Le palais de l'Aljaferia (en ; en , Qasr Aljafariya) est un palais fortifié construit durant la seconde moitié du , à l'époque d'Al-Muqtadir, à Saragosse, en tant que résidence des rois Banu Hud. Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco au titre de l’architecture mudéjare d'Aragon, il reflète la splendeur de la taïfa de Saragosse au moment de son apogée politique et culturelle.

Son importance réside en ce qu'il est l'unique témoignage conservé d'un grand édifice de l'architecture islamique en Espagne à l'époque des Taïfas. Avec la mosquée de Cordoue () et le chant du cygne de la culture islamique que fut l'Alhambra de Grenade (), nous devons inclure dans la triade de l'architecture hispano-musulmane l'Aljaferia de Saragosse comme parfait exemple de réalisation de l'art taïfa de la période intermédiaire des royaumes indépendants antérieurs à l'avènement des Almoravides.

Arabo-musulmane depuis 714, Alphonse le Batailleur conquit Saragosse en 1118. Le palais servit de résidence aux rois catholiques d'Aragon, dont l'Aljaferia devint le principal élément de diffusion de l'art mudéjar aragonais. Il devint la résidence royale de Pierre IV le Cérémonieux. Postérieurement, en 1492 fut menée la reconversion des appartements de l'étage principal en palais des rois catholiques.

En 1593, fut mise en chantier une autre reconversion qui en fit une forteresse militaire, dans un style Renaissance (que l'on peut observer dans l'environnement, les fossés et les jardins), et plus tard encore, une caserne. Le palais eut encore à subir d'autres transformations et déprédations, en particulier durant le siège de Saragosse de la guerre d'Indépendance, jusqu'à sa restauration dans la seconde moitié du . Le palais est actuellement le siège des Cortes d'Aragon.

À l'origine, la construction fut menée à l'extérieur de l'enceinte romaine, sur l'esplanade appelée La Almozara, où les Musulmans s'entraînaient à de grandes parades militaires. Avec l'expansion de la ville, le palais se trouva peu à peu inclus dans le tissu urbain. On a pu cependant aménager une étroite zone paysagée qui l'isole, entre autres, de l'autoroute voisine.

Historique L'Aljaferia fut la résidence des rois Banu Hud (en ), une dynastie arabe de la taïfa de Saragosse entre 1039 et 1110, puis celle des rois catholiques d'Aragon, avant d'être affectée aux services de l'Inquisition, puis transformé en caserne militaire.

Durant la Guerre civile espagnole, le palais de l'Aljaferia servit de prison : de nombreux républicains, socialistes, communistes y furent enfermés. Une fois la guerre civile terminée, le régime franquiste continua à l'utiliser comme prison.

Après une importante restauration menée durant la deuxième moitié du XXe siècle., l'Aljaferia abrite aujourd'hui le siège du parlement d'Aragon.

Description Ce palais, avec son décor de stucs peints, est le reflet de la splendeur atteinte par le royaume-taïfa de Saragosse.

Les aménagements et agrandissements continus, du , furent le principal foyer de rayonnement et d'inspiration de l'art mudéjar aragonais.

De structure quadrangulaire, l'enceinte est composée de grosses tours semi-circulaires, à l'exception de l'une d'entre elles, rectangulaire, nommée « tour du Trouvère » (Torreón del Trovador).

L'édifice a subi plusieurs agrandissements à la fin , sous la direction de l'architecte mudéjar Faraig de Gali. Sous le règne de Philippe II d'Espagne, le palais fut transformé en fort militaire moderne par le siennois Tiburzio Spannocchi.

La tour du Trouvère vignette|redresse|Tour du Trouvère. Le plus ancien édifice de l'Aljaferia est la Tour du Trouvère, nom qui lui est donné à la suite d'une œuvre dramatique d'Antonio García Gutiérrez, Le Trouvère, de 1836. Ce drame inspira Giuseppe Verdi, pour son opéra Il Trovatore, de 1853.

