vignette|droite|upright=1.3|Palais du parlement hellénique devant la place Syntagma à Athènes.
La crise de la dette publique grecque est une crise financière qui a débuté en Grèce en 2008 sous l'effet combiné de la découverte d'un déficit public particulièrement élevé et de la tension sur les marchés financiers dans le cadre de la crise financière mondiale de 2007-2008. Cette crise a menacé de s'étendre à l'Union européenne (crise de la dette dans la zone euro) et de faire s'effondrer le système bancaire grec.
Cette crise a conduit à ce que les gouvernements grecs successifs demandent de l'aide à la Commission européenne, la Banque centrale européenne et au Fonds monétaire international, en échange de la mise en œuvre de plans d'austérité d'une ampleur inédite dans les pays développés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et visant à rétablir les capacités de financement publiques de l’État grec. Entre 2010 et 2014, la Grèce a subi une consolidation budgétaire égale à 20 % du PIB, avec une baisse des dépenses à hauteur de 12 % du PIB, et une hausse des recettes à hauteur de 8 %.
La crise de la dette publique grecque trouve son origine dans l'état fortement dégradé des finances publiques du pays au début des années 2000. La Grèce a intégré la zone euro en 2001 malgré des conditions macroéconomiques inadéquates. Le maquillage de son déficit public par la Grèce durant ces années, avec l'aide de la banque d'investissement Goldman Sachs., a accentué la tension sur les marchés obligataires européens lorsque l'ampleur du déficit public grec a été révélé durant la crise économique mondiale de 2008.. L'ampleur des problèmes structurels du pays, sa difficulté à prélever l'impôt, son budget militaire surdimensionné et sa dépendance aux fonds structurels européens sont des composantes fortes de la crise grecque dans la zone euro.
La crise a connu trois pics de tensions, chronologiquement : Le premier pic survient en 2010 alors que l'Irlande, le Portugal et l'Espagne sont aussi très en difficultés. Pour éviter que la crise n'atteigne le Portugal et l'Espagne, les pays de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) décident d'aider la Grèce. Un accord du prévoit des prêts conditionnés à un ajustement structurel par le gouvernement grec. Entre 2010 et 2014, 260 milliards d'euros ont été prêtés au pays ; Le deuxième survient début , quand la Grèce fait à nouveau appel aux pays européens et au FMI, suscitant notamment des débats entre le gouvernement français, prêt à aider à nouveau la Grèce, et le gouvernement allemand, qui veut que les banques et les financiers qui ont prêté sans réellement prendre en compte la situation du pays soient également mis à contribution. Parallèlement, le gouvernement grec subit la pression de la rue et l'ONU avertit, dans un rapport du , que les politiques de réduction radicale des déficits publics menacent l'emploi, les dépenses sociales et rendent toute croissance économique très incertaine. La solution prônée pour la Grèce serait ainsi contre-productive.. Fin 2014, le pays dégage un excédent budgétaire primaire ; Une troisième période de négociations tendues survient début 2015, avec l'arrivée du SYRIZA au gouvernement, élu sur un programme très hostile aux réformes suggérées par les autorités européennes, d'autant plus que le plan de 2012 arrive à expiration. Après un semestre de négociations, les tensions entre la Grèce et les autres pays de la zone sont telles que la sortie de la Grèce de la zone euro, appelée dans les médias Grexit (), est envisagée. Le gouvernement d’Aléxis Tsípras organise un référendum le sur l’acceptation ou non du plan proposé par les créanciers, qui se conclut par un « non ». Néanmoins, un plan semblable est accepté dans les jours qui suivent après d’âpres négociations, puis approuvé par le Parlement grec.
S'il s’agit en première analyse d’une crise de nature économique liée à la soutenabilité de la dette publique d'un pays sans grandes ressources minières, agricoles et industrielles, l’étude de l’évènement montre qu’il s’agit aussi d’une crise politique, qui révèle d’une part les pratiques hétérodoxes des pays les moins favorisés de l’Union européenne face aux règles exigées par les États fondateurs aux économies les plus fortes, et d’autre part les difficultés de la construction européenne et du fonctionnement des institutions communes dans un contexte où la préservation des acquis prime souvent sur la solidarité entre membresL'Europe inégalitaire, recommandations pour une Europe plus sociale, rapport, Comité syndical européen pour l'Éducation (http://www.friendsofeurope.org/media/uploads/2015/02/Social-Report-2015-WEB.pdf lire en ligne] )..
Contexte de déclenchement (1981-printemps 2010)
Intégration européenne de la Grèce et croissance économique (1981-2001) La Grèce rejoint les Communautés européennes le . La décennie qui suit correspond à une période de croissance forte pour le pays, qui bénéficie des liens renforcés avec les autres Européens, d'investissements dans l'industrie, et des fonds structurels et d'investissement européens. Le traité de Maastricht prévoit, en 1992, la création de l'euro et de la zone euro ; seuls les pays remplissant des conditions (critères de convergence) peuvent y entrer. La Grèce ne remplit pas la critère, mais utilise des moyens de débudgétisation pour masquer le niveau élevé de ses déficits, notamment avec l'aide de banques comme Goldman Sachs. Elle obtient ainsi d'adopter l'euro.
