Marcus Aurelius Severus Antoninus Augustus, nom de règne de Lucius Septimius Bassianus, dit Caracalla, né le à Lugdunum (Lyon) en Gaule et mort assassiné le près de Carrhae (actuelle Harran) en Syrie, est un empereur romain de la dynastie des Sévères qui règne de 211 jusqu'à sa mort.
Succédant à son père Septime Sévère, il règne dès lors dans la violence. Il commence par faire assassiner Geta, son jeune frère et cohéritier. Il exerce une répression sanglante contre les habitants d'Alexandrie et est aussi connu pour les massacres qu'il ordonne, tant à Rome qu'ailleurs dans l'empire.
Sur le plan intérieur, Caracalla se fait connaître plus favorablement par la construction des thermes qui portent son nom, parmi les plus grands de Rome, par l'introduction d'une nouvelle monnaie romaine, l'antoninien, et par l'édit qui donne le droit de cité à tous les hommes libres de l'empire.
Admirateur d'Alexandre le Grand et apprécié des soldats, dont il augmente la solde, il mène campagne contre les Germains et contre les Parthes. Il meurt assassiné lors d'un attentat organisé par son préfet du prétoire, Macrin, au moment où ils préparent une campagne contre les Parthes. Macrin prend sa succession le 11 avril, mais ne la conserve qu'un peu plus d'un an, vaincu par un Sévère, qui reprend le nom d'empereur de Caracalla, Marcus Aurelius Antoninus (dit Héliogabale).
Les sources anciennes dépeignent Caracalla à travers l'image tenace d'un despote et d'un chef cruel. Les œuvres modernes continuent de dépeindre Caracalla comme l'un des dirigeants les plus brutaux de l'Empire romain.
Origines familiales et noms Caracalla nait le à Lyon (Lugdunum),. A cette date, son père y est légat de la province de LyonnaiseLyon, ville fondée en -43, a d'abord été le chef-lieu de la province de Gaule (conquise par César), puis le chef-lieu de la province de Lyonnaise, mais elle est aussi le siège du sanctuaire fédéral des Trois Gaules., l'une des trois provinces créées par Auguste dans la Gaule conquise par César.
Les origines de son père Septime Sévère (146-211) sont controversées : pour certains chercheurs, les Septimii sont une famille carthaginoise romanisée ayant obtenu le droit de cité de longue date ; pour d'autres, il s'agit d'une gens romaine qui a émigré en Afrique après la destruction de Carthage en 146.
Sa mère, Julia Domna (160-217), est issue d'une dynastie de rois-prêtres qui règne sur Émèse (actuelle Homs) depuis 64 (jusqu'en 254), dont plusieurs femmes se sont déjà liées aux classes dirigeantes de l'Empire romain. Elle a des ascendances syriaques (syrienne et palmyrénienne). Julia Domna est de la dynastie des SévèresVoir .
Le nouveau-né reçoit le prénom de Lucius, le nom de gens de son père (Septimius) et le cognomen de son grand-père maternelLes Bassianus ont pour nom de gens Iulius, qui vient de César (Caius Iulius Caesar). Cela signifie qu'ils sont devenus citoyens romains par décision d'un empereur julio-claudien. Le nom de sa mère correspond au nom de gens au féminin, suivi d'un surnom (facultatif). Les femmes romaines n'ont pas de prénom au sens strict., Bassianus.
Il a un frère cadet, né en 189 à Rome ou à Milan, qui est nommé Publius Septimius Geta, comme leur grand-père paternel (110-171) et comme leur oncle (?-204), frère aîné de Septime Sévère.
Le sobriquet «Caracalla» lui est attribué beaucoup plus tard par ses soldats. Le caracallus, type de manteau gaulois à capuche et manches longues, est en effet un vêtement dont il aime se revêtir.
En avril 193, à la suite de la mort par assassinat de Commode le 31 décembre 192, Septime Sévère devient empereur après les courts règnes de Pertinax et de Didius Julianus.
Le 27 mai 196, Septime Sévère donne à son fils Lucius le titre de César. Ce dernier prend alors le nom de Marcus Aurelius Antoninus, afin de marquer une continuité avec la dynastie des Antonins, qui a régné de 96 à 192.
