Pierre Belon Lapisse, né le à Lyon et mort le à Santa Olalla en Espagne, des suites de ses blessures reçues à la bataille de Talavera, est un général français de la Révolution et de l’Empire. Il s'enrôle à 16 ans dans l'armée française sous le règne de Louis XVI et participe à la guerre d'indépendance américaine. Officier au moment où éclate la Révolution française, son beau comportement à l'armée d'Italie lui vaut le grade de général de brigade en 1799. Il s'illustre au sein du corps d'armée à Dornbirn, Iéna, Czarnowo, Golymin et Eylau. Promu à la tête d'une division du corps de Victor, il se signale encore à la bataille de Friedland le .

En 1808, Lapisse, titré baron de l'Empire, est envoyé dans la péninsule espagnole, toujours comme divisionnaire de Victor. Il prend une part décisive à la victoire d'Espinosa au mois de novembre, mais brille moins lors de son commandement au Portugal en se laissant manœuvrer par une troupe largement inférieure en nombre. Le général se rattrape le à Casa de Salinas où il surprend et vainc une division d'infanterie britannique. Il est mortellement blessé le lendemain alors qu'il mène ses hommes à l'assaut au cours de la meurtrière bataille de Talavera. L'un de ses contemporains a écrit à son propos qu'.

Biographie Pierre Belon Lapisse naît le à Lyon dans une famille de tapissiers. Le , à l'âge de 16 ans, il s'engage au régiment d'Armagnac — dédoublement du régiment de Navarre — et participe comme simple soldat à la guerre d'indépendance américaine de 1780 à 1783. Il est promu au grade de sergent en 1784 à l'issue de la campagne.

Sous la Révolution française et le Consulat vignette|L'armée d'Italie en 1796, vue par le lithographe Pauchs.

La Révolution française éclate le 14 juillet 1789. La carrière de Lapisse prend alors un nouveau tournant. Le de la même année, il est nommé lieutenant dans la compagnie franche des chasseurs corses, puis passe avec sa compagnie dans le d'infanterie légère avec le grade d'adjudant-major le . Ce même forme ensuite le noyau de la légère. Lapisse devient capitaine le suivant et chef de bataillon le . Il sert en Corse pendant deux ans, notamment au siège de Bastia où il est blessé. Fait chef de brigade le , il est envoyé dans le Piémont et reçoit une nouvelle blessure devant Ormea. Quelques mois plus tard, le , il est fait commandant de la de ligne..

Au début de l'année 1796, Lapisse et sa sont affectés à l'armée d'Italie dans la du général André Mouret. Après le « deuxième amalgame » de l'armée française au mois de mai, la devient la ., avec Lapisse en tant que chef de brigade à partir du . La se distingue dès le à la bataille de Lonato, au sein de la brigade Victor ; elle fait ensuite partie de la réserve mixte de l'armée d'Italie avec le de chasseurs à cheval. Le la de Lapisse est engagée à Rivoli et contribue à défaire la colonne du marquis de Lusignan. Les combats se renouvellent dès le lendemain à La Favorite où la repousse cette fois la garnison autrichienne de Mantoue puis aide à la capitulation du corps de Provera. Elle participe enfin à la campagne de printemps en Carinthie et se signale à la bataille de Valvasone le . Son beau comportement au cours de la campagne lui vaut le surnom de « La Terrible ».

