Le Jeu de la mort est un documentaire écrit par Christophe Nick, réalisé par Thomas Bornot, Gilles Amado et Alain-Michel Blanc et coproduit par France Télévisions et la Radio télévision suissehttp://web.archive.org/web/20110907202228/http://infrarouge.tsr.ch:80/ir/1705-prets-tuer-pour-tele. en 2009.
Diffusé pour la première fois en , il met en scène un faux jeu télévisé (La Zone Xtrême) durant lequel un candidat doit envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à un autre candidat, jusqu'à des tensions pouvant entraîner la mort. La mise en scène reproduit l'expérience de Milgram réalisée initialement aux États-Unis dans les années 1960 pour étudier l'influence de l'autorité sur l'obéissance : les décharges électriques sont fictives, un acteur feignant de les subir, et l'objectif est de tester la capacité à désobéir du candidat qui inflige ce traitement et qui n'est pas au courant de l'expérience. La différence notable avec l'expérience originelle est que l'autorité scientifique est remplacée par une présentatrice de télévision, Tania Young.
Présentation et suites du documentaire Le producteur de l'émissionIsabelle Roberts et Raphaël Garrigos, « Téléctrochoc », dans Libération, 25 avril 2009. Consulté le 25 avril 2009., Christophe Nick, présente son documentaire comme une critique de la télé réalité. Pour sa part, la directrice des magazines et documentaires de France 2, Patricia Boutinard-Rouelle, déclare que la chaîne a Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos, « Aux frontières du télé-réel », dans Libération, 25 avril 2009. Consulté le 25 avril 2009..
Jean-Léon Beauvois a assuré la direction scientifique de l'émission et a publié, notamment avec Didier Courbet et Dominique Oberlé, plusieurs articles sur cette expérience de téléréalité (dans European Review of Applied Psychology (2012, no 62)Jean-Léon Beauvois, « Jeu télévisé : Faire obéir les "participants" avec Milgram », sur maniprop.com, 15 février 2010. Consulté le 22 février 2010.) qui en analysent les résultats et les replacent dans le contexte social.
La première partie du documentaire est diffusée sur TSR 2 le Le Jeu de la mort sur le site de la TSR. suivie d'un débat le dans Infrarouge (émission de télévision suisse), puis le sur France 2 en première partie de soirée également suivie d'un débat en plateau, présenté par Christophe Hondelatte, en présence de deux des candidats (l'un étant allé jusqu'au bout, l'autre – une candidate – ayant quitté le jeu avant la fin), de Christophe Nick, d'Alexandre Lacroix (rédacteur en chef de Philosophie Magazine, partenaire du documentaire), de Fabrice d'Almeida (historien), de Claude Halmos (psychanalyste), de Géraldine Muhlmann (agrégée de philosophie et présentatrice télévisée), et de trois journalistes spécialisés dans l'analyse de la télévision (David Abiker, Jean-Marc Morandini et Isabelle Morini-Bosc)Richard Sénéjoux, « Christophe Hondelatte : “Je peux être critiqué, mais je n'accepte pas de me faire débiner en direct” », sur le site de Télérama, 17 mars 2010. Consulté le 19 mars 2010..
Résultats Bien que les participants aient été informés qu'ils ne gagneraient aucune somme d'argent puisqu'ils étaient censés participer à une émission test, l'autorité du contexte télévisuel et de l'animatrice amène les participants à se soumettre. Selon les premières estimations, le taux d'obéissance est de 81 % ; le documentaire compare ce résultat aux 62,5 % obtenus lors de l'expérience originale, mais oublie de préciser que plusieurs reproductions de l'expérience, aux États-Unis ou en Europe, ont donné des taux supérieurs à 80 %Hélène Marzolf et François Ekchajzer, « La télé fait-elle de nous des bourreaux ? », dans Télérama, 3139, 18 mars 2010 : Chloé Leprince, « La télé rend sadique ? Le Jeu de la mort fait polémique », sur Rue89, nouvelobs.com, 16 mars 2010..
De plus, les différences entre l'expérience originale de Milgram et La Zone Xtrême limitent la comparaison des résultats. Les différences principales entre les deux versions sont les suivantes : Les participants reçoivent 5 injonctions dans la version de France Télévisions au lieu de 4 dans la version de Milgram, dont : L'injonction « nous assumons toutes les conséquences », présente seulement dans des variantes de l'expérience originale La présence d'un public (qui intervient à la cinquième injonction) ; La mise en jeu fictive d'une somme d'argent (même si les candidats étaient avertis qu'ils ne gagneraient rien, l'argent est une raison invoquée dans la quatrième injonction) ; Le rôle de la télévision (qui a notamment incité 15 % des candidats de La Zone Xtrême à dire qu'ils avaient considéré qu'il était impossible que la télévision laisse souffrir un être humain).
Réception et critiques Critiques Si plusieurs critiques ont salué la remise au goût du jour de l'expérience de MilgramDavid Abiker dans le débat à la suite de l'émission ou dans « Jeu de la mort : l'autorité d'Hondelatte, la révolte de Lacroix », sur La Toile de David Abiker (son blog), 17 mars 2010., beaucoup ont dénoncé de nombreux biais du documentaire, particulièrement dans les commentaires et les conclusions tirées :
Critiques sur la constitution de l'échantillon : On a parfois dénoncé un biais sur la constitution de l'échantillon type, considéré comme peu représentatif, et orienté lorsqu'on choisit 80 personnes sur Véronique Anger, « Zone Xtreme : c'est Milgram qu'on assassine… », sur Le Post, 18 mars 2010. Consulté le 19 mars 2010., ce à quoi Jean-Léon Beauvois, caution scientifique de l'expérience, répond que la sélection était conforme aux enquêtes et recrutements pour test de produit. De même, le fait que les participants se soient portés volontaires pour indiquerait qu'ils sont sensibles à l'aura de la télévision, ce qui pourrait biaiser les résultats de l'expérience.
