Notre-Dame de Cunault est une église prieurale située sur l'ancienne commune de Cunault (actuellement Chênehutte-Trèves-Cunault) près de la Loire à une quinzaine de kilomètres de Saumur, en direction d'Angers. Elle est un chef-d'œuvre de l'architecture romane de l'Anjou du Moyen Âge.
Historique Le monastère est réputé fondé par saint Maxenceul, disciple de saint Martin de Tours évangélisateur de la région, dès le .
En le monastère est donné par Vivien comte de Tours aux moines de saint Philibert dans leurs pérégrinations entre l'abbaye Saint-Philibert de Noirmoutier, , puis le monastère de Déas, et l'abbaye Saint-Philibert de Tournus, , fuyant les incursions vikings, cette donation est confirmée par Charles II le Chauve. Après avoir fui le monastère de Déas en ils vont rechercher le sarcophage et les reliques du saint en et les installent à Cunault jusqu'en .
Les Normands remontants la Loire Les normands atteignent l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire en .les moines reprennent leur pérégrination avec les reliques de saint Philibert mais aussi de saint Maxenceul pour atteindre finalement Tournus en Bourgogne en . L'abbaye de Tournus devient alors le monastère "chef" de la congrégation, le prieuré de Cunault et ses dépendances reste cité au moins jusqu'au comme constitutif de ce réseau monastique.
Après la fin des troubles liés aux incursions normandes des moines de saint Philibert rapportent les reliques de saint Maxenceul de Tournus et relèvent le prieuré qui va bénéficier des faveurs des seigneurs d'Anjou, le Rechin et Foulque Nerra ainsi que des taxes apportées par le port de Cunault, Des constructions de cette époque il ne reste que la tour-clocher du qui est intégrée dans les constructions romanes et gothique ultérieures.
Outre les reliques du saint fondateur l'abbatiale dédiée à Notre-Dame possède deux reliques réputées qui attirent de nombreux pèlerins : l'anneau de mariage de la Vierge.Dans l'article cité de Pierre Gasnault, au moins cinq anneaux à l'époque médiévale sont présentés comme relique de l'anneau de mariage de la Vierge. et une fiole contenant du lait de la ViergeCes reliques du lait de la Vierge sont très répandues à l'époque médiévale, elles constituent au l'élément fondateur de la puissante abbaye Notre-Dame d'Évron dans le Maine voisinLa célébrité de Notre-Dame de Cunault et de ses reliques est telle qu'elle est invoquée dans Gargantua de François Rabelais par les pilleurs des vignes de l’abbaye de Seuillé aux prises avec frère Jean des entommeures (ch. 25).
La reconstruction de l'église prieurale, visible aujourd'hui, préserve le clocher roman de l'édifice précédent et commence au début du par le chœur et le chevet et se poursuit jusqu'au début du avec la nef dont les dernières travées sont de style gothique angevin.
Le prieuré subit les troubles de la guerre de Cent Ans, il est fortifié à cette occasion en modifiant l'architecture haute de la construction. Les marques de ces fortifications, restaurées au , sont reconnaissables sur la façade.
Il tombe sous le régime de la commende dès la fin du et décline ensuite.
Pendant les guerres de Religion les huguenots dévastent le prieuré et jettent le reliquaire dit "chasse de saint Maxenceul" dans la Loire, il sera miraculeusement repêché..
En il ne reste que cinq moines; en le prieuré est supprimé et ses biens rattachés au séminaire d'Angers. L'église devient progressivement affectée au service paroissial, en un mur sépare la nef qui reste affectée au culte et le chœur et l'abside qui sont vendus et transformés en remise et en grange.
En 1754, la nef devient la nouvelle église paroissiale de Cunault, en remplacement de l'église paroissiale Saint-Maxenceul, détruite cette année-là par un ouragan. Les ruines vestiges de l'église Saint-Maxenceul située sur la colline entourée du cimetièreL'auteur Hervé Bazin y est enterré font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le .
En 1789, lors de la Révolution française, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux.
Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments Historiques, écrit de Tours le à son prédécesseur Ludovic Vitet :
"Vous savez que le chœur de Cunault appartient à un M. Dupuis Charlemagne, possesseur de 3 à 4 millions, très célèbre pour son avarice à Saumur (...). Le chœur est dans un état pitoyable. M. Dupuis y serre des fagots et des futailles, et pour la commodité de ses ouvriers (il) a fait percer deux portes ou plutôt deux brèches dans les murailles nord et sud. Les piliers sont tous écornés et les soubassements du chœur presque entièrement démoli". (La route de Mérimée - correspondance et patrimoine, les Editions du Huitième Jour, 2006, p. 142).
Il obtient le classement de Notre-Dame de Cunault au titre des monuments historiques en 1846. Elle est rachetée par le département et remis à la commune dans les années , commencent alors trente ans de restauration sous la direction de Charles Joly-Leterme lui rendant son état primitif.
Les cloches de la cathédrale Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Constantine (Algérie) sont installées dans son clocher à la fin de la guerre d'Algérie nécessitant la construction d'une solide charpente ; le carillon est inauguré en ..
Description thumb|Plan de l'église de Cunault 1910 par E. Chauliat. L'église est parfaitement orientée, au solstice d'été, au coucher, le soleil entre par la fenêtre centrale de la façade occidentale et son rayon touche le fond du chœur plus loin.. Construite en pierre de tuffeau rendue célèbre par son utilisation dans les châteaux de la Loire, son plan est caractérisé par une haute nef triple très longue, une quasi-absence de transept et un chœur qui se prolongeait par une chapelle axiale détruite probablement au quand l'église est fortifiée.
