André Bettencourt, né le à Saint-Maurice-d'Ételan. et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un journaliste, homme d'affaires et homme politique français.
Fondateur des journaux La France agricole et Le Courrier cauchois, dirigeant de la société de cosmétiques L'Oréal, il est député puis sénateur de la Seine-Maritime entre 1951 et 1995 et membre du gouvernement sous les présidences de René Coty, Charles de Gaulle et Georges Pompidou.
Biographie Famille, éducation, débuts André Marie Joseph Bettencourt. naît dans une vieille famille bourgeoise catholique normande ; selon le journaliste et auteur Bruno Abescat, les ancêtres d'André Bettencourt sont apparentés au navigateur Jean de Béthencourt.. Sa mère, Marie-Jeanne de Chalendar, appartient à la famille de Chalendar, une vieille famille noble originaire du VivaraisActe de naissance à Saint-Germain-en-Laye, du , de Marie Jeanne Clémence Françoise de Chalendar, née ce jour, fille de Ferdinand de Chalendar, major au de chasseurs à cheval, âgé de quarante ans, et de Esther Adèle Marie Alexandrine Roguin, âgée de vingt-six ans ; mariés à Valenciennes (Nord) le - Archives départementales en ligne - Saint-Germain-en-Laye (1883-1883 ; vue 66/77).. Son frère aîné, Pierre (1917-2006), deviendra écrivain, peintre et sculpteur.
Son père, Victor (1875-1946), est avocat à la Cour d'appel de Paris, conseiller général depuis 1934 de la Seine-Inférieure et maire depuis 1936 de Saint-Maurice-d'Ételan.. Propriétaire terrien en Normandie, c'est un notable et un militant catholique : ancien vice-président de l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF) avant 1914, il préside notamment l'Union des catholiques du diocèse de Rouen, affiliée à la Fédération nationale catholique, et l'Union catholique de la France agricole (UCFA), affilée également à la FNC et qui devient en 1939 la Ligue agricole catholiqueNadine-Josette Chaline, Des Catholiques normands sous la Troisième République : crises, combats, renouveaux, édition Horvath, 1984.Collectif, Chrétiens dans le monde rural : LAC, MFR, CMR 1939-1989, Les Éditions ouvrières, 1989, ...
Étudiant en droit dans les années 1935-1937, résidant à l’internat des pères maristes situé au 104, rue de Vaugirard à Paris, il fréquente des membres de la Cagoule en compagnie de ses amis Pierre de Bénouville, Claude Roy et François MitterrandPierre Péan, Une jeunesse française. François Mitterrand 1934-1947, Fayard 1998, ..
Grâce à son père, il est secrétaire de la Jeunesse agricole catholique (JAC)La Croix, 12 avril 1939., d'où ses articles dans la rubrique « Jeunesses du monde » du quotidien Le Journal à propos de la JAC en 1939Le Journal, 20 avril 1939,Ibid., 27 avril 1939,Ibid., 29 juin 1939.
Vie privée / vie publique Il rencontre aussi Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal (membre de la Cagoule) et père de sa future épouse, Liliane.. C'est le début d'une longue carrière dans le groupe L'Oréal, en parallèle à sa carrière politique.
Le , il épouse Liliane Schueller, avec laquelle il a une fille unique, Françoise Bettencourt Meyers.
Parcours politique Collaboration Il collabore entre et à l'hebdomadaire maréchaliste et pétainiste La Terre française, publié en zone occupée, dans lequel il rédige à partir de la chronique « Ohé ! les Jeunes ! ». Il y loue Pétain, Georges Lamirand, la Révolution nationale et la collaboration.André Bettencourt, « La charte de la jeunesse », La Terre française, 16 août 1941« Ce courant révolutionnaire dont le prodrome fut national-socialiste », Le Monde, 12 février 1995..
Dans un article d' intitulé , il affirme que
Le , il y écrit dans un texte à propos de Jésus et de Pâques :
Un autre article exprime de même un selon l'expression de l'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon..