Il s'agit d'une tour défensive datant de la fin du (de la seconde moitié du , selon Bernabé Cabañero SubizaCfr. Bernabé Cabañero Subiza, “Descripción artística”, cap. «El palacio musulmán», en aut. cit. et alt., La Aljafería (vol. I), Zaragoza, Cortes de Aragón, 1998. pág. 84.). Sur la forme de base quadrangulaire s'élèvent cinq étages, édifiés durant la période où gouverna le premier Toujibide, , nommé par Muhammad , émir indépendant de Cordoue.

La tour conserve des vestiges de la base formée d'épais murs de pierres de taille d'albâtre sur laquelle s'élèvent des murs coffrés de béton simple composé de plâtre et de chaux, qui s'affinent en gagnant de la hauteur. Depuis l'extérieur, on ne devine pas la division interne en cinq étages : la tour se présente comme un immense prisme plein, seulement percé de quelques meurtrières. On entrait dans la tour par une petite porte située en hauteur, l'accès ne pouvait se faire qu'avec une échelle mobile. Sa fonction première était donc, grâce à ces indices, principalement militaire.

left|vignette|redresse|Premier étage. On appréciera les arcs en fer à cheval du .

Le premier étage conserve la structure de construction du , composé de deux nefs et six pièces séparées par deux piliers tracés en forme de croix, desquels naissent des arcs en plein-cintre outrepassé. Cette structure simple donne une vue équilibrée, rappelant les plafonds des mosquées califales. Sa fonction a certainement été militaire.

Le deuxième étage est tracé sur le même schéma spatial. On observe des vestiges de l'artisanat musulman du sur les briques, ce qui indique que cet étage a pu être reconstruit en même temps que le palais, à l'époque d'Al-Muqtadir de Saragosse. Au troisième étage, dont la structure remonte également au , avec les arcs en fer à cheval (plein-cintre outrepassé), on peut observer, peints sur le plafond, des motifs géométriques mudéjars, dans lesquels on peut lire les noms d'Énée, Amour et Vénus, et qui datent certainement du .

L'aspect des deux derniers étages est assez semblable. Leur construction de structure mudéjar est probablement due à l'édification du palais annexe de Pierre IV d'Aragon, relié à la tour par un couloir, ce qui lui donne une configuration de donjon. On trouve déjà la structure chrétienne dans les arcs de ces deux étages, ces arcs étant légèrement pointus et portant des plafonds plats en bois, non voûtés.

Sa fonction durant les fut celle de tour de garde et de bastion défensif. Une douve l'entourait. Elle fut intégrée par les Houdides à la structure du château-palais de la Aljafería, constituant une des tours de l'enceinte défensive de la façade nord de la forteresse. Lors de la Reconquista, elle était utilisée comme donjon puis, en 1486, l'Inquisition la transforma en prison. Cette tour-prison fut également utilisée durant les , ce dont témoignent les nombreux graffiti.

Le palais taïfa vignette|redresse|Portail d'accès au palais de l'Aljaferia.

La construction du palais — réalisée majoritairement entre 1065 et 1081Bernabé Cabañero Subiza, op. cit., p. 87. — fut ordonnée par Abú Ya'far Ahmad ibn Sulaymán al-Muqtadir Billah, connu sous son titre honorifique de Al-Muqtadir, (le puissant), second monarque de la dynastie des Houdides, comme symbole de pouvoir de la taïfa de Saraqusta, Sarragosse. Le roi décrit lui-même son palais comme « Qasr al-Surur » (Palais de la Joie) et la salle du trône qu'il présidait lors des réceptions, « Maylis al-Dahab » (Salon Doré), comme en témoignent les vers suivants composés par le monarque :

Ô Palais de la Joie!, ô Salon Doré! Grâce à vous, je suis au sommet de mes désirs.

Et même si mon royaume ne comportait d'autres choses, Vous êtes tout ce que je pourrais vouloir.

On trouve pour la première fois le nom de Aljafería dans un texte d' (entre 1085 et 1100) — qui transmet également le nom de l'architecte du palais taïfa, le slave Al-Halifa Zuhayr — et dans un autre de Ibn Idhari de 1109, dérivant du nom de Al-Muqtadir, Abu Ya'far, et de «Ya'far», «Al-Yafariyya», qui évolua en «Aliafaria» et de là, «Aljafería».

