerts de plein air en journée ou en soirée. Explorer et découvrir une nature sauvage reconstituée avec ses grottes, ponts, lacs, ravins et points de vue pittoresques. Se rencontrer dans les restaurants ou buvettes ou le long des sentiers détournés. vignette|gauche|240px|Pont romantique avec rambarde en fer-ciment, jardin public de Cognac.
Le jardin public devient ainsi une clef de l’aménagement de la ville. Les perspectives des boulevards s’y croisent, les lieux les plus en vue le bordent et les immeubles bourgeois s’installent sur son pourtour.
Sa construction devient le moyen de structurer un quartier. Dans le parc des Buttes-Chaumont, le jardin, au prix de travaux titanesques, prend la place des anciennes carrières.
La ville du peut donc se lire comme un maillage de jardins publicsParis compte aujourd'hui quatre cents parcs, jardins, squares et promenades et six cent mille arbres., de formes et de dimensions variées selon les sites. Ils sont reliés entre eux par des avenues plantées, et relayés par des squares. Les squaresde l'anglais square : carré. Haussmann en construira 46 dans Paris., jardins miniatures enclos et paysagés, occupent une case dans la trame des immeubles. Ces squares de quartier, gagnés sur d'anciennes surfaces construites, sont bordés de rues et de constructions.
Les jardins publics contemporains La loi du organise la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique et les assimile aux monuments historiques. Entrés pour certains dans la catégorie reine des monuments historiques, les jardins remarquables ont été recensés par une mission de pré-inventaire en 1982. Une fois terminé, l’inventaire a relevé 9000 jardins, dont beaucoup privés, qui méritaient des mesures de protection et de restauration.
240px|vignette|Luisenpark à Mannheim (Allemagne).
Au-delà de cette démarche de conservation, la création de Jardins Publics contemporains s’est accélérée durant les deux dernières décennies.
Leur aménagement reflète le rapport fluctuant du citadin et de la nature : En 1969, le parc floral de Paris s'inspire du Japon pour intégrer ses constructions. En 1982, l'architecte Bernard Tschumi artificialise le parc de La Villette en une symphonie d'inox luisant et de tôle rouge émaillée. En 1992, le parc André-Citroën enclot ses jardins à thèmes dans une vaste prairie de graminées.
Aménagements du jardin public Les structures du jardin public La composition d’un jardin public fait intervenir quatre structures distinctes : Les allées promenades : ces larges voies sont bordées d’alignements d’arbres et de bancs. Le réseau hydraulique : il est formé d’un ou plusieurs lacs reliés par des ruisseaux artificiels. Les sentiers pittoresques : ils ont été dessinés pour faire découvrir les points de vue remarquables du jardin. Ils sont ponctués de ponts, grottes, belvédères. Les lieux de rencontre : restaurants, kiosques à musique, salles de spectacle ou de jeu mais aussi roseraies ou parterres fleuris.
En fonction des contraintes et des possibilités offertes par le site choisi, chaque jardin met en valeur différemment chacune de ces quatre structures, créant une palette diversifiée de jardins publics.
Architecture et mobilier des jardins publics vignette|180px|Dans la deuxième moitié du , le mobilier urbain a fait son apparition dans les jardins publics en lieu et place du mobilier du jardin. Il fait crûment apparaître la distance qui le sépare du modèle naturel.Conçus comme des lieux urbains à part entière, les jardins publics ont bénéficié des mêmes attentions que les bâtiments officiels. Une architecture et un mobilier spécifiques sont donc apparus dans ces espaces à mi-chemin entre la ville et la nature. Les buvettes et restaurants sont en forme de chalets ou de pavillons de bois découpé. Les ferronneries de fonte moulée, inspirées du végétal, forment les grilles, rambardes, bancs et lampadaires. Le fer-ciment, utilisé pour les parapets, les escaliers ou les grottes, simule rochers et branchages entrelacés, réalisés par des rocailleurs.
La diffusion de ces modèles en dehors du jardin public a considérablement aidé à la cohérence du tissu urbain du . Les fontaines, les colonnes d'informationLes colonnes Morris., les kiosques, les entrées de métroHector Guimard crée en 1901 la première entrée de métro en style Art nouveau. Il en reste encore une soixantaine dans Paris. adoptent le style végétal et la couleur verte caractéristiques.
Les communes périphériques du bois de Vincennes comportent toutes la même typologie de grille qui signalait à distance la présence du jardin public. Cette grille est utilisée dans Paris jusqu'aux barrières d'octroi.
Un lieu de rencontre Le jardin public procure au visiteur l’agrément d’un lieu en retrait de la norme urbaine. Les codes de la ville sont abandonnés à l’entrée et la liberté des tenues ou des attitudes favorise les rencontres.
On retrouve des étudiants révisant leur cours, des retraités se promenant, de jeunes parents et leur enfant. Lycéens, étudiants, travailleurs en pause s'y restaurent le midi. Des musiciens ou des acteurs de théâtre profitent de cet espace pour répéterÀ Hyde Park, le visiteur peut déclamer librement toute sorte de discours ou bien venir écouter les orateurs juchés sur de petites estrades..
Le jardin public est, dans la ville, un lieu incontournable de socialisation.
Les nouveaux modes d’entretien