François Philippe Sarchi, originellement Samuel Morpurgo, né à Gradisca d'Isonzo le et mort à Paris le Archives de Paris Table des décès et des successions, 9 bureau, 5 et 6 arrondissements anciens, vue 34 / 266, , est un juriste, linguiste, philologue d'origine illyrienne, spécialisé dans l'italien et l'hébreu.
De formation juridique et linguistique, il devient professeur à l'université de Vienne ; il écrit divers ouvrages sur la langue, la grammaire et la poésie italiennes. Il est ensuite notaire à Trieste, puis linguiste et traducteur à Paris et à Londres.
Il se consacre alors à l'étude de la littérature et de la philologie hébraïque. Ses travaux principaux sur le sujet sont un ouvrage sur la poésie hébraïque, et une grammaire hébraïque.
Biographie
Philippe Sarchi, ou François Philippe Sarchi, en italien , est né à Gradisca d'Isonzo en Frioul-Vénétie Julienne, le , sous le nom de Samuel Morpurgo..AN, BB/11/512 - 2110 X4 : demande de naturalisation, 1828.. Il est le fils d'Elia Morpurgo (1740-1830) alias Joseph Sarchi ou Joseph Sarker, grand-rabbin de Gradisca, qui est notamment l'auteur du Discorso alla nazione Ebrea (Discours à la Nation hébraïque) et du Discorsi di tolleranza (Discours sur la tolérance) en 1783, et de Vittoria Finzi, originaire de Ferrare..
Le jeune Samuel commence ses études avec un précepteur, Raffaele Luzzatto, mais il est renvoyé pour vol. Il poursuit alors sa scolarité à partir de 1782 au lycée des Scopoli () où l'enseignement est prodigué en latin et en allemand.
Samuel Morpurgo part en 1787 suivre ses études supérieures à Vienne, en Autriche. Il s'inscrit en droit et en philosophie. Sa famille prend en 1788 le nom de Sarker ou Sarchi.
Samuel Sarchi se convertit temporairement et devient chrétien sous le nom de Franz Philipp Sarchi en 1790, à 25 ans. Il est baptisé le à Saint-Étienne de Vienne par le P. Fast, avec les prénoms Franz Philipp ou Franz de Paula Philipp (François de Paule Philippe), et le nom Sarchi ou SarcherAnna Staudacher, Jüdische Konvertiten in Wien 1782-1868, Vienne, Lang, 2002 , partie 2, , 567, 574.. Sa conversion pourrait être liée aux circonstances, puisqu'il se reconvertit plus tard au judaïsme. Yona Dureau et Monique Burgada y voient le signe d'une inquiétude religieuse et citent Filippo Sarchi comme l'exemple de . Philippe Sarchi est qualifié par les mêmes auteurs d'« écrivain jacobin » et d'ami de Joseph von Sonnenfels.
Juriste, enseignant, linguiste vignette|L'université de Vienne, où Sarchi est professeur à . Docteur en droit, Philippe Sarchi devient le premier titulaire de la chaire d'italien à la de l'Université de Vienne en 1794, et est officiellement nommé professeur l'année suivante, à 30 ans.. Il est membre de l'Académie royale () de Florence et de l'académie des Arcades de Rome.
Il publie alors ses trois premiers ouvrages : un manuel d'italien à l'usage de ses étudiants allemands, Theoretisch-praktische italienische Sprachlehre, en 1795 ; une grammaire italienne, Grammatica italiana, la même année ; et un recueil de poèmes italiens, Ape poetica o il fior da fiore delle migliorie poesie italiane, en 1797. Il collabore aussi à des œuvres de son père, et reste titulaire de sa chaire d'italien jusqu'en 1806.
Il est un partisan enthousiaste de Napoléon Bonaparte et déménage à Trieste, où il est notaire impérial et royal à partir de 1806. Il s'y reconvertit au judaïsme en 1807, et fait circoncire son fils aîné. Il entre à la loge maçonnique « », en même temps que son frère Isach Leon Sarchi (ex-Morpurgo). Mais il est chassé de Trieste cette même année 1809, expulsé à cause de ses idées politiques et surtout religieuses..