La disposition générale du palais adopte l'archétype des châteaux omeyyades du désert de Syrie et de Jordanie de la première moitié du , (comme celui de Qasr al-Hayr al-SharqiImage du de Syrie., Msatta, Khirbat al-Mafjar et celui de la première étape abbasside, le château de Ujaydir), de base carrée surplombée de tours semi-circulaires sur les pans. L'espace central tripartite offre trois espaces rectangulaires : l'espace central est formé par un patio avec des bassins. Aux extrêmes se trouvent les salons et les appartements de la vie quotidienne.

vignette|redresse|Ornementation florale en plâtre,

L'architecture de l'Aljafería rend hommage à ce modèle de château-palais : la zone noble est située sur le segment central de la base carrée, bien que l'alignement des côtés ne soit pas régulier. C'est le rectangle central qui accueille les appartements princiers, organisés autour d'un patio muni de bassins d'eau potable face aux portiques nord et sud d'où partent les salons royaux.

Aux extrêmes nord et sud se situent les portiques et appartements. Le secteur nord est le plus important : à l'originelle s'élevait un deuxième étage, dont la salle était plus profonde, précédée par une façade principale ouverte formée de colonnes et très richement décorée. Cette façade s'étendait en deux bras, sous forme de deux pavillons sur les flancs, et servait de portique pour les représentations théâtrales de la salle du trône (le salon doré des vers d'Al-Muqtadir), situé au fond. Cette structure permettait un jeu sur les différentes hauteurs et les volumes cubiques qui commençaient par les couloirs perpendiculaires des extrêmes ; le jeu s'amplifiait avec la présence du deuxième étage et la tour du Trouvère qui donnait du volume au fond pour un spectateur situé dans le patio. Tout cela se reflétait dans le bassin, mettant en valeur les zones princières et à l'extrême est, la façade nord d'une petite mosquée privée et son mihrab.

À l'intérieur du Salon Doré, au centre du mur nord, on voit un arc aveugle - c'est là que se tenait le roi - ornementé d'un motif géométrique traditionnel imitant les jalousies de la façade du mihrab de la Grande mosquée de Cordoue, édifice clé par son influence. Ainsi, depuis le patio, il apparaissait à moitié caché par les trames de colonnes, autant les colonnes principales, donnant accès au Salon Doré, que celles du portique contigu. Cette configuration donnait un aspect de jalousies, une illusion de profondeur, provoquant l'admiration du visiteur et conférant du prestige à la figure du monarque.

vignette|left|Reconstruction de la polychromie d'un panneau de décoration géométrique en plâtre.

Pour se faire une idée de l'aspect du palais à la fin du , il faut imaginer que tous les reliefs de motifs végétaux, géométriques et épigraphiques étaient peints en plusieurs couleurs où dominaient le rouge et le bleu pour les fonds, le doré pour les reliefs. Avec les plinthes en albâtre et leur décoration épigraphique ainsi que les sols en marbre blanc, l'ensemble donnait une impression de grande richesse et majesté.

Les divers avatars frappant l'Aljafería ont fait disparaître de cette disposition du une grande partie des stucs qui composaient la décoration et, avec la construction du Palais des Rois Catholiques en 1492, le deuxième étage complet, ce qui élimina le couronnement des arcs taïfa. Dans la restauration actuelle, la couleur des ornements en plâtre est plus foncée que l'originale, les finitions de la décoration des arcs sont blanches et lisses ; cependant, la structure reste intacte.

La décoration des murs du Salon Doré a majoritairement disparu, cependant des restes des ornementations sont conservés au musée de Saragosse ainsi qu'au musée archéologique national de Madrid. Francisco Íñiguez commença la restauration, replaçant les décorations existantes dans leur lieu d'origine et reprenant des moulages complets des arcs du portique sud.

Tels étaient les fonctions et l'aspect du palais des Houdides au . Il convient maintenant de détailler les parties les plus importantes de l'édifice tel qu'il se présente actuellement.