La balance des paiements est un document statistique élaboré sous forme comptable, élément de la comptabilité nationale recensant les flux de biens, de services, de revenus, de transferts de capitaux, et les flux financiers que les résidents d'un pays dans leur ensemble (particuliers, entreprises ou État) entretiennent avec ceux du reste du monde.
Par construction, la balance des paiements est toujours équilibrée, aux erreurs et omissions près, car les opérations sont enregistrées selon le principe de la comptabilité en partie double. En effet, aucun échange ne peut avoir lieu sans avoir été financé. Par contre, les soldes intermédiaires (des sous-balances) peuvent être excédentaires ou déficitaires. Ainsi, on dit couramment, par abus de langage, que la balance des paiements est en déficit lorsqu'on veut dire en réalité que la balance des transactions courantes (ou parfois la balance commerciale) est déficitaire (importations plus importantes) ou excédentaire (exportations plus importantes).
thumb|Réserves de devises et d'or, diminuées de leur dette extérieure totale (publique et privée), d'après les données de 2010 du CIA Factbook.
Comptabilité européenne
Dans la nomenclature de comptabilité européenne, la balance des paiements comporte trois comptes, chacun associé à une balance :
Compte de transactions courantes La balance des transactions courantes ou balance courante recense les échanges internationaux de biens et services (par exemple la balance commerciale), ainsi que les revenus du travail et du capital et transferts courants.
Compte de capital Le compte de capital recense les opérations d'achat ou de vente d'actifs non financiers, comme les brevets, ainsi que des transferts de capital. Parmi les transferts en capital figurent, par exemple, les remises de dette et les aides à l'investissement.
Compte financier La balance financière recense les flux financiers entre un pays et l'étranger, sous forme d'investissement direct à l'étranger (IDE), investissement de portefeuille, produits financiers dérivés, autres investissements, réserves de change et autres.
Soldes de la balance des paiements en France
En France, l'Insee présente les différents comptes entrant dans la balance des paiements sous la forme suivanteSource : Solde des échanges extérieurs en 2013, Insee. Voir aussi le résumé de la méthodologie utilisée par l'Insee pour décrire le Compte du reste du monde. :
Compte Description Solde en 2013 (millions d'euros constants base 2010)Compte extérieur des biens et des services Échanges de biens FAB-FABFAB signifie « franco à bord ». Pour une explication de la manière dont sont valorisés les biens lors du changement de pays, voir : Deux modes de valorisation des échanges de biens : « Franco à bord » (FAB) ou « Coût, assurance, fret » (CAF), Insee. -40 774 1.Échanges de services hors tourisme -897 2.Tourisme 10 349 3.Solde extérieur des biens et services -31 3324.Compte extérieur des revenus primaires et des transferts courants Opérations de répartition (dont les versements de rémunération et de revenus de la propriété entre la France et le reste du monde) -10 477 Compte de capital Capacité de financement de la nation -41 799
La somme du solde du compte de transactions et du solde du compte de capital est aussi appelée « besoin de financement » lorsqu'elle est négative, comme c'est le cas pour les années 2012 et 2013. C'est aussi le solde des opérations non financières. Le solde extérieur, excédentaire au cours des années précédentes, est devenu déficitaire en 2005Voir un tableau montrant l'évolution du solde extérieur dans Pourquoi échanger ?, EducNet, Insee.. Cette dégradation des comptes commerciaux est due en partie à l'appréciation de l'euro qui a influencé la compétitivité-prix de la FranceVoir une analyse détaillée dans Insee Première n° 969, mai 2004.. Toutefois, l'appréciation de l'euro n'empêche pas l'Allemagne d'avoir une balance commerciale très excédentaire, grâce à ses partenaires européens (l'Allemagne exporte massivement en Europe, mais reste déficitaire vis-à-vis des pays émergents à bas salaires, notamment la Chine).
Pour la France, la balance des paiements est réalisée par la Banque de France.
Comptabilité nord-américaine
Dans la comptabilité nord-américaine, la balance de paiements ne comporte que deux balances intermédiaires : la balance courante et la balance des capitaux, dont les soldes sont opposés (aux erreurs près).