Les trois travées plus occidentales de la nef de cette église-halle sont couvertes de voûtes angevines.
Elle mesure sur dans sa plus grande largeur. Située à de la rive de la Loire elle est bordée par une propriété privée rendant inaccessible l'extérieur d'une partie du chevet et sa face sudMesuré sur Géoportail. Extérieur La collégiale se découvre par sa face nord centrée par le clocher roman du , partie la plus ancienne de l'édifice. Cette tour carrée se situe au nord de la cinquième travée de la nef. Encadré de deux contreforts plus récents, le niveau inférieur comporte une grande arcade en plein cintre portée par deux colonnes à chapiteaux sculptés représentant à gauche l'annonciation et à droite la tentation. il est ouvert à sa base par le portail nord en plein cintre. Au-dessus trois séries d'arcades étagées en retrait successif sont surmontées d'une flèche pyramidale encadrée par quatre lanternons du . Au premier étage cinq baies aveugles correspondent à l'intérieur à la coupole, au-dessus, séparés par une corniche aux motifs géométriques en damier et des modillons encadrants des métopes sculptées, trois grandes baies en plein cintre très travaillées avec décors géométriques et pieds-droits sculptés sont surmontées d'un dernier étage de quatre baies avec encore corniche à damiers, modillons et métopes.
De part et d'autre de la tour se situent à l'ouest les quatre premières travées de la nef et trois grandes fenêtres correspondant aux trois travées plantagenet , à l'est une chapelle latérale orientée avec absidiole s'appuyant au clocher puis quatre travées du chœur suivie de la chapelle rayonnante nord dont l'axe est presque perpendiculaire à l'axe du chœur. Les ouvertures de l'absidiole nord sont séparées par des contreforts-colonnes, elles sont surmontées par des arcatures lombardes avec colonnes, chapiteaux sculptés et une frise avec modillons figuratifs.
La façade occidentale du est large et rectangulaire comme les églises poitevines. Au niveau inférieur deux paires d'arcs ogivaux aveugles reposant sur des colonnettes encadrent le portail en plein cintre à cinq voussures reposant sur des colonnettes. Il est orné d'un tympan montrant une Vierge à l'enfant assise de face sur un riche fauteuil encadrée par deux anges. Au-dessus trois fenêtres en tiers-point correspondent à la nef et les deux bas-côtés, la plus grande au centre est ornée d'un remplage flamboyant posé secondairement. l'ensemble est surmonté de créneaux et encadré de deux tours défensives datant de la fortification du prieuré au pendant la guerre de Cent Ans. Elle est restaurée au ...
En face, le logis de Pierre Cottereau ou maison du prieurLa construction est marquée des armes des prieurés de Cunault et de Corzé dont il avait la charge. construit au , vers , présente une élégante façade Renaissance en pierre de tuffeau avec fenêtres à meneaux finement ciselées. Il fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques en date du . Il a servi de logement aux moines devenus peu nombreux. Il ne subsiste rien des autres constructions du couvent.
Intérieur Après avoir franchi le portail occidental l'accès à la nef se fait par la descente d'une quinzaine de marches. Cette triple nef très haute avec des collatéraux presque aussi haut que le vaisseau central est très lumineuse. Il n'y a pas de crypte. Architecture La construction romane commencée par le chœur vers , intègre le clocher de l'église précédente dans le collatéral nord de la cinquième travée pour s'achever par les trois premières travées gothique en et la façade au début du . La largeur de la nef diminue légèrement en se rapprochant du chœur.
Les trois travées occidentales ont des voûtes de style plantagenet pour le vaisseau central et les deux collatéraux, les clés de voûte représentent saint Pierre, la Trinité et l'annonciation. Les cinq travées suivantes du vaisseau central sont voûtées en berceau légèrement brisé et les collatéraux voûtés d'arêtes sauf le collatéral nord de la cinquième travée correspondant à la tour-clocher qui est voûté d'une coupole sur trompeIl est probable que cette coupole était à la croisée de l'ancienne église dont on n'a pas le plan.. Les collatéraux des deux travées suivantes sont redoublés et se terminent en absidiole formant au nord et au sud deux chapelles orientées et une ébauche de transept.La chapelle sud est plus étroite que la nord probablement limitée par une autre construction.
Les trois travées droites du chœur succèdent aux huit travées de la nef après quelques marches. leur construction est similaire mais étant un peu moins larges la brisure de la voûte est plus accentuée. Le chœur est entouré d'un déambulatoire voûté d'arêtes. Le rond-point qui suit les trois travées est voûté en cul de four. Les trois absidioles rayonnantes du chevet sont en hémicycle voûtée en cul de four, elles ont une disposition particulière, les latérales sont presque perpendiculaires à l'axe. l'absidiole de l'axe est remplacée par une chapelle rectangulaire au moment de la fortification de l'église puis supprimée à la Révolution française remplacée par un mur droit fermant le chevet.
Décor Malgré les vicissitudes : désacralisation du chœur jusqu'à la restauration du début du et infiltrations qui continuent à dégrader les peintures murales au ., les sculptures des 223 chapiteaux et ce qui reste du décor peint principalement au font la renommée de la prieurale.
Chapiteaux La majorité des décors sur les chapiteaux sont végétaux ou ornementaux, une quinzaine sont cependant historiés principalement dans le chœur et les travées orientales de la nef. Leur étude détaillée retrouve trois périodes : tout début du , entre et et fin du , correspondant aux époques estimés de construction.. Certains portent encore des traces de polychromie.
Peintures murales