Ses écrits, longtemps oubliés, seront mis en lumière en 1994 par un ancien résistant et ancien déporté juif, l'homme d'affaires franco-israélien Jean Frydman, à la suite d'un litige financier qui l'oppose aux dirigeants de L'Oréal. Administrateur de Paravision, filiale audiovisuelle de L'Oréal, il a été évincé en 1989 par François Dalle, P-DG de L'Oréal et ami d'André Bettencourt, sous la pression de la Ligue arabeNicole Vulser, « Un siècle de beauté trouble », Le Monde, 8 juillet 2010.. Frydman révèle alors le passé pétainiste du milliardaire ainsi que celui de plusieurs autres dirigeants et cadres de L'Oréal sous l'Occupation, contraignant André Bettencourt à quitter la vice-présidence du groupe en . Frydman, dans une brochure, cite des extraits d'articles écrits par Bettencourt et l'accuse d'avoir été André Bettencourt plaidera en 1995 et dira regretter .. De même, il arguera n'avoir pas su qui étaient les propriétaires de l'hebdomadaire : Dans ses mémoires rédigés à l'intention de sa famille et de ses proches, il juge ses écrits et se justifie ainsi :
Les mémoires, qu'il dicte entre 1998 à 1999 à Diane de Clairval, ex-directrice de la Fondation Bettencourt SchuellerIls sont, selon sa volonté, non publiés mais distribués à ses proches au lendemain de sa mort en 2007., sont le témoignage d'un homme défait au passé terni par de sombres révélations. Ses Souvenirs tentent d'effacer l'accusation d'antisémitisme dont il fait alors l'objet, notamment aux yeux de son gendre Jean-Pierre Meyers, juif dont une partie de la famille a disparu dans les camps de concentration.
Bénédicte Vergez-Chaignon souligne que le contenu maréchaliste de ses articles passe dans les années 1990 au second plan au profit de ses deux articles antisémites. Elle souligne de même que l'hebdomadaire n'est pas une même s'il a été publié avec l'aval des Allemands et qu'il est racheté en par une société servant de prête-nom à un agent allemand de la Propagandastaffel.
Activités de Résistance alléguées Ses mémoires mentionneront de faux états de service dans la Résistance.. Au début de 1943, il serait entré dans la Résistance, au sein du Rassemblement national des prisonniers de guerre. Dans la nuit du 15 au , il aurait aidé François Mitterrand à rejoindre Londres en avion. Il aurait été arrêté la même année par la Gestapo à Nancy et aurait été incarcéré, il se serait évadé et serait devenu agent de liaison du CNR en Suisse., puis membre de la délégation à Berne du gouvernement d'Alger. Cependant, son rôle à Genève a été contesté par le député suisse Charles Poncet, de même Serge Klarsfeld déclare n'avoir trouvé aucune preuve de l'engagement de Bettencourt avant .
Klarsfeld met en doute le passé résistant de Bettencourt à partir de 1995, reconnaissant seulement des contacts avec les Américains en Suisse durant l'été 1944, pour le compte de François Mitterrand et de son MNPGD, afin de leur procurer un soutien financier : il a reçu de l'Office of Strategic Services (OSS) 2,5 millions de francs. Dès lors, Bettencourt apparaît comme un
De même, il n'y a jamais eu de délégation du CNR à Genève. S'il a bien été arrêté par la Gestapo, fin 1943 à Nancy, ce fut sous sa véritable identité et par hasard, et il a été libéré après plus d'un mois de détentionEdwy Plenel, « Le passé de résistant de M. Bettencourt est mis en doute », Le Monde, 9 mars 1995..
Selon Bénédicte Vergez-Chaignon, il a été aux côtés de Mitterrand et de son Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) à partir de 1943. Ce serait grâce à Mitterrand qu'il aurait opté pour la Résistance, fin 1942 selon Bettencourt. Il serait plutôt entré en résistance vers août-, aux côtés d'amis apportant leur aide aux prisonniers de guerre et ayant une activité clandestine et illégale. Il est dès lors un « vichysto-résistant »..