Historique
1945–1971: Bretton Woods
Après la Seconde Guerre mondiale, les institutions de Bretton Woods (le Fonds monétaire international et la Banque mondiale) ont été créées pour soutenir un système monétaire international conçu pour encourager le libre-échange tout en offrant aux États la possibilité de corriger leurs déséquilibres sans avoir recours à la déflation. Des taux de change fixes mais flexibles ont été établis, le système étant ancré sur le dollar qui est resté seul convertible en or. Le système de Bretton Woods a marqué le début d'une période de forte croissance mondiale, connue sous le nom de l'âge d'or du capitalisme, mais il a été soumis à des pressions en raison de l'incapacité ou de la réticence des gouvernements à maintenir des contrôles de capitaux efficaces Dani Rodrik, Greek Lessons for the World Economy, project-syndicate.org, 11 mai 2010 et en raison d'instabilités liées au rôle central du dollarDaniel Cohen, Pierre Ewenczyk, L'instabilité du système monétaire international, Economie et Statistique, Année 1980, 126, pp. 33-46.
Les déséquilibres ont fait sortir l'or des États-Unis et la perte de confiance en la capacité des États-Unis à fournir de l'or pour toutes les futures demandes de remboursement des détenteurs de dollars a entraîné une augmentation des demandes de conversion des dollars, amenant finalement les États-Unis à mettre fin à la convertibilité du dollar, mettant ainsi fin au système de Bretton Woods. L'ère 1945-1971 a vu environ 24 crises de la balance des paiements et aucune crise double pour les économies avancées, les économies émergentes connaissant 16 crises et une crise double.
1971-2009 : transition, consensus de Washington, Bretton Woods II
Le système de Bretton Woods a pris fin entre 1971 et 1973. On a tenté de réparer le système de taux de change fixes au cours des prochaines années, mais ceux-ci ont rapidement été abandonnés, de même que les efforts résolus déployés par les États-Unis pour éviter les déséquilibres de la balance des paiements. Une partie de la raison était le déplacement du paradigme économique dominant précédent - le keynésianisme - par le consensus de Washington, des économistes et des rédacteurs économiques tels que Murray Rothbard et Milton Friedman faisant valoir qu'il n'y avait pas grand besoin de s'inquiéter des problèmes de la balance des paiements.
Immédiatement après l'effondrement de Bretton Woods, les pays ont généralement tenté de conserver un certain contrôle sur leur taux de change en le gérant de manière indépendante ou en intervenant sur le marché des changes dans le cadre d'un bloc régional, comme le serpent monétaire européen formé en 1971 Roberts, Richard (1999). Inside International Finance. Orion. pp. 1–27. Le Serpent était un groupe de pays européens qui ont essayé de maintenir des taux stables au moins les uns avec les autres; le groupe a finalement évolué vers le mécanisme de taux de change européen (MCE) en 1979. Depuis le milieu des années 70, et particulièrement dans les années 80 et le début des années 90, de nombreux autres pays ont suivi les États-Unis en libéralisant le contrôle de leurs comptes de capital et courants, adoptant une attitude quelque peu détendue vis-à-vis de leur balance des paiements et permettant à la valeur de leur monnaie de flotter relativement librement avec des taux de change déterminés principalement par le marchéEirc Helleiner; Louis W Pauly; et al. (2005). John Ravenhill, ed. Global Political Economy. Oxford University Press. pp. 7–15, 154, 177–204..
Les pays en développement qui choisissent de laisser le marché déterminer leur taux de change développent souvent d'importants déficits du compte courant, financés par des entrées de capitaux telles que des prêts et des investissements, bien que cela se termine souvent par des crises lorsque les investisseurs perdent confiance Heakal, Reem. "Understanding Capital And Financial Accounts In The Balance Of Payments". Investopedia. 11 décembre 2009 Eswar S. Prasad; Raghuram G. Rajan & Arvind Subramanian, "Foreign Capital and Economic Growth" (PDF). Peterson Institute. Archived (PDF), 16 avril 2007. La fréquence des crises était particulièrement élevée pour les économies en développement à cette époque - de 1973 à 1997, les économies émergentes ont subi 57 crises du BdP et 21 crises jumelles. En règle générale, mais pas toujours, la panique parmi les créanciers et les investisseurs étrangers qui ont précédé les crises de cette période a généralement été provoquée par des inquiétudes quant à des emprunts excessifs par le secteur privé, plutôt que par un déficit public. Pour les économies avancées, il y a eu 30 crises de la balance des paiements et 6 crises bancaires.