La conquête du pouvoir vignette|upright=0.8|Caracalla enfant (musée Saint-Raymond, Toulouse). vignette|upright=0.8| Caracalla jeune - IIe siècle après J.-C. Musée archéologique national de Venise En avril 198, l'empereur Septime Sévère associe au trône son fils, Caracalla, en le nommant Auguste ; en 209, ce sera le tour de Geta. À la mort de Septime Sévère en 211, ses soldats obligent Caracalla à respecter son testament et à partager le pouvoir avec son frère Publius Septimius Geta. Une fois la paix revenue, l'armée démobilisée et la famille impériale de retour à Rome, il fait assassiner d'un coup de glaive dans la gorge son frère Géta alors qu'il s'est réfugié dans les bras de leur mère, Julia Domna, qui tentait probablement de les réconcilier. Devant les prétoriens puis devant le Sénat, il justifie sa conduite en prétextant un complot prétendument fomenté par son frère. Il élimine également d'autres rivaux comme son cousin Caius Septimius Severus Aper, le neveu de Commode et petit-fils de Marc Aurèle Lucius Aurelius Commodus Pompeianus, ainsi que le fils de l'éphémère empereur Pertinax.
Caracalla ordonne ensuite au Sénat de prononcer la damnatio memoriæ de Géta : il fait effacer le nom de son frère des monuments de Rome et interdit, sous peine des pires supplices, que le nom de son frère soit prononcé en sa présence. Plus rien ne doit évoquer son existence.
Il se livre ensuite à une série de meurtres systématiques ( selon Dion Cassius), ayant pour cible les amis, les relations et les partisans de Géta, ou de possibles compétiteurs (dont un petit-fils de Marc Aurèle, Pompeianus, dernier enfant de Lucilla). De nombreux assassinats visent de hauts membres d'une élite, déjà restreinte, dont des fonctionnaires et des administrateurs de talent, ainsi que des juristes et des économistes. Ainsi, les impôts et autres ressources fiscales sont moins contrôlés, ce qui favorise la corruption et les fraudes, et qui a pour conséquence d'affaiblir encore plus le pouvoir impérial.
Le règne La politique intérieure vignette|Ce portait officiel, diffusé dans tout l'Empire, semble refléter pour la première fois une émotion (agressivité, colère). Détail d'un buste (musée du Louvre, Ma1106).
Sa politique intérieure, inspirée par sa mère et les juristes de son père, ne diffère guère de celle de Septime Sévère, avec des aspects plus égalitaires. Il est difficile de préciser quel est son rôle personnel et l'on a tendance, comme aux temps de Néron ou de Commode, à attribuer le meilleur à ses conseillers et le pire à lui-même. D'une manière générale, Julia Domna dirige les affaires intérieures et administratives et laisse à son fils la conduite de la guerre.
Identification à Alexandre le Grand Caracalla est réputé pour la grande admiration qu'il voue à Alexandre le Grand au point de s'identifier au conquérant macédonien, se déclarant le « nouvel Alexandre ».. À Alexandrie, il rend hommage au tombeau d'Alexandre — qu'il avait probablement déjà visité en accompagnant son père Septime Sévère — où se trouve le corps momifié qu'il recouvre de son manteau impérial. avant de le faire fermer définitivement après son passage..
Il constitue une armée de plus de équipés comme les anciens phalangites macédoniens baptisée « phalange d'Alexandre », ainsi qu'un « bataillon laconien de Pitana » constitué de jeunes Spartiates.. Il remporte plusieurs victoires contre les Parthes, les « nouveaux Perses », permettant l'annexion de l'Osroène.. Lors de cette campagne en Orient, lui-même s'habille en vêtements macédoniens et demande à ses généraux de prendre le nom des généraux d'Alexandre.
Les massacres d'Alexandrie vignette|Intaille figurant Caracalla. Le déplacement de Caracalla à Alexandrie de à est, malgré un accueil somptueux réservé par les Alexandrins, l'occasion de plusieurs massacres au sein de la population locale. Les raisons n'en sont pas claires : ils sont peut-être motivés par la préférence affichée de la population locale pour son frère Géta ou encore par les émeutes ayant précédé sa venue.