À la Libération, il rejoint le MNPGD, issu de la fusion entre le RNPG et les autres réseaux de résistance de prisonniers et déportés), et 100, et reçoit la croix de guerre 1939-1945, la rosette de la Résistance et la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
Grâce à son témoignage et celui de son ami François Mitterrand, Eugène Schueller, son futur beau-père, fondateur de L'Oréal, évite l'épuration.
Député André Bettencourt s'engage en politique : il échoue aux législatives de 1946 mais succède à son père comme conseiller général de Lillebonne à la mort de celui-ci en 1947 et entre au conseil municipal de Saint-Maurice-d'Ételan.
Élu au scrutin de liste à l'Assemblée nationale en 1951 sous l'étiquette de l'Union des indépendants paysans et des républicains nationaux, il siège à la commission de la presse et à celle des territoires d'outre-mer, intervenant particulièrement sur le conflit indochinois en demandant la mise en place de négociations. Cette position le rapproche de Pierre Mendès France qui le fait entrer dans son cabinet comme secrétaire d'État à la Présidence du Conseil chargé de la coordination des services de l'information en .
Réélu en 1956 sur la liste des indépendants paysans avec Pierre Courant, il participe à la Commission de la marine marchande. Il soutient les derniers gouvernements de la république, approuve les traités créant la Communauté économique européenne et Euratom et vote les pouvoirs spéciaux en Algérie le , puis les pleins pouvoirs à De Gaulle et la révision constitutionnelle.
Réélu à l'Assemblée nationale jusqu'en 1977, dont il est vice-président de la commission des Affaires étrangères entre 1962 et 1965, puis sénateur de 1977 à 1995, il intègre la Fédération nationale des républicains indépendants dont il est vice-président de 1966 à 1971.
Le , André Bettencourt vote la loi dépénalisant l'avortement dite « loi Veil »Voir sur assemblee-nationale.fr..
Ministre gauche|vignette|André Bettencourt (à gauche), alors ministre de l'Industrie, rencontrant Nicolae Ceaușescu (à droite) en Roumanie (le ). vignette|André Bettencourt s'exprimant en tant que ministre des Postes et Télécommunications devant le Parlement européen en 1968. Il est nommé ministre sans interruption de 1966 à 1973, étant en particulier simultanément ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire (cabinet de Jacques Chaban-Delmas) et chargé de l'intérim du ministre des Affaires culturelles, à la mort d'Edmond Michelet. Grâce à ce double mandat ministériel, il a pu autoriser l'exploitation d'une mine de bauxite à ciel ouvert par Pechiney, dans le site naturel classé des Baux-de-ProvenceMichel Beaud, Pierre Danjou et Jean David, Une multinationale française, Seuil, 1975 .. Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, il organise en septembre 1973 pour Georges Pompidou, la première visite présidentielle française en Chine depuis la prise de pouvoir par les communistes« Décès d'André Bettencourt, ancien ministre du général de Gaulle » brève AFP, LeMonde.fr, 19 novembre 2007, ., et fut à ce titre l'un des rares hommes politiques français à avoir dialogué en direct avec Mao-Tsé ToungÉtienne Banzet « André Bettencourt est décédé à l’âge de 88 ans » Fil-fax, 20 novembre 2007..
En 1986, il est très brièvement cité comme premier ministre possible de François Mitterrand dans le cadre du premier gouvernement de cohabitation du fait de leur ancienne amitié.
Élu local Localement, il devient maire de Saint-Maurice-d'Ételan en 1965, conserve son mandat de conseiller général de Seine-Maritime jusqu'en 1979, et préside le conseil régional de Haute-Normandie de 1974 à 1981. Il participe à la création du district Lillebonne-Notre-Dame-de-Gravenchon« La courtoisie du “grand parrain” » Paris Normandie, 20 novembre 2007, et du syndicat départemental de l'eau. Il est également l'initiateur du parc naturel régional de Brotonne, du prolongement de l'autoroute de Normandie et du développement du port du HavreChristophe dupuis, « Un homme de projet », Le Courrier cauchois, 23 novembre 2007, ..
Carrière dans les affaires