Adhésion à l'euro, décollage économique et maquillage des comptes publics (2001-2007) En 2001, la Grèce adopte l'euro et connaît une période de forte croissance économique. Elle organise en 2004 les Jeux olympiques d'été à Athènes. Le PIB par tête double en l'espace de sept ans, passant de à en 2008World Bank Data, http://data.worldbank.org/country/greece. Les gouvernements au pouvoir, pendant ce temps, continuent de maquiller les comptes publics et sous-déclarent en permanence les déficits publics. Ces derniers demeurent à des niveaux élevés.
Crise financière mondiale et fragilisation de l'économie grecque (2008-2010) En 2007-2008, la crise financière mondiale se mue en une crise économique dans le monde entier. L'économie grecque ralentit, et son PIB stagne entre 2008 et 2010. Le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK, parti socialiste) arrive au pouvoir en .
Première phase critique (hiver 2009-printemps 2010)
Prémices de la crise et adoption des plans d'ajustement budgétaire (20 octobre 2009 à avril 2010) Le , le ministre des Finances, Giórgos Papakonstantínou, annonce que le déficit public est plus élevé que le gouvernement de droite qui l'avait précédé avait indiqué. Les taux d'intérêt augmentent sur les marchés obligataires grecs, du fait de la perte de confiance dans l'économie grecque. Au dernier trimestre, la dette publique grecque voit sa note, attribuée par les agences de notation financière, être baissée à plusieurs reprises.
La Grèce n'a toutefois pas perdu toute sa crédibilité ; aussi, en , lorsque le Trésor grec émet 8 Md€ de titres de dette publique grecque à maturité 5 ans, les banques internationales cherchent-elles à s'en procurer et la demande est quatre fois supérieure à l'offre. En , les 5 Md€ de titres de dette publique à 10 ans voient leur demande être trois fois supérieure à l'offre. Les taux demeurent toutefois plus élevés qu'en 2009.
Le , le Parlement grec adopte un premier plan d'ajustement budgétaire, afin de réduire le déficit public et mettre sous contrôle ses finances publiques. Ce plan doit permettre de réduire les dépenses publiques à hauteur de 800 M€. Il contient un gel de la rémunération des fonctionnaires, une baisse de 10 % des primes distribuées, des licenciements de fonctionnaires, et la réduction de la mobilité des fonctionnaires qui doivent voyager du fait de leurs fonctions.
Le premier plan étant considéré comme insuffisant pour faire face à l'ampleur du déficit, un deuxième plan d'ajustement budgétaire est adopté le , avec une baisse de la rémunération des fonctionnaires, un gel des pensions de retraite, une augmentation de la TVA (qui passe de 19 % à 21 %), ainsi que des accises sur l'essence, les cigarettes et l'alcool, et une hausse de la taxation sur les biens de luxe, comme les voitures importées. Ce nouveau plan doit permettre d'économiser 4,8 Md€.
Rectification des estimations de croissance et déclenchement de la crise (avril) Si la Grèce a bien mis en œuvre deux plans d'ajustement budgétaire, leur faible ampleur ne rassure par les investisseurs grecs et étrangers. Les taux d'intérêt demeurent élevés. Au début du mois de , l'agence de statistiques publiques grecque publie un communiqué dans lequel elle indique rectifier à la baisse ses estimations des taux de croissance de la Grèce depuis 2007 ; elle révèle que la Grèce a en réalité connu des périodes de récession intermittentes depuis 2007.
Les agences de notation financière réduisent la note de la dette grecque à la fin du mois d'avril et lui accordent la note la plus basse. Cette nouvelle provoque une tension sur les marchés financiers grecs, avec une baisse de la demande pour des actifs financiers grecs, tandis que l'offre ne baisse pas ; les taux d'intérêt explosent alors, y compris ceux sur les titres de dette publique.
Prise de contact avec le FMI, la BCE et la Commission européenne (23 avril au 2 mai) Le gouvernement grec se retrouve face à l'impossibilité de refinancer sa dette publique. Le pays doit rembourser 11,3 Md€ au titre de sa dette publique le ; or, à trois semaines de l'échéance, l’État ne dispose plus des fonds suffisants. Le , le Premier ministre grec prend la décision de s'adresser au Fonds monétaire international et à la Commission européenne pour leur demander de l'aide. Le FMI répond publiquement travailler dans l'urgence pour fournir les liquidités nécessaires à la Grèce. Des premières manifestations ont lieu à travers le pays pour protester contre les deux premiers plans d'austérité.
La Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne forment dans les jours qui suivent une commission tripartite, appelée la Troïka, afin de décider du montant du prêt et de ses caractéristiques, ainsi que de sa conditionnalité. Les institutions internationales ne fournissent en effet de prêts que si elles sont assurées que le pays redressera ses finances publiques de manière suffisante pour que les prêts soient ensuite remboursés, au risque de créer une nouvelle contagion. La Troïka est dirigée par Servaas Deroose (Commission). Des négociations ont lieu entre la Grèce et la Troïka. Le , l'écart de taux entre la dette grecque et la dette allemande, qui sert de référence dans la zone euro, est de plus de 1 000 points de base (10 points de pourcentage).
Signature du premier accord de renflouement (2 mai) vignette|George Papandreou et José Manuel Barroso.