La toujours sous les ordres de Lapisse quitte le front d'Italie en 1798 pour être employée à l'armée d'Angleterre et peu après, à celle de Mayence. Le , Lapisse est transféré à l'armée du Danube comme colonel de la de ligne. À la mi-septembre, la est à l'armée d'Helvétie dans la division du général Jean-de-Dieu Soult. Lors de la bataille de Zurich — du 25 au —, Lapisse est chargé, de concert avec le chef de brigade Pierre-Charles Lochet, d'effectuer le passage de la Linth par le pont de Grynan. Lochet parvient dans un premier temps à se déployer sur l'autre rive ; mais alors qu'il est vigoureusement attaqué par trois bataillons russes, le pont s'effondre. Lapisse entre à son tour dans l'action et par un feu de mousqueterie bien dirigé, met le désordre dans les rangs ennemis que Lochet achève de culbuter à la baïonnette. Le général en chef autrichien Friedrich von Hotze est tué au cours de la bataille et son armée mise en déroute. Lapisse est promu général de brigade sur le champ de bataille, grade qui lui est confirmé le . Il se distingue encore par la suite à l'armée d'Italie sous les ordres de Brune et de Moncey. Le , son cheval est tué sous lui lors d'un accrochage à Castelfranco Veneto, alors qu'il dirige la française d'avant-garde. Après la signature de la paix, il fait partie de la division française à la solde de la République ligurienne de 1801 à 1803 avant d'être fait chevalier de la Légion d'honneur le de la même année.

Général d'Empire Premières campagnes napoléoniennes vignette|L'infanterie légère française au combat, par Victor Huen. À Iéna, le léger de la brigade Lapisse mène l'attaque française contre la division saxonne von Zeschwitz.

Fait commandeur de la Légion d'honneur le , il prend le commandement d'une brigade de la du corps du maréchal Pierre Augereau, qui stationne à cette période au camp de Brest. Le général est présent avec le reste de sa division lors de la capitulation autrichienne de Dornbirn, le , qui livre aux Français le feld-maréchal-lieutenant Jelačić, trois généraux, 160 officiers et soldats. Le corps d'Augereau ne participe pas à la bataille d'Austerlitz mais se rattrape lors de la campagne de Prusse et de Pologne. Le à Iéna, il sert une nouvelle fois comme brigadier sous le général Jacques Desjardin. À la tête de quatre bataillons du d'infanterie légère, Lapisse mène l'assaut de la sur le col de Schneke face aux Saxons de von Zeschwitz. Le village d'Isserstadt tombe aux mains du corps à . Le combat se poursuit l'après-midi et s'achève par la reddition de la quasi-totalité de la division saxonne, soit environ hommes. Les opérations se poursuivent ensuite contre les Russes. Un affrontement a lieu le à Czarnowo où Lapisse fait montre de ses capacités. Alors que le gros de la division Desjardin parvient à franchir la Wkra et à établir une tête de pont à Kołoząb en dépit d'une furieuse résistance, Lapisse se porte en aval sur le pont de Pruszkowo, en surprend la garde et ouvre un point de passage supplémentaire. Il donne de sa personne à la bataille de Golymin deux jours plus tard et est élevé au grade de général de division le .

vignette|gauche|Napoléon à Friedland, par Horace Vernet. Le corps y joue un rôle décisif en appuyant l'infanterie du maréchal Ney.

Le , Lapisse participe à la bataille d'Eylau où le corps est quasiment anéanti. Chargés d'attaquer l'aile gauche des Russes, les soldats d'Augereau se perdent dans une tempête de neige et viennent donner sur le centre ennemi, défendu par une batterie de 70 pièces de canons. La mitraille hache des milliers d'hommes et contraint les survivants à refluer vers l'arrière, sabrés par la cavalerie russe. Les pertes sont si énormes que le corps est dissous après la bataille et ses éléments répartis dans les autres formations françaises. Lapisse se retrouve alors au corps du général de division Victor avec le commandement de la . Ses unités comprennent le léger et le de ligne de la brigade Pacthod ainsi que les et de ligne de la brigade Darricau, à deux bataillons pour chaque régiment, soit au total hommes donne également le général de brigade Jacques Thomas Sarrut comme commandant de la , mais ignore cependant si . indique que la est sous les ordres du général Eugène Casimir Villatte.. Le Napoléon affronte à nouveau l'armée russe à Friedland. Le corps du maréchal Ney passe à l'attaque sur le flanc droit mais se retrouve bientôt en difficulté. Napoléon envoie pour le soutenir le corps de Victor. Celui-ci parvient à bousculer le centre russe tandis que Ney relance ses soldats sur la droite ; dans le même temps l'artillerie du corps remarquablement dirigée par le général Sénarmont creuse de larges sillons dans les rangs ennemis. La Garde impériale russe est refoulée et l'infanterie française s'empare de Friedland, donnant la victoire à Napoléon.

