Les guerres marcomanes, ou guerres marcomanniques, sont une longue période de conflit opposant l'armée romaine à divers peuples des Germains (Marcomans, Quades) et des Sarmates résidant le long du haut- et moyen-Danube lors d'une période allant d'environ 166 à 180 après J.C, occupant la majeure partie du règne de l'empereur Marc Aurèle. C'est lors d'une de ses campagnes que celui-ci commencera l'écriture de son ouvrage philosophique Pensées pour moi-même, dont le premier livre porte la mention : Mais l'importance macro-historique de cette série de conflits tient surtout au fait qu'elle préfigure les grandes invasions barbares qui ébranleront l'Empire romain et finiront par avoir raison de sa partie occidentale entre le et le .

Contexte historique À la mort d'Antonin le Pieux, l'Empire romain, après une longue période de paix, subit une série d'attaques simultanées sur plusieurs de ses frontières : au nord, les Pictes de Calédonie pressent le mur d'Antonin ; au sud-ouest l'Hispanie est soumise aux incursions répétées de pirates Maures ; en Germanie, entre le Haut-Danube et le Rhin, les Chattes et les Chauques traversent les frontières et longent les côtes pour envahir la Gaule belgique et les Champs Décumates ; à l'est, le nouveau souverain Parthe Vologèse IV, couronné en 148, occupe l’Arménie, y mettant sur le trône son frère Pacorus, avant d'envahir la province romaine voisine de Syrie (161). Un retour aux grandes guerres de l'époque de Trajan ou d'Auguste semble alors inéluctable, tandis qu'en Europe centrale et orientale le monde barbare est secoué par de violents troubles internes et des déplacements de peuples que les paléoclimatologues relient à des hivers volcaniques ayant affamé les populations ne disposant pas des mêmes ressources que l'EmpireSur la base des carottes glaciaires (, ) des hivers volcaniques ont été placés en particulier vers dans les années 160 (, )..

À l'intérieur et aux marges du monde germanique se produisent alors des brassages de populations conduisant à des transformations politiques et notamment l'apparition d'un phénomène nouveau : des peuples entiers (comme les Marcomans, les Quades, les Narisques, les Vandales, les Cotini, les Iazyges, les Bures etc.), se regroupent en coalitions de nature avant tout militaire, exerçant une pression croissante sur le limes danubien tout proche. S'y ajoute probablement une poussée des Germains orientaux (principalement les Goths) contribuant à alimenter cette dynamique, et les populations limitrophes de l'Empire romain se décident à prendre d'assaut les provinces rhéno-danubiennes.

En outre, le retrait, sur une bonne partie du limes, d'une partie des contingents légionnaires qui défendaient la frontière rhéno-danubienne, et leur transfert en Orient, pour les besoins de la guerre contre les Parthes de 162-166, facilite les incursions des peuples germaniques. Ainsi, le conflit parthe à peine terminé, commencent sur la frontière européenne les « guerres marcomanes ».

Déroulement du conflit thumb|left|250px|La Colonne de Marc-Aurèle, représentant les guerres marcomanes

Premières incursions barbares (166-167) L’Histoire Auguste affirme que Les garnisons du Danube sont alors gravement affaiblies après l'envoi d'une partie des légionnaires et des auxiliaires en Orient. L'armée est épuisée par quatre longues années de guerre dans les plaines arides de Mésopotamie, et ses effectifs sont dramatiquement réduits par la Peste antonine qui vient de s'abattre sur l'Empire.

Un groupe de tribus de Germanie septentrionale envahit la Pannonie supérieure. Il s'agit alors de , Lombards et Osiens, qui ont obtenu l'accord des Quades pour traverser leurs terres et entrer en territoire romain. Les barbares sont cependant interceptés par quelques unités d'infanterie et de cavalerie dans le secteur de Brigetio-Arrabona, battus et renvoyés sur leurs terres avant d'avoir pu causer de dégâts au cœur de la province.