En , Sarchi adresse un mémoire à l'administration des Provinces illyriennes. Il y prend la défense des Juifs, et demande au gouvernement français de soutenir la promotion humaine notamment par des moyens pédagogiques.. Il est ensuite momentanément précepteurLouis Madelin, Fouché, 1759-1820, Plon, 1903, volume 2, 296.Note du préfet de police du 31 octobre 1825, et rapport du 26 janvier 1826, . des enfants du duc d'Otrante, alors gouverneur des Provinces illyriennes. Devant l'avance des armées de la Sixième Coalition, en cette même année 1813, il s'échappe et se réfugie à Paris.
Sarchi partage alors son temps entre Paris et Londres. Il devient consultant juridique, professeur d'italien, traducteur et interprète juré..
La police politique française le surveille sous la Restauration : ses opinions bonapartistes, ses voyages, ses liens avec les pays et les ressortissants étrangers, les journaux en caractères hébreux qu'il reçoit lui attirent à Paris l'attention de la police politique, qui le surveille une première fois en 1821, et de nouveau en 1825-1827. Les rapports de police le décrivent alors comme un vieil homme d'un caractère extrêmement ardent et acrimonieux, bien que cacochyme, de peu de ressources, au discours attestant de « mauvaises » doctrines politiques, regrettant Bonaparte, fréquentant assidûment les synagogues.. En 1824, il quitte Paris pour Londres, puis revient à Paris.
Travaux hébraïques Philippe Sarchi se consacre à des études hébraïques, portant notamment sur la littérature, la philologie et la grammaire hébraïques.
Polyglotte et de solide formation classique, il maîtrise au moins l'hébreu, le grec, l'araméen, le latin, l'arabe, l'italien, l'allemand, le yiddish, le français, l'anglais. Il écrit ses œuvres et ses contributions successivement ou alternativement en allemand, en italien, en français, en anglais. Il les signe Morpurgo, Sarchi, M. SarchiLa signature M. Sarchi peut représenter Monsieur Sarchi ou Morpurgo Sarchi., Filippo Sarchi, Samuel Sarchi, Philip Sarchi, Philippe Sarchi.
En 1817, il collabore à l'Israélite français, et y écrit des « articles remarquables ».Revue orientale, Bruxelles, 1841, 94.. Il collabore aussi notamment à La Minerve littéraire, où il publie des articles sur la poésie arabe, sur la poésie italienne, et diverses contributions et recensionsLa Minerve littéraire, 1820, 99-102, 198-201, 404-408, 500-508.. Il publie par ailleurs un almanach.. Il se lie avec le grand rabbin Abraham Vita de Cologna et avec l'érudit sémitisant Antoine-Isaac Silvestre de Sacy.
La poésie hébraïque Il écrit en anglais et fait paraître à Londres en 1824 « » (« Essai sur la poésie hébraïque ancienne et moderne ») un essai sur la poésie hébraïque au fil des âgesAn Essay on hebrew Poetry ancient and modern, Londres, 1824 ., qui va des textes sacrés aux auteurs modernes. Il s'attache surtout aux figures employées en poésie, les classe par analogie, à partir des livres poétiques de la Bible, s'étend à la rhétorique, passe en revue l'histoire abrégée de la littérature hébraïque, et recense les influences grecques et latines sur les compositions poétiques récentes en hébreuRecension par Augustin Calmet, Dictionnaire historique, archéologique, philologique ..., Migne, 1860, vol. 3, dans l'article « Poésie des Hébreux ».. Cet essai est réédité en 2009Kessinger Publishing, LLC, 2009 ..