Dans la péninsule Ibérique vignette|Le maréchal Victor, commandant le corps de l'armée d'Espagne.

Par lettres patentes du , Lapisse est créé baron de Sainte-Hélène et de l'Empire puis chevalier de l'ordre de la Couronne de fer. Le même mois, le corps de Victor — qui a reçu son bâton de maréchal à l'issue de la campagne de 1807 — fait marche vers la péninsule Ibérique. La division Lapisse, la , est composée des mêmes régiments qu'à Friedland mais à trois bataillons chacun. Le , lors de la bataille d'Espinosa, Victor se heurte de front à l'armée espagnole du général Blake. Villatte lance son infanterie à l'assaut sans attendre les renforts de Victor. L'attaque française est toutefois repoussée par les réguliers de la División del Norte du marquis de La Romana. Victor arrive à son tour sur le champ de bataille avec ses deux divisions Lapisse et Ruffin dont une partie vient renforcer Villatte. Une nouvelle attaque est lancée au même endroit mais est derechef rejetée par La Romana que Blake a néanmoins dû faire soutenir. Les combats s'interrompent au cours de la journée en raison d'un épais brouillard. Le 11, Victor estimant que Blake doit s'attendre à une attaque sur sa droite comme les deux précédentes, change de stratégie et envoie Lapisse assaillir le flanc gauche espagnol. Cette fois, les défenseurs ne sont pas de la même qualité que les réguliers de La Romana et, après la mise hors de combat de leurs principaux officiers, les Espagnols se replient. Le général Maison, l'un des subordonnés de Lapisse, mène sa brigade sur le centre espagnol juste au moment où Victor ordonne un assaut frontal avec le reste du corps. Sous le poids de l'attaque française, l'armée espagnole craque et se désagrège dans les montagnes environnantes. Les Français ont perdu un millier d'hommes, morts ou blessés, mais leurs adversaires laissent sur le terrain hommes environ dont un tiers pour la seule División del Norte. Au , la division Lapisse est forte de hommes répartis en deux brigades sous les généraux Laplane et Darricau.

Le , Napoléon donne l'ordre à Lapisse d'opérer indépendamment du corps dans la province de León. Il se voit adjoindre pour cette mission, en plus de sa division, les brigades de cavalerie Rioult-Davenay et Maupetit. Mécontent de cet état de fait qui l'ampute d'une partie de ses effectifs, Victor demande avec insistance que la division Lapisse lui soit à nouveau rattachée, ce que le roi Joseph Bonaparte se refuse obstinément à faire. Décevant les espérances du maréchal, Napoléon a projeté l'invasion du Portugal en trois axes : au nord, Soult et ses hommes ; à l'est, soldats sous les ordres de Lapisse ; enfin, au sud, le corps de Victor. Face à Lapisse, le général britannique Wilson avec ses réguliers portugais emploie une tactique agressive dans le but d'impressionner le général français. La manœuvre réussit brillamment : Lapisse, persuadé d'être en infériorité numérique devant l'audace de son adversaire, interrompt sa progression. Finalement, déconcerté par les méthodes de Wilson, il renonce et bat en retraite pour faire sa jonction avec Victor. Il tombe en chemin sur les miliciens et réguliers portugais du colonel Mayne qu'il disperse à la bataille d'Alcantara, le . Les Portugais dénombrent 250 tués ou blessés alors que les pertes françaises sont minimes. Les troupes de Lapisse en profitent pour mettre la ville à sac avant de rejoindre Victor à Mérida. Deux jours auparavant, l'armée britannique commandée par le général Wellesley bat le maréchal Soult lors de la seconde bataille de Porto et le contraint à évacuer le Portugal, mettant un terme à la seconde invasion française du pays.

vignette|gauche|Les fantassins britanniques au combat de Casa de Salinas, le 27 juillet 1809.