Mais l'empereur, d'une susceptibilité maladive, semble également avoir été l'objet d'une satire et de moqueries de la population pour son identification à Alexandre ou encore pour sa petite taille.
Un premier massacre concerne une délégation religieuse venue à sa rencontre, que l'empereur a peut-être considérée comme une ambassade alexandrine alors qu'il avait interdit toute ambassade depuis 213. Selon Hérodien, l'empereur lâche ensuite ses troupes sur la ville, qui la mettent à sac, se livrant à un massacre si épouvantable « que les flots de sang, traversant l'esplanade, allèrent rougir l'embouchure, pourtant très vaste, du Nil »Hérodien, , 9 : 3-8.. Un second massacre concerne les petits entrepreneurs de la ville, qui n'avaient pas livré à temps des statues de l'empereur. Enfin, un troisième massacre, qui prend place au printemps 216, concerne la jeunesse alexandrine, qui s'était moquée des prétentions de Caracalla à s'identifier à Alexandre et à se travestir à l'effigie de l'illustre conquérant. Ces massacres sont en outre accompagnés d'un édit de 215 qui ordonne l'expulsion massive des autochtones de la ville Papyrus Giessen 40, , 215..
Le bilan de ces massacres est difficile à évaluer et varie d'un historien à un autre ; peut-être . Le chiffre de a aussi été avancé. Les massacres ne touchent pas que la ville d'Alexandrie, mais aussi sa banlieue, les villages alentour et l'ensemble du delta du Nil. Ce sont surtout l'élite et les intellectuels d'Alexandrie, de culture grecque, qui sont décimés. Caracalla, qui s'identifie à Alexandre, en détruit ainsi l'héritage : de nombreux monuments ou édifices sont démolis. L'histoire d'Alexandrie est oubliée, sans transmission au reste de la population, de telle sorte que, par exemple, vers 300 on n'arrive plus à situer où est le tombeau d'Alexandre le Grand.
Alexandrie perd son rôle culturel d'autrefois, et devient un modeste port, qui transporte les céréales du pays vers le reste de l'empire. Autre conséquence, preuve de massacres importants : l’égyptien démotique (ou copte) s'impose comme la langue majoritaire d'Alexandrie et de toute l'Égypte, le grec déclinant fortement au profit du latin. Le début du verra un ultime sursaut du grec savant à Alexandrie, mais seule la variante démotique du grec restera parlée par la minorité hellénophoneHanaa Al-Mekkawi, Grecs d'Alexandrie : mémoire d'une communauté, dans Al Ahram du 19 Avril 2017: ., et ce jusqu’au milieu du .
Autre conséquence majeure, le port d'Alexandrie, qui était l'un des poumons économiques de l'empire, décline car une grande partie des affréteurs et entrepreneurs sont décimés lors des massacres de Caracalla. Les contacts commerciaux avec des contrées lointaines disparaissent ou diminuent, et le trafic de marchandises s'effondre. Ainsi, par exemple, les échanges avec l'Inde, qui étaient fructueux depuis l'époque d'Alexandre le Grand, soit environ cinq siècles, s'étiolent. Des escales d'échanges commerciaux, établies sur les rives de la mer Rouge et jusqu'en mer d'Arabie (par exemple l'ile de Socotra), sont même abandonnées.
La défense des frontières
Caracalla passe la plupart de son temps auprès de ses troupes et à la guerre.
vignette|Aureus à l'effigie de Caracalla. Daté 204. Au revers : Victoria (la Victoire) debout à gauche drapée, marchant à gauche, tenant une couronne de la main droite tendue et une palme de la main gauche ; texte : « Victoria Parthica Maxima », (La grande victoire parthique). Sur l'avers : buste lauré, drapé et cuirassé à droite, vu de trois quarts en arrière ; texte : « Antoninus Pius Augustus Pontifex Tribunicia Potestate septimum », (Antonin pieux auguste pontife revêtu de la septième puissance tribunitienne).
À partir de 213, Caracalla mène plusieurs campagnes contre les Alamans à la fois sur le Rhin et sur le Danube. Victorieux sur le Main, il prend le surnom de Germanicus Maximus et assure une vingtaine d'années de paix au front occidental, jusqu'au règne de Sévère Alexandre.