Grammaire hébraïque vignette|droite|Extrait de la page de titre de sa Grammaire hébraïque, édition de 1828. Philippe Sarchi publie ensuite en 1827 sa « Grammaire hébraïque raisonnée et comparée ». Ce nouvel ouvrage est lui aussi bien accueilli par la communauté scientifique, avec de longues recensions positives. Champollion écrit que
Léon Halévy indique que « M. Sarchi prend place au rang de nos premiers philologues, et sa grammaire parmi les plus beaux ouvrages qu'ait produits l'étude des langues »Léon Halévy, recension et notice, dans la Revue encyclopédique, 1828/04 (T38)-1828/06, 197-198., et que sa grammaire hébraïque a reçu aussi les suffrages de Silvestre de SacySilvestre de Sacy, recension comparée dans le Journal des Savants, décembre 1828, 719-734 .. Ce dernier a participé à la grammaire par ses suggestions et ses conseils, suivis par Sarchi, mais qui ont donné lieu à une polémique de terminologie avec Sam. LeeNouveau journal asiatique, Volume 5, Société asiatique, Paris, page 81 et suivantes.. Cette grammaire est plusieurs fois rééditée, avec ajouts et corrections, puis copiée ou prolongée par d'autres auteursSalomon Klein reprend le même titre : Nouvelle grammaire hébraïque raisonnée et comparée, J.P. Risler, 1846..
Philippe Sarchi est membre de la Société asiatique de Paris, de l'Académie de Florence et de l'académie des Arcades de Rome.
Il est mort à Paris en 1830.
Vie de famille, postérité vignette|Le château de Brévannes lui appartient depuis 1824. Il s'est converti au christianisme en 1790Anna Staudacher, Jüdische Konvertiten in Wien 1782-1868, Vienne, Lang, 2002 , partie 2, 567., mais est redevenu pleinement Juif à Trieste ; à Paris en 1826, il « professe la religion juive portugaise, ainsi que ses enfants » et fréquente « assidûment » les synagoguesRapport de police du 26 janvier 1826, ..
Philippe Sarchi épouse à Vienne en avril 1798 Franziska Schmidt, fille de Mathias Schmidt ou Holziger selon Salah, Holzinger ou Hraschansky selon d'autresIl vessillo israilitico, 1877, ., imprimeur et éditeur de la cour de Vienne, et de Regina Brunnenfeld.
Philippe Sarchi a acheté en 1824 le château de Brévannes, devenu l'actuel hôpital Émile-Roux de Limeil-Brévannes, et monument historiqueChâteau de Brévannes, monument historique : .. Il est aussi propriétaire de la chapelle Sainte-Marie-Madeleine, où son neveu le peintre et aquarelliste Hector Giacomelli (1822-1904) exécute plus tard des fresquesChapelle Sainte-Marie-Madeleine à Limeil-Brévannes : ..
Œuvres (Seules les œuvres originales de Sarchi sont indiquées ici, pas ses traductions) Theoretisch-praktische italienische Sprachlehre, Vienne, 1795 ; rééd. 1805. Grammatica italiana, Vienne, Schmidt, 1795 ; , 1805. Ape poetica o il fior da fiore delle migliorie poesie italiane, Vienne, 1797. Elementi di Geografia moderna per uso di giovinette in versi rimati, Udine, 1811. Cours de thèmes italiens, Paris, Th. Barrois et Jombert, 1822 (Rééd., Paris, 1823). An Essay on hebrew Poetry ancient and modern, Londres, 1824 ; plusieurs rééd. ; dernière réédition : Kessinger Publishing, LLC, 2009 . Grammaire hébraïque raisonnée et comparée, Paris, Dondey-Dupré, 1827 ; plusieurs rééditions, alternativement sous le même nom ou sous le nom de Nouvelle grammaire hébraïque raisonnée et comparée, Paris, Dondey-Dupré, 1827 et 1828 ; Paris, Pélicier et Chatet, 1828, 1830 ... 1844. Un almanach, divers articles, dans l'Israélite français (2 volumes, Paris, 1817), dans La Minerve littéraire et dans différents journaux et revues.
Notes et références
Bibliographie et sources . . . . ; contient cinq demandes d'enquête et quatre rapports de police sur Philippe Sarchi, d' à . . . . . . . . Bibliothèque nationale de France, Catalogue général.
Voir aussi Articles connexes Grammaire hébraïque Hébreu
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