Critiques sur les conclusions ou la validité scientifique de l'expérienceRenaud Revel, « La télé en accusation : France 2 et Christophe Nick loupent leur cible », sur immédias (son blog sur le site de L'Express), 9 mars 2010. : Le parallèle entre télévision et totalitarisme a généralement été rejeté ; de façon plus générale, la conclusion que la télévision est la cause de ces 80 % d'obéissance a été remis en cause. Jean-Léon Beauvois explique qu'il faut comprendre totalitarisme dans le sens absence de pluralisme ou diversité. Si l'expérience a montré que la télé avait un pouvoir sur les candidats, elle n'a en rien montré un pouvoir sur les téléspectateurs, pourtant la thèse du reportage« “Je n'ai pas voulu me soumettre à l'autorité de l'animateur” : Le pouvoir de la télé en débat sur notre plateau », émission d'Arrêt sur images, 19 mars 2010.. Le fait de rassurer les candidats avant même qu'ils aient quitté le plateau empêcherait un debriefing serein comme dans le cas de l'expérience originale. Les nombreuses différences entre les deux expériences, ainsi que leurs possibles implications, ont souvent été soulevées. Pour Michel Terestchenko et Laurent Bègue, l'expérience de Nick ajoute des sources d'influences qui ne permettent pas une comparaison rigoureuse avec celle de MilgramMichel Terestchenko et Laurent Bègue, « La télévision favorise-t-elle les comportements violents ? De Tueurs-nés à La zone extrême », Esprit, mai 2010..
Critiques sur l'éthique de l'expérience et du programme : Il est recommandé de ne plus se livrer à l'expérience de Milgram par l'Association américaine de psychologie, à cause de l'énorme stress engendré chez les sujets. La souffrance subie par les candidats a été reprochée au programmeMarie Bénilde, « Le Jeu de la mort ou la télé en zone extrême », sur le blog du Monde diplomatique, 13 mars 2010.Henri Maler, « Le documentaire Le Jeu de la mort : Une critique de la télévision ? », sur le site de l'association de critique des médias Acrimed, 22 mars 2010.. Jean-Léon Beauvois écarte ces critiques en expliquant qu'on ne peut reprocher aux chercheurs de faire ce que Jean-Léon Beauvois, « Le Jeu de la mort : Réponses à des interrogations légitimes qui m'ont été adressées », sur maniprop.com, 6 avril 2010.. L'orientation de l'argumentation contre les chaînes privées a soulevé des soupçons de conflit d'intérêts, la critique venant du service public. Le documentaire prétend dénoncer la télé-réalité mais utiliserait les mêmes ressorts : buzz, voyeurisme, souffrance des candidatsDaniel Schneidermann, « Les autres électrochocs », sur le site d'Arrêt sur images, 18 mars 2010.
Une revue critique articulant les aspects méthodologiques et éthiques a été publiée en 2011 dans Les Cahiers internationaux de psychologie sociale..
Dépôt de plainte Deux députés socialistes, Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, soutenus par Vincent Peillon, ont décidé de porter plainte contre les auteurs du documentaire ainsi que le directeur des programmes de France Télévision, pour réprimée par la loi de 1881 sur la liberté de la presse« Deux anciens ministres attaquent les auteurs du "Jeu de la mort" », Le Parisien, vendredi 26 mars 2010, relayé par Arrêt sur Images. Christophe Nick invoque d'abord l'importance de faire connaître l'expérience de Milgram, notamment aux jeunes générations, explique que s'il faut débattre du documentaire, il est en colère devant le dépôt de plainte. ..
Controverse concernant le débat Pendant le débat suivant l'émission, Christophe Hondelatte s'en prend violemment à Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine. Lacroix publie une tribune dans LibérationAlexandre Lacroix, « Après, un débat houleux avec Hondelatte », dans Libération, 17 mars 2010., où il invoque une crise d'autorité de Hondelatte, qui « refuse qu'on mette en cause son pouvoir » comme le relève le psychanalyste Karim SarroubKarim Sarroub, « Le Jeu de la mort : Christophe Hondelatte a-t-il encore “pété les plombs” ? », sur Mediapart, 17 mars 2010.Laure Beaudonnet, « Alexandre Lacroix : “C'est une tentative d'intimidation musclée” », dans 20 minutes, 17 mars 2010. ; Hondelatte, lui, accuse Lacroix d'avoir fait une diatribe anti-télévision ; les témoins directs, David Abiker et Morandini, rapportent tous deux une vision plus nuancée de la scène.
La polémique étant partie de la révélation de l'homosexualité d'un participant de l'émission, révélation non consentie et opérée par Hondelatte, ledit participant, interviewé dans Têtu, relativise à son tour l'intervention d'Hondelatte, et reproche à Alexandre Lacroix d'avoir publié son article dans Libération contre son gré, médiatisant ainsi toute l'affaireSylvain Zimmermann, « Le candidat gay du Jeu de la mort revient sur “l'affaire Hondelatte” », dans Têtu, 25 mars 2010..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Christophe Nick et Michel Eltchaninoff, collab. scientifique de Jean-Léon Beauvois, Didier Courbet, Dominique Oberlé, L'Expérience extrême : Seul face à un pouvoir l'individu est l'être le plus manipulable donc le plus obéissant, Don Quichotte, Dossier « La télé nous rend-elle mauvais ? », dans Philosophie Magazine, 37,
Articles connexes Expérience de Milgram Résistance (psychologie sociale) Obéissance Désobéissance civile
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