À la suite de ces évènements, près de 11 tribus (parmi lesquelles les Marcomans, les Lombards, les Osiens, les Vandales Victuales, les Quades, les Narisques et les Cotins) dépêchent des émissaires auprès de Iallius Bassus, gouverneur de Pannonie supérieure, pour demander la paix, et choisissent comme porte-parole le roi des Marcomans, un certain Ballomar. Les ambassadeurs des barbares parviennent à obtenir la paix avec Rome et retournent sur leurs terres. La situation semble revenir au calme. Cet apparent apaisement éveille cependant les soupçons de Marc Aurèle.

Au cours de cette même année, les Sarmates Iazyges pénètrent le limes dace (peut-être accompagnés de quelques tribus Vandales). En réponse, la legio V Macedonica, à peine revenue des campagnes d'Orient, est transférée depuis la Mésie inférieure voisine (plus précisément de son camp de Troesmis) vers la Dacie, aux environs de Potaissa (dans l'actuelle Transylvanie).

Première expédition de Germanie (168) Marc Aurèle n'a pas confiance en la paix conclue l'année précédente avec les barbares, et décide de se rendre en personne, accompagné de son coempereur Lucius Verus, sur le limes pannonien pour estimer les réelles intentions de l'ennemi. Les deux empereurs traversent les Alpes et s'installent à Carnuntum, base de la Legio XIII Gemina et quartier général du gouverneur de Pannonie supérieure.

Au cours de cette année, des éléments des Marcomans et des Vandales Victuales se livrent à des pillages tout au long de la frontière nord. L'Histoire Auguste rapporte que la majorité des rois germaniques se retirent avec leurs peuples et mettent à mort les instigateurs de ces attaques, considérés comme rebelles, puis demandent pardon à Rome pour avoir rompu les conditions du traité de paix. Quant aux Quades, ils n'acceptent de reconnaître de roi qu'avec l'approbation des deux empereurs.

Ces mesures semblent plus que suffisantes aux yeux de Lucius Verus, qui se montre impatient de rentrer à Rome : commandant en chef lors de la guerre contre les Parthes, il est éloigné de la capitale depuis des années. Il parvient à convaincre son frère adoptif, et rentre à Aquilée pour l'hiver, alors que la situation semble être sous contrôle.

Ces premières années de conflit sont l'occasion pour Marc Aurèle de se lancer dans l'écriture de son ouvrage Pensées pour moi-même, la seule œuvre de cet « empereur philosophe » qui nous soit parvenue. L'ouvrage, bien que ne rapportant pas directement les évènements qui se déroulent pendant sa rédaction, transmet au lecteur tout le malaise de l'homme Marc Aurèle confronté à des circonstances funestes.

Guerre contre les Iazyges (169-170) Lucius Verus ne reverra pas Rome : au début de l'année 169 il est emporté par un probable infarctus, à seulement deux jours de marche d'Aquilée, sur la route entre Concordia Sagittaria et Altinum. Les deux empereurs étaient convenus de retourner à Rome, notamment sur l'insistance de Lucius, trois jours avant sa mort. Marc Aurèle se voit alors contraint de revenir à Rome pour célébrer les obsèques de son frère adoptif.

Le gros de l'armée, encore privé des deux empereurs, part néanmoins se concentrer le long du moyen-Danube, face à la plaine de la Tisza. Marc Aurèle, qui a désormais les mains libres après ses traités de paix avec les peuples suèves (Quades, Marcomans et Narisques) du moyen-Danube, veut punir les Sarmates pour leur incursion en Dacie romaine l'année précédente. La guerre contre les Sarmates se révèle extrêmement dure pour les Romains, qui perdent sur le champ de bataille le gouverneur de la Dacie Claudius Fronto. Il est possible que Sextus Calpurnius Agricola soit aussi mort au combat comme gouverneur de cette province. L'empereur Marc Aurèle n'est en mesure de rejoindre le front qu'à la fin de l'année, en compagnie de son nouveau gendre Claudius Pompeianus (nommé premier conseiller militaire), fraîchement marié à sa fille Lucilla, la veuve de Lucius Verus.

Grands raids germains (170) 330px|thumb|Guerres marcomanes, 170 Tandis que Marc Aurèle lance une offensive massive (l’expeditio sarmatica en latin) au-delà du Danube en territoire sarmate contre les Iazyges (des Alains de la plaine agathyrse), une large coalition de tribus germaniques, menée par Ballomar, roi des Marcomans, fond sur le limes pannonien et défait une armée de en un lieu que l'on présume situé sur la « route de l'ambre », peut-être aux alentours de Carnuntum. La vague barbare se tourne ensuite vers le Norique voisin, menant des incursions jusqu'à Ovilava, tandis que le contingent le plus important suit la « route de l'ambre » ; il parcourt la Pannonie et, passant par Savaria, Poetovio et Emona, atteint l'Italie du Nord, arrivant à assiéger Aquilée et détruisant Opitergium en Vénétie.

L'invasion des Suèves contraint Marc Aurèle à revenir à la hâte en Italie, car les barbares sont parvenus à atteindre le cœur de l'Empire alors que le gros des forces romaines est engagé sur le limes. Les peuples germaniques ont su choisir le moment opportun pour porter leur attaque.

Une fois encore, Marc Aurèle choisit comme conseiller principal Tiberius Claudius Pompeianus, qui se voit confier la tâche de bloquer l'invasion de l'Italie et nettoyer les territoires avoisinants, et Pertinax, futur empereur, le meilleur parmi ses assistants. Aquilée est libérée après un affrontement sur le territoire italien qui se solde par une victoire romaine décisive.

thumb|left|200px|Un des trois panneaux du Musée du Capitole à Rome représentant l'empereur Marc Aurèle à cheval et deux barbares à ses pieds en signe de soumission Toujours au cours de l'année 170, la coalition celto-daco-sarmate des Costoboces, pille les Balkans et dévaste la Thrace, la Macédoine et la Grèce jusqu'à Eleusis (à à l'ouest d'Athènes), où ils détruisent le temple des Mystères. Ce raid est considéré comme d'importance mineure, comparé à l'invasion de l'Italie par les peuples germaniques.

Le légat des légions de Mogontiacum (Mayence), Didius Julianus, futur empereur, repousse une nouvelle incursion des Chattes (peut-être alliés aux Hermundures), tandis que les Chauques portent la dévastation le long des côtes de la Gaule belgique.

Contraint d'affronter les envahisseurs barbares en plusieurs points du limes, Marc Aurèle crée de toutes pièces un district militaire aux confins nord-est de l'Italie : la praetentura Italiae et Alpium, dans le but d'empêcher une nouvelle incursion des peuples germaniques sur le sol italien. Elle inclut les Alpes Juliennes, et les provinces de Rhétie, Pannonie et Norique. Le commandement de cette zone est confié à Quintus Antistius Adventus, militaire de carrière d'origine africaine, consul suffectus en 166-167, qui assume la charge de legatus Augusti ad praetenturam Italiae et Alpium expeditione Germanica. Pour l'Empereur, les Marcomans et les Quades sont désormais les adversaires à combattre en priorité. Les Sarmates et Iazyges de la plaine agathyrse ne perdent rien pour attendre la vengeance de Rome.

Contre-offensive romaine et soumission des Marcomans (171-174) 330px|thumb|Guerres marcomanes, 171-175 Les envahisseurs germains sont finalement pris au piège par la classis danubiana au moment où ils tentent de retraverser le Danube, chargés de leur butin, pour retourner dans leur pays. La Rhétie, le Norique et la Pannonie sont finalement libérés après un an d'affrontements continuels et violents. La date du en marque peut-être la fin, car pendant les décennies qui suivront ce jour verra chaque année, à Carnuntum (résidence du gouverneur de Pannonie supérieure) comme à Aquincum (résidence du gouverneur de Pannonie inférieure), des sacrifices offerts à Jupiter en signe de remerciement.

Pendant ces années de guerre, les Romains sortent de l’Imperium et pénètrent le Barbaricum, atteignant les cours d'eau suivants : Moria, Duhia et Iglis au nord du castrum légionnaire de Carnuntum, Fatra et Vaga au nord du fort de Brigetio, Granua au nord